‹ Abrege elementaire de geographie physiqueChapitre 93 sur 123 · CHAPITRE Ier · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ier

VOLCANS

Les montagnes de troisième formation sont celles que le feu organise. Ce sonfles volcans éteints ou existants.

Les volcans sont des conduits que le feu s’ouvre pour sortir des entrailles de la terre, quand l’incendie souterrain occasionne une explosion ; la bouche de ces volcans se nomme cratère. Lorsque l’incendie intérieur n’est plus alimenté , il s’éteint. Le cratère se comble, on ne le reconnaît plus qu’aux matières vo-, mies par le volcan dans ses éruptions; ce sont des pierres ponces, des laves, des basaltes, des scories, restes visibles de l’action du feu.

Les volcans ont une affinité très-grande avec les tremblements de terre; tous les deux sont produits par les mêmes agents, le feu et l’eau. Aussi les volcans ne se voient-ils ordinairement que dans les îles ou dans les péninsules; et si les tremblements de terre se font sentir sur le milieu des continents, nous en trouvons la cause dans des galeries de communication souterraines, dont nous aurons bientôt occasion de parler. Nous ne croyons pas être trop hardis en disant qu’un volcan éteint annonce la présence antérieure de la mer dans

lesenvirous du lieu occupé par cet ancien monument , de l’action du feu.

Nous parlons d’incendie souterrain , cela nous amène tout naturellement à parler d’une opinion reçue long-temps comme véritable sur la caution de deux grands hommes, Newton et Bufîon. Je veux parler du feu central. Whiston, Newton, Mairpn, Buffon, ont tour-à-tour soutenu ce système : ils ont supposé que le centre de la terre était du feu, reste non encore refroidi de la dernière incandescence du globe, et qui, finissant par s’éteindre totalement, occasioriera par cette extinction la mort de notre planète qu’il vivifie. Partant de là, et de quelques expériences comparatives faites sur des boulets rouges, Buffon a calculé l’âge et le terme de la vie de la terre , en déterminant la gradation de son refroidissement et de son dépérissement. Malgré l’autorité de ce grand homme, son système est abandonné.

Les partisans de ce système ont dit : « Des animaux « de la zone torride se trouvent Aujourd’hui fossiles en « Sibirie;donc la Sibirie s est refroidie, puisqu’elle était « autrefois la patrie d’êtres qui ne vivent que dans l’ex- « trême chaleur.» On a dit aussi : «La zone torride était « inhabitable, aujourd’hui elle est habitée, elle est même .

« visitée impunément par les Européens; donc elle s’est « refroidie, donc le globe est refroidi , donc le feu cen- « tral s’en va s’éteignant. »

Il est avéré qu’on a trouvé en Sibirie des os fossiles; nous ne révoquons pas en doute ce fait notoire. Nous n’examtnerons pas même s’il est bien certain, comme on l’a dit, que ces os fossiles appartiennent à un élé-

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pliant; ni si cela prouverait quelque chose, quand même cela serait incontestable. Nous ne dirons pas qu’un éléphant a pu être amené captif en Sibirie. Nous ne dirons pas qu’il n’y a pas plus de raisons pour conclure quelque chose d’après cela, que d’après l’abondance des produits des climats chauds qui se trouvent aujourd’hui dans le Nord. Et en effet, on a en Russie des animaux et des fruits de tous les climats. On y voit mûrir des ananas et des oranges ; les cerises , les pêches y viennent en serre; on y mange des asperges quand il gèle à vingt degrés; les serres chaudes y sont on ne peut1 * plus vastes et perfectionnées. Des débris de ces objets, venant à se pétrifier ou à se conserver d’une manière quelconque, annonceraient-ils, dans quelques siècles, une température antérieure bien douce? Nous ne voulons point, dis-je, recourir à ces raisonnements ; nous opposerons aux traditions des traditions contraires: car, s’il était vrai (ce que nous n’accordons pas ) que l’Afrique se fût refroidie; en revanche les climats de l’Italie, de la Grèce, de la Crimée, sont devenus beaucoup plus chauds. Car la Crimée était autrefois couverte de glaces, 1 aujourd’hui c’est un pays très-chaud. La Nuinidie était plus tempérée que l’Inde,® aujourd’hui c’est un pays brûlant. Le Thermodon gelait autrefois, et même quelquefois en été; cette rivière de l’Asic-Mineure traverse aujourd’hui un pays très-chaud pour aller se jeter à la mer Noire. Rome a vu le Tibre geler, du temps de Juvénal 3;

1 Diodore, IJist. Uni*. Slrabo, Géogr. Mb. ».

a Appien in Libjrcis.

