MERCURE ET CHLORE
P rotochlorure de mercure. — Deutochlorure de mercure.
Le mercure se combine en deux proportions avec le chlore et produit deux composés connus depuis longtemps et qui sont très-employés en médecine.
Ces deux chlorures , correspondant aux deux oxides , peuvent se former directement en chauffant le mercure dans le gaz chlore sec. Mais on les prépare par des procédés plus usités.
Protochlorure de mercure.
Ce composé, que l'on distingue encore par les dénominations de mercure doux , caîomel , calomèlas , sublimé doux, panacée mercurielle > s'obtient en combinant au deutochlorure de mercure une quantité de métal égale à celle qu'il contient déjà , ou en faisant réagir par la chaleur le protosulfate de mercure et le chlorure de sodium.
Di
5a4 Abrégé élêmE5tàire
Le premier p rocédé s'exécute en triturant dans un mortier de verre le deutochlorure de mercure humecta d'eau avec les ; de son poids de mercure jusqu'à ce que ce métal soit tellement divisé qu'on n'aperçoive plus de globules. Alors on fait sécher la masse à une douce chaleur , on la pulvérise de nouveau et on procède à la sublimation dans des matras qu'on chauffe au bain de sable.
La combinaison n'étant jamais parfaite dans cette première sublimation, on pulvérise de nouveau le produit et on le sublime une seconde fois.
Comme le protochlorure de mercure ainsi préparé renferme toujours un peu de deutochlorure qui a échappé à la réaction , on doit le pulvériser et le laver à plusieurs reprises avec de l'eau distillée , avant d'en faire usage comme médicament.
Pour obtenir le protochlorure de mercure par le second procédé, on dissout à chaud du mercure dans la moitié de son poids d'acide sulfurique concentré, et on évapore à siccité pour avoir le protosulfate de mercure. On mêle ce sel avec les f de son poids de chlorure de sodium décrépité et pulvérisé ; puis on procède à la sublimation comme ci-dessus. Les résultats de celte réaction sont du protochlorure de mercure qui se trouve volatilisé à la partie supérieure du matras , et du protosulfate de soude qui en occupe le fond. La théorie de cette opération est facile à conce voir : le sodium du chlorure de sodium attire tout à la fois l'oxigène et l'acide sulfurique du protosulfatc de mercure, tandis que que le chlore s'unit au mercure réduit et forme le protochlorure de mercure , qui étant volatil se sublime.
On le prépare encore dans les pharmacies en versant une solution- de chlorure de sodium (sel marin) dans une solution deprolonitrate acide de mercure. Il se forme du nitrate de soude, un précipité blanc , abondant, de
de chimie. 5a5
protochlorure de mercure qu'on lave bien et qu'ondessèche à l'étuve , après l'avoir disposé en petits trochisques.
Le protochlorure de mercure produit par ce dernier procédé est très-blanc , plus divisé que celui obtenu par sublimation, ce qui ajoute à ses propriétés. On le désigne en pharmacie sous le nom de précipité blanc.
Le protoclilorure de mercure, préparé par sublimation, peut être réduit en poudre impalpable pour l'usage médical en faisant arriver séparément dans un ballon de verre de l'eau et du protochlorure tous les deux en vapeurs. Dans la condensation qui s'opère, ce dernier se précipite avec l'eau en poudre très-fine et très-di visée.
Propriétés. Le protochlorure de mercure est blanc , insipide, volatil et indécomposable par la chaleur. Lorsqu'il a été sublimé il est en masse blanche , demi-transparente et pesante. Il est inaltérable à l'air, insoluble dans l'eau \ il noircit peu à peu par suite de son exposition à la lumière. Le soufre et le phosphore le décomsent en s'unissant tout à la fois à ses deux élémens.
