VENTS PÉRIODIQUES
Moussons.
Les moussons sont des vents de saison; ils changent avec la saison, et dans les saisons différentes ils prennent une direction opposée. Les moussons se font sentir dans la mer des Indes depuis la ligne équinoxiale jusqu’à terre vers le nord , aux Moluques, aux Philippines, à la Nouvelle-Hollande, dans le canal de Mozambique, dans la mer Rouge et dans le golfe Persique.
Les moussons ne sont pas uniformes dans tout cet espace : le canal de Mozambique , la mer Rouge , le golfe Persique, servent comme d’entonnoir, dont les parois dirigent le fluide qui y coule, et même dans les mers plus libres les moussons varient dans des lati-
1 58 GÉOGRAPHIE PnYSIQllE.
tudes différentes. Ainsi la mousson qui 'est Nord-est au Nord de l’équateur , est Nord-ouest au Sud de cette même ligne; et celle de Sud-ouest au Nord de l’équateur, souffle du Sud-est au Sud de cet équateur.
Au Sud de la ligue, les moussons ne se font pas sentir au-delà du septième ou huitième degré de latitude, excepté surlacôtedela Nouvelle-Hollande; on les y trouve jusqu’au quatorzième degré.
Ijü mousson change deux fois dans l’année, le i5 avril et le i5 octobre.
Au if> octobre elle souffle Nord-est , et pendant six mois elle garde cette direction avec de légères variétés.
Au i5 avril, la mousson reverse, et souffle du Sudouest avec la même constance pendant six mois.
La mousson du Sud-ouest souffle donc, comme on voit, dès que le soleil a un peu échauffé l’hémisphère du nord ; et la cause physique de ce phénomène nous paraît aussi facile à expliquer que celle d’où résulte le vent d’orient. La chaleur du soleil ayant raréfié l’air qui plane sur la presqu’île de l’Inde, sur la côte duPégu, sur les îles de la Sonde, sur la presqu’île de Malaca, etc. , l’air y devient plus léger; mais il ne peut changer ses limites comme dans l’Atlantique, parce qu’il n’a pas de débouché au Nord. Les terres , les bois , les montagnes, lui font obstacle. Le Sud est le seul côté libre ; mais il ne peut se dégager de ce côté parce qu’il est pressé par l’air plus condensé dans cette partie pendant cette saison. Alors, par l’effet de sa légèreté, il monte , et l’air s’empresse d’accourir du Sud-ouest pour remplir le vide que le vent de Nord-est laisse au-dessous de lui ; et si l’on demande pourquoi l’air se décide à accourir du Sudouest plutôt que du Sud-est , la question se résoudra
VENT. l59
par l’inspection des pays sur lesquels roule cette dissertation. D’abord le vent d’orient, arrêté par l’archipel de la Sonde et les côtes deMalaca, de laCochinchine et lieux adjacents, se réfléchit et se subordonne au gisement des montagnes. 11 est à peu près perdu en circulation sur les terres, avant d’arriver à l’océan Indien du nord de la ligne; alors la côte du Pégu et la presqu’île de l’Inde forment , par la chaleur qu’elles réverbèrent, deux foyers d’aspiration , dont l’attraction s’exerce de préférence dans la perpendiculaire du gisement de leurs côtes, puisque la mer est libre dans cette direction et que l’air y arrive sans obstacle. La côte de Coromandel n’exerce point alors d’attraction, parce que celle qu’exerce la masse des terres opposées, c’est-à-dire à Y Est, opère sur la totalité du golfe du Bengale, qui se remplit ainsi , ne laissant au Coromandel que ses brises de terre. D’un autre côté, le vent d’orient qui vient du Sud-est dans les latitudes méridionales, se brise sur la partie basse de la côte d’Afrique, il en est réfléchi comme les courants, il suit la même direction que ces derniers; et comme cette direction est conforme à celle de la mousson de Sud-ouest , il se réunit à elle pour grossir sa force. L’air se porte donc avec rapidité vers le Nord-est. Parvenu à une certaine distance sur les terres, il est raréfié par la chaleur, il monte et se rejoint au vent d’orient supérieur* qui l’entraîne avec lui, jusqu’à ce que, condensés de nouveau, ils retombent ensemble pour souffler Nord-est sur l’Atlantique. Et si quelque chose peut confirmer cette théorie, c’est que la mousson change près de terre long-temps avant quelle ne change au large. Pendant ce temps, le vent de Sud-est , que
lGo v GÉOGRAPHIE PHYSIQÜE.