Salir. Mb. 6.

’jÔ GÉOGRAPHIE PHYSIQUE,

les chaleurs qu’on y éprouve aujourd’hui passent pour excessives. Columelle1 nous apprend que dans un hiver rigoureux, deux cents ans avant notre ère, tous les arbres y périrent de froid. Les chaleurs, comme nous venons de le dire, ne font plus rien craindre de pareil dans ce climat; et quant à la zone torride, elle n’était pas aussi brûlante que quelques - uns l’ont avancé. Car les anciens ont connu l’Inde , elle est sous la zone torride - ils ont connu la Cjiersonèse d’Or, aujourd’hui Malac. Les flottes de Salomon passaient sous ’lt rhvirnïï" s njp -iilimoni iui tdpjh ift- < •

1 eqqateur pour aller au Zanguebar ( fameux pays d O-

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plnr J. Il y a deux Ilannon dont nous avons les pe- . . •• ^oflrm e^T noLz 'ntpn 11,1 wuT „ 1 ...

riplesi et quand il serait vrai, comme 011 la dit, qu il

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n y en eut qu un d aptlientique, on convient quil est Inol ‘Kidob y.. ? ,

aile au moins au cap des 1 fois-lJointes, situe en <.iT>ihmriï-»li)iiÿij|r;)ivr <,'/iioi,t j ;.’ L' , Atrique^ar qqatre degrés a peu près de latitude nord.

Les anciens opt dope connu la zone torride, ils y ont pénétré, çlle n’était donc pas inhabitable, et un système fondé sur une semblable supposition doit crouler. Mais d’ailleurs, la physique rend raison de toutes ces différences dans la constitution de l’atmosphère sous les latitudes moyennes; et en effet, un simple déboisement, un défrichement, un assèchement de marais, suffisent pour changer la nature fies exhalaisons, et par conséquent la température. Le défaut de bois permet l'accès à des émanations étrangères apportées par les vents , et que ces bois abattus 11e peuvent plus intercepter: les vapeurs froides, les exhalaisons chargées de nitre, ou de salpêtre, tendent à condenser l’air;

* De rc rus t ica.

Die

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par conséquent elles ne s’élèvent pas, elles rasent la terre avec le vent qui les apporte, et qui les dépose contre tout obstacle. Dans ce cas, un pays peut se refroidir sans que le feu central y soit pour rien.

Nous ne voulons cependant pas dire qu’il n’y a pas de vastes réservoirs de feu dans l’intérieur de la terre; nous croyons au contraire que la surface du globe est une espèce de croûte, une enveloppe composée d’éléments inflammables, et qu’il existe entré cette croûte et le noyau du globe un incendie qui s’alimente de tout

ce qu’il y trouve à brûler, s’éteignant dans un endroit, , V, J , i J i fl j. jI, ,,ïl ...

s enflammant dans un autre, selon les matières qu il v

» nniJiutt^Û'T/ Ju.uc.li biu.uo »

rencontre et les circonstances qui peuvent 1 allumer.

C’est dans cette enveloppe, dont l’épaisseur est très-considérable, que se trouve line quantité prodigieuse de substances miner aies , susceptibles de fél-mentation et d’embrasement dans certains cas. Les plus abondantes sont les pyrites, matière qui se marie à toutes les pierres; on les trouve partout, dans les mines et ailleurs; elles se combinent diversement; elles sont tantôt arsenicales, sulfureuses, vitrioliques ou martiales. Ce sont ces pyrites, et la dernière surtout, que l’on peut regarder comme lacausede tous les incendies internes dont les volcanset les tremblements de terre sont les conséquences. Car il est de fait, et la chimie en fait journellement l’épreuve, que l’acide vitriolique contenu dans la pyrite fermente par le contact de‘l’eau,et cette fermentation aboutit à un état de chaleur qui finit jxtr des flammes.

On en peut conclure que partout où l’eau se fraiera un passage pour arriver à un amas de pyrites, il y aura fermentation et embrasement.

