‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 37 sur 65 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Soci'ate.

S0CRA.TE était fils d'un sculpteur, nommé Sophronisquc ; Phénarète , sa mère exerçait la profession de sage-femme.

L'examen de la nature , les sciences exactes et les arts agréables fixèrent tour à tour son attention.

11 parut dans un temps où aeux classes d'hommes se chargeaient de recueillir ou de répandre de nouvelles lumières • les philosophes , dont la plupart passaient leur vie à méditer sur la formation de l'univers , et sur l'essence des êtres ; et les sophistes qui , à la faveur de quelques notions légères et d'une éloquence fastueuse , se faisaient un jeu de discourir sur tous les

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objets de la morale et de la politique , sans en éclaireir aucun.

Socrate fréquenta les uns et les autres 5 mais il regarda comme inutiles les méditations des philosophes , et comme dange- |reuse la méthode des sophistes qui soutenaient toutes les doctrines et n'en adoptaient aucune : il conclut que la seule connaissance nécessaire aux hommes était celle dejeurs devoirs ; la seule occupation digne des philosophes , celle de les instruire ; et , soumettant à l'examen de sa raison nos rapports avec les dieux et nos semblables , il s'en tint à cette théologie simple dont les nations avaient tranquillement écouté la voix depuis une longue suite de siècles.

Ce grand homme ne s'expliqua point sur la nature de la divinité ; mais il s'énonça toujours clairement sur son existence et sur sa providence. Il reconnut un Dieu unique , auteur et conservateur de l'univers j au-dessous de lui des dieux inférieurs , formés de ses mains , revêtus d'une partie de son autorité , et dignes de notre yénéfation.

Il ne rechercha point l'origine du ukiI qui règne dans l'ordre moral , ainsi que dans le physique j mais il connut les biens

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e.t les maux qui font le bouheur et le malhenr de l'homme , et c'est sur cette connaissance qu'il fonda sa morale.

Pénétré de sa doctrine , qui enseigne que le vrai bouheur de^ l'homme consiste dans la venu , il conçut le dessein , aussi extraordinaire qu'intéressant, de détruire, s'il en était temps encore , les erreurs et les préjugés qui font le malheur et la honte de l'humanité. On vit donc un simple particulier, sans naissance , sans crédit, sans aucune vue d'intérêt ou de gloire , se charger du soin pénible d'instruire les hommes, et de les conduire à la vertu par la vérité. Il ne chercha point à se mêler de l'administratlonj il avait de plus nobles fonctions à remplir. « En formant de bons citoyens , disait-il, je multiplie les services que je dpis à ma patrie. »

Comme il ne devait , ni annoncer ses projets de réforme , ni en précipiter Texécution, il ne composa point d'ouvrages j il n'affecta point de réunir, à des heures marquées , ses auditeurs auprès de lui.

Mais dans les places et les promenades publiques , dans les sociétés choisies , parmi le peuple , il profitait de la moindre occasion pour éclairer, sur leurs vrais intérêts , le magistrat, l'artisan, le laboureur, tous

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ses frères, en un mot ; car c'était sous ce point de yue qu'il envisageait tous les hommes.

Ses leçons n'étaient que des entretiens familiers, dont les circonstances amenaient le sujet. Tantôt il lisait avec ses disciples les écrits des sages qui l'avaient précédé j et les relisait, parce qu'il savait que , pour persévérer dans l'amour du Lien , il faut souvent se convaincre de nouveau des vérités dont on est convaincu : tantôt il expliquait la nature de la justice , de la science et du vrai bien. « Périsse, s'écriait-il alors, la mémoire de celui qui osa le premier établir ime distinction entre ce qui est utile ! »

Né avec un extrême penchant pour le vice , il fut pendant sa vie entière le modèle de toutes les vertus. Il eut de la peine à réprimer la violence de son caractère ; mais enfin sa patience devint invincible. L'humeur difficile de Xantippe , son épouse, ne troubla plus le calme de son tme , ni la sérénité qui régnait sur son front. Il leva la main contre son esclave : « Ah ! si je n'étais en colère , lui dit -il ! » Et il ne le frappa point. Il avait prié ses amis de l'avertir quand ils apercevraient de l'altération dans ses traits ou dans sa voix.'

