CHAPITRE LXIV
Suite de la bibliothèque. — L'histoire.
Le lendemain , Euclide , me voyant arjriver de bonne heure , me dit : *( Vous me rassurez ; je craignais que vous ne tussiez
débouté de la longueur de notre dernière ' ' .11-
séance. Kous allons aujourd'hui nous occuper des historiens, et nous ne serons point arrêtés par des opinions et par des préceptes.
w Plusieurs "auteurs ont écrit l'histoire j mais avant Hérodote , tous se sont bornés à tracer celle d'une ville ou d'une nation; tous ont ighbî^é l'art de lier à la même chaîneles événemens qui intéressent les divers peuples de la terre ^ 0i de faire nu tout régulier de tant de parties détachées, ïîérodme eut le mérite de concevoir cette (gtande idée et' de l'exécuter. Il ouvrit aux "" yeux des Orecs les annales de l'unirers connu, et leur offrit , sous un même point
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tout ce qui s'était passé de mémorable dans un espace de deux cent quarante ans. On vit alors, pour la première fois, une suite de tableaux qui , placés les uns près des autres, n'en devenaient que plus effrayans : les nations toujours inquiètes et en mouvement, quoique jalouses de leur repos, désunies par l'intérêt et rapprochées par la guerre, soupirant pour la liberté et gémissant sous la tyrannie ; partout le crime triomphant, la vertu poursuivie, la terre abreuvée de sang , et l'empire de la destruction établi d'un bout du monde à l'autre. Mais la main qui peignait ces tableaux sut tellement en adoucir les horreurs par les charmes du coloris et par des images agréables ; aux beautés de l'ordonnance elle joignit tant de grâce , d'harmonie et de variété ; elle excita si souvent cette douce sensibilité qui se réjouit du bien et s'afQige du mal, que son ouvrage fut regardé comme une des plus belles productions de l'esprit humain. Ce que fit Homère pour le poëmc épique , Hérodote l'a fait pour l'histoire générale. Ceux qui . viendront après lui pourront se distinguer .ipar des beautés de détail et par une çriti- , que plus éclairée ; mais , pour la conduite i..de l'ouvrage et l'enchaînement des faits, ils Jfiiv
cliercheront sans doute moins à le surpasser qu'à l'égaler.
K Quant à sa vie , il suffira d'observer qu'il naquit dans la ville d'Halicarnasse eu Carie , vers la quatrième année de la soixante-treizième olympiade ( vers l'an 434 avant J. C.)j qu'il voyagea dans la plupart des pays dont il voulait écrire l'histoire; que son ouvrage , lu dans l'assemblée des jeux olympiques, et ensuite dans celle des Athéniens , y reçut des applaudissemens universels ; et que , forcé de quitter sa patrie , déchirée par des factions , il alla finir ses jours dans une ville de la grande Grèce.
« Dans le même siècle vivait Thucydide, plus jeune qu'Hérodote d'environ treize ans. Il était d'une des premières familles d'Athènes. Placé à la tête d'un corps de troupes, il tint pendant quelque temps en respect celles de Brasidas , le plus habile général de Lacédémone j mais celui-ci ayanlsurpris la villed'Amphipolis, Athènes se vengea sur Thucydide d'un revers qu'il n'avait pu prévenir.
« Pendanlson exil, qui dura vingt ans, il rassembla des matériaux pour l'histoire de la guerre du Péloponèse ,et n'épargna ni soins ni dépenses pour connaître les causes