‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en GrèceChapitre 6 sur 65 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

Suite de la bibliothèque d'un Athénien.^-La logique.

Avant mon voyage dans les provinces de ia Grèce , j'avais passé plusieurs journées dans la bibliothèque d'Euclide ; à mon retour nous reprimes nos séances.

Il me montra, dans un corps de tablettes, les ouvrages qui traitent de la logique et de la rhétorique , placés les uns auprès des autres , parce que ces deux sciences ont beaucoup de rapports entre elles. « Ilssont en petit nombre , me dit-il j car ce n'eslquec depuis un siècle environqu'on a médité suTj l'art de penser et de parler. Nous en avons r obligation auxGrccsd'IlalieetdeSicile, et

DU JEUNE AuNACHAliSlS. ^1

ce fut une suite de l'essor que la philosophie de Py thagore avait donné à l'esprit humain.

« Nous devons cette justice à Zenon, d'Elée , de dire qu'il a publié le premier un essai de dialectique; mais nous devons cet hommage à Aristote , d'ajouter qu'il a tellement perfectionné la méthode du rais'Dnuement, qu'il pourrait en être regardé comme l'inventeur.

« L'habitude nous apprend à comparer deux ou plusieurs idées, pour en connaître et en montrer aux autres la liaison ou lopposition. Telle est la logique naturelle ,^Je suffirait à un peuple , qui , privé de la faculté de généraliser ses idées , ne verrait, dans la nature et dans la vie civile, que des choses individuelles. Il se tromperait fréquemment dans les principes, parce qri'il serait ignorant ; mais ses conséquences seraient justes, parce qive ses notions seraient claires et toujours exprimées par le mot propre.

« Mais, chez les nations éclairées, l'esprit humain , à force de s'exercer sur des généralités et surdes abstractions, a fait éctere un monde idéal , peut-être aussi difficile à connaître que le monde physique. A !a <i[uantité étonnante des perceptions reçues par les sens , s'est jointe la foule prodi-

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gieuse des coiiibinaisoiis que forme notre esprit, dont la fécondité est telle, qu'il est impossible de lui assiguer des bornes.

«Si nous considérons ensuite que , parmi les objets de nos pensées , un très grand nombre ont entre eux des rapports sensibles qui semblent les identifier , et des différences légères qui les distinguent en effet, nous serons frappés du courage et de la sagacité de ceux qui , les premiers , forjQièrent et exécutèrent le projet d'établir l'ordre de la subordination dans cette in- /înlté d'idées que les hommes avaient connfies jusqu'alors , et qu'ils pourraient concevoir dans la suite.

K C'est ici , peut-être , un des plus grands efforts de l'esprit humain. C'est du moins 'jtne des plus grandes découvertes dont les Grecspuissent se glorifier. Nous avons reçu des Egyptiens, des Chaldéens , peut-être encore de quelque nation plus éloignée, les élémens de presque toutes les sciences, de presque tous les arts. La postérité nous devra cette méthode , dont l'heureux artifice assujettit le raisonnement à des règles.»

Après ce préambule, Euclldenousexposa *es principales parties de celle précieuse méthode. Il nous mit d'abord sous ?jte yeux ces fameuses catégories dans lesqueiic»

Aristote a classé tous les êtres , selon leur genre et leur espèce j il nous donna ensuite l'explication de ce qu'on entend par une bonne définition, et fit des observations très fines sur la nature du genre et de la différence, ainsi que sur les diverses espèces d'assertions qu'on a coutume d'avancer en raisonnant. Tout ce qu'il disait était puisé dans la doctrine de ce même Aristoie. 11 finit par fixer notre attention sur la découverte du syllogisme , faite par ce grand philosophe.

« Cette espèce d'argumentation, dit-il, est composée de trois termes. Le dernier est l'attribut du second , et le second du premier , comme dans ce raisonnement :

\Toute vertu est une habitude : or la justice est une vertu ; donc la justice est une habitude. Habitude est attribut à l'égard de vertu^ et vertu a l'égard ào, justice.

« Il suit de là qu'un syllogisme est composé de trois propositions. Dans les deux premières , on compare le moyen terme avec chacun des extrêmes ; dans la troisième , on conclut que l'un des extrêmes doit être l'attribut de l'autre. Ainsi un syllogisme est un raisonnement par lequel , en posant certaines assertions , on en dérive une autre^ différente des premières,

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