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Malgré sa pauvreté , il ne retira aucun salaire de ses instructions , et n'accepta jamais les offres de ses disciples. Quelques riches particuliers de la Grèce voulurent l'attirer chez eux , il les refusa ; et , quand Archélaûs , roi de Macédoine , lui proposa un établissement à sa cour, il refusa encore, sous prétexte qu'il n'était pas en état de lui rendre bienfait pour bienfait.

Cependant son extérieur n'était point négligé , quoiqu'il se ressentît de la médiocrité de sa fortune. Cette propreté tenait aux idées d'ordre et de décence qui dirigeaient ses actions , et le soin qu'il prenait de sa santé au désir qu'il avait de conserver son esprit libre et tranquille.

Dans ces repas où le plaisir va quelquefois jusqu'à la licence , ses amis admiraient sa frugalité; et, dans sa conduite, ses ennemis respectaient la pureté de ses mœurs.

Il fit plusieurs campagnes : dans toutes, il donna l'exemple de la valeur et de l'obéissance. Au siège de Potidée , on le vit affronter le froid le plus rigoureux , et marcher pieds nus sur la glace , lorsque les soldats n'osaient pas sortir de la tente. A la bataille de Délium , il se retira des derniers , à côté du général , qu'il aidait de ses conseils , marchant à petits pas , ettou-

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jours combattaiit , jusqu'à ce qu'ayant aperçu le jeune Xénoplion , épuisé de fatigue et renveisé de cheval , il le prit sur ses épaules , et le mit en lieu de sûreté. Le général , nommé Lâchés , avoua depuis qu'il aurait pu compter sur la victoire , si tout le monde s'était comporté comme Socrate.

'"j 11 plaisantait souvent de la ressemblance 'de ses traits avec ceux auxquels on reconnaît le dieu Silène. 11 avait beaucoup d'agrément et de gaieté dans l'esprit , autant de force que de solidité dans le oûractère , un talent particulier pour rendre la vérité sensible et intéressante , point d'ornemens dans ses discours , souvent de l'élévation, toujours la propriété du terme, ainsi que renchaîueineiU et la justesse des idées. Il disait qu'Aspasie lui avait donné des leçons de rhétorique : ce qui signifiait, sans doute, qu'il avait appris auprès d'elle à s'exprimer avec plus de grâces. Il eut des liaisons avec cette femme célèbre , avec Périclès, Euripide , et les hommes les plus distingués de son siècle; mais ses disciples furent toujours ses véritables amis : il en était adoré; et j'en ai vu qui , long -temps après sa mort, s'attendrissaient à son souvenir.

Pendant qu'il conversait avec eux, il leur

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parlait fréquemment d'un génie qui l'accompagnait depuis son enfance , el dont les inspirations ne l'engageaient jamais à rien entreprendre, mais l'arrêtaient souvent sur le point del'exécution. Si onle consultait sur un projet dont l'issue dût être funeste , la voix secrète se faisait entendre; s'il devait réussir, elle gardait le sil.ence. Sans doute , il prenait alors ses pressentimens pour des inspirations divines, et rapportait à une cause surnaturelle les effets de sa prudence ou ceux du hasard.

Les Athéniens n'eurent jamais pour ce grand philosophe la considération qu'il méritait. Aristophane, Eupolis, Amipsias, le jouèrent sur le théâtre. Il fallait jeter du ridicide sur son prétendu génie, et sur ses longues méditations : Aristophane le représente suspendu au-dessus de la terre , assimilant ses pensées à Tair subtil et léger qu'il respire, invoquant les déesses tutélaires des sophistes , les Nuées , dont il croit entendre la voix au milieu des brouillards et des ténèbres qui l'environnent. Il fallait le perdre dans l'esprit du peuple : le poète l'accuse d'apprendre aux jeunes gens à mépriser les dieux, à tromper les hommes.