Le chlore le transforme sur-le-champ en deutochlorure de mercure. Les acides sulfurique , phosphorique , hydrochlorique , n'ont point d'action sur lui à froid: L'acide nitrique à chaud lui enlève une partie de mercure, et le fait passer à l'élat de deulochlorure, Les acides hydrqsulfurique et hydriodique le décomposent en le convertissant, dans le premier cas, en sulfure, et dans le second en protoiodure. Les solutions de chaux, de polasse , de soude et d'ammoniaque en opèrent la décomposition subitement et le transforment en protoxide de mercure noir.
La plupart des métaux , chauffés* avec le protochlorure de mercure, en absorbent le chlore et mettent en liberté le mercure.
Ce composé est formé de :
5ft6 ABRÉGÉ ÉLÉMENTAIRE
Mercure. . . 100 Chlore. . . j8
On Temploie en médecine comme léger purgatif.
DeutocMorure de mer-cure.
Ce composé , connu depuis long-temps , a été d'abord désigné sous le nom de sublimé corrosif, muriate oxigéné de mercure , oximuriate de mercure.
On «le prépare par plusieurs procédés. Celui qu'on pratique aujourd'hui dans les laboratoires consiste à dissoudre le mercure dans son poids d'acide sulfurique concentré, à dessécher le dcutosulfate de mercure qui en provient, et à le mêler intimement avec son poids de chlorure de sodium décrépité (sel mariuprivé d'eau). Si, après avoir introduit ce mélange dans un matras de verre placé sur un bain de sable , on chauffe peu à peu , il y a décomposition des deux substances, et formation de deutochlorure de mercure et de sulfate de soude. Le premier se sublime à la voûte du matras , et le second reste au fond. La théorie de cette opération est la même que celle que nous avons admise pour le protochlorure de mercure \ seulement , comme on emploie ici le deutosulfate de mercure, et que le deutoxide de mercure renferme deux fois autant d'oxigène que le protoxide , il en résulte que la quantité de chlorure de sodium décomposée sera à celle que décomposerait le protosulfate dans le rapport de l'oxigène du deutoxide à Toxigène du deutoxide. D'où l'on voit que , dans ces cas , il doit se former un prptochlorure correspondant au protoxide, et dans l'autre un deutochlorure correspondant au deutoxide de mercure. J|
Pour bien apprécier ces réactions, il suffit d'établir la composition des substances mélangées, et les produits qu'on doit obtenir sont faciles à déduire.
Substances réagissantes. Produits formés.
Protosulfate de mercure. Protochlorure de mercure.
I proportion acide sulfurîque. proportions de chlore.
1 proportion protoxide de mercure. 1 1 proportion de mereare.
Chlorure de sodium. < Sulfate de soude.
2 proportions de chlore. 1 1 proportion acide sulfurique.
1 proportion de sodium. \i proportion oxide de sodium.
Deutosulfate de mercure. Deutochlorure;.
2 proportions acide suiftirique. f
, i t proportion mercure. proportions chlore.
1 Proportion deutoxide* r . , 1 1 proportion mercure.
r \2 proportions oxtgene. 1 V,v¥"'"vu ,,,eriure'
, Chlorure de sodium. \ Sulfate de soude.
4 proposions de chlore. #2 r^P0^™»
a ,. . f apportions oxide dé sodium.
2 proportions de sodium. [ 1 r
Le deutochlorure de mercure peut encore être produit en dissolvant le deutoxide de mercure dans l'acide hydrochloriquc. Ces deux corps se décomposent réciproquement -, il en résulte de l'eau par l'union de l'hydrogène de l'acide avec Foxigène de l'oxide , et le chlore et le mercure se combinent pour former le deutochlorurje qu'on peut aisément obtenir par évaporation et cristallisation. Le -procédé qu'on suivait autrefois , consistait à chauffer dans un matras un mélange de parties égales de deutonitratc de mercure , de protosulfate de fer desséché et de sel marin décrépité par l'action de la chaleur. Le nitrate était décomposé en acide nilreux j en oxigène et eadeutoxide de mercure , et le protosulfate de fer eu acide sulfureux , en acide sulfurique et eu peroxide de fer. L'oxigène de deutoxide de mercure se portait sur le sodium du chlorure de sodium pour former de la soude qui s'unissait à l'acide sulfurique dégagé du sulfate de fer , tandis que le chlore s'unissait au mercure pour produire le deutochlorure de. mercure qui se sublimait à la partie supérieure du matras.
