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CHAPITRE XXV

Argent.

Son état naturel, —Ses différens modes d? extraction.— Ses propriétés. — Ses combinaisons avec ïoxigene , le chlore , Viode , le soufre et le phosphore, -t- Ses ah liages usuels.

L'argent , dont les premiers peuples paraissent avoir eu connaissance en même temps que For , se rencontre ordinairement dans les terrains de formation primitive, sous quatre états différens : i° à l'état natif \ il est rarementpur, mais toujours allié à o,o3 ou à o,o5 d'or, d'arsenic , de cuivre, ou à une plus grande quantité d'antimoine ou de bismuth ; pn le trouve tantôt en petite masse disséminée dans la roche, tantôt cristallisé régulièrement -, quelquefois en lames ou en fils réunis entre eux comme des branchages; a° à l'état de sulfure pur ou uni aux sulfures d'antimoine et de plomb 5 3° à l'état d'oxide sulfuré combiné à l'oxisulfure d'antimoine ; 4° à l'état de chlorure.

Les principales mines d'argent natif se trouvent en Norwége , en Sibérie , en Espagne, au Hartz, etc. Les autres mines se rencontrent surtout au Pérou et au Mexique. On en a trouvé , mais en très-petite quantité, en France , à Âllemont , près Grenoble , et à Sainte- Marie-aux-Mines ^ dans les Vosges. Plusieurs mines de plomb sulfuré renferment assez d'argent pour qu'on puisse extraire ce métal avec avantage.

Les -procédés d'extraction de l'argent varient suivant la nature de la mine et le lieu où ils sont exécutés.

Celui qu'on pratique en Norwége sur l'argent natif consiste , après avoir bocardé et lavé la mine , à la fon*

5/}o ÀBtLÉCÉ ÉLÉMENTAIRE

dre avec son poids de plomb. L'argent s'unit aisément au plomb et forme un alliage qui se sépare de la gangue.

Pour séparer le plomb de cet alliage , on place ce dernier au milieu d'un fourneau à réverbère , dans une cavité oblongue, faite en briques et recouverte d'une couebe de cendres lessivées ou d'os calcinés , pulvérisés et bien battus. Cette cavité, qui porte le nom' de coupelle, est de niveau par ses bords avec l'aire du fourneau. À Tune de ses extrémités est placé le tuyau d'un fort soufflet qui amène le vent sous une légère inclinaison ; à l'autre existe un trou qui communique par une rigole avec l'intérieur de la coupelle. Dès que la température est au rouge cerise , on dirige le vent du soufflet sur le bain fondu, le plomb s'oxide seulement et se vitrifie, en formant une couebe liquidequi, poussée par. le vent du soufflet, sort par le trou opposé et va se rendre dans un bassin de réception où il se solidifie en petites paillettes rougeâtres. Lorsque l'alliage a été ainsi privé d'une certaine quantité de plomb , ou le place dans une coupelle plus petite, faite entièrement en os calcinés, et on chauffe comme dans la première opération -, leprotoxide de plomb qui se forme est absorbé par les parois de la coupelle, et l'argent reste à l'état de pureté. On le retire avec des ringards froids auxquels il s'attache , puis on le sépare en le plongeant dans l'eau froide.

Cette opération est fondée sur la propriété qu'a l'air d'oxider le plomb sans altérer l'argent et de convertir le premier en un oxide fusible qui est moins dense que l'argent et qui n'exerce aucune action sur lui.

Les plombs argentifères sont traités par la même méthode ; comme ils contiennent de très-petites quantités d'argent , on est obligé de soumettre de grandes, masses de plomb à la coupellation , ce qui se pratique facilement, en entretenant la coupelle toujours rempb'ej car à mesure qu'une portion de plomb est oxidée, elle est cn-

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traînée hors la coupelle et va se solidifier et cristalliser dans des bassins particuliers qui sont en communication avec elle. Le protoxide de plomb , ainsi cristallisé , qu'on obtient dans ce travail , est la source de toute la litharge qu'on trouve dans le commerce.

Le sulfure d'argent qu'on rencontre mêlé aux sulfures de fer et de cuivre est soumis à un autre traitement. On grille la mine dans un fourneau à réverbère , après l'avoir mêlée avec un dixième de sel mario. Il en résulte des sulfates de soude , de fer , de cuivre , et du chlorure d'argent; cette masse, après avoir été réduite en poudre et lavée pour enlever les sels solubles , est mise en contact dans des tonneaux qui tournent sur leur axe , avec la moitié de son poids de merçurc , de l'eau et des morceaux de tôle. Dans cette opération , le fer décompose le chlorure d'argent en s'unissant au chlore pour former du chlorure de fer soluble dans l'eau , et le mercure et l'argent se combinent ensemble. Au bout de dix heures , on cesse de faire tourner les tonneaux et on en retire l'amalgame liquide qu'on soumet à la presse dans de sacs de coutil, pour en faire sortir l'excès de mercure. L'amalgame solide qui reste dans le sac est distillé ensuite dans des cornues en fonte \ le mercure se volatilise et l'argent reste au fond.

