‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 39 sur 65 · CHAPITRE LXYUÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXYUÏ

Histoire du théâtre des Grecs \

[An 545. avant J. C] Vers ce ternps-là je terminai mes recherches sur l'art dramatique.

C'est âahs le seia des plaisirs tumultueux, et (îans les égaremens de l'ivresse, causés piu' les fêtes de Bacchus , que se forma le plus régulier et le plus sublime des arts. Transportons-nous a trois siècles environ au-delà de celui où nous sommes. Parmi les poètes qui florissaient alors , les uns chantaient les actions et les aventures des dieux et des héros, et les autres attaquaient avec malignité les vices et les ridicules des personnes. I^es premiers prenaient Homère pour modèle , les seconds s'autorisaient et abusaient de son exemple.

On connaissait déjà le besoin et le pouvoir de l'art théâtral. Susarion et Thespis, tous deux néû dans un petit bourg de l'Attique, parureitt, chacun à la tête d'une ttoupé d^àcteurs, Fun sui des tréteaux, l'autre sur un chariot. Le premier attaqua'

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les vices et les ridicules de son temps; l'autre traita des sujets plus nobles, des sujets puisés dans l'histoire.

Le goût excessif qu'on prit tout-à-coup, à la ville et à la campagne , pour les pièces de ces deux auteurs, justifia et rendit unitile la prévoyance inquiète de Solon. Les poètes, qui jusqu'alors s'étaient exercés dans les dithyrambes et dans la satire licencieuse , frappés des formes heureuses dont ces genres commençaient à se revêtir, consacrèrent leurs talens à la tragédie et à la comédie. Bientôt on varia les sujets du premier de ces poèmes, et l'on en mû^ d'étrangers au culte de Bacchus.

Phrynicus , disciple de Thespis , laissa la tragédie dans l'enfance.

Eschyle la reçut de sa main, enveloppée d'un vêtement grossier, le visage couvert défausses couleurs, ou d' un masque sansi caractère; ti'flyant ni grâces ni dignité dansjses niouvemeus, s'exprimant quelquefois avec élégance et dignité, souvent dans un style falivle, lampant et souillé 4't>bscénités. Ce père de la tragédie s'était distingué dau$ les batailles de Mqratl;on,:d^Salamine et 4c Platée; et , dès sa plus tendre jeunesse, il s'était nourri de ces poètes qui, voisin^ 4es tomps héroïques , concevaient d'aussi

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grandes idées qu'oa faisait de grande» choses.

Il introduisit un second acteur d'ans se^

Ï)remières tragédies; et dans la suite, ^ 'exemple de Sophocle, qui venait d'entrer dans la carrière du théâtre , il en établît un troisième, et quelquefois même uti' quatrième. Par cette multiplicité de pcr-* sonnages, un des acteurs devenait îe héros de la pièce, et attirait à lui le principal intérêt. i

Ses plans sont d'une extrême simplic-ftéi' Il négligeait ou ne connaissait pas assez l'art de sauver les invraisemblances , de nouer et de dénouer une action , d'en lier étroitement les différentes parties, delà presser ou de la suspendre par des reeoir^ naissances et par d'autres accidens impré-* tws. Il n'intéresse quelquefois que par le 3*écït des faits, et par la vivacité du dialogoe ', d'autres fois que par la force dii Sety4e > ott par ia terreur du spectacle. It paraît 'qu^il regardait l'unité d'action et de temps comme essentielle, celle dii lietf comme moins nécessairëi^^^ ;*'4 '*o iiuubd

Le caractère et les mcéurs deises pèèsdn-f ^ ^Hages sont convenablies et ■^«■'déiîientfeijf " wretnewt. 11 choisit pour l'o'rllinaire Séfe *M3)d«4es.4ans -les temps héroï^cics , ^t les

soutient à l'clévatiou où Homère avait placé les siens. Il se plaît à peindre des ^mes^ vigoureuses , franches , supérieures à la crainte, dévouées à la patrie, ii)satial>les de gloire et de combats, plus grandes «ju'elles ne sont aujourd'hui , telles qu'il en voulait former pour la défense de la Grèce j car: il écrivi^jt diyis le-temps de la guerre des Perses,^ ^.j^V.;^.";,,;, ^î.;,^^.;

^^Dé'scm temps, cri 'riè'ccrnnais^ït', pour le genre héroïque , que le ton de l'épopée et celui du dithyrambe. Comme ils s'assortissaient à la hauteur de ses idées et de ses sentimens, Eschyle les transporta, sans les ^ijaiblir, dans la tragédie. Entraîné. par un enthousiasme dont il n'est piiis le maître,, il prodigue les épithètes , les métaphores ,r toutes les expressions figurées- des mouvemens de l'âme, tout ce qui donne du ppids , de la force , de la magnificence au langage, tout ce qui^ peut l'animer et le ]^assionner. .Sous son pinceau vigoureux, îçis récits,,, les pensées, les maximes, se changent en images frappantes par leur| beauté ou par leur singularité.