Ce dernier procédé n'est plus pratiqué dans les labo-
ratoires. C'est par le premier qu'on prépare tout le deutochlorure livré au commerce.
Propriétés. Le deutochlorure de mercure, obtenu par sublimation, est sous la forme d'une masse blanche, pesante , demi-transparente , formée par la réunion de petites aiguilles. Il est inodore , d'une saveur styptique très -prononcée et désagréable. C'est un des poisons les plus caustiques. Administré à l'intérieur, à la dose de quelques grains , il occasione de vives douleurs , en déterminant une vive inflammation et corrodant ensuite les parties qu'il a touchées. La mort en est souvent la suite.
Exposé à l'action du calorique , il n'éprouve aucune altération, il se volatilise et cristallise en aiguilles sur les parois du vase. Chauffé à l'air, il répand d'abondantes vapeurs blanches , acres , très-dangereuses à respirer. L'eau à la température ordinaire en dissout ^- , et l'eau bouillante f de son poids. L'alcool et l'éther sulfurique en dissolvent une beaucoup plus grande quantité.
La plupart des corps combustibles simples qui ont de l'action sur le protochlorure décomposent aussi le deuto« chlorure. Parmi les acides minéraux , il n'y a que les acides hydrosulfurique et hydriodique qui en opèrent la décomposition à froid.
Les oxides de potassium, de calcium, de barium , mis en contact avec la solution de deutochlorure de mercure , la décomposent et en précipitent du deutoxide de mercure en flocons jaunes hydratés , en se transformant eux-mêmes en chlorures solubles. L'ammoniaque liquide versée dans la même solution y forme un précipité blanc • insoluble , composé de deutoxide de mercure et d'hydrochlorate d'ammoniaque.
Le deutochlorure de mercure s'unit à l'hydrochlorate d'ammoniaque et forme un composé qui est connu depuis long-temps sous les noms de sel aîembroih, sel de la sagesse.On l'obtient en sublimant ces deux corps mélangés
db chimie: 5ag
a parties égales, ou en les dissolvant dans l'eau et les faisant cristalliser. Cecomposé salin, à proportions définies, est plus soluble dans l'eau que le deutochlorure de mercure , il cristallise en prismes rhomboïdaux.
Le deutochlorure est composé , d'après les analyses qui en ont faites , de :
Mercure. . .* \ V ioo Chlore* ..... 36
' Les deux composés de chlore et de mercure que nous venons de faire connaître sont très-usités en médecine. Ils ont des actions différentes: le proto.chlorure est employé comme purgatif; son action sur l'économie animale est bien moindre que celle du deutochlorure , qui est très-vénéneux , même à la dose de quelques grains. Celui-ci ne s'emploie qu'avec circonspection à l'intérieur ; on l'administre à de très-petites doses et associé souvent à des matières qui peuvent corriger sa trop grande activité. Il est employé avec succès pour combattre les affections syphilitiques. Dissous dans l'eau, il forme la base d'une solution qui est connue sous le nom de liqueur de V an* swieten. On la prépare en dissolvant 4 décigrammes ( 8 grains) de deutochlorûre de mercure dans 5oo grammes ( i livre) d'eau distillée. Cette liqueur ne s'administre qu'à la dose d'une demi-once par jour dans du lait ou dans une tisane appropriée \ ce qui porte la quantité qu'on en prend à i de grain.
La solution de deutochlorure de mercure pour lotion contient 3a grains de deutochlorure pour 5oo grammes ( i livre ) d'eau distillée. Cette dernière ne s'emploie qu'à l'extérieur.