Socrate, à ce qu'on prétend, ne dé-

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daigna pas d'assister à la première représentation. De pareilles attaques n'ébranlaient pas plus sa constance que les autres événemens de la vie. « Je dois me corriger , disait-il , si les reproches de ces auteurs sont fondés j les mépriser , s'ils ne le sont pas. »

Depuis la représentation des Nuées , il s'était écoulé environ vingt-quatre ans. Il semblait que le temps de la persécution était passé pour lui , lorsque tout-à-coup il apprit qu'un jeune homme , nommé Mélitus , venait de le dénoncer au second des archontes , comme un ennemi des dieux, et un corrupteur delà jeunesse, et demandait contre lui la peine de mort. Deux accusateurs, plus puissans que ce Mélitus , Anytus et Lycon, le firent servir d'instrument à leur haine.

Ce dénonciateur, eu poursuivanlSocrate comme un impie, devait se flatter de le perdre, parce que le peuple recevait toujours avec ardeur ces sortes d'accusations. D'un autre côté, en le poursuivant comme le corrupteur de la jeunesse , il pouvait , à la faveur d'une accusation si vague, rappeler incidemment, et sans risque, les opinions que l'accusé avait manifestées contre le gouvernement populaire établi

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depuis l'expulsion des trente tyrans , au nombre desquels était Ctésias , un de ses disciples.

Pendant les premières procédures , Socralc se tenait tranquille ; mais ses disciples, effrayés , s'empressaient de conjurer l'orage. Le célèbre Lysias composa pour lui un discours touchant et capable d'émouvoir les juges. Socrate y reconnut les taleus de l'orateur, mais il n'y trouva point le langage vigoureux de l'innocence.

Un de ses amis , nommé Hcrmogène , Je priait un jour de travailler à sa défense. « Je m'en suis occupé depuis que je respire, répondit Socrate... Qu'on examine ma vie entière : voilà mon apologie. La postérité prononcera entre mes juges et moi : tandis qu'elle attachera l'opprobre à leur mémoire , elle prendra quelque soin de la mienne , el me rendra cette justice que loin de songer à corrompre mes concitoyens, je n'ai travaillé qu'à les rendre meilleurs, a

Telles étaient ses dispositions, lorsqu'il fut assigné pour comparaître devant le tribunal des héliastes , auquel Tarchonte-roi venait de renvoyer l'affaire, et qui, dans' cette occasion, fut composé de cinq cents juges.

Mélitus et les autres accusateurs avaient concerté leurs attaques à loisir. Dans leurs plaidoyers , soutenus de tout le prestige de l'éloquence, ils avaient rassemblé avec un art infini beaucoup de circonstances propres à prévenir les juges. Je vais rapporter quelques-unes de leurs allégations.

Premier délit de Socrate. Un admet pas les dwLiiités d Athènes y quoique ^ suivant la loi de Dracon , chaque citoyen soit obligé de les honorer.

Second délit de Socrate. // corrompt la jeunesse d'Athènes.

Plusieurs des amis de Socrate prirent hautement sa défense ; d'autres écrivirent &0. sa faveur; et Mélitus aurait succombé , si Anytus et Lyoon n'étaient venus à son secours.

L'accusé se défendit pour obéir à la loi; mais ce fut avec la fermeté de l'innocence et la dignité de la vertu. Les juges étaient la plupart des gens du peuple , sans lumières et sans principes. Les uns prirent sa fermeté pour une insulte, les autres furent jblessés des éloges qu'il .s'était donnés. Il intervint un jugement qui le déclarait atteint et convaincu. Ses ciuiemis ne l'emportèrent que de quelques voix. Ils en eussent eu moins encore , et auraient été punis

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eux-mêmes , s'il avait fait le moindre effort .pour fléchir ses juges.

'' Suivant la jurisprudence d'Athènes , il .fallait un second jugement pour statuer 'sur la peine. Mélitus , dans son accusation, concluait à la mort. Socrate pouvait choisir entre une amende , le bannissement, ou la prison perpétuelle. Il reprit la parole , et dit qu'il s'avouerait coupable , s'il s'infligeait la moindre punition: mais qu'ayant rendu de grands services à la république il mériterait d'être nourri dans le Prytanée , aux dépens du public, A ces mots quatre vingts des juges, qui avaient d'abord opiné en sa faveur, adhérèrent aux conclusions de l'accusateur , et la sentence de mort fut prononcée; elle portait que le poison terminerait les jours de l'accusé.