..-L'éloquence d'Eschyle était trop forte ]pQuc,rass^J€4ir aux' ^recherches de l'élé-^ gance , de l'harmonie et de la. correction j son essor était trop audacieux pour ne pas

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l'exposer à des écarts et à des chuies. C'est uii*lyle , en général, noble et sublime; en certains endroits , grand avec excès-, et pompeux jusqu'à l'enflure, quelquefois méconnaissable el révoltant par des comparaisons ignobles , de puérils jeux de mots, et d'autres vices qui sont communs à cet auteur avec ceux qui ont plus de génie que de goût. Malgré ses défauts, il mérita un rang très distingué parmi les plus célèbres poètes de la Grèce.

Faussement accusé d'avoir révélé dans une de ses pièces les mystères d'Eleusis, il n'échappa qu'avec peine à la fureur d'un peuple fanatiqiie. Ayant abandonné sa patrie , il se rendit en Sicile , oii le roi Hiéron le combla de bienfaits et de distinctions. Il y mourut peu de temps après , âgé d'environ soixante et dix ans. Les Athéniens décernèrent des honneurs à sa mémoire, et l'on a vu plus d'une fois les auteurs qui se destinaient au théâtre, aller faire des libations sur son tombeau, et déclamer ^eurs ouvrages autour de ce monument **^èbre.

^^^irogrès de l'art furent extrêmement rapides. x.,pj^Q^|g^ contemporain d'Eschy-, le, balaT; ,,]^ grloirc de ce ffrand tragique.

Sophocle bI^ ^ /'^^

^ une famille honnête

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«d'Athènes , la quatrième année de la sûixauie-clixième olympiade ( vers raBL497 avant J. C. ), «t quatorze ans avant la îiaissauce d'Eufipide. Après la bataille âe Salamine, placé à la tête d'un chœur de lîeuD/es gens , qui faisaient entendre autour jd'un trophée des chants de victoire, il attira itous les regards par la beauté de sa figure, et tous les suffrages par les sons de sa lyre j en différentes occasions , on lui confia des 'emplois importans , soit civils , «ât miliitaires. A l'âge de qualre-vingts ans, «ic- 'cusé par un fds ingrat de n'être plus en état de conduire les affaires de sa maison, il se contenta de lire à l'audience /'Œt/i/;e \à Colonne j qu'il venait de terminer ; les juges indignés lui conservèrent ses droits , et tous les assisians le conduisirent en triomphe à sa maison. Il mourut à l'âge de quatre-vingt-onze ans, après avoir joui d'une gloire dont l'éclat augmente de jour en jour. A la mort d'Emipide son émule ^ arrivée peu de temps avant la sienne , il pai'ut en habit de deuil, mêla sa douleur avec celle des Athéniens , et ne souffri' pas que dans une pièce qu'il donnait ^^* a-cieurs eussent des couronnes su ^^^^^ tête.

11 , r j. T. -jx 4 <^e lyrique, . jU Srânpliqua d abord a ^' ^ '

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mais son génie l'entraina bientôt dans une route plus glorieuse , el son premier succès l'y fixa pour toujours. Il était âgé de vingthuit ans ; il concourait avec Eschyle , qui 4tait en possession du théâtre. Après la représentation des pièces, la pluralité de^ suffrages se réunit en sa faveur. Son concurrent , blessé de cette préférence , se retira quelque temps après en Sicile.

Le jeune Euripide avait été témoin de ce triomphe de Sophocle. Aussi le vit-on, à l'âge de dix-huit ans, entrer dans la carrière , et pendant une longue suite d'années la parcourir de front avec ce rival, comme deux superbes coursiers ^ui , 4'uflke ardeur égale , aspirent à la victoire.

