‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 4 sur 65 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Du commerce des Alliéniénj.

Le port du Pirée est très fréquenté , non seulement par les vaisseaux grecs , mais encore par ceux des nations que les Grecs appellent barbares.

Comme l'Attique produit peu de blé , il ^st défendu d'en laisser sortir ; et ceux qui en vont chercher au loin ne peuvent, sans s'exposera des peines rigoureuses, le verser dans aucune autre ville. On en tire de l'Egypte et de la Sicile, en beaucoup plus grande quantité de Panlicapée et de ïliéodosie , villes de la Chersonèse taurique , parce que le souverain de ce pays, maître du Bosphore Cimmérien, exempte les vaisseaux athéniens du droit de trentième qu'il prélève sur cette denrée.

On apporte de Panticapée et des différentes côtes du Pont-Euxin , des bois de construction, des esclaves, du sel , du miel, de la cire , de la laine , des cuirs et des peaux de chèvre; de Byzance et de quelques autres cantons de la ïhrace et de la Macédoine , du poisson salé , des bois de char-

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pente et de construction j de la Plirygie et de Milet, des tapis , des couvertures de lit , et de ces belles laines dont ils fabriquent des draps ; de la mer Egée , du vin et de toutes les espèces de fruits que ses îles produisent j de la Thrace , de la Tliessalie, de la Phrygie et de plusieurs autres pays, une lassez grande quantité d'esclaves.

L'huile est la seule denrée que Solon ait permis d'échanger contre les marchandises étrangères; la sortie de toutes les autres roductions de l'Attique est prohibée, et' 'on ne peut , sans payer de gros droits , exporter des bois de construction , tels que îe sapin , le cyprès , le platane , et d'autres ai bres qui croissent aux environs d'Athènes.

Les habitans de celte ville trouvent une grande ressource pour leur commerce dans leurs mines d'argent. Plusieurs villes étant dans l'usage d'altérer leurs monnaies, celles des Athéniens, plus estimées que les autres, procurent des échanges avantageux. Pour l'ordinaire , ils en achètent du vin dans les lies de la mer Egée , ou sur les côtes de la Thrace. Le goût qui brille dans les ouvrages sortis de leurs mains fait rechercher partout les produits de leur industrie. Ils exportent au loin des épces et des armes de différentes ^sortes , des draps, des lits et d'autres meu-

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bles. Les livres mêmes sont pour eux un objet de commerce.

Ils ont des correspondans dans presque tous les lieux où l'espoir du gain les attire. De leur côté , plusieurs peuples de la Grèce en choisissent à Athènes pour veiller aux intérêts de leur commerce.

Les Athéniens ont trois espèces de monnaie. Il paraît qu'ils en frappèrent d'abord en argent, et ensuite en or. 11 n'y a guère plus d'un siècle qu'ils ont employé le cuivre à cet usage. Celles d'argent sont les plus communes ; il a fallu les diversifier , soit pour la solde peu constante des troupes , soit pour les libéralités successivement accordées au peuple, soit pour faciliter de plus en plus le commerce. Au-dessus de la drachme (dix-huit sous), composée de six oboles , sont le didrachme ou la double drachme, et le tétradrachme, ou la quadruple drachme; au-dessous, sont des pièces de quatre, de trois et de deux oboles. Ces dernières , quoique de peu de valeur , ne pouvant faciliter les échanges parmi le petit peuple , la monnaie de cuivre s'introduisit vers le temps de la guerre du Péloponèse, et l'on fabriqua des pièces qui ne valaient que la huitième partie d'une obole (quatre deniers et demi ). La plus

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forte pièce d'or pèse deux drachmes, et vaut vingt-huit drachmes d'argent (un peu pUis de vingt-cinq francs).

L'or était fort rare dans la Grèce lorsque j'y arrivai. On en tirait de la Lydie et de quelques autres contrées de l'Asie mineure, de la Macédoine, où les paysans en ramassaient tous les jours des parcelles et des fragmens que les pluies détachaient des montagnes voisines; de l'île deThasos, dont les minesj autrefois découvertes par les Phéniciens , conservent encore dans leur sein les indices des travaux immenses qu'aiVait entrepris ce peuple industrieux.

Deux événemens , dont je fus témoin , rendirent ce métal plus commun. Philippe, roi de Macédoine, ayant appris qu'il existait dans ses états des mines exploitées dès les temps les phis anciens, et de son temps abandonnées, fit fouiller celles qu'on avait ouvertes auprès du mont Pangée. Le succès remplit son attente , et ce prince , qui auparavant ne possédait en or qu'une petite èole qu'il plaçait la nuit sous son oreiller, tira, tous les ans, de ces souterrains plus de mille talens ( cinq millions quatre cent mille francs ). Dans le même temps , les Phocéens enlevèrent du trésor de Delphes les offrandes en or que les rois de Lydie

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avaient envoyées au temple d'Apollon.

Bientôt la masse de ce mêlai augmenta au point que sa proportion avec l'argent ne fut plus d'un à treize , comme elle Tétait il y a cent ans , ni d'un à douze , comme elle le fut quelque temps après , niais seulement d'un à dix.

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