rien ne contrarie au Sud de l'équateur, souffle librement, et la mousson vient du Sud-est dans cette partie.
Lorsque le soleil cesse d’échauffer l’air dans l’hémisphère du Nord , le vent du Nord-est reprend sa direction naturelle, qu’il n’aurait pas perdue, si lors de sa raréfaction il avait pu se dilater vers le Nord dans un espace libre de terres et de montagnes , comme il le fait dans l’Atlantique et dans la mer Pacifique. Cette mousson du Nord-est devient Nord-ouest dans quelques endroits , suivant les localités.
Les jours de changement de mousson ne sont pas aussi fixes que nous avons semblé le faire entendre. Ce changement ne s’opère que peu à peu , et pendant les quinze jours qui précèdent et qui suivent le reversement, le temps est orageux, sujet aux calmes et aux pluies, d’où naissent les amas de vapeurs qui produisent quelques tempêtes. Pendant que ces moussons régnent sur la presqu’île de l’Inde, il se passe un phénomène curieux sur les deux côtes opposées.
La côte de Coromandel est séparée de celle de Malabar, par une chaîne de hautes montagnes qu’on nomme les Gates ; ces montagnes, faisant obstacle au vent , le forcent à déposer les vapeurs dont il est chargé. Leur amas s’y résout en pluies, dont se trouve inondée toute la plaine qui s’étend depuis le pied de ces montagnes jusqu’au rivage de la mer. Ainsi, pendant la mousson du Sud-ouest la côte de Ma labar éprouve sa mauvaise saison , tandis qu’au contraire celle de Coromandel jouit d’un ciel pur; et réciproquement, quand la mousson règne du Nord-est. , la côte de Coro-
VK.YT. l6l
mandel éprouve son hiver, et la côte de Malabar jouit du plus beau ciel.
Quant au canal de Mozambique, sa direction suffît pour concevoir comment le vent de Sud-est. s’y convertit en Sud-ouest, et comment, dans la mousson -contraire, le vent de Nord-est pousse sa frontière jusque dans cette espèce de canal, et vient expirer là où le vent de Sud-est , moins gêné par les terres, domine à son tour.
Mais dans la mer Rouge, le vent périodique suit une autre marche. Depuis les premiers jours de novembre jusqu’au Ier juin, les vents soufflent de l 'Est dans le golfe situé en dehors du détroit de Babel-Mandel, et du Sudsud-est dans la mer Rouge. Depuis juin jusqu’en novembre le vent souffle de Y Ouest dans le golfe, et du Nord-nord-ouest dans la mer Rouge. Cette nouvelle direction tient, comme les autres, au gisement des côtés de cette entonnoir.
Brises alternatives.
Parmi les vents périodiques, on peut ranger les brises alternatives de terre et de mer qui se font sentir assez régulièrement sur les côtes des îles et des continents situés dans la zone torride, et même au-delà dans
l’hémisphère où se trouve le soleil.
Pendant une partie de la nuit, jusque vers les huit heures du matin, le vent souffle de terre; il est suivi d’un moment de calme, après lequel on voit naître la brise de mer, dont la violence va croissant jusque vers le coucher du soleil; ensuite, elle diminue graduellement jusqu’au calme parfait. Vers minuit, et quelque-
»6'i GÉOGRAPHIE PHYSIQÜE.
fois pins tard , c’est-à-dire vers une ou même deux heures du matin, le vent de terre recommence.