L'eau phagédénique est encore une préparation pharmaceutique qu'on forme en dissolvant 32 grains de deutochlorure de mercure dans une livre d'eau de ebaux. L'oxide de calcium décompose le deutochlorure de mer-
Di
53o abrégé éiémektIiue
CUre d'où résulte du deutoxide de mercure hydraté* qui se précipite peu à peu en flocons jaunes rougeâtres, et du Chlorure de calcium solnble dans l'eau.
Cette eau est particulièrement usitée pour laver et déV terger les ulcères et chancres vénériens. Lorsqu'on s'en sert, on doit fortement l'agiter, pour remettre en suspension le deutoxide de mercure qui s'est précipité.
Le deutochlorure est souvent employé à l'extérieur comme caustique. On en fait principalement usage* dans la médecine vétérinaire. Il est préféré, dans quelques maladies externes, aux autres cautères.
De toutes les préparations mereurielles , le deutochlorure est la plus active ; aussi ne doit-on l'administrer qu'avec prudence à l'intérieur : car il ne tarde pas à corroder les parties avec lesquelles il se trouve en contact > et détermine la mort dans d'horribles souffrances, lorsqu'il est introduit dans les voies digestives , même à pépite dose. Il résulte des expériences toxicologiques de M. Orfila, que le blanc d'oeuf jouit de la propriété de se combiner avec le deutochlorure, et de former un composé insoluble , tout-à-fait sans action sur l'économie animale, ce qui le constitue un antidote sûr de l'empoisonnement par le sublimé corrosif. Les expériences directes entreprises sur des chiens qui , après avoir été sous Vinfluence de cette substance vénéneuse, ont été rétablis par l'administration de blancs d'oeuf délayés dans l'eau , ne laissent, aucun doute à cet égard , surtout quand celte dernière suit de près l'introduction du poison dans les organes digestifs.
La propriété dont jouit le deutochlorure de mercure de se combiner avec les tissus animaux, et de les rendre imputrescibles , le rend propre à la conservation des cadavres, des pièces analomiques ou pathologiques, comme Chaussier en a fait le premier l'application. Le procédéest simple : il consiste à vider et à nettoyer le cadavre qu'on
veut conserver, et à le plonger dans de l'eau qu'on tient toujours saturée de deutochlorurcde mercure. Les chairs, en se combinant avec le chlorure , deviennent de plus en plus solides , et finissent par contracter la dureté du bois j elles sont alors imputrescibles et inattaquables par les insectes} elles résistent même pendant un grand nombre d'années aux agens physiques ordinaires qui déterminent la putréfaction.
Mercure et iode. (Protoiodure de mercure, Deutoiodure
de mercure. )
L'iode se combine directement en deux proportions avec le mercure. Ces deux composés correspondent aux deux oxides et aux deux chlorures.
On les obtient facilement en faisant agir l'iodure de potassium sur les sels de protoxide et de deutoxide de mercure. Ils sont tous les deux insolubles dans l'eau.
Le protoiodure êst jaune , insoluble dans Feau et dans l'alcool, fusible et volatil} à une douce chaleur, il se change en deutoiodure qui se sublime et en mercure métallique.
Le deutoiodure qu'on prépare en versant peu à peu une solution d'iodurede potassium dans une de deutochlorure de mercure, est rouge coquelicot très-vif \ il est insipide , insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool et peut être obtenu cristallisé par évaporation. Exposé à l'action de la chaleur, il jaunit d'abord, se fond ensuite et se sublime entièrement en belles lames rhomboïdales d'un jauned'or qui deviennent rouges éclatantes par le refroidissement.
Cet iodure, en raison de sa belle couleur, commence à être employé dans les arts. On est parvenu à l'appliquer sur les toiles peintes. En médecine, on en fait usage dans le traitement des affections syphilitiques.
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Mercure et Soufre.