Socrate la reçut avec la tranquillité d'un homme qui , pendant toute sa vie, avait appris à mourir. Quand il sortit du palais pour se rendre à la prison , on n'aperçut aucun changement sur son visage ni dans sa démarche. Il dit à ses disciples , qui fondaient en larmes à ses côtés : « Eh ! pourquoi ne pleurez-vous que d'aujourd'hui.

Ignoriez-vous qu'en m'accordant la vie la nature m'avait condamné à la perdre ? ;> Il vit passer An^ius, et dit à ses amis : « Voyez

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comme il est fier de sou triomphe : il ne sait pas que la victoire reste toujours à l'homme vertueux. »

Le lendemain de sou jugement, le prêtre d'Apollon mit une couronne sur la poupe de la galère qui porte tous les ans à Délos les oliraudes'des Alliéniens. Depuis cette cérémonie jusqu'au retour du vaisseau, la loi défend d'exécuter les jugemens qui prononcent la peine de mort.

Socrate passa trente jours dans la prison, entouré de ses disciples, qui, pour soulager lenr douleur , venaient à tous moments recevoir ses regards et ses paroles; qui, à tous les momens , croyaient les recevoir pour la dernière fois. ^

Un jour , à son réveil , il aperçut Critou assis auprès de son lit : c'était un de ceux qu'il aimait le plus. « Qui vous engage à venir sitôt , lui dit-il ? — Une nouvelle accablante , non pour vous , mais pour moi et pour vos amis; la plus cruelle et la plus afiVeuse des nouvelles. — Le vaisseau est-il arrivé? — On le vit hier ausoir àSunium; il arrivera sans doute aujourd'hui , et demain sera le jour de votre trépas. — A la bonne heure , puisque telle est la volonté des dieux. »

Alors Criton lui déclara qu'il avait pris ,

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avec quelques amis , la résolution de le tirer de la prison j que les mesures étaient concertées pour la nuit suivante , et qu'on lui ménageait , en Thessalie , une retraite ■honorable, une vie tranquille. « O mon cberCriton! répondit-il, votre zèle n'est pas conforme aux principes que j'ai toujours fait profession de suivre, et que les tourmens les plus rigoureux ne me forceront jamais d'abandonner. Après avoir déclaré que je préférerais la mort à l'exil, irai-je , infidèle à ma parole, ainsi qu'à mon devoir, montrer aux nations éloignées Socrate proscrit, humilié, devenu l'infracteur des lois et l'ennemi de l'autorité, pour conserver quelques jours languissans et flétris ? Irai-je y perpétuer le souvenir de ma faiblesse et de mon crime, et n'oser y prononcer les mots de justice et de vertu sans en rougir moi-même, et sans m'attirer les reproches les plus sanglans ? Non, mon ami; restez tranquille, et laissez-moi suivre la voie que les dieiij m'ont tracée. »

î)eux jours après cette conversation , les onze magistrats, qui veillent à l'exécution des criminels, se rendirent de bonne heure à la prison pour le délivrer de ses fers , et lui annoncer le moment de son

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trépas. Plusieurs de ses disciples entrèrent ensuite, et trouvèrent auprès de lui Xaatippe son épouse, tenant le plus jeune de ses enfans entre ses bras. Dès qu'elle les aperçut , elle s'écria d'une voix entrecoupée de sanglots : « Ah ! voilà vos amis, et c'est pour la dernière fois ! » Socrate pria Criton de la faire ramener chez elle ; on l'arracha de ce lieu, jetant des cris douloureux, et se meurtrissant le visage.