Diverses raisons l'engagèrent, sur la fin «e ses jours , à se retirer auprès d'Archélaiis , roi de Macédoine , qui rassemblait à sa CQur tous ceux qui se disilinguaient dans ies lejttres et dans les arts. Il mourut quelques années après , âgé d'environ soixautje-seize ans. Les Athéniens envoyè- XQn^ des députés en Macédoine , pour obtenir gifie son corps fût transporté à Athènes; jouais Archélaûs rejeta leurs prières v ^t regarda comme un honneur ae con- ^çfy^r Içs restes d'un grand homme. Il lui

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fit élever un lomheaii magnilique près de' sa càpUalé. En même temps les^ Athéniens lui dressèrent un cénotaphe sur le'chemin' qui conduit de la ville au Pirée. A'Salamine , lieu de sa naissance , on'S 'empressa' de me conduire dans lihe gtottè ' où Voti: prétend qu'il avait compose la plupart dé' SCS pièces. C'est ainsi qu'au bourg. de' Côr' lonne les liabilans m'ont montré pins d'unë^ fois là maison où S<D|)liocle a,v^it passé i\ne partie de sa vie. . :j -, .,.^,,. , ,.

Athèiiek'p^'Mirjifésquë'en^tnèlifie temps' ces deux' célèbres, poètes. A peine avaient-* ils les jeux fermes ,'qu'Aristoplianc coiii-* posa Une pièce qurfat.JQÙée aféc succès, er dans laquelle il assigtia le préinieVràng à' Eschyle , le second à Sophocle , et le troisième à'Earipidc. Celte décision était alors conforme à l'opinion de la plupart des Athéniens. Quel que soil Içur mérite particulier, rquelques difîérences qu'il y ait entre eux , ils seront toujours placés à la ttiijQ id^ ceux qui ont illustré la scène.

~'^(Qù6ïqiie Id domëdi'e ait la niêttie origine rjuela tragédie, sôfi histoire, moin;^ connue , indique des révolutions dont nous tgiiot-ôns les détails , et des découvertes Oorit: elle lib'ii^' Vaché'Mc^^niit'édrsV Née VerS^ la ciriquâniK'iùc ' 6TyiV>'piad'e'^ (ciiiq cent

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quatre-vingts ans avant J. C), dans les bourgs de l'At tique , assortie aux mœurs grossières des habitans de la campagne , elle n'osait approcher de la capitale. Ce ne fut qu'après une longue enfance qu'elle prit tout- à-coup son accroissement en Sicile. Au lieu d'un recueil de scènes sans liaisons et sans suite, le philosophe Epicharme établit une action , en lia toutes les parties, la traita dans une juste étendue,' et la conduisit sans écart jusqu'à la fin.' ^s pièces assujéties aux mêmes lois que la tragédie , furent connues en Grèce; elles y servirent de çiodèle , et la comédie y partagea bientôt avec sa rivale les suffrages du public et l'hommage que l'on doit aux talens. Les Athéniens surtout l'accueillirent avec les transports qu'aurait excités la nouvelle d'uue victoire.

Plusieurs d'entre eux s'exercèrent dans ce genre, et leurs noms décorent la liste nombreuse de ceux qui , depuis Epicharme jusqu'à nos jours , s'y sont distingués; Tels furent, parmi les plus anciens, Magnés, Cratitinus, Cratès,,, Phéréçrate, Eupoli?

et Aristophane , mort environ trente ans avant mon arrivée en Grèce. Ils vécurent tous dans le siècle de Périclès.

La lecture, de leurs pièces protive clai-

renient qu'ils n'eurent pour objet que de plaire à la multitude ; que tous les moyens leur parurent indifférens , et qu'ils employèrent tour à tour la parodie , l'allégorie et la satire, soutenues des images ''les plus obscènes et des expressions les plus grossières.

Quelques-uns, traitant un sujet dans sa généralité, s'abstinrent de toute injure personnelle j mais d'autres furent assez perfides pour confondre les défauts avec les vices , et le mérite avec le ridicule Espions dans la société , délateurs sur le itliéâtre, ils livrèrent les réputations éclatantes à la malignité de la multitude ; les fortunes, bien ou mal acquises, à sa jalousie. Point de citoyen assez élevé, point d'assez méprisable, qui fût à l'abri de leurs coups ; quelquefois , désigné par des illusions faciles à saisir, il le fut encore plus fiouvenl par son nom et par les traits de sou visage empreints sur le masque de l'action.