Protosulfure de mercure. — Deutosulfure de mercure*
Le protosulfure , que Ton ne saurait former directement, parait, d'après les observations de M. Guibourt, peu stable dans sa composition. On peut le produire en décomposant le protonitrate acide de mercure par l'acide bydrosulfurique. Ainsi obtenu, il est noir, insoluble dans l'eau , et donne du mercure coulant lorsqu'on le dessèche et qu'on le comprime, ce qui prouve quil se décompose avec la plus grande facilité en deutosulfure et en mercure métallique. Ce protosulfure, d'ailleurs correspondant au protoxide par ses propriétés et sa corn» position, doit être considéré comme formé de :
Mercure 100
Soufre 8,2
Le sulfure noir de mercure , éthiops minéral , qu'on prépare dans les pbarmacies en triturant dans un mortier de fer deux parties de soufre sublimé et lavé avec une partie de mercure jusqu'à extinction par/aire Je ce dernier métal , ne doit pas être regardé comme un sulfure à proportions définies, mais bien comme un mélange de deutosulfure de mercure et d'un grand excès de soufre.
Deutosulfure de mercure.
Ce composé de soufre et de mercure , correspondant au deutoxide, existe dans la nature; il forme la mine do mercure la plus abondante. Il peut être produit par la réaction des sels de deutoxide de mercure et de l'acide bydrosulfurique. Il est noir, se volatilise entièrement sans décomposition et se sublime en une masse aiguillée violacée, qui devient rouge par la pulvérisation. Lorsque ce sulfure a été sublimé, il est connu sous le nom de
DE CHIMIE. v 533
cinabre, et quand ce dernier a été réduit en poudre fine , il prend une belle couleur rouge écarlate; alors on le désigne dans le commerce sons le nom de vermillon.
Ce produit , qui nous était naguère fourni par les Hollandais, se prépare en France aujourd'hui en grande quantité pour les besoins des arts.
On l'obtient par deux procédés diflférens. Le premier, qui se pratique par la voie sèche, consiste à faire fondre le soufre dans une marmite de fonte, et à y verser peu à peu quatre parties de mercure qu'on mélange bien par l'agitation. Lorsque la combinaison est faite, il en résulte une masse noire violacée qu'on sublime dans des matras de verre à long col , ou dans un vase en terre avec lequel on recouvre la marmite. L'excès de soufre se dégage et brûle, et le deutosulfure de mercure se sublime ensuite à l'état de cinabre et cristallise en aiguilles violettes.
Le deutosulfure de mercure est inaltérable à l'air , insipide, volatil, insoluble dans les acides. Chauffé au contact de l'air, il noircit et brûle avec une flamme bleue, sans laisser de résidu. Par la pulvérisation, on le réduit en une belle poudre rouge vif.
Sa composition , d'après les analyses les plus exactes, est de ;
Mercure. \ . . 100 Soufre 1 6
Un second procédé, qu'on commence à exécuter dans les arts , et qui est plus, économique , consiste à triturer dans une terrine de grès échauffée un mélange de cinq parties de mercure et une partie de fleurs de soufre humectée avec une petite quantité de solution de potasse. Quand le soufre et le mercure sont combinés, on ajoute deux parties de potasse dissoute dans une égale quantité d'eau , et on continue de chauffer doucement et d'agiter
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sans interruption , en ayant soin de remplacer l'eau à mesure qu'elle s'évapore. Au bout de deux heures , la masse devient rouge; on cesse d'ajouter de l'eau, mais on agite sans cesse jusqu'à ce que la liqueur se présente en une gelée ; alors on retire du feu pour prévenir l'altération de la couleur, et on lave le sulfure par décantation.
La potasse qu'on emploie dans cette opération dissout l'excès de soufre qui reste mêlé au deutosulfure de mer* cure qui a été formé.
Ce dernier procédé est particulièrement applicable à la préparation du vermillon dont on fait aujourd'hui un si fréquent usage dans la peinture , et dans quelques autres arts industriels.