Jamais il ne s'était montré à ses disciples avec autant de patience et de courage. Dans son dernier entretien il leur dit : « Qu'il n'était permis à personne d'attenter à ses jours , parce que , placé sur la terre, comme dans un poste, nous ne devons le quitter que par la permission des dieux ; que pour lui , résigné à leur volonté, il soupirait après le moment qui le mettrait en possession du bonheur qu'il avait taché de mériter par sa conduite. ;> De là, passant au dogme de l'immortalité de l'âme, il l'établit par une foule de preuves qui justifiaient ses espérances.

Il passa ensuite dans une petite pièce pour se baigner. Criton le suivit, ses autres amis s'entretinrent des discours qu'ils venaient d'entendre, et de l'état où sa mort allait les réduire. On lui présenta ses trois

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enfans, dont deux étaient encore dans uu âge fort tendre. Il donna quelques ordres aux femmes qui les avaient amenés , les renvoya, et alla rejoindre ses amis.

Un moment après le garde de la prison entra^ lui apportant le poison. « Je suis assuré, dit cet homme, que vous ne m'attribuez pas votre infortune : vous n'en connaissez que trop les auteurs. Adieu, tâchez de vous soumettre à la nécessité. »Ses pleurs lui permirent à peine d'achever , et il se retira dans un coin de la prison pour les répandre sans contrainte. « Adieu, lui répondit Socrate, je suivrai votre conseil. * Et se tournant vers ses amis : « Que cet homme a bon cœur ! Pendant que j'étais ici, il venait quelquefois causer avec moi.....

Voyez comme il pleure Criton , il

faut lui obéir : qu'on apporte le poison , s'il est prêt} et,» s'il ne i-est pas., qu'on je broie au plus tôt^ *

Criton voulut lui remontrer que le soleil n'était pas encorç, couché; qiie d'autres avaient. eu la liljerté de prolonger leur vie de quelques heures. <( Us. avaieat^ leurs raisons, dit^Spçrate, et j'ai les miennes pour agir autrement- »

Alors Criton fit exécuter les ordres de Socrate, et , quand tout fat prêt, un do-

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lueslique apporta la coupe fatale. Socratc lui demanda ce qu'il avait à faire : «Vous promener , après avoir pris la potion , répondit cet homme, et vous coucher sur Je dos, quand vos jambes commenceront à s'appesantir. » Alors, sans changer dévisage et d'une main assurée, il prit la coupe, et, après avoir adressé ses prières aux dieux, il l'approcha de sa bouche.

Dans ce moment terrible le saisissement et l'cfFroi s'emparèrent de toutes les âmes, et des pleurs involontaires coulèrent de tous les yeux. Les sanglots redoublèrent aux cris du jeune Apollodore qui , après avoir pleuré toute la journée, faisait retentir la prison de hurlemens affreux. « Que faites -vous, mes amis, leur dit Socrate sans s'émouvoir ? J'avais écarté les femmes , pour n'être pas témoin de pareilles faiblesses. Rappelez votre courage j j'ai toujours ouï dire que la mort devait être accompagnée de bons augures. »

Cependant il continuait à se promener : dès qu'il sentit de la pesanteur dans ses jambes, il se mit sur son lit, et s'enveloppa dans son manteau. Le domestique montrait aux assistans les progrès successifs du poison. Déjà un froid mortel avait giacé ses pieds et ses jambes : il était près

(le s'insinuer dans le cœur , lorsque Socrale, soulevant son manteau , dît à Ciitoiï : t< Nous devons un coq à Esculape j n'ou-' bliez pas de vous acquitter de ce vœu.' Cela sera fait , répondit C-riton j mais n'avez-vous pas encore quelque ordre à nou^donner? » Il ne répondit point : un^instant après , il ùl un pqlit'mouvèj^ejfsV: ]e domestique , l'ayaiit découvé/f ,;i'açai spn dernier regar'd', et CnŒ'U ' l'Ai" îètmK Ic^s 'yeux.

Ainsi mourut le plus religieux , le plus vertueux et le plus lieaieiux des hommes ; le seul, peut-êtve^q^ij ,; Sfirits^ypraiii te, d'être démenti , pût dire haulemept : Je n'ai jamais , ni par mes paroles, ni par mçs actions , commis la moindre iniusliçe.

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