‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 48 sur 65 · CHAPITRE LXiV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXiV

Délos et les Cyclades.

Le printemps , cette saison charmante, ramenait des fêtes plus charmantes encore, celles qu'on célèbre de quatre ans en quatre ans à Délos , pour honorer la naissance de Diane et d'Apollon. Le culte de ces divinités subsista dans l'ile depuis une nombreuse suite de siècles j mais comme il corn-

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raençait à s'affaiblir, les Athéniens instituèrent, pendant la guerre du Péloponèse, 'des jeux qui attirent cent peuples divers. La jeunesse d'Aihènes brûlait de s'y distinguer ; toute la ville était en mouvement : on y préparait aussi la députation solennelle qui va tous les ans offrir au temple deDélos un tribut de reconnaissance pour la victoire qiie Thésée remporta sur le minotaure. Elle est conduite sur le même ^vaisseau qui transporta ce héros en Crète; et déjà le prêtre d'Apollon en avait couronné la poupe de ses mains sacrées. Je descendis au Pyrée avec Philotas elLysis, et nous nous embarquâmes dans un desbâlimens légers qui faisaient voile pourDclos.

Le lendemain nous entrâmes dans le canal qui sépare cette île de celle de Rhénée. Nous vîmes aussitôt le temple d'Apollon , et nous le saluâmes par des transports de joie. La ville de Délos se développait presque tout entière à nos regards. Nous parcourions d'un œil avide ces édifices superbes , ces portiques élégans , ces forêts de colonnes dont elle est ornée.

Parvenus au rivage , nous courûmes au temple qui n'en est éloigné que de cent pas. Il y a plus de mille ans qu'il est construit j il est en marbre de Paros. Nous

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vîmes dans l'intérieur la statue d'Apollon , moins célèbre par la délicatesse du travail que par son ancienneté. Le dieu lient son arc d'une main ; et , pour montrer que la musique lui doit son origine et ses agrémens , il soutient de la «auche les trois Grâces représentées , la première avec une Ijre , la seconde avec des flûtes , et la troisième avec un chalumeau. Auprès de la statue est cet autel qui passe pour une des merveilles du monde. Ce n'est point l'or, ce n'est point le marbre qu'on y admire : des cornes d'animaux , pliées avec efibrî , entrelacées avec art , et sans aucun ciment, forment un tout aussi solide que régulier.

Un citoyen de Délos nous fit observer tous les détails de l'intérieur du temple. INous admirions la sagesse de ses discours, la douceur de ses regards, et nous étions touchés du tendre intérêt qu'il prenait à nous. Quelle fut notre surprise, lorsque des éclaircissemens mutuels nous firent connaître Philoclès ! C'était un des principaux habitans de Délos par ses richesses et ses dignités ; c'était le père d'Ismène, dont la beauté faisait l'entretien de toutes les femmes de la Grèce; c'était lui qui, prévenu par des lettres d'Athènes , devait exercer à notre égard les devoirs de l'hospitaUlé,

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Après nous avoir embrassés à plusieurs reprises. « Hàtez-vous , nous dit-il; venez saluer mes dieux domestiques ; venez voir îsmène , venez être témoins de son hy-

men. >i

Nous sortîmes du temple : le zèle impatient de Philoclès nous permit à peine de jeter un coup d'œil sur cette foule de statues et d'autels dont il est entouré. L'opulence brillait dans la maison de cet excellent homme ; mais une sagesse éclairée en avait si bien réglé l'usage , qu'elle semblait avoir tout accordé au besoin , et tout refusé au caprice. Nous commençâmes par des libations en l'honneur des dieux qui président à l'hospitalité. On nous fit plusieurs questions sur nos voyages. Après quelques instans d'une conversation délicieuse , nous sortîmes avec notre hôte pour voir les préparatifs des fêtes qui devaient commencer le lendemain, et nous dirigeâmes nos pas vers différens endroits de l'île , qui n'a que sept à huit mille pas de tour, et dont la largeur n'est qu'environ le tiers de sa longueur. Le montCynthus, dirigé du nord au midi , termine une plaine qui s'étend vers l'occident jusqu'au Lord de la mer. C'est dans cette plaine que la ville est située. Tout ce qui présente

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l'image de la guerre est sévèrement banni de l'île : on n'y souffre pas même l'animal le plus fidèle à Thomme , parce qu'il y détruirait des animaux plus faibles et plus timides. Enfin la paix a choisi Délospour son séjour, et la maison de Philoclès pour son palais.

