‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 77 sur 82 · AÎÎRÉGÉ DU VOYAGE · texte numérisé non relu

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queuce, il tira doux lignes qui aboiuîssaient au même point , l'une droite , l'autre tortueuse , et les montrant au satrape , il lui dit : Choisis.

Deux siècles auparavant les habitans d'une île de la mer Egée, piessés par la famine, s'adressèrent aux Lacédémoniiens leurs alliés, qui répondirelit à l'ambassa-' deur : K Nous n'avons pas compris la fin de votre harangue , et nous en avons oublié le commencement. On en choisit un second , en lui recommandant d'être bien concis. Il vint, et commença par montrer aux Lacédémoniens un de ces sacs où l'on tient la farine. Le sac était vide : l'assemblée résolut d'approvisionner l'iie, mais elle avertit le député de n'être pas si prolixe u'tie autre fois. Eu effet , il leur avait dit qu'il fallait remplir le sac.

Quoique Ce peuple soit moins instruit que les autres, il est beaucoup plus éclairé. "Ondil que c'est de lui que Thaïes, Pittacus , et les autres sages de la Grèce, empf un lèt-felit l'art de renfermer les maximes de la morale en de courtes formules. Ce que j'en al vu , m'a souvent étonnèV" Je croyais m'eriiretenir avec des hommes ignorans et grossiers, mais bientôt il sortait de'léur bouche desréj^ouses d'un grand

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sens, et perçantes comme des traits. Accoulumés de bonne heure à s'exprimer avec autant d'énergie que de précision , ils se taisent s'ils n'ont pas quelque chose d'intéressant à dire. S'ils ont trop de choses à <Kre , ils font des excuses. Le style concis s'assortit parfaitement à leur caractère , et ils l'emploient fréquemment dans leurs entretiens et dans leurs lettres.

On louait la bonté du jeune roi Charilaiis. « Comment serait-il bon, répondit Fau-tre roi , puisqu'il l'est même pour les médians ? »

Dans une ville de la Grèce , le héraut chargé de la vente des esclaves , dit tout haut : f Je vends un Lacédémonien. — > Dis plutôt un prisonnier, s'écria celui-ci , en lui mettant la main sur la bouche. »

Des généraux du roi de Perse deman-daient aux dé[)utés de Lacédcmonc eu quelle qualité ils comptaient suivre la négociation. « Si elle échoue , répondirentiis, comme particuliers; si elle réussit , comme ambassadeurs, a

On remarque la même précision dansi les lettres qu'écrivent les magistrats , etJ dans celles qu'ils reçoivent des généraux.'' Les éphores , craignant que la garnison de Décélic ne se laissât surprendre , ou

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n'interrompît ses exercices accoutumés, ne lui écrivirent que ces mots : « Ne vous promenez point. » La défaite la plus désastreuse, la victoire la plus éclatante^ sont annoncées avec la même simplicité.

Pendant la guerre du Péloponèse , leur flotte, qui était sous les ordres de Mindare, ayant été battue par celle des Athéniens , commandée par Alcibiade; un officier écrivit aux épliores : « La bataille est perdue. Mindare est mort. Ni vivres ni ressources. » Peu de temps après , ils reçurent de Ljsander, général de leur armée , une lettre conçue en ces termes : « Athènes est prise. » Telle fut la relation de la conquête la plus glorieuse et la plus utile, pour les Lacédémoniens.

Leurs assemblées, leurs repas et leurs exercices publics sont toujours honorés de la présence des vieillards. Les autres citoyens, et surtout les jeunes gens, ont pour eux les égards qu'ils exigeront à leur tour pour eux-mêmes. La loiles oblige de céder, à chaque rencontre, le pas à la vieillesse, de se lever quand elle paraît, de se taire quand elle parle. On l'écoute avec déférence dans les assemblées de la nation et dans les salles du gymnase. Ainsi, les citoyens qui ont servi leur patrie, loin

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de lui devenir étrangers à la fin de leur carrière, sont respectés, les uns comme les dépositaires de l'expérience, les autres comme les monumens dont on se fait une religion de conserver les débris.

Les femmes sont grandes , fortes , brillantes de santé , presque toutes fort belles : mais ce sont des beautés sévères et imposantes. Elles auraient pu fournir à Phidias un grand nombre de modèles pour sa Minerve , à peine quelques-uns à Praxitèle pour sa Vénus.

