MARÉES. IO
Il suit de ce que nous venons de dire que, le centre du globe étant mis en. mouvement par l’attraction de la lune le fluide qui couvre l’hémisphère placé sous la lune est attiré plus fortement. Par conséquent , il doit s’élever avec une force égale à l’excès de la force qui l’attire sur celle qui attire le centre. Par la même raison , le fluide qui est diamétralement opposé , étant moins attiré que le centre , se meut moins vite vers la lune ; par conséquent, il s’éloigne de la lune plus que le centre; il est abandonné à sa seule tendance vers le centre du globe ; et comme sa densité est moindre que celle de la terre , il gravite moins que le solide du globe : il fuit donc le centre, pour ainsi dire , s’en éloigne , et par conséquent se gonfle avec une force égale à l’excès de la force qui attire le centre sur celle qui l’attire lui-même; de sorte que la surface de tout l’Océan que nous avons supposée sphérique quitte cette forme pour prendre celle d’un ovale , dont le grand diamètre, se dirigeant vers l’astre qui l’attire, suit son mouvement diurne. Or, comme, dans une révolution entière , le diamètre d’un cercle présente alternativement ses deux extrémités au même méridien , il arrive que le grand diamètre de notre ovale présente ses deux extrémités au même méridien dans il\ heures 49', et qu’il y occasione deux gonflements, deux flux de la mer. Le petit diamètre, ayant nécessairement'le même mouvement, se présente aussi deux fois sous le même méridien, et se trouve deux fois dans a4 heures 49* Ie terme du reflux ou de l’abaissement des eaux.
Mais si la lune exerce sur l’eau de la mer l’attraction que nous venons de voir , le soleil en exerce aussi
IOi GÉOGRAPHTE PHYSIQUE.
une de sou côté , plus faible à la vérité , mais très-, réelle. Newton l’évalue au quart de celle exercée par la lune; et cela , toujours par la loi du carré des distances et du rapport direct des masses.
Il s’ensuit nécessairement que l’action de la lune doit se combiner avec celle du soleil, et que, pendant une lunaison , le gonflement des marées n’est pas toujours le même. En effet, dans les conjonctions, les deux astres étant au-dessus du même méridien, leur action se réunit pour attirer les eaux et les faire gonfler.
Dans les oppositions , ces deux astres se trouvent l’un au-dessus, et l’autre au-dessous du même méridien terrestre. Leur attraction , sans se nuire , sans se balancer réciproquement, agit séparément sur des points opposés; chacun tend de son côté à élever les eaux de la mer vers lui-même. Ainsi, dans lessyzygies, les marées sont les plus grandes; dans les quadratures, ♦ 'au contraire, la lune étant à 90 degrés du soleil, faction de ce dernier est opposée à celle de la lune ; car le soleil exerçant son attraction sur les eaux situées au-dessous de lui, tend à y placer le grand diamètre de l’ovale dont nous avons parlé , et le petit diamètre dans la direction de la lune. Mais ce satellite, exerçant pareillement son action sur les eaux au-dessus desquelles il se trouve, tend de son côté à diriger vers lui-même le grand diamètre de notre ovale, et le petit vers le soleil : leur effet se balance donc; aussi dans les quadratures, les marées sont les plus basses. Nous en concluerons que le mouvement alternatif de la mer n’est point commun à toute la masse du globe ; qu’il n’est point non plus occasioné par faction totale du soleil et
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de la lune , mais par la différence qu’il y a entre leur action sur le centre du globe, et celle qu’ils exercent sur les eaux de la mer.
D’après cet aperçu sommaire de la théorie des matées, on trouve étonnant que dans le» syzygies et dans les quadratures, le gonflement de la mer n’ait lieu qu’à peu près trois heures après le passage de la lune au méridien ; car l’attraction devant avoir lieu immédiatement sous la lune, il paraîtrait juste, au premier coup d’œil, d’imaginer que ce serait sous cet astre que la haute mer devrait toujours se faire. Cependant la raison de ce retard est bien sensible. .
Si la terre était en repos, il n’y a pas de doute que l’effet. suivant la cause, le gonflement de la mer ne se fit sous l’astre qui en attire les eauk ; mais la terre tourne très-vivement par rapport au mouvement de la lune; et l’eau qui à été attirée par la lune, qui tourne avec notre glpbe ,* tend à conserver l’élévation qu’elle a acquise, et cela par une force d’inertie qui fait qu’un corps en mouvement résiste au repos.
Cette force d’inertie, combinée avec le mouvement de rotation de la terre, fait que l’eau élevée par la lune se trouve transportée à l’orient de la lune; ou, si on aime • mieux, le mouvement de rotation de la terre transporte les eaux gonflées à l’orient de la lune, et leur force d’inertie les y fait conserver leur gonflement, quoique la cause en -soit passée. Cependant, l’action de la lune diminuant par son éloignement, les eaux atteignent une élévation moindre que celle qu’elles atteindraient sous la lune si la terre était immobile. Enfin, la force d’inertie s’épuise; et les eaux, n’étant plus soulevées par l’action de la lune, s’abaissent pour se gonfler de nou-
veau sous' une autre puissance. Nous en concluerons que le mouvement de la terre contribue à retarder les marées, et à en diminuer l’élévation.
Voilà l’aperçu de la théorie des marées. Il faut en chercher les développements dans Newton , Daniel Bernouilli, Euler, d’AIembert,et les Mémoires de l’Académie des sciences.
Mais un voyageur peut se trouver au passage d’une rivière où le flux se fait sentir, ou sur le bord de la mer; et comme, dans ce cas, il lui importe de connaître Ira principaux phénomènes des marées, nous allons en dire un mot.
Le gonflement de la mer ne se fait ( comme nous l’avons vu) ni immédiatement sous le soleil, ni imçiédiatement sous la lune: non-seulement à cause des motifs dont nous venons de parler, c’est-à-dire la rotation de la terre, et la force d’inertie conservée par les eaux ; mais encore à cause de l’action de ces deux planètes , dont l’effet se fait sentir dans un point situé entre elles deux, mais plus voisin de la lune à cause de sa puissance , que Newton évalue comme 8 et celle du soleil comme 2, et que Bouguer n’estime que 7 pour la lune et 2 pour le soleil.
Lorsque la lune va des syzygies aux quadratures , la # haute mer anticipe; elle retarde, au contraire, quand la lune va des quadratures auxsyzygies. Ainsi les mouvements de la marée ne sont point réguliers. Dans les syzygies, la haute mer prime de 1 5' : dans les quadratures elle retarde de 35', dans les 24 heures 49'.
lia mer éprouve donc une grande variation dans son gonflement pendant une lunaison. Le plus grand