C'est par cette dernière méthode , connue sous le nom à* amalgamation, qu'on extrait l'argent du sulfureà Freyberg. Le procédé suivi au Pérou et au Mexique est trèspeu différent de celui-ci.

Propriétés. L'argent est un métal blanc, très-brillant, susceptible de recevoir un beau poli. Sa ductilité et sa malléabilité, moins grandes que celles de l'or, l'emportent néanmoins sur celles des autres métaux. Elles sont telles qu'on peut le réduire en fils aussi fins que des cheveux et en faire des lames de — ~ de millimètre d'épaisseur j sa densité lorsqu'il a été fondu est de 10, \

augmente un peu par le martelage et devient io,5io.

Exposé à une chaleur au-dessus' du rouge cerise , il entre en fusion; à une chaleur intense, et surtout au contact de l'air, il bouillonne et se réduit en vapeurs. Comme beaucoup d'autres métaux , l'argent peut cristalliser en pyramides quadran gui aires par un refroidissement lent , ainsi que l'ont observé MM. Tillet et Mon- . gez.

L'air , à la température ordinaire , n'a aucune action sur l'argent , ce métal s'y conserve avec tout son éclat. Cependant il arrive, dans quelques circonstances, qu'il brunit et perd son brillant; mais cette altération est toujours le résultat d'émanations putrides ou sulfureuses, qui peuvent se trouver dans l'air et réagir sur l'argent.

L'eau n'est point susceptible de l'oxider, à aucune température.

L'oxigène n'exerce aucune action sur l'argent , ni à la température ordinaire ni même à la chaleur rouge obscur; il ne peut s'y unir directement que lorsque ce métal est en fusion, comme le prouve le fait intéressant observé par M. Samuel Lucas ; mais , ce qui est remarquable, c'est que l'oxigène absorbé par l'argent, pendant sa fusion à l'air, n'y reste uni que tant que ce métal est fluide, et qu'il s'en sépare à mesure qu'il se solidifie en produisant des protubérances et des crevasses à sa surface.

Si au lieu 4e laisser refroidir l'argent fondu peu à peu, v on le coule dans l'eau , il y a effervescence et dégagement de gaz oxigène qu'on peut recueillir en plaçant au-dessus des cloches remplies d'eau. •

Ce phénomène curieux, dû à l'oxidation directe de l'argent, cesse lorsqu'on répand à la surface du métal fondu une petite quanti té de charbon, qui s'empare aussitôt de tout l'oxigène. Il ne peut se produire , suivant M. Chevillot, lorsque l'argent est uni môme à une petite

quantité de cuivre. ( Annales de chimie et de physique , tom. XIII, pag. 299. )

Argent et oxigène. ( Oxide d'argent. )

L'argent ne se combine qu'en une seule proportion avec l'oxigène pour former un oxide stable. On ne peut l'obtenir qu'en dissolvant ce métal dans les acides et précipitant Toxide formé parla potasse ou la soude caustique.

Dans les laboratoires , on dissout l'argent dans l'acide nitrique faible et on décompose le nitrate d'argent qui en résulte par la potasse caustique ou par l'eau de chaux. On lave le précipité qui s'est formé et on le dessèche à une douce chaleur.

Propriétés. L'oxide d'argent est brun olivâtre , sous forme pulvérulente. Il est insipide et insoluble dans l'eau. Exposé à une chaleur au-dessous du rouge obscur, il se décompose facilement en gaz oxigène et en argent métallique. Projeté sur des charbons incandescens , il est réduit avec rapidité en activant leur combustion.

Cet oxide est composé , d'après l'analyse de MM. Gay- Lussac et Thénard , de :

Argent 7 . . 100 Oxigène ... 7,6

M. Berzélius porte la proportion d'oxigène seulement à 7,348 , pour la même quantité d'argent.

Suivant les observations de M. Faraday , il existerait un oxide d'argent moins oxigéné que celui-ci. Il se produit , d'après ce chimiste , en exposant à l'air libre une dissolution de l'oxide obtenu ci-dessus dans l'ammoniaque. La pellicule noirebrillante qui se forme à sa surface est composée de :

Di

ÀBHÉGÉ ÉLÉMENTAIRE

Argent. . . . . ico Oxigène. . . . 4>^58

Cette proportion d'oxigènc , qui n'est pas en rapport simple avec celle que contient l'oxide produit par les acides, tendrait à faire croire que ce n'est point un oxide particulier , mais un mélange d'argent et d'oxide.

