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MONTAGNES SECONDAIRES

Les montagnes calcaires ou secondaires sont celles que les eaux ont organisées, en déposant successivement, au lieu qu’elles occupent, des sédiments, détriments des règnes minéral, végétal et animal, qui entrent dans la composition de ces masses. Ils y sont déposés par lits, par couches régulières, qu’on remarque dans la constitution des montagnes de cette classe. Ces matières font effervescence avec les acides. Ainsi, le feu et l’eau sont les deux agents auxquels l’Ètre-Suprême a livré la terre. Ce sont eux qûi organisent , dispersent , réunissent, détruisent pour réédifier. C’est ainsi qu’en créant des coquillages et des poissons sans nombre au sein delà mer, l’auteur des êtres les destinait à la mort , et confiait à l’Océan le soin de réunir leurs débris, pour contribuer à former les massifs calcaires, les terres nouvelles qu’il voulait voir s’élever sur le globe afin de réparer les ravages dufeu. Ainsi le temps, chargé dedécomposer les masses primordiales, préparait la destruction de

ces granits dont les eaux s’emparèrent; elles les minèrent, les corrodèrent, se coalisèrent avec les météores pour les modifier quand ils émergèrent, et tous ensemble en divisèrent la substance. Ces météores réduisirent, atténuèrent le mica, le quartz, que les eaux y trouvèrent, et qu elles triturèrent dans leursoscillalions. Ces eaux en formèrent le sable, qu’elles emportèrent dans leurs cours, et qu’elles déposèrent contre les obstacles qu’elles ne pouvaient renverser, contre la roche vive qu’elles trouvèrent à la base des montagnes primordiales : et des dépôts successifs de toutes ces ruines diverses, amoncelées et mêlées ensemble , naquirent les montagnes secondaires; masses usurpatrices, formées des débris du reste du monde , et n’ayant rien en propre, pas même la place où elles s’élèvent , et qu’elles n’occupent que par droit d’envahissement.

La hauteur des montagnes secondaires est rarement de j aoo toises, si l’on excepte la cime du mont Perdu dans les Pyrénées, et quelques autres exemples rares. Ces masses calcaires sont composées de couches trèsdistinctes , souvent horizontales , quelquefois faiblement inclinées à l’horizon, et souvent placées dans un ordre contraire aux poids de leurs substances. Ou reconnaît, dans les pierres d’espèces diverses dont se composent ces montagnes, des débris de coquilles, d’animaux, de pétrifications, des particules d’autres substances liées ensemble sous diverses formes , et que la géologie classe sous des noms divers.

La nature travaille avec une persévérance dont la lenteur nous empêche de voir le détail de ses opérations; nous n’apercevons que leurs résultats, et partout nous

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trouvons sa marche invariablement uniforme. Si l'immense Océan parvient avec le temps à réunir les masses énormes dont il construit ses rivages; de son côté, le faible ruisseau que l’art captive dans un aquéduc, nous fait voir la même opération sur des proportions plus petites : il amasse, il unit les particules- qu’il dépose sur les parois intérieures du tuyau dans lequel on le force à couler, et qu’il finit par obstruer en y construisant une pierre dont on peut voir un magnifique exemplaire au Cabinet de V Hôtel de la Monnaie , à Paris. Elle est d’une dureté extrême, elle fait feu sous les- coups de l’acier, et peut acquérir le plus beau poli; l’exepiplaire que nous citons ici. est converti en une table qui l’emporte sur les plus beaux marbres.

Généralement les montagnes calcaires sont adossées àdes montagnes primitives; mais souvent elles paraissent s’èn isoler, et se projeter en longues chaînes, au milieu desquelles on ne voit point de granit.. Mais si l’on ne découvre point dans leur voisinage un noyau primitif, e’est qu’il est au centre de leur base, et d’une petit© .hauteur. L’élément organisateur ayant environné ce point d’appui dans tous les sens, l’a revêtu, dans tous les sens, de cette enveloppe secondaire que nos yeux ne peuvent percer. Cette particularité se présente au cap de Bonne-Espérance : le noyau de la montagne de la Table est de granit, il est recouvert tout autour d’une envêloppe calcaire, et il fout escalader son plateau pour voir lo granit , qui commence à se dépouiller au milieu; il y subit déjà son sort, les météores l’ont attaqué, et l’ont sillpnné de longues rigoles, dans les-

quelles les nuages déposent les eaux qui doivent un

jour le dissoudre.

La forme des montagnes secondaires est un de leurs principaux caractères distinctifs : on ne les voit point coupées brusquement en figures anguleuses ; point de ces pics saillants, isolés, aigus; point de ces précipices escarpés, à moins qu’elles ne soient sillonnées par les eaux, et en destruction manifeste. Leur forme est adoucie, leurs angles sont arrondis ; et leur masse mollement dessinée porte l’empreinte d’une organisation lente, tandis que, les formes hardies, les déchirements des monts prqpitij(s, paraissent attester qu’ils ont pris naissance dans quelque bouleversement, dans quelque convulsion violente.

Il est rare que les montagnes secondaires renferment des métaux; et quant à leur direction, il semble que le désordre ait présidé à leurs positions. Elles se croisent vaguement et en tous sens; aussi la correspondance des angles saillants et rentrants est-elle discréditée aujourd’hui. Pallas, Deluc et Saussure ont prouvé que cela ne pouvait être regardé comme une théorie.

La matière calcaire entre comme principe dans la formation des terres et des pierres de ce genre; cette matière est très-abondante. Tout le système osseux du règne animal se convertit en chaux: les coquilles d’œufs font de la chaux; les coquillages, les coraux, font de la chaux ; on s’en sert dans les colonies pour construire. Une remarque assez singulière avait été faite par M. de Faujas. U examina combien un petit nombre de poules pouvait léguer de matière calcaire au monde dans

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le cours d’un an, tant en coquilles d’œufs qu’en ossements de poulets; et le poids de cette matière calcaire surpassa le poids dés poules. Djpù il faut conclureque, dans cette espèce seule, l’individu fournit par chaque année à tout le système calcaire en général , plus que son poids de matière. Que sera -ce donc, si on y ajoute leurs sécrétions et la multiplication de l’espèce?

On trouve des montagnes calcaires presque partout ; les chaînes primitives du Caucase, dé l’Oural y des Alpes, des Pyréuées, du Taurus, de l’Imaüs, enfin toutes les chaînes de l’Asie et de l’Europe en renferment. On en trouve en France de très-grandes quantités; une des plus belles chaînes est celle du mont Jura. Partout enfin l’Océan nous a laissé des traces de son passage.

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