Quelques jours après nous partîmes de grand matin avec notre hôte pour visiter le mont Cynthus. Ce mont n'est que d'une médiocre élévation. Du sommet on découvre une quantité surprenante d'îles de toutes grandeurs. Elles sont semées au milieu des flots avec le même beau désordre que les étoiles le sont dans le ciel. L'œil les parcourt avec avidité , et les recherche après les avoir perdues. Tantôt il s'égare avec plaisir dans les détours des canaux qui les séparent j tantôt il mesure lentement les lacs et les plaines liquides qu'elles embrassent. Ici le sein des ondes est devenu le séjour des mortels ; c'est une ville dispersée sur la surface de la mer j c'est le tableau de l'Egypte , lorsque le Nil se répand dans les campagnes , et semble soutenir sur ses eaux les collines qui servent de retraite aux habitans.

« La plupart de ces îles , nous dit Philoclès , se nomment Cyclades , parce qu'elles

forment comme une enceinte autour de Délos. Sésostris , roi d'Egypte , en soumit une partie à ses armes j Minos , roi de Crète , en gouverna quelques-unes par ses lois : les Phéniciens , les Cariens , les Perses, les Grecs , toutes les nations qui ont eu l'empire de la mer les ont successivement conquises et peuplées ; mais les colonies de ces derniers ont fait disparaître les colonies étrangères , et des intérêts puissans ont pour jamais attaché le sort des Cyclades à celui de la Grèce. Athènes leur a donné ses lois ; elle en exige des tributs proportionnés à leurs forces. A l'ombre de sa puissance , elles voient fleurir dans leur sein le commerce , l'agriculture , les arts : 'elles seraient heureuses , si elles pouvaient [oublier qu'elles ont été libres.

Elles ne sont pas toutes également fertiles. Il en est qui suffisent à peine aux besoins des habitans. Telle est Mycone que vous entrevoyez à l'est de Délos , dont elle n'est éloignée que de vingt-quatre stades. La terre , abandonnée aux feux brûlans du soleil , y soupire sans cesse après des pluies rafraîchissantes. Elle semble réunir toute sa vertu en faveur dds vignes et des figuiers dont les fruits sont renommés.

Moins grande et plus fertile que Mycone,

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Rhénée , que vous voyez à l'ouest , et qui n'est éloignée de nous que d'environ cinq cents pas, se distingue par la richesse de ses collines et de ses campagnes. Celte île renferme les cendres de nos pères j elle renfermera un jour les nôtres. Sur cette éminence , qui s'offre directement à îios regards , ont été transportés les tom- Leaux qui étaient auparavant à Délos. Us se multiplient chaque jour par nos pertes^ et s'élèvent du sein de la terre, comme autant de trophées que la mort couvre de son ombre menaçante.

Portez vos regards vers le nord -est , TOUS y découvrirez les côtes de l'Ile de Téuos. Ceux qui la cultivèrent les premiers en firent une terre nouvelle , une terre qui répond aux vœux du laboureur, ou les prévient. Elle offre à ses besoins les fruits les pins exquis , et des grains de toute espèce. Mille fontaines y jaillissent de tous côtés, et les plaines, enrichies de leurs eaux, s'embellisent encore par le contraste des montagnes arides et désertes dont elles sont entourées.

Andros est séparé de Téuos par un caual de douze stades de largeur. On y trouve des montagnes couvertes de verdure , «omme à Rhénée j des sources plus abon-

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dan tes qu'à Téiios ; des vallées aussi délicieuses qu'en Thessallcj des fruits qui flattent la vue et le goût ; enfin une ville renommée par les difficultés qu'eurent les- Athéniens à la soumettre , et par le culte de Bacchus qu'elle honore spécialement.