Argent et chlore. (Chlorure d'argent.)

Le chlore à l'aide de la chaleur s'unit h l'argent, sans dégagement de lumière et en donnant naissance à une masse blanche qui est le chlorure d'argent.

Cette combinaison se produit facilement par la voie humide en faisant réagir l'acide hydrOchlorique sur l'oxide d'argent , ou en précipitant le nitrate d'argent par cet acide ou par un chlorure soluble.

Propriétés. Ainsi obtenu, le chlorure d'argent se présente en flocons blancs caillebottés , insipides , insolubles dans l'eau et dans tous les acides, mais solubles entièrement dans l'ammoniaque. Exposé à la lumière, il se colore sur-le-champ et devient violet par un commencement de décomposition. Chauffé au-dessous de la chaleur rouge, il entre en fusion, et se prend par le refroidissement en une masse grise , demi - transparente , ayant la consistance et l'aspect de la corne , ce qui lui a fait donner le nom d'argent corné par les anciens chimistes.

Le chlorure d'argent est décomposé à l'aide de la chaleur par la potasse , la soude, la chaux et la barite, et par la plupart des métaux qui s'unissent au chlore et mettent l'argent en liberté.

A la température ordinaire , ou à une température peu élevée , le fer et le zinc le décomposent, même sous l'eau, en absorbant le chlore et en se transformant en chlorures solubles.

Si Ton mêle , avec le chlorure d'argent , du zinc en limaille , et qu'on verse dessus de leau et de l'acide sulfurique , l'hydrogène qui provient de cette réaction se porte sur le chlore, et l'argent est réduit rapidement. Ce moyen , dû à M. Arfwedson , est souvent employé dans les laboratoires pour obtenir de l'argent à l'état de pureté.

Le chlorure d'argent est composé de :

Argent 100

Chlore 3a,5

C'est d'après la connaissance du rapport des élémens de ce composé qu'il est possible , dans les recherches analytiques , d'évaluer les proportions dè l'un ou de l'autre de ces corps dans leurs combinaisons respectives.

Le chlorure d'argent se trouve dans la nature , ou en petites masses ou en couches dans les mines d'argent natif , quelquefois il est cristallisé en cubes. On l'a rencontré dans la plupart des pays qui fournissent des mines d'argent. Cet un minéral assez rare.

Argent et iode. ( Iodure d'argent. )

L'iodure d'argent se prépare comme le chlorure eu précipitant un sel d'argent , soit par l'acide hydriodique ou par un iodure.

Il se présente en flocons blancs légèrement jaunes ; insolubles dans l'eau et les acides comme le chlorure d'argent , et insolubles même dans l'ammoniaque. Exposé à l'air, sa couleur s'altère -, chauffé, il entre en fusion au-dessous du rouge et prend une couleur rougeâtre. Calciné avec la potasse ou la soude caustique , il est décomposé $ l'iode s'unit au potassium ou au sodium en déplaçant l'oxigèue , et l'argent est mis eu liberté.

L'iodure d'argent est formé , d'après l'analyse que nous en avons faite , de :

Argent . . . 100 Iode .... i3a,55

M. Vauquelin a rencontré , dans une mine d'argent natif provenant des environs de Mexico, Fiodure d'argent. C'est le premier exemple de la présence de l'iode dans les minéraux.

Argent et soufre. (. Sulfure d'argent. )

L'argent a une grande affinité pour- le soufre; on est journellement témoin de cette propriété. Lorsque ce métal est exposé aux émanations sulfureuses, il perd son éclat et noircit bientôt, par la décomposition du gaz hydrosulfurique et la formation du sulfure chargent. Le contact des substances alimentaires contenant du soufre agit de la même manière. C'est ce qu'on observe en faisant cuire des œufs dans des plats d'argent , ou en les touchant quand ils sont cuits avec des ustensiles formés par ce métal .

L'union du soufre et de l'argent peut être produite eu chauffant, dans un creuset fermé, deux parties d'argent en limaille et une partie de soufre , ou en stratifiant des lames d'argent avec du. soufre. Par la chaleur, l'excès de Soufre est volatilisé et le sulfure se trouve fondu dans le creuset.

On peut l'obtenir par la voie humide en faisant passer un courant d'acide hydrosulfurique dans un sel d'argent diésous dans l'eau. Il se précipite, dans ce dernier cas, en flocons noirs.

