DU JEUNE A.X.1CIIAR3IS. OO
munes , les rassemblent, tantôt dans un endroit et tantôt dans un autre j mais elles disparaissent dès que nos solennités commencent. Les temples voisins vont être déserts ; les divinités qu'on j adore permettent d'apporter à Délos l'encens qu'on leur destinait. Desdéputations solennelles, connues sous le nom de théories ^ sont chargées de ce glorieux emploi. Elles amènent avec elles des cliœurs de jeunes garçons, et de jeunes filles. Ces chœurs, il en vient des côtes de l'Asie , des îles de la mer Egée, du continent de la Grèce, des régions les plus éloignées 3 ils arrivent au son des instruraens, avec tout l'appareil du goût et de la magnificence. »
Dans le temps que Philoclès terminait son récit , la scène changeait de temps en temps, et s'embellissait de plus en plus. Déjà étaient sorties des ports de Mjcone et de Rhénée les petites flottes qui conduisaient les offrandes à Délos ; d'autres flottes se faisaient apercevoir dans le lointain ; un nombre infini de bâtimeus de toute espèce volaient sur la surface de la mer ; ils brillaient de mille couleurs diflerentes. On les. voyait s'échapper des eaux qui séparent les îles, se croiser, se poursuivre et se réunir : un vent frais se jouait dans
leurs voiles teintes en pourpre, et sous leurs rames dorées , les flots se couvraient d'une écume que les rayons naissans du soleil pénétraient de leurs feux.
Plus bas , au pied de la montagne , une multitude immense inondait la plaine. Ses rangs pressés ondoyaient et se repliaient sur eux-mêmes, comme une moisson que les vents agitent ; et , des transports qui l'animaient , il se formait un bruit vague et confus qui surnageait, pour ainsi dire, sur ce vaste corps.
Après les théories des îles de Rhénée et 2e My cône, qui attendirent sous le portique du temple le moment où l'on pourrait les y introduire pour assister à la fête qui venait de commencer, nous vîmes bientôt descendre sur le rivaîje celles de Céos et d'Andros, suivies d'autres députations soleunelleSj qui faisaient retentir les airs des cantiques sacrés. Elles réglaient sur le rivage l'ordre même de leur marche , et s'avançaient lentement vers le temple, aux acclamations du peuple qui bouillonnait autour d'elles. A?ec leurs hommages elles présentaient au dieu les prémices des fruits de la terre. Au sortir du temple , elles étaient conduites dans dos maisons entretenues aux dépens des villes dont elles apportaient les offrandes.
DU JIîUNE ANACHARSIS. 3ll
Cependant on apercevait dans l'éloignement la théorie des Alliéniens ; elle était presque toute choisie parmi les plus anciennes familles de la république. Elle parut avec tout l'éclat qu'on devait attendre d'une ville où le luxe est poussé à l'excès. En se présentant devant le dieu, elle lui oÔ'rit une couronne d'or de la valeur de quinze cents dragmes (i 55ofr.), et bientôt on entendit les mugissemens de cent bœufs qui tombaient sous les couteaux des prêtres.
Quand cette dépulation eut achevé les cérémonies qui l'attiraient au pied des autels , nous fûmes conduits à un repas que le sénat de Délos donnait aux citoyens de cette île, sur les bords de l'inopus et sous des berceaux formés par de belles rangées d'arbres. Une joie pure , bruyante et universelle , régnait sous ces feuillages épais ; et, lorsque le vin deJXaxos y pétillait dans les coupes , tout célébrait à grands cris le nom de Nicias , général athénien , qui le premier avait assemblé le peuple dans ces lieux charmans , et assigné des fonds pour éterniser ce bienfait.
Le reste de la journée fut destiné à des spectacles d'un autre genre. Des voix admirables se disputèrent le prix de la musique, et des bras armés du ceste celui de la lutte.
3l2 AERÉGlé DU VOYAGE
Le pugilat, le saut et la course à pied, fixèrent successivement notre attention. On avait tracé vers la partie méridionale de l'ile un stade autour duquel étaient rangés les députés d'Athènes , le sénat de Délos^ et toutes les théories parées de vêtemens superbes. Cette jeunesse brillante était la plus fidèle image des dieux réunis dans l'Olympe.
Les fêtes durèrent plusieurs jours. On renouvela plusieurs fois les courses de chevaux. Nous vîmes souvent du rivage les plongeurs si renommés de Délos, tantôt se précipiter dans la mer, tantôt s'établir dans ses abîmes ou se reposer sur sa surface , tantôt retracer l'image des combats , et justifier par leur adresse la réputation qu'ils se sont acquise.
LU JEL'IS'E ANACHA RS1S, Si