Mais les pyrites seules ne peuvent développer ni un feu actif, ni un feu durable ; et leur embrasement c’aurait d’autre effet que de les modifier elles-mêmes, si elles ne se trouvaient voisines d’autres matières combustibles et proprçs à propager l’incendie. Ces matières sont : le naphte , le pétrole, la poix minérale, le soufre, l’alun , la pierre à chaux , même l’ardoise , et par-dessus tout , le charbon de texre. Cette dernière substance donne au feu une grande énergie, et le conserve longtemps. £He le reçoit si facilement, que son approche seule san^ contact suffit quelquefois pour l’enflammer; elle pre($,q^me C^^ptai^igenJ,U),, , , .

On qe( p^ij,t sg .faire une idée, juste de la quantité de charbon. jpçt,tç j espèce contenue dans le sein de la terre ;, laFcftueçsçulp en possède plusieurs centaines de mines en çgpport,, et Buffon ne craint pas de dire qu’on en pourrait; quvrir quatre mille et plus. Autant vaut dire que le sql entier de |a France repose sur une couche de çette matière. ,

L’épaissegr (%, epuches de charbon est tout aussi étonnante que leur, étendue , on en connaît une mine qui a plus <lç, trois mille pieds, perpendiculaires de profondeur; c’est celle du Mont Saint-Gilles, à Liège. On conçoit facilement avec quelle rapidité et quelle énergie doit se développer un incendie alimenté par de semblables masses de matières inflammables. Et si on veut un tableau en miniature de la formation et du développement de ces conflagrations internes , on peut jeter les yeux sur lesexpériencdfdu célèbre chimisteZeÀwan. Ce savant amalgama des pyrites vitrioliques avec du charbon pulvérisé (ce dernier à la dose d’un tiers);

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bientôt la fermentation eut Heu , le feu se déclara , la flamme se fit voir, et consuma tout le charbon. C’est une expérience que tout le monde peut renouveler; et si elle est constamment vraie, elle porte le plus grand jour sur l’organisation des volcans , et sur l'agent des tremblements de terre. Au surplus , nous ignorons ce qui se passe à une grande profondeur dans les entrailles de la terre: et le feu, pour s’alimenter, peut y trouver des matières que nous ne connaissons pas; car celles que les volcans vomissent nous offrent (et nom* l’avons déjà dit) dés détriments de substances inconnues à la supèffiéîè1 du‘ glbbè Nous avohs posé ten principe, qd’tin eirtibraéement souterrain peut avoir liéu partout oùTéàu' Couvrira un chemin pour arriver1 à des matières què Sbh contact peut allumer; or, il n’t a point d’eau satts principe de combustion, puisqu'elle contient oxigène et hydrogène ( Voyez l'article Eau, t™ partie, page i3a)C et on peut facilement concevoir comment cette eau volatilisée par l’ardeur du feu, et l’air raréfié pdf la meme cause, doivent faire effort contfe tout ce qui s’oppose à leur dilatation. Qu’arrive-t-il de là? le même effet que nos ingénieurs obtiennent dans leurs mines. L’effort de l’air se fait jour dans la ligne de moindre résistance, et renverse les obstacles que rencontrent ces deux agents. Si cette ligne se dirige à la surface du globe, voilà un volcan qui sc forme; si cette ligne est latérale, voilà un tremblement de terre, fort ou faible, suivant la profondeur de l’explosion , mais dont l’effet est 'd’augmenter , d’élargir la capacité du séjour de

* Fauja*.

l'incendie, et de creuser une cavité souterraine où il

prépare de nouveaux ravages.

Galeries souterraines.

On doit sentir facilement comment ces explosions latérales percent, tout autour du globe, des galeries de communication par où l’incendie se propage, et avec lui , les convulsions qu’il occasionne. Cette communication est avérée par les faits. Des volcans fument au même instant où les autres vomissent; des tremblements de terre se font sentir instantanément à de grands intervalles de distauce , selon la direction des chaînes de montagnes intermédiaires; et les volcans situés dan s cette direction, ou dans les environs, donnent des signes de travail; C’est ainsi que Saint-Domingue, Cuba, la Jamaïque , ressentent les tremblements du continent. C’est ainsi que le fameux tremblement de Lisbonne fut ressenti en Amérique, en Irlande et en Afrique. Enfin , c’est ainsi que celui de la Jamaïque, en 1692 , fut sensible en Europe , sur deux mille six cents lieues carrées de pays. Nous verrons cette correspondance établie lorsque nous passerons en revue les. tremblements et les éruptions connus.