Propriétés. Le sulfure d'argent est gris noirâtre, en masse, et cristallisé en aiguilles \ il est plus fusible que l'argent, décomposable à une température élevée, qui en laisse dégager une partie du soufre.

ïAir et Poxigène n'ont point d'action sur ce compose à la température ordinaire; mais lorsqu'on le chauffe au contact de ces gaz , le soufre est brûlé , et l'argent est ramené à l'état métallique.

Le sulfure d'argent est formé, d'après les analyses cfut ^n ont été données par MM. Vauquelin et Berzélius, 'de :

Argent ... 100 Soufre . . . 14,9

€e sulfure se trouve dans presque toutes les mines d'arr gent $ il est quelquefois cristallisé ou en masse. Souvent il est mêlé avec d'autres sulfures métalliques , tels que les sulfures de fer , de cuivre , de plomb et d'antimoine. Il existe surtout dans les mines d'argent du Mexique , de Saxe et de l'Allemagne.

Argent et sélénium. ( Séléniure d'argent. )

Le séléniure, suivant les expériences de M. Berzélius, tset;ombine en plusieurs proportions avec l'argent. Par la fusion des corps , on obtient un biséléniure de couleur grise , fusible au-dessus de la chaleur rouge, et perdant une partie de son sélénium à une température élevée en se transformant en protoséléniure.

En faisant agir le gaz hydroséléniquesur le nitrate d'argent, on produit un précipité noir, fusible à une chaleur rouge et indécomposable. Ce composé, correspondant à l'oxide d'argent, est uA véritable protoséléniure. La composition de ces deux séléniures n'a pas été déterminée.

Argent et phosphore. ( Phosphure d'argent. )

L'argent et le phosphore peuvent être unis , quoique difficilement , par la calcination de l'acide phosphorique avec le charbon et l'argent divisés, ou en projetant sur ce métal fondu de petits morceaux de phosphore.

Ce phosphure est blanc, brillant ,« cassant et d'une

texture grenue. Lorsqu'il vient d'être fondu , il laisse dégager , en se refroidissant, des jets de phosphore qui brûlent à leur passage dans l'air. Chauffé à l'air, il se décompose aisément, en donnant de l'acide phosphorique , du phosphate d'argent et de l'argent métallique , suivant la température.

L'argent , en raison de sa ductilité, de sa malléabilité et de son inaltérabilité à l'air, a des usages très-nombreux. Dans les arts, il sert non-seulement pour la confection de la monnaie, mais pour celle d'une infinité de vases et ustensiles. A l'état de pureté, ce métal est si mou qu'il ne pourrait conserver les formes qu'on lui donnerait dans les arts ; aussi est-on obligé de l'allier pour le durcir, avec de petites quantités de cuivre déterminées par les lois.

Cependant il est employé pur pour la fabrication des creusets et des capsules à 1 usage des laboratoires de chimie et de pharmacie et pour la préparation de quelques produits.

- De tous les alliages que l'argent peut former avec les autres métaux, deux méritent, par leur importance et leur intérêt, d'être examinés particulièrement : ce sont les alliages d'argent et de cuivre et celui de mercure et d'argent.

Alliages d'argent et de cuivre.

Le cuivre s allie aisément à l'argent par la fusion, et donne à ce dernier métal plus de dureté et le rend plus sonore. Ce composé , que l'on peut faire dans un grand nombre de proportion, conserve une couleur blanche, même lorsque la quantité de cuivre est égale à celle de l'argent. Bien que la dureté soit en rapport direct avec la quantité de cuivre , elle est à son maximum lorsque ce métal est uni à quatre parties d'argent.

Suivant l'usage auquel ces alliages sont employés, ils

renferment des proportions d'argent fixées par les lois de l'état. C'est ce rapport de l'argent au cuivre qui constitue ce qu'on appelle dans le commerce le titre de Targent.

Lorsqu'on veut désigner le titre des différens alliages d'argent et de cuivre du commerce, on suppose le poids de l'alliage égal à 1000 et on exprime en fraction la quantité d'argent qui y est contenue. C'est ainsi que l'on dit que l'argent est au titre de de , lorsqu'il

contient sur 1000 parties g5o, 900, 85o d'argent. D'après ce que nous venons d'établir, on voit que le titre de l'argent fin ou pur sera exprimé par |— .

En France, l'argent monnoyé est au. titre de celui employé à la fabrication de la vaisselle est à J4rs- Les bijoux d'argent sont à un titre plus bas Dans les autres pays, les différentes monnaies d'argent sont à des titres particuliers, comme l'indique ci-dessous le tableaucomparatif emprunté deVouvragedc Wasserberg. (T.I,p. i53.)

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