TOME II. S
Qy^ ABRÉGÉ DU VOYAGE
qui^îa produisirent, et les intérêts particuliers qui la perpétuèrent. Cette histoire, qui comprend les yingt et une premières ^•nnées de cette fatale guerre , se ressent fde son amour extrême pour la vérité , et de son caractère qui le portait à la réflexion.
cf Son ouvrage n'est point , comme celui d'Hérodote , une espèce de poëme , où l'on trouve les traditions des peuples sur^leur origine , l'analyse de leurs usages et de leurs mœurs , la description des pays qu'ils habitent , et des traits d'un merveilleux qui réveille presque toujours l'imagination. Ce sont des annales , ou, si l'on veut, les mémoires d*un militaire qui , tout à la fois h<;)mme d'état et philosophe , a mêlé dans ses récits et dans ses harangues les principes de sagesse qu'il avait reçus d'Anaxûgore , et les leçons d'éloquence qu'il tenait de l'orateur Autiphon. Ses réflexions sont souvent profondes , toujours justes j son style , énergique , concis , et par là même quelquefois obscur, ofieuse l'oreille par intervalles ; mais il fixe sans cesse l'attention , et l'on dirait que sa dureté fait sa majesté. Si cet auteur estimable emploie des expressions surannées ou des mots nouveaux , c'est qu'un esprit
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tel que le sien s'accommode rarement de la langue que tout le monde parle.
(( L'histoire de Thucydide fut continuée avec succès par Xénophon , que vous avez connu.
« Hérodote , Thucydide et Xénophon seront sans doute regardés à l'avenir comme les principaux de nos historiens ,' quoiqu'ils diffèrent essentiellement nar le style.
i< Hérodote avait ébauché l'histoire des Assyriens et des Perses. Ses erreurs ont été relevées par un auteur qui connaissait mieux que lui ces deux célèbres nations. C'est Clésias , de Cnide , qui a vécu de notre temps. IL fut médecin à la cour du roi Arlaxercùs , et ht un séjour à la cour de Siize. Il nous a communiqué ce qu'il avait trouvé dans î;;s archives <.lc l'empire , . €e qu'il avait vu, ce que lui avaient transmis des témoin-s oculaircii. Entre plusieurs autres ouvrages , il nous a laissé une histoire des Indes , où il traite des animauxet des productions naturelles de ces climats ploi-
fnés j mais , comme il n'eut pas d'assez ons ii^,4maires , on commence à, dtt^er. de la vcrité de ses récits.
« Voici les antiquités de la Sicile , la vie de Denys l'ajicien et celle de son fils par
'l'J'l . ABROGE DU VOYAGE
Phllistus, mort , il y a quelques années, après avoir vu dissiper la flotte qu'il commandait au nom du plus jeune de ces princes. Philistus avait des talens qui l'ont en quelque façon rapproché de Thucydide; mais il n'avait pas les vertus de cet historien : c'est un esclave qui écrit pour flatter les tyrans.
« Je termine ici celte courte énuméra lion . Vous ne trouverez peut-être pas un peuple, nne ville , un temple célèbre qui n'ait son historien. Quantité d'écrivains s'exercent actuellement dans ce genre : je vous citerai, entre autres , Ephore et Théopompe qui s'y sont déjà signalés. »
Ces derniers arrivèrent dans ce moment.
Euclide , qui les attendait , me dit tout Las qu'ils devaient nous lire quelques fragmens des ouvrages dont ils s'occupaient alors. Ils amenaient avec eux deux ou trois de leurs amis, Euclide avait invité quelquesuns des siens.
« Je me suis proposé , dit Ephore , d'écrire tout ce qui s'est passé parmi les Grecs et les barbares , depuis le retour des Héraclides jusqu'à nos jours, pendant l'espace de huit cent cinquante ans : dans cet ouvrage divisé en trente livres , précédés chacun d'un avant-propos , on trouvera
DU JEUNE A.NACHAr.SIS. I']3
l'origine des difTérens peuples , la fondaliou des principales villes , leurs colonies , leurs lois , leurs mœurs, la nature de leurs climats , et les grands hommes qu'elles ont produits. /> 11 liait par reconnaître que les nations barbares étaient plus anciennes que celles de la Grèce : cet aveu me prévint eu sa faveur.
Malgré ses défauts , son ou^Tage sera toujours regardé comme un trésor d'autant, plus précieux , que chaque nation y troU' vera , séparément et dans un bel ordre , tout ce qui peut l'intéresser. Le slj'le en est pur, élégant , fleuri , quoique trop souvent assujéti à certaines harmonies , cl presque toujours déuué d'élévation et de chaleur.
Après cette lecture , tous les yeux se tournèrent vers Théopompe , qui commença à nous parler de lui avec une si forte vanit», qu'il nous indisposa d'abord contre lui j mais , à propos de son ouvrage , qui est une continuation de Thucydide, et l'histoire de la vie de Philippe de Macédoine, il s'engagea tout-à-coup dans une route si lumineuse , il développa de si grandes connaissances sur les afî'aires de la Grèce et des autres peuples , tant d'intelligence dans la distribution des faits , tant
de simplicité , de clarté , de noblesse et d'harmonie dans son style, que nous fumes forcés de combler d'éloges l'homme qui jméritait le plus d'être humilié.
Cependant des fables et des récits in- [croyables refroidirent notre admiration ; let ses fréquentes digressions, ainsi que les 'harangues qu'il mettait dans la bouche des généraux avant le combat , nous impajtientaient et nous faisaient promptement perdre le fil de ses narrations.