Cette direction alternative s’explique encore par la même théorie. C’est toujours l’influence de b chaleur qui dilate, qui raréfie l’air, et produit ce nouveau phénomène.
Pendant le jour, b chaleur du soleil échauffe b terre et la mer , mais avec des effets bien différents. La terre, à cause de sa densité, ne se pénètre pas de cette chaleur; elle ne l’absorbe pas, ou elle en absorbe bien peu; au contraire, elle la réfléchit et exhale des vapeurs qui sont, comme nôùs l’avons dit, susceptibles d'une grande fermentation ; par conséquent elles se raréfient avec l’air qui les contient; alors elles se dilatent, s’élèvent, et l’air de 1a mer, moins échauffé, accourt pour rétablir ü équilibre 1 ; et plus 1a chaleur augmente, plus le vent augmente , parce que l’effet suit b cause.
Cependant 1a mer, beaucoup moins dense que la terre , absorbe une partie de la chaleur du soleil ; elle la réfléchit moins, lui envoie moins d’émanations ; par fconséqueflt , Pair qui se trouve au-dessus d’elle est moins échauffé, moins raréfié que celui qui est au-dessus de la terre : aussi se presse-t-il vers la terre, comme nous Venons de le dire. Mais lorsque b chaleur du soleil est passée; lorsque cet astre, caché sous l’horizon , cesse d’échauffer les lieux qu’il n’éclaire plus; alors la mer, qui s’est pénétrée de chaleur, l’exhale à son tour. D’ailleurs ses émanations , ayant été moins abondantes et d’une nature différente , se refroidissent moins, se condensent moins , parce qu’elles sont moins nitreuses,
• On * ru à la page 1S1 ce que non* entendons par équilibre.
VENT
iG3
moins sulfureuses. Il s’ensuit que l’air au-dessus de la mer est plus échauffé , plüs raréfié à son tour que celui de la terre. Cette vérité est bien palpable à l’expérience : car, en général, dans la zone torride les eaux sont chaudes la nuit, et ne participent que trèspeu de la fraîcheur de l’atmosphère , fraîcheur qui souvent est très-vive. Les eaux contrastent alors tellement avec cette fraîcheur, que souvent les bains de nuit sont aussi agréables pour se réchauffer, que ceux du jour le sont pour se rafraîchir.
La terre, au contraire ,' qui n’est plus échauffée par les rayons du soleil, ne raréfie plus l’air au-dessus d’elle; les vapeurs qu’elle a fournies pendant le jour, ses fumées, ses gaz, les transpirations du règne végétal , les émanations animales , toutes ces substances qui raréfiées s’élèvent dans un état de ténuité extrême, et qui condensées retombent en rosée, en vapeurs épaisses et froides, tpndeut vers la mer , où l’air plus chaud, plus raréfié, leur cède la place pour s’élever au-dessus. Alors se décide le vent de terre, faible comme sa cause, parce que la différence d’état de chaleur, entre les deux airs, h’est pas assez considérable pour décider un grand courant d’air. Aussi le vent de terre s’épuise- t-il avant d’avoir atteint un grand éloignement; il est rare qu’on le ressente au-delà de deux ou trois lieues.
11 est à remarquer que les terrains sablonneux exhalant moins de vapeurs lorsqu’ils sont frappés du soleil , la brise de terre qui en émane est plus faible que dans les lieux où la terre plus dense, plus substantielle, fournit plus d’exhalaisons. Il est encore vrai qu’après les pluies suivies d’une grande chaleur, l’humidité c$u-
l64 GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,
sant une grande fermentation, les vapeurs sont plus abondantes et les brises de terre plus fortes , plus durables et plus étendues. Enfin , après de grandes sécheresses dans les terrains légers, les vapeurs manquant tout-à-fait pendant le jour, la brise de terre manque à son tour.