‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 36 sur 65 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

Sur les noms propres usitos parmi les Grecs.

Platon a fait un traité , dans lequel if hasarde plusieurs élymologies sur les noms des héros , des génies et des dieux. Il y prend des licences dont celle espèce de travail n'est que trop susceptible. Encouragé par son exemple , et moins hardi que lui , je place ici quelques remarques sur les noms propres usités chez les Grecs : le hasard les avait amenées pendant les deux enireiiens que je viens de rapporter. Des écarts d'un autre genre , ayant , dans ces mêmes séances , arrêté plus d'une fois no-

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tre attention sur la philosopliie et sur la mort de Socrate , j'appris des détails dout je ferai usage dans le chapitre suivant

On distingue deux sortes de noms ; les noms propres , les autres composés. Parmi les premiers il en est qui tirent leur origine de certains rapports entre tel homme et tel animal , par exemple , Lycos , le loup; Sauros^ le lézard; Alectiyon, le coq ; il eu est encore qui paraissent tirés de la couleur du visage : Argos , le blanc ; !Mélas , le noir; Pyrrhus , /e roux.

Quelquefois un enfant reçoit le nom d'une divinité , auquel on donne une légère inflexion : c'est ainsi <}^ Apollonius vient d'Apollon , Démétriiis de Déméter, ou Cérès , etc.

Les noms composés sont en plus grand nombre que les simples. Si des époux croient avoir obtenu par leurs prières la naissance d'un fils , par reconnaissance ils ajoutent avec un très léger changement, au nom de la divinité protectrice , le mot Doron, qui ûgmïie présent ; de là, les noms de Théodore , Diodore , Olympiodore , Héliodore, etc.

Quelques familles prétendent descendr e des dieux : de là , les noms de Théogène ou de Théagènej né des dieux y Diogène

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né de Jupiter,- Hermogcnc, né deMercure.

C'est une remarque digne d'attention que la plupart des noms rapportés par Homère sont des marques de distinction. Elles furent accordées comme récoi"Opensc aux qualités qu'on estimait le plus dans les siècles héroïques, telles que la valeur, la force , la légèreté à la course , la prudence et d'autres vertus. Du mot polémos, qui désigne la guerre, on lit Tlépolèîiie, c'est-à-dire, propre à soutenir les travaux de la guerre. En joignant au mot machè^ combat , des prépositions et diverses parties d'oraison, qui en modifient le sens d'ime manière toujours honorable , on composa les noms à! Aniphimaqae , à! Antimaque , de Télénioqiie. En procédant de la même manière sur le mol hànoréa, force, intrépidité, on eut Agapenor, celui qui estime la valeur j Agchwr, celui qui la dirige, et quantité d'autres : du mot Damao ^ je dompte , je soumets, on fit Daniastor, AtJiphidaniaSj Iphidanias ^ Poljdamas, etc.

Il suit de là que plusieurs particuliers avaient alors deux noms 3 celui que leur avait donné leurs parens , et celui qu'ils méritaient par leurs actions : mais le second fit bientôt oublier le premier. Ces litres d'honneur se transmettaient aux eu-

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fans j pour leur rappeler les actions de leurs pères, el les engager à les imiter. Ils subsistent encore aujourd'hui; et, comme ils ont passé dans les difiereutes classes des citoyens , ils n'imposent aucune obligation. Quelquefois même il en résulte un singulier contraste avec l'étal on le caractère de ceux qui les ont reçus dans leur enfance.

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