A une distance presque égale d'Andros et de Céos , on trouve la petite île de Gyaros , digne retraite des brigands , si l'on en purgeait la terre ; région sauvage et hérissée de rochers. La nature lui a tout refusé , comme elle semble avoir tout accordé à l'île de Céos.

Les bergers de Céos rendent des honneurs divins et consacrent leurs troupeaux au berger Aristée , qui , le premier , conduisit une colonie dans cette île. Elle abonde en fruits et en pâturages. Les corps y sont robustes , les âmes naturellement vigoureuses , et les peuples si nombreux ,, qu'ils ont été obligés de se distribuer en quatre villes , dont Joulis est la capitale. Elle est située sur une hauteur , et tire son nom d'une source féconde qui coule au pied de la colline. Caressas , qui en est éloigné de vingt-cinq stades , lui sert de port et l'enrichit de son commerce.

Joulis est orné d'édifices superbes j d'énormes quartiers de marbre forment son

enceinte , et l'accès en est devenu facile par des chemins soutenus sur lespenchans des hauteurs voisines. Mais ce qui lui donne le plus d'éclat, c'est d'avoir produit plusieurs hommes célèbres, entre autres, Simonide , Bachylide et Prodicus.

Simonide naquit vers la troisième année de la cinquante - cinquième olym- Î)iade ( 558 ans avant J. C. ). Il mérita 'estime des rois , des sages et des grands hommes de son temps. 11 était poêle et philosophe. L'heureuse réunion de ces qualités rendit ses talens plus utiles et sa sagesse plus aimable. Son style, plein de douceur , est simple , harmonieux , admirable pour le choix et l'arrangement des mots. Les louanges des dieux, les victoires des Grecs sur les Perses , les triomphes des athlètes , furent l'objet de ses chants. Il s'exerça dans presque tous les eenres de poésie , et réussit principalement dans l'élégie et les chants plaintifs. Personne n'a mieux connu l'art sublime et délicieux d'intéresser et d'attendrir j personne n'a peint avec plus de vérité les situations et les infortunes qui excitent la pitié.

Comme les caractères des hommes influent sur leurs opinions on doit s'attendre

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que la philosophie de Simonide était douce et sans hauteur. Son système, autant qu'on en peut juger d'après quelques-uns de ses ccrits et plusieurs de ses maximes , se réduit aux articles suivans.

« Ne sondons point l'immense profon- « deur de l'Etre-Suprême; bornons-nous '« à savoir que tout s'exécute par son ordre, « et qu'il possède la vertu par excellence. « Les hommes n'en ont qu'une faible V émanation et la tiennent de lui. Qu'ils « ne se glorifient point d'une perfection à « laquelle ils ne sauraient atteindre; la t( vertu a fixé son séjour parmi des rochers « escarpés : si , à force de travaux , ils «f s'élèvent jusqu'à elle , bientôt mille cir- «f constances fatales les entraînent au pré- <f cipice. Ainsi , leur vie est un mélange « de bien et de mal; et il est aussi difficile « d'être souvent vertueux qu'impossible « de l'être toujours. Faisons-nous un plaisir « de louer les belles actions : fermons les « yeux sur celles qui ne le sont pas , ou « par devoir , lorsque le coupable nous « est cher à d'autres titres , ou par indul- « gence, lorsqu'il nous est indifférent, «f Loin de censurer les hommes avec tant « de rigueur , souvenons-nous qu'ils ne « sont que faiblesse, qu'ils sont destinés

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« à rester un moment sur la surface de « la terre , et pour toujours dans son sein j « le temps vole ; mille siècles, par rapport «f à l'éternité , ne sont qu'un point , ou « qu'une très petite partie d'un point im- « perceptible. »

Simonlde mourut âgé d'environ quatrevingt-dix ans. On lui fait immérité d'avoir augmenté dans l'ile de Céos l'éclat des fêtes religieuses, ajouté une huitième corde à la lyre , et trouvé l'art de la mémoire artificielle : mais , ce qui lui assure une gloire immortelle, c'est d'avoir donné des leçons utiles aux rois ; c'est d'avoir fait le bonheur de la Sicile, en retirant Hiéron de ses égaremens , et le forçant de vivre en paix avec ses voisins , ses sujets et luimême.

