CHAPITRE XXIV
Mercure.
Son état naturel. — Son extraction. — Ses propriétés. — Ses combinaisons avec Voxigène, le chlore , Viode , le soufre, le phosphore , le sélénium , son amalgame avec tétain et le bismuth, etc.
Le mercure , dont la connaissance remonte aux siècles les plus reculés , est de tous les métaux anciennement connus celui sur lequel les alchimistes ont exercé davantage leur patience et leur assiduité. Son éclat brillant et sa liquidité lui avaient fait donner par eux le nom de vif-argent (h ydrargirum), d'après la croyance qu'ils avaient que ce métal était de l'argent liquide, et c'est dans le but dicté par la cupidité, qu'ils l'ont soumis à de nombreuses et vaines expériences pour le solidifier et opérer sa transformation en argent. La recherche de ce prétendu secret formait l'une des bases de ce grand œuvre, à l'accomplissement duquel ils sacriûaicnt inutilement tous les instans de leur vie.
Si les travaux multipliés qu'ils ont entrepris pour changer tous les métaux en or ou en argent leur fournissaient toujours des résultats difFérens de ceux qu'ils attendaient, il faut avouer que leur curiosité leur a fait découvrir, par hasard, plusieurs combinaisons utiles qui seraient restées ignorées à cette époque.
Le mercure se rencontre dans la nature sous quatre états diûerens : i° à l'état natif, il se trouve dans la plupart des mines mercurielles , disséminé en petits globules liquides , mais en trop petite quantité pour qu'on l'extraie ; 2* allié à l'argent, il forme un amalgame solide en lames ou en cristaux ocuédriques ou
5i8 abrégé élémentaire
dodccaédriques , qui est composé de 3 parties de mercure sur une d'argent-, ce composé est assez rare, il a été trouvé en Suède et dans le £alatiftat ; 3* combiné au soufre ou à l'état de sulfure , il constitue la mine de mercure la plus abondante qu'on exploite dans les arts, et qui est connue sous le nom de cinabre natifs 4° enfin à l'état de chlorure-, cette combinaison a été remarquée dans les mines du Palatinat et à Idria.
L'extraction du mercure se pratique en décomposant le sulfure de mercure naturel par l'intermède de la chaux ou par sa calcination à l'air dans des appareils particuliers.
Dans le premier procédé, après avoir trié et broyé la mine , on la mêle avec le quart de son poids de chaux éteinte, et on expose ce mélange dans de grandes cornues* de terre ou de fonte , au col desquelles on a adapté un récipient en terre 5 rempli d'eau jusqu'aux deux tiers. Par l'action de la chaleur, la chattx décompose le sulfure de mercure 5 il en résulte du sulfure de calcium et du sulfate de chaux qui restent dans la cornue avec la gangue, tandis que le mercure volatilisé vient se raidrè dans le récipient au fond de l'eau. On peut substituer à la chaux le fer réduit en copeaux. L'exploitation de ces mines de mercure ne peut être avantageuse qu'autant quelles peuvent fournir de sept à six millièmes de ce métal.
Le second procédé, que l'on suit en Espagne, à Almaden, et dans le Frioul à Idria , consiste à mêler le minérai broyé avec une petite quantité d'argile pour en faire de petites masses que l'on place de distance en distance dans un fourneau dont le sol est percé de plusieurs trous. Une suite de tuyaux en terre appliqués les uns sur les autres termine supérieurement le fourneau et conduit les produits dans une chambre qui sert de récipient ; dès que la température est élevée , le soufre brûle par loxigène de l'air et passe à l'état de gaz acide sulfureux, tandis que le
mercure réduit en vapeur se rend par les tuyaux en terré dans la chambre où il se condense et coule à la partie • inférieure. Ce procédé a été modifié : au lieu de mêler le minerai avec de l'argile comme ci-dessus, on le place en morceaux sous des voûtes disposées les unes au-dessus des autres, et dans lesquelles on dirige un courant de flamme et d'air. La dernière de ces voûtes communique avec des conduits qui apportent le mercure volatilisé et l'acide sulfureux dans plusieurs chambres. Le premier se liquéfie et le dernier se dégage par les cheminées qui terminent l'appareil.
Propriétés» Le mercure est un métal qui se distingue des autres par son extrême fluidité à la température ordinaire. Il est très-brillant, d'un blanc argentin un peu bleuâtre 5 sa densité est de 1 3,568. Exposé à un froid de — 4o°, il se solidifie et est susceptible d'être obtenu- cristallisé régulièrement en octaèdres au moment où il se congèle. Ainsi réduit à l'état solide , il est malléable sous le marteau, mais il ne tarde pas à fondre en absorbant prompt tement du calorique aux corps environnans \ lorsqu'on lé touche avec le doigt , il fait éprouver une sensation vive et subite , analogue à celle occasionée par une brûlure, et le point qui a été mis en contact blanchit et perd sa sensibilité pour quelque temps.
Cette congélation ne peut se faire qu'en exposant de petites quantités de mercure enfermées dans une ampoule mince de verre, ou dans un creuset de platine 5 au milieu d'un mélange de deux parties de chlorure de calcium cristallisé , et d'une partie de neige, préalablement refroidis l'un et l'autre à plusieurs degrés au-dessous de o , ou en plongeant le vase dans de l'acide sulfureux liquéfié qu'on volatilise sous le récipient de la machine pneumatique.
Ce métal, comme tous les autres liquides, forme de petites quantités de vapeurs à la température ordinairet
On rend ces dernières sensibles , en plaçant, comme Ta . exécuté le premier M. Faraday, une petite quantité de mercure au fond d'un grand flacon , et adaptant au bouchon qui doit le fermer une lame d'or. Lorsqu'on conserve ce flacon sans le toucher, même à l'abri de la lumière , on remarque au bout de plusieurs semaines que la surface de l'or est devenue blanche, et comme il n'existe entre la lame et la surface du mercure que la couche d'air qui les sépare, le transport du mercure sur l'or n'a pu avoir lieu que par la-formation d'une certaine quantité de vapeur mercurielle qui s'est mêlée à l'air, et s'est condensée ensuite sur le métal.
Le mercure , soumis à une température de -J- 35o° , bout et se volatilise entièrement; c'est sur cette propriété qu'est fondée son extraction et sa purification.
Dans les laboratoires, on pratique ordinairement cette opération pour purifier le mercure du commerce. A cet effet, on met ce métal dans une cornue de grès lutée, ou dans une cornue de fonte qu'on place dans un fourneau à réverbère , puis on adapte au col de la cornue une alonge en fer fermée par un nouet de linge qui plonge en partie dans l'eau. De cette manière , on opère la condensation* entière des vapeurs mercurielles , sans courir le risque qu'elles se répandent dans le laboratoire.
L'oxigène et l'air secs ou humides n'ont aucune action sur le mercure , à la température ordinaire; mais à une température voisine de son point d ebullition , ils l'oxident peu à peu et le transforment en deutoxide de mercure.
L'eau n'exerce aucune action sur lui , ni à froid ni à chaud.