Le deutosulfure de mercure naturel ( cinabre natif) existe dans beaucoup de pays, à Idria, en Carriole ; a Àlmaden , en Espagne ; en Hongrie ; en Chine ; au Pérou , à Guanca-Velica ; on en a môme trouvé en France, dans le département du Mont-Tonnerre. Il se présente / en masses , ou en filons plus ou moins réguliers au milieu de roches , ou cristallisé en prismes hexaèdres : il sert principalement à l'extraction du mercure.
Mercure et sélénium. ( Séléniure de mercure. )
Le mercure et le sélénium . chauffés ensemble , s'unissent sans dégagement de lumière, et donnent une masse blanche douée de 1 éclat métallique. Ce séléniure se volatilise sans se fondre et se sublime en lames ; il est difficilement attaqué par l'acide nitrique, même à chaud, qui le convertit peu à peu en séléniate de mercure, tandis que l'acide chloronitreux le dissout , même à froid , en le décomposant , et le transforme en deutochlorure de mercure et en acide sélénieux.
Ce séléniure de mercure s'obtient plus facilement de la réaction de l'acide hydrosélénique sur les sels de mer-
cure; H est alors en floconsbruns noirâtres , qui prennent; leclat métallique par le frottement.
Ce séléniure n'a pas é té analysé .
Mercure et phosphore. (Phosphure de mercure. )
L'union directe du mercure et du phosphore ne peut être produite. Suivant Pelletier etThomson, on ne peut l'obtenir qu'en chauiFant l'un des oxides de mercure avec le phosphore sous l'eau, ou dans un gaz impropre à la combustion : il y a formation d'acide phosphorique et de pfoosphure de mercure dans les deux cas.
Le phosphure ainsi préparé est d'une couleur noire t d'une consistance assez ferme pour se laisser couper ; il répand à l'air une vapeur blanche alliacée, due sans doute à l'excès de phosphore qu'il renferme* Du reste * cette combinaison a été peu examinée. *
Mercure et cyanogène. ( Cyanure de mercure. )
Le cyanogène gazeux ne s'unit pas au mercure. On forme ce composé en dissolvant le deutoxide de mercure dans l'acide hydrocyanique étendu d'eau , ou en faisant agir cet oxide sur le bleu de Prusse ( hydroferrocyanate de fer). C'est par ce dernier qu'on l'obtient dans les laboratoires. On fait bouillir pendant quelques minutes dans un ballon de verre un mélange d'une partie de bleu de Prusse en poudre fine, d'une demi-partie de deu*toxide de mercure pulvérisé et de trois parties d'eau. La couleur bleue disparaît et prend une teinte jaune verdâtre. On filtre alors la liqueur et on lave le résidu avec de l'eau chaude-, par l'évaporation et la cristallisation de la liqueur , on obtient la cyanure de mercure, qu'on purifie par denouvelles solutions. Dans cette opération, le bleu de Prusse, qui est un composé d'acide hydrocyanique, de cyanure de fer et de peroxide de fer, est décomposé par le deutoxide de mercure 5 l'oxigène de celui-ci s'unit tout à la
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536 ÀBRÉCÉ ÉLÉMEHTÀiaE
fois à l'hydrogène de l'acide et au fer du cyanure , pour former de l'eau et du tritoxide de fer insoluble qui s'ajoute à celui qui était tout formé, tandis que d'une autre part le cyanogène de l'un et de l'autre se combine au mercure pour produire le cyanure de mercure qui se trouve dans la solution.
Propriétés. Le cyanure de mercure est solide, incolore , inodore , d'une saveur styptique très-prononcée ; il est plus soluble dans l'eau chaude que dans Veau froide, et cristallise aisément en longs prismes quadranguîaires qui retiennent de l'eau combinée. Soumis à l'action de la chaleur , il donne des produits difFérens , suivant qu'il est sec ou hydraté 5 dans le premier cas, il se décompose en fournissant du cyanogène gazeux , mêlé d'une petite quantité de gaz azote, du mercure métallique et un résidu noir fixe, formé de carbone et d'azote } dans le second cas , l'eau qu'il contient est décomposée , ses élémens s unissent à ceux du cyanogène , d'où résulte de l'acide carbonique, de l'ammoniaque, de l'acide hydrocyànique et très -peu de cyanogène libre. Ce qui explique la nécessité de bien dessécher ce composé dans la préparation du cyanogène gazeux.