Les auteurs de ces satires recouraient à l'imposture pour satisfaire leur haine, à de sales injures pour plaire au petit peuple. Le poison à la main , ils parcouraient les différentes classes de citoyens et l'intérieur 4es maisons , pour exposer au jour .des horreurs qu'il n'avait pas éclairées.

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D'autres fois , ils se décliainaienl contre les philosophes, contre les poètes tragiques , contre leurs propres rivaux. Euripide fut toute sa vie poursuivi par Aristophane,; et les mêmes spectateurs couronnèrentles pièces du premier, et la critique qu'en faisait le second.

La plus saine partie de la nation murmurait , €t quelquefois avec succès , contre les entreprises delà comédie. Un premier, décret en avait interdit la représentation ; dans un second, on détendit de nommer personne, et dans un troisième, d'attaquer les niagistrats : mais ces décrets étaient Lientôt oubliés ou révoqués.

Vers la fin de la guerre du Péloponèse, un petit nombre de citoyens s'étaut emparés du pouvoir, leur premier soin fut de réprimer la licence dts poètes , et de permettre à la personne lésée de les poursuivre «n Justice. La terreur qu'inspirèrent ces hommes puissans produisit dans la comédie une révolution soudaine. Plus dç satire directe contre les particuliers , ui d'invectives contre les chefs de l'état, ni de portraits sur les masques. ArJ.stopbane lui-même se soumit à la réforme dans ses dernières pièces ; ceux qui le suivirent de près , tels qu'Eubulus , Autiphane , et plu-

sieurs autres, respectèrent les règles delà bienséance.

C'est l'état oii se trouvait la comédie pendant mon séjour eu Grèce. Quelquesuns continuaient à traiter et à parodier les sujets de la faLle et de l'histoire ; mais la plupart leur préféraient des sujets feints j et le même esprit d'analyse et d'observation qui portait les philosophes à recueillir dans la société ces traits épars ^ dont la réunion caractérise la grandeur d'ànie ou la pusillanimité , engageait les poètes à peindre dans le général les singularités qui choquent la société, ou les actions qui la déshonorent.

La comédie était devenue un art régulier, puisque les philosophes avaient pu la définir. Us disaiçut qu'elle imite, non tous îe.s yiccs , mais uniquement les vices susceptibles de ridicule. Ils disaient encore qu'à l'exGÏnple de la tragédie elle peut exagérer les caïîictèsïes pour - jes. r.endge pjlusfrappaus.., -l;. : >' -, ,•; -•;

V* Après avoir suivi les progrès de la t'i'^d*,^ î:|édie et delà comédie , il me reste à parler d'"im di'àmc qui réunit à la gravité de la* première la gaieté de la seconde. Ilnia-' quit de mèuic dans les fêtes de Baccihus.' Là, des choeurs de Silètie' et' de satyres

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enlremêlaient de facéties les liyiunes qu'ils chaulaicii|.,ep l'honneur de ce dieu. ^ ^

Leurs succès donnèrent la première idée de la satire, poërae ori les sujets les plus sérieux sont traités d'une manière à la fois touchante et comique.

Il csl'distfiigué de la ttagcdie pâ'r l'cs- .pèce de personnages qu'il admet , par la catastrophe qui n'est jamais funeste, par 'les traits , les bous mots et les Loufibnue- ^ies qui font son principal mérite j il l'est 'delà comédie par la nature du sujet, par le 'ton de dignité qui règne dans quelques-unes .de ses scènes , et par l'attention que l'on a 'd'en écarter les personnalités j il l'est de Vuné et de l'autre par des rhy ihmes qui lui 'sont propres, par la simplicité de la fable, par'les bornes prescrites à la durée de l'action- car la satire est une petite pièce qu^on donne, après la représentation des tragédies, pour délasser les spectateurs.

La scène offre aux yeux des bocages, des montagnes, des grottes et des paysages de toute espèce. Les personnages du chœur,

-'déguisés sous la forme bizarre qu'on altri- McauxSatyreÉ*, tantôt exéculont des dan:

ses ou Vi^/és oa s'aulîManies; tantôt dialo-

j^«itcïy> pa-r^chauteiit; avec leS; dieux oij les héros ^' çt^dc- la .diversité des pensées, des

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sentimens et des expressions, résulte' uû contraste frappant et singulier.

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