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a toujours brillé dans les premiers rôles , que tel autre ne s'est jamais élevé au dessus des troisièmes , et qu'il est des rôles qui exigent une force extraordinaire , comme celui d'Ajax furieux.
On donne des gages considérables aux acteurs qui ont acquis une grande célébrité : j'ai vu Polus gagner un talent en deux jours (cinq mille quatre cents francs ). Leur salaire se règle sur le nombre des pièces qu'ils jouent. Dès qu'ils se distinguent sur le théâtre d' Athènes , ils sont recherchés des principales villes de la Grèce. S'ils manquent aux engagemens qu'ils ont souscrits , ils sont obligés de payer une certaine somme stipulée dans le traité. D'un autre côté, la république les condamne à une forte amende, quand ils s'absentent pendant ses solennités.
On chante dans les intermèdes ; on déclame dans les scènes , tontes les fois que le chœur garde le silence. Dans le chant, la voix est dirigée par la flûte j elle l'est dans la déclamation par une lyre qui l'empêche detoniber.
•Pù.T re/f^ort au chant, toutes les lois
••étoiônt autrefois de rigueur j aujourd'hui
on viole impunément celles qui concernent
les accens et la quantité. Pour assurer
DU jeuzne a:;acha?ôis. ■210
rcxécution des ordres ,1e maître du chœur ftu défaut du poète , exerce long-temps les acteurs avant la représentation de la pièce ; c'est lui qui bat la mesure avec les pieds , avec les mains . ou par d'autres moyens qui donnent le mouvement aux choristes attentifs à tousses gestes.
Le maître du chœur ne se borne pas à diriger la voix de ceux qui sont sous ses ordres ; il doit encore leur donner des leçons des deux espèces de danses qui conviennent au théâtre. L'une est la danse proprement dite. Les choristes ne l'exécutent que dans certaines pièces , dans certaines occasions j par exemple , lorsqu'une heureuse nouvelle les force de s'abandonner aux transports de leur joie.
L'autre, qui s'est introduite fort tard dans la tragédie , est celle qui , en réglant les mouvemens et les diverses inflexions du corps, est parvenue à peindre , avec plus de précision que la première , les actions, les mœurs et les sentimens. C'est de toutes les imitations la plus énergique peut-être , parce que son éloquence rapide n'est pas affaiblie par la parole , exprime tout en laissant tout entrevoir, et n'est pas moins propre à satisfaire l'esprit qu'à remuer le cœur.
Cette sorte de danse n'étant , comme l'harmonie , qu'mie suite de mouvemens cadencés , et de repos expressifs , il est .visible qu'elle a dû se diversifier dans les 'différentes espèces de drame. Il faut que celle de la tragédie annonce des âmes qui supportent leurs passions, leur bonheur, ieur infortune , avec la décence et la ferimeté qui conviennent à la hauteur de leur caractère. 11 faut qu'on reconnaisse , àl'altitude des acteurs , les modèles que suivent les sculpteurs pour donner de belles positions là leurs figures ; que les évolutions des chœurs s'exécutent avec l'ordre et la discipline des marches militaires j qu'enfin •tous les signes extérieurs concourent avec tant de précision à l'unité de l'intérêt , qu'il en résulte un concert aussi agréable aux yeux qu'aux oreilles.
La danse de la comédie est libre, familière , souvent ignoble , plus souvent déshonorée par des licences si grossières , qu'Aristophane lui-même se fait un mérite de les avoir bannies de quelques-unes de ses pièces.
Dans le drame qu'on appelle satire, cette danse est vive et tumultueuse, mais sans expression et sans rapport aux paroles.
Les acteurs ont des habits et des allri-
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buts assortis à leurs rôles. Les rois ceignent leur front d'un diadème , s'appuient sur un sceptre surmonté d'un aigle , et sont revêtus de longues robes où brillent à la fois l'or, la pourpre et toutes les espèces de couleur. Les héros paraissent souvent couverts d'une peau de lion ou de tigre , armés d'épées , de lances , de carquois , de massues j tous ceux qui sont dans l'infortune , avec un vêtement noir, brun , d'un blanc sale , et tombant quelquefois en lambeaux : l'âge et le sexe , l'état etla situation actuelled'un personnage, s'annoncent presque toujours par la forme et par la couleur de son habillement.