Le cyanure de mercure n'éprouve aucune altération à l'air ; sa solution aqueuse n'est point précipitée par les alcalis. Parmi les aeides , il n'y a que l'acide hydrosuliurique, l'acide hydrochiorique qui le décomposent par double affinité.
Comme toutes les préparations mercuri elles solubles,le cyanure de mercure jouit de propriétés vénéneuses assez énergiques. 11 est employé dans les laboratoires ponr obtenir l'acide hydrocyànique (voyez Extraction de cet acide).
Les combinaisons du mercure avec les autres corps .simples non métalliques ne sont point connues ou ont été peu étudiées.
Usages du mercure*
Ce métal est très-employé ainsi que plusieurs de ses combinaisons. Dans les laboratoires , c'est en raison de sa liquidité et de son inaltérabilité qu'on s'en sert pour recueillir certains fluides élastiques solubîcs dans l'eau. Sa dilatabilité plus grande que celle des autres liquides , la marche uniforme de sa dilatation , sa moins grande volatilité , sont autant de causes pour lesquelles ou remploie dans la construction des thermomètres. Sa densité particulière le rend aussi plus propre que tout autre liquide à mesurer sur une échelle moins longue les diffe- • rentes pressions de l'atmosphère.
Dans les arts , il n'offre pas moins d'utilité 5 il sert parti culièrement à l'extraction de l'or, de l'argent et àTappli cation de ces métaux sur le cuivre. Plusieurs de ces alliages présentent des usages plus ou moins étendus. On désigne par le nom d1 amalgame les combinaisons du mercure avec les métaux. Parmi ceux-ci , nous dislinguerons les amalgames d'étain et de bismuth 5 le premier fait la base de Tétaniage des glaces. On exécute cette opération en étendant , sur une table bien horizontale , une feuille mince d'étain et y versant ensuite une certaine quantité de mercure \ dès que l'étain a formé une couche épaisse et unie sur toute la surface , on fait glisser la glace, qui a été polie exactement sur ses deux faces, puis on la recouvre d'une couverture de laine pliée et chargée de poids , pour en expulser la portion de mercure en excès.
L'amalgame du bismuth se fait en faisant fondre dans un creuset du bismuth et y versant du mercure préalablement échauffé. Cet amalgame est particulièrement employé pour étamer l'intérieur des bouteilles et globes de verre. On le verse fondu dans ces vases échauffés, et il
adhère parle refroidissement aux surfaces avec lesquelles il a été mis eu contact.
Combiné au plomb , à letain et au bismuth , il forme un amalgame très - fusible, propre aux injections anatomiques. Tous les amalgames sont liquides ou solides ; liquides lorsque le mercure prédomine , solides quand les autres métaux sont en plus grande quantité. En général, il sont plus ou moins cristallisâmes , cassans, décomposables par la chaleur qui en dégage facilement lç mercure» qu'on peut recueillir par la distillation. La décomposition des amalgames se fait toujours bien audessous de la chaleur rouge brun , dans un appareil semblable à celui que nous avons décrit pour obtenir ce métal.
C'est sur la faculté qu'a le mercure de se combiner à l'or et à l'argent , de les dissoudre et de s'en séparer ensuite par la chaleur, qu'est fondé l'art de dorer ou argenter le cuivre , le bronze et le laiton*
Les usages du mercure ne sont pas moins importans en médecine. Il forme la base de plusieurs médicamens composés. Divisé et uni à la graisse, il constitue l'onguent mercuriel ; combiné à l'oxigf ne , au chlore , à l'iode , au soufre, etc. , il produit des combinaisons trèsemployées, sur la préparation et les propriétés desquelles nous avons déjà insisté dans ce chapitre.