La famille de Simonide était comme celles où le sacerdoce des muses est perpétuel. Son petit-fils de même nom que lui , écrivit sur les généalogies et sur les découvertes qui font honneur à l'esprit humain. Bachylide son neveu le fit en quelque façon revivre dans la poésie lyrique. La pureté du style, la correction du dessin, des Leautés régulières et soutenues, méritèrent à Bachylide des succès dont Pindare pou- Tait être jaloux. Ces deux poètes parla-

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gèrent, pendant quelque temps, la faveur au roi Hiéron et les suffrages de la cour de Syracuse ; mais , lorsque la protection ne les empêcha plus de se remettre à leur place , Pindare s'éleva dans les cieux , et Bachylide resta sur la terre.

Tandis que ce dernier perpétuait en Sicile la gloire de sa patrie, le sophiste Prodicus la faisait briller dans les différentes villes de la Grèce : il y récitait les harangues préparées avec art, semées d'allégories ingénieuses , d'un style simple , noble et harmonieux. Son éloquence, qui présentait ia vertu sous des traits séduisans , fut admirée des Thébains , louée des Athéniens, estimée des Spartiates. Dans la suite , il avança des maximes qui détruisaient les fondemens de la religion ; et , dès cet instant , les Athéniens le regardèrent comme le corrupteur de la jeunesse , et le condam^ lièrent à boire la ciçuë.

JNion loin de Céos est l'île de Cythnos , renommée pour ses pâturages. Plus près de nous , cette terre que vous voyez à l'ouest, est File fertile de Syros, où naquit un des plus anciens philosophes de la Grèce : c'est Phérécide, qui vivait il y a deux cents ans.

Étendez vos regards vers le midi : voyez

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à l'horizon ces vapeurs sombres et fixes qui en ternissent l'éclat naissant : ce sont les îles de Paros et de Naxos ; la première renferme des campagnes fertiles , de nom- Lreiix troupeaux, et deux ports excellens. Les Grâces y ont des autels. Un jour que Minos , roi de Crète , sacrifiait à ces divinités , on vint lui annoncer que son fils^ Androgée , avait été tué dans l'Attique. Il acheva la cérémonie, en jetant au loin une couronne delaurier qui lui ceignait le front, et , d'une voix étouffée de sanglots , il imposa silence au joueur de flûte.

Plusieurs villes se glorifient d'avoir donné le jour à Homère: aucune ne dispute à Paros l'honneur ou la honte d'avoir produit Archiloque. Ce poète, qui vivait il y a trois cent cinquante ans , a fait pour la poésie lyrique ce qu'Homère avait fait pour la poésie épique. Tous deux ont eu cela de commun , que dans leurs genres ils ont servi de modèles ; que leurs ouvrages sont récités dans les assemblées générales de la Grèce; que leur naissance est célébrée en commun par des fêtes particulières. Cependant la reconnaissance publique n'a pas voulu confondre leurs rangs , elle n'accorde que le second au poète de Paros ; mais c'est obtenir le pre-

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mîerque de n'avoir qu'Homère au-dessus de soi.

Du côlé des mœurs et de la conduite , Archiloque devrait être rejeté dans la plus vile classe des hommes. Jamais des talons plus sublimes ne furent unis à un caractère plus atroce et plus dépravé : il souillait ses écrits d'expressions licencieuses et de peintures lascives ; il y répandait avec profusion le fiel dont son âme se plaisait à se nourrir. Ses amis , ses ennemis , les objets infortunés de ses amours , tout succombait sous les traits sanglans de ses satires : et , ce qu'il y a de plus étrange , c'est de lui que nous tenons cgs faits odieux ; c'est lui qui , en traçant l'histoire de sa vie , eut le courage d'en contempler , à loisir , toutes les horreurs , et l'insolence de les exposer aux yeux de l'univers..

