CONTRE-COURANTS
Il arrive dans plusieurs cas qu’il n’y a ni débouché ni moyen d’établir un courant inverse à la superficie de la mer; alors il se forme un contre-courant à une certaine profondeur, et ce contre-courant prend une direction contraire à celle du courant supérieur. On l’a observé sur la côte d'Afrique ou côte d’Angola. Les courants supérieurs portaient violemment au nord, et les inférieurs portaient au sud avec une force pareille, ou peut-être avec plus de force; de sorte qu’en faisant plonger une voile étendue, d’une plus grande surface que la coupe verticale du vaisseau à sa plus grande largeur, et retenant cette voile par les quatre coins, le vaisseau prenait un mouvement contraire au courant supérieur, avec une vitesse proportionnelle à l’excès de la surface de la voile sur celle du maître-couple du vaisseau, moins les frottements.
Les mêmes contre-courants ont lieu dans les détroits connus, dans celui de Gibraltar, dans celui du Sund et autres; aussi Daniel Bernouilli suppose un contrecourant sous l’Atlantique du sud.
Voici une nouvelle expérience sur laquelle il fonde la théorie de ses contre-courants.
Si l’on prend, dit-il, un petit vase d’à peu près un
CONTHE-COÜRANTS.
pied de long sur deux pouces de large, avec une hauteur à peu près pareille à la largeur, et qu’après l’avoir rempli d’eau, on y jette de petits corps capables de descendre doucement au fond , et par leur légèreté capables d’y rester dans un étatcontinuel d’afflouement, c’est-à-dire prêts à flotter, et par conséquent faciles à recevoir le mouvement de l’eau (du papier mâché ) ; si on souffle par un bout du vase sur la surface de l’eau, on verra tous les petits corps qui sont au fond du vase se mouvoir vers la source du vent, tandis que ce qui surnage s’en éloigne. Ces deux mouvements inverses sont l’image des courants et contre-courants.
Ijes grands continents dirigés du nord au sud, formant comme des barrières à la marche générale des courants,donnent naissanceà ces contre-courants, et de plus, occasionnant un gonflement à la surface de la mer; car les eaux affluentes doivent nécessairement s’y élever. C’est par cette raison qu’on a pensé que la surface de l’Atlantique près des côtes d’Amérique était plus élevée que près des côtes occidentales d’Afrique; de même les eaux sur la côte orientale d’Afrique sont plus hautes que sur la côte occidentale, comme aussi les bords de la mer Pacifique passent pour être plus bas que les rives du golfe du Mexique. Enfin, c’est par la même raison que les bords de la mer Rouge passent pour être, dans la saison des vents de sud , plus élevés que le rivage de la Méditerranée. Ces différences dans l’élévation des eaux de l’Océan peuvent être si petites, qu’à peine pourrait-on les mesurer par des observations du baromètré : cependant on en a déjà quelques-unes; il est à désirer qu’on en réunisse un plus grand nombre
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en corps de preuves. Au surplus , ce gonflement sur les côtes qui font obstacle aux courants ne peut être constant, puisqu’il dépend des marées, du plus ou moins de vitesse des courants , de l’influence du chaud, du froid, de la fonte des glaces, et de l’action des vents; en un mot, cette vitesse se soumet à l’influence des saisons. '