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MONTAGNES PRIMORDIALES

On a souvent écrit sur la formation des montagnes primitives, que l’on regarde comme produites par les premiers efforts du feu dans la jeunesse de notre planète. Tout ce que nôus avons lu sur ce sujet, nous a paru trop conjectural pour le placer ici; et malgré tout l’intérêt de cette question, nous croyons devoir nous abstenir d’en parler.

Les montagnes primordiales sont de roche vive ; cette matière, modifiée par les éléments, est devenue du porphyre et du granit.

Le porphyre est une pierre dure, vitrescible, verte; on la regarde comme indestructible.

Le granit est une pierre composée dont est principalement formé le noyau des montagnes primitives; il est dépourvu de débris du règne animal et végétal. Sa matière est massive, et semble un mélange fondu, sans filaments, sans direction de parties. Cette pierre fait feu dans son choc avec un corps dur, et l’acier le mieux acéré ne l’entame qu’avec peine. L’action du feu la vitrifie. On trouve dans sa composition du feldspath , du schorl, du’ quartz, du mica, du hornblende. C’est cette, pierre qui fait la plus grande partie du Caucase, du Taurus, de lltnaüs, de l’Ararat, du Thibet, de l’Oural, de la chaîne du Bogdo, des montagnes primitives de l’Asie, de Sumatra, de Célèbes, des Moluques, de la Nouvelle-Hollande et de la Nouvelle-Calédonie. On retrouve le granit dans les montagnes de la Suède, de la Norwège, de la Finlande et de la Laponie, jusquea

au nord, dans le Groenland. La Finlande fournit un superbe granit rose dont sont construits les principaux monuments et les quais de Pétersbourg. Le centre de l’Europe repose pareillement sur des masses de granit; les montagnes de Bohême et celles d’Allemagne sont en général de granit. En France, cette substance se reproduit dans les Vosges, dans le Dauphiné, dans l’Auvergne. C’est une branche granitique qui, s’élançant vers le Nouveau-Monde, vient former la Bretagne Armorique, et plonger sous la mer .au-delà d’Ouessant. Les montagnes du Tyrol, des Apennins, sont de granit. La plus grande partie des Pyrénées est toute de granit ; et si l’on y trouve des masses calcaires, elles prouvent que ces produits de l’eau ont été adossés aux montagnes primitives sur lesquelles elles s’appuient. C’est dans ce genre qu’il faut classer la Brèche de Roland , et surtout la montagne du Marboré. Et quant aux Alpes , si bien connues aujourd’hui par la quantité des relations que nous ont données les voyageurs les plus instruits, il est certain, dit un auteur connu, quelles forment le plus épouvantable massif de granit du monde.

Les montagnes granitiques atteignent une hauteur de 3ooo toises et plus.

Si de l’Europe et de l’Asie nous passons en Afrique, nous trouverons que l’Atlas est granitique : ses extrémités sont connues ; nous possédons de très - beaux échantillons des carrières que l’Egypte y faisait exploiter, et d’ailleurs il remplit toutes les conditions des montagnes primitives. Sa hauteur parut telle dans l’antiquité, qu’on en avait fait un des supports du ciel.

MONXAGNliS.

Le promontoire méridional de l’Afrique est un noyau de granit. Nous l’avons observé nous-mêmes sur le milieu du sommet de la fameuse montagne de la Table: toute la chaîne qui s’étend depuis cette montagne jusqu’à la pointe du cap, est de granit.

L’Amérique ne nous est pas assez bien connue pour prononcer sur toutes ses montagnes aussi affirmativement que nous l’avons fait sur celles d’Asie et d’Europe. Cependant quelques voyageurs célèbres , parmi lesquels nous comptons MM. Bougueret de La Condamine, nous ont appris que les Cordillères sont granitiques. Cette substance se retrouve aux Terres Australes, ou la reconnaît à la Nouvelle-Calédonie ; plusieurs archipels en sont composés. En un mot, le granit est la substance la.plus universellement répandue sur le globe, et c’est incontestablement elle qui forme la matière de toutes les montagnes primitives. Nous observons au surplus que ce granit est plus granit dans les lieux élevés, c’est-à-dire plus composé, plus dénaturé, plus ' différent de sa substance première, de la roche vive qui fait sa base., . , . .

La roche vive n’est pas organisée; mais le granit a quelquefois offert des exemples (rares, à la vérité) de matières animales empreintes sur sou enveloppe, comme coquillages et débris de dépouilles marines: ce sont des vestiges certains de 1? .présence de l’eau , et peut-être en trouverait-on davantage, si le granit ne subissait pas les coups du temps; s’il ne se décomposait pas, lentement, à la vérité , dàns certains climats, mais très-vivement dans certains autres, et, dans tous les cas, assez pour avoir dépouillé la cime des anciennes montagnes

primitives très-élevées, qui se trouvent aujourd'hui décharnées et d'autant plus éloignées de la nature de la roche vive, que leur élévation est plus grande. C’est en Espagne , mais surtout en Finlande qu’il faut observer la rapidité de la décomposition du granit; et une particularité bien remarquable, c’est que la destruction s’opère dans cette province boréale presque toujours par l’intérieur : en sorte qu’une de ces petites masses en décomposition semble une pierre géodique; il serait pourtant plus naturel de penser que cette destruction dût être l’effet de l’atmosphère et de ses météores, et cependant le fait dépose ici du contraire. Mais tous les granits n’offrent pas cette mêmepassibilité; il en est qui résistent- long-temps, et assez long-temps pour qu’on ne puisse en observer la ruine graduelle.

( Voyez Part. Dépérissement.)

On peut se faire une idée de la masse prodigieuse qui constitue les hautes montagues de granit, jiar les expériences de Dampierre, Marsigli et autres, qui s’accordent à donner à la mer une profondeur égale à la hauteur des montagnes de granit situées dans leur voisinage. On en conclut que les racines de ces montagnes descendent au moins aussi bas que le fond du lit de la mer en cet endroit , et que, là, elles reposent sur un massif solide et inattaquable : sans quoi l’Océan ne trouvant pas une barrière invincible contre laquelle il brise ses efforts et dépose les sédiments dont il compose les continents; cet Océan, disje , minerait sourdement la base de ces montagnes pour emporter ailleurs les détriments de son travail, et causerait, sous leurs racines, des excavations qui occasio-

MONTAGNES

neraient leur bouleversement. Au surplus , ces bouleversements, ces affaissements en petit ne sont pas très-rares.

Maintenant, si l’on fait attention que les Cordilières ont une hauteur de plus de trois mille toises au-dessus de la surface de la mer, on doit concevoir que ces masses ont une hauteur totale de plus de six mille toises, c’est-à-dire plus de deux lieues et demie verticalement, sur une base de plusieurs lieues de circonférence , en les supposant seulement des cônes.

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