Toute la terre est couverte de monumens ébauchés dans les carrières du mont Marpesse. Dans ces souterrains éclairés de faibles lumières , un peuple esclave arrache avec douleur ces blocs énormes qui brillent dans les plus superbes édifices de la Grèce, el jusque sur la face du labyrinthe en Egypte. Plusieurs temples sont revêtus de ce marbre , parce que sa couleur , dit- Gn , est agréable aux immortels. Il fut un

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temps où les sculpteurs n'en employaient pas d'autre j aujourd'hui même ils le recherchent avec soin , quoiqu'il ne réponde pas toujours à leurs espérances ; car les grosses parties cristallines dont est formé son tissu égarent l'œil par des reflets trompeurs , et volent en éclats sous le ciseau. Mais ce défaut est racheté par des qualités excellentes , et surtout par une blancheur extrême , à laquelle les poètes font des allusions fréquentes , et quelquefois relatives au caractère de leur poésie.

ÎSaxos n'est séparée de Pile précédente que par un canal très étroit. Aucune des Cyclades ne peut l'égaler pour la grandeur, elle le disputerait à la Sicile pour la fertilité. Bacchus y préside j Bacchus protège Naxos ; et tout y présente l'image du Lienfait et de la reconnaissance. Les habitans s'empressent de montrer aux étrangers l'endroit où les nymphes prirent soin de l'élever. Ils racontent les merveilles qu'il opère en leur faveur : c'est de lui que viennent les richesses dont ils jouissent • c'est pour lui seul que leurs temples et leurs autels fument jour et nuit. Ici , leurs hommages s'adressent au dieu qui leur apprit à cultiver le figuier j là , au dieu qui remplit leurs vignes d'un nectar dérobé

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aux cicux. Ils l'adorent sous plusieurs titres , pour multiplier les devoirs qu'ils chérissent.

Aux environs de Paros on trouve Sériplie , Siphnos et Mélos. Pour avoir une idée de la première de ces îles , concevez plusieurs Tuontagnes escarpées , arides , et ne laissant, pour ainsi dire , dans leurs intervalles , que des gouffres profonds , où des hommes infortunés voient continuellement suspendus sur leur tête d'affreux rochers, monumens de la vengeance de Persée ; car, suivant une tradition aussi ridicule qu'alarmante pour ceux de Sériphe, ce fut ce héros qui , armé de la tête de Méduse, changea autrefois leurs ancêtres en ces objets effrayans.

A une légère distance de là, et sous un ciel toujours serein , représentez-vous des campagnes émaillées de fleurs , et toujours couvertes de fruits j un séjour enchanté, où l'air le plus pur prolonge la vie des hommes au-delà des limites ordinaires :

c'est une faible image des beautés que présente Syphnos.

L'Ile de Mélos est une des plus fertiles de la mer Egée. Le soufre et d'autres minéraux cachés dans le sein de la terre y en-

treliennent une clialenr active , et donnent ini goût exquis à toutes ses productions.

Un philosophe , né dans cette ile, souleva contre lui la Grèce entière, en niant ouvertement l'existence des dieux : c'est Diagorasà qui les Mantinéens doivent leurs lois et leur bonheur. Un cri général s'éleva contre lui ; son nom devint une injure. Les magistrats d'Athènes le citèrent à leur tribunal , et le poursuivirent de ville en ville : on promit un talent à celui qui apporterait sa tête; deux talens à ceux qui le livreraient vivant; et, pour perpétuer le souvenir de ce décret , on le grava sur une colonne de bronze. Diagoras, ne trouvant plus d'asile dans la Grèce , s'embarqua et périt dans un naufrage.

L'œil, en parcourant une prairie, n'aperçoit ni la plante dangereuse qui mêle son venin parmi les fleurs , ni la fleur modeste qui se cache sous l'herbe. C'est ainsi qu'en décrivant les régions qui forment une couronne autour de Délos , je ne dois . TOUS parler ni des écueils semés dans leurs intervalles , ni de plusieurs petites îles dont l'éclat ne sert qu'à parer le fond du tableau qui s'offre à vos regards.

La mer sépare ces peuples, et le plaisir les réunit ^ des fêîes qui leur sont com-

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