Leur habillement consiste dans une espèce de chemise courte , et dans une robe qui descend jusqu'aux talons. Les filles , obligées de consacrer tous les momens de la journée à la lutte , à la course , au saut, 'à d'autres exercices pénibles , n'ont , pour l'ordinaire , qu'un vêtement léger et sans 'manches qui s'attache aux épaules avec des agrafes, et que leur ceinture lient relevé au-dessus des genoux. La partie inférieure est ouverte de chaque côté, de sorte que la moitié du corps reste à découvert.

Une Spartiate paraît en public à visage découvert , jusqu'à ce qu'elle soit mariée. Après son mariage , comme elle ne doit plaire qu'à son époux , elle ne sort que voilée j et comme elle ne doit être connue

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que de lui seul , il ne convient pas à d'autres de faire son éloge. Nulle part les femmes ne sont moins surveillées, moins contraintes ; nulle part elles n'ont moins abusé de la liberté.

Si les femmes de Sparte sont beaucoup plus attachées à leursdevoirs que les autres femmes de la Grèce , elles ont aussi un caractère plus vigoureux. Elles l'emploient avec succès pour assujétir leurs époux , qui les consultent volontiers , tant sur leurs affaires que sur celles de la nation. Une étrangère disait un jour à la femme de Léonidas : « Vous êtes les seules qui preniez de l'ascendant sur les hommes. — Sans doute , répondit-elle , parce que nous sommes les seules qui mettions des hommes au monde. »

Elles ont une haute idée de l'honneur et de la liberté. Elles la poussent quelquefois si loin , qu'on ne sait alors quel nom donner au sentiment qui les anime. Une d'entre elles écrivait à son fds qui s'était sauvé de la bataille : « 11 court de mauvais bruits sur votre compte; faites-les cesser, ou cessez de vivre. » En pareille circonstance , une Athénienne écrivait au sien : « Je vous sais bon gré de vous être conservé pour moi. » On est également frappé

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de la réponse d'Argiléonis, mère du célèbre Brasidas. Des Thraces , en lui apprenant la mort glorieuse de son fils , ajoutaient que jamais Lacédémone n'avait produit un si grand général. «Etrangers , leur ditelle , monfds était un brave homme j mais apprenez que Sparte possède plusieurs citoyens qui valent mieux que lui.»

Ici la nature est soumise sans être étouffée ^ et c'est en cela que réside le vrai courage; aussi les épliores décernèrent-ils des honneurs signalés à cette femme. Mais Qui pourrait entendre , sans irissonner , une mère à qui l'on disait : « Votre fils vient d'être tué sans avoir quitté son rang, » et qui répondit aussitôt : â- Qu'on l'enterre , et qu'on mette son frère à sa place. ;) Et cette autre qui attendait au faubourg ]a nouvelle du combat. Le courrier arrive : elle l'interroge. «Vos cinq enfans ont péri. — Ce n'est pas là ce que je te demaude. Ma patrie n'a-t-elle rien à craindre ? — Elle triomphe. — Eh bien ! je me résigne avec plaisir à ma perte. »

A cette élévation d'âme , continua Damonax , que nos femmes montrent encore par intervalles , succéderont bientôt , sans la détruire entièrement, des sentimens ignobles , et leur vie ne sera plus qu'un

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mélange de petitesse et de grandeur , do barbarie et de volupté. Déjà plusieurs d'entre elles se laissent entraîner par l'éclat de l'or , par l'attrait des plaisirs. Les Athéniens qui blâmaient hautement la liberté qu'on laissait aux femmes de Sparte, triomphent en voyant cette liberté dégénérer en licence.

Il faut l'avouer , nous ne sommes plus ce que nous étions il y a un siècle. Les nns s'enorgueillissent impunément de leurs richesses; d'autres courent après des emplois que leurs pères se contentaient de mériter. Il n'y a pas long-temps qu'on a découvert une courtisane aux environs de Sparte ; et, ce qui n'est pas moins dangereux , nous avons vu la sœur du roi Agésilas, Cynisca, envoyer à Olympie un t^har attelé de quatre chevaux pour y disputer le prix de la course , des poètes célébrer son triomphe , et l'état élever un monument en son honneur.

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