Mais ils s'annoncent encore mieux par une espèce de casque dont leur tête est entièrement couverte, et qui , substituant une physionomie étrangère à celle de l'acteur, opère, pendant la durée de la pièce, des illusions successives. Je parle de ces masques qui se diversifient de plusieurs manières, soit dans la tragédie, soit dans la comédie et la satire. Les uns sont garnis de cheveux de différentes couleurs, les autres d'une barbe plus ou moins longue, plus ou moins épaisse ; d'autres réunissent, autant qu'il est possible , les attraits de la jeunesse et de la beauté. Il en est qui ou-
ATent une bouche énorme, et revêtue intérieurement de lames d'airain ou de tout autre corps sonore , afin que la voix y prenne assez de force et d'éclat pour parcourir la vaste enceinte des gradins où les spectateurs sont assis. On en voit enfin sur lesquels s'élève un toupet qui se termine en, pointe, et qui rappelle l'ancienne coiffure des Athéniens. On sait que, lors des premiers essais de l'art dramatique, ils étaient dans l'usage de rassembler et de lier en faisceau leurs cheveux au-dessus de leur tête.
Il fut un temps oii la comédie oflTrait aux spectateurs le portrait fidèle de ceux qu'elle attaquait ouvertement. Plus décente aujourd'hui, elle ne s'attache qu'à des ressemblances générales, et relatives aux vices et aux ridicules qu'elle poursuit j mais elles suffisent pour qu'on reconnaisse à l'instant le maiire, ic valet, le parasite, le vieillard indulgent ou sévère, le jeune homme réglé ou déréglé dans ses mœurs, la jeune lîllc parée de ses attraits , et la matrone distinguée par son maintien et ses cheveux blancs.
Ou ne voit point, à la vérité , les nuances des passions se succéder sur le visage de l'acteur ; mais le plus grand nombre deÉ assislans est si éloigné de la scène, qit'ils
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ne pourraient, en aucune manière, entendre ce langage éloquent. Voici de plusi grands inconvéniens : le masque fait perdre à la voix une partie de ces inflexions, qui lui donnent tant de charmes dans la conversation j ses passages sont quelquefois brusques , ses intonations dures , et , pour ainsi dire, raboteuses. Le rire s'altère ; et, s'il n'est ménagé avec art, sa grâce et son effet s'évanouissent à la fois. Enfin, comment soutenir l'aspect de cette bouche difforme, toujours béante, lors même que l'acteur garde le silence. Cependant , comme il est permis de changer dé masque à chaque scène, et qu'on peut y imprimer les symptômes des principales affections de l'âme, ils peuvent seuls entretenir et justifier l'erreur des sens, et ajouter
jusliiier terreur des sens, et ajouter ive; niitation.
un nouveau degré de vraisemblance à l'i-
C'est par le même principe que, dans la tragédie, on donne souvent aux acteurs nue taille de quatre coudées, conforme k celle d'Hercule et des premiers héros. Ils se tiennent sur des cothurnes, espèce de chaussure, haute quelquefois de quatre on GJuiq pouces. Des gantelets prolongent leurs huas ; la poitrine, les flancs, toutes les parles du corps s'épaississent à proportion :
et lorsque , conformément aux lois de la tragédie, qui exige une déclamation forte, et quelquefois véhémente , cette figure presque colossale, revêtue d'une robe magnifique , fait entendre une voix dont les bruyans éclats retentissent au loin , il est peu de spectateurs qui ne soient frappés de cette majesté imposante, et ne se trouvent plus disposés à recevoir les impressions qu'on cherche à leur communiquer.
Avant que le spectacle commence, on a soin de purifier le lieu de l'assemblée; quand il est fini , des magistrats montent sur le théâtre, et font des libations sur un autel consacré à Bacchus. Ces cérémonies semblent imprimer un caractère religieux aux plaisirs qu'elles annoncent et qu'elles terminent.
Les décorations dont la scène est embellie ne frappent pas moins les yeux de la multitude. Suivant la nature du sujet, le théâtre représente une campagne riante, une solitude affreuse, le rivage de la mer entouré de rochers escarpés et de grottes profondes, des tentes dressées auprès d'une ville assiégée ou auprès d'un port couvert de vaisseaux. Pour l'ordinaire, l'action se passe dans le vestibule d'un palais ou d'un temple : en face est une place; à côté pa-
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raissent des maisons, entre lesquelles s'ouvrent deux rues principales j l'une, dirigée vers l'orient, l'autre vers l'occident.
La représentation des pièces exige un grand nombre de machines. Les unes opèrent les vols , la descente des dieux, l'apparition des ombres; les autres servent à reproduire des eflets naturels , tels que la fumée , la flamme , le tonnerre , dont on imite le bruit , en faisant tomber de fort haut des cailloux dans un vase d'airain. D'autres machines , en tournant sur des roulettes, présentent l'intérieur d'une maison ou d'une tente. C'est ainsi qu'on montre Ajax au milieu des animaux qu'il a immolés à sa fureur.
Des entrepreneurs sont chargés d'une partie de la dépense qu'occasione la représentation des pièces. Ils reçoivent, en dédommagement , une légère rétribution des spectateurs. Ils donnent quelquefois le spectacle gratis ; quelquefois aussi ils distribuent des billets qui ti|^ent lieu de ta paie ordinaire, fixée aujourd'hui à deux oboles.
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