Le raisonnement est d’accord avec les faits, pour démontrer cette communication? Voici comment on a raisouné dans ce système. La philosophie n’a point nié que le globe n’ait été à son origine dans un état de conflagration. Son refroidissement dut produire une sorte de crasse ou d’écume à sa surface. Comme dans les métaux qui se refroidissent. Cette espèce d’écume boursoufflée , inégale , couverte d’aspérités , a

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forme nos montagnes primitives, dont La partie supérieure est un amalgame de spaüi, quartz, sçliorl , hornblende et mica; tandis que leur base est de la roche vive, moins composée, et qui par cela même se rapproche davantage de la nature du noyau homogène dont on fait le centre de la terre, et dont la substance nous est inconnue. G'tte écume, ces boursouftlures durent conserver des solutions de continuité, des fissures propres à receler du feu, même sous la roche vive, entre elle et le uoyaudel%riteyrtL, Jd y put U96tenco?npriiné , vaincu, attendant,. aasoupissemeot, que

le temps . cré£t po^fb Ijfj Wfl'-eluHutudiLtiè^naoàiiimal, et les autres subsla^es.pfop^^^li^^^.^àjyrendre la ,$®ce; autjrfl ^^^W'.lÿUftijdtawf elaiicnoiss.mne de ses, cheveux, 1 ouïes cpf> sul^taUCC'!» disséminées,, les eaux les.péunireut et, les ^ portant, ^épwqmt ainsi l’incendiç qui çoiepmjç aujpurd'bHll notrcglolre, entre son noyau et l’écorce, que nous habitons,, Jte, feu environné d’aliments reprit son énergie par quqlque cause que nous ne pouvoirs préciser. Itevoltécpntre les masses de roche yivp, contre çes granits qui, pesaient sur lui, il les attaqua, les modifia, mêla les agrégats du granit en fusion à ceux des autres substances qu’ildévorait, et nous rendit toutes ces matières décomposées, sous les formes méconnaissables de laves, de basaltes, de scories vitrifiées. 11 n’a révélé son secret que dans la pierre ponce, qui semble attester une origine granitique; mais l’incendie croissant à mesure que le temps amassait les aliments de son activité, le feu émancipé se trouva trop à 1 étroit dans les fissures qui l'avaient captivé. Il se creusa des cavernes eu tous sens dans la matière cal-

5«COVoe PARTIR.

8 a GÉOGRAPHIE PHYSIQUE.

cuite dont les eaux ont revêtu le squelette du globe. C’est là qu’il s’est préparé les moyens de reparaître et de survivre «à l’extinction de l’embrasement primordial, et c’est de là qu’il part, quand il vient ravager notre habitation, et nous épouvanter par ses éruptions. Cette hypothèse a bien les apparences de la probabilité; nous lui donnons nous- même la préférence, et c’est assez généralement celle qu’on admet aujourd’hui.

On conçoit bien que dans un laboratoire aussi vaste, il doit se présenter une foule d’accidents, de modifications, causes de phénomènes inconnus dans les fourneaux de la chimie ; par exemple , M. Dolomieu nous a fait connaître un volcan d’air en Sicile : c’est une éminence nommée Macalouba. L’éruption de ce petit volcan ne vomissait que de la boue d’où s’exhalait de l’air qui y était renfermé, et qui se faisait jour en brisant cette légère prison d’argile dans laquelle il se trouvait comprimé. Le feu ne paraît en rien dans ce phénomène nouveau, et les substances sorties de la multitude de petits cratères contigus qui criblent le sommet de ce petit volcan, sont froides au toucher. L’air seul paraît tout faire ; mais on comprend que le ressort qui le pousse est un feu caché à une grande profondeur, et dont l’action tend à mettre en mouvement la base sur laquelle repose ce massif fluide de terre et de vase délayées qui s’élance du volcan. Cette éruption vaseuse paraît en effet avoir un principe éloigné , et qui, dans le repos du volcan, agit sur ces matières avec des efforts que la distance épuise et qui ne se manifestent que par intermittence. C’est ainsi que nous expliquons le fait d’un bâton enfoncé dans

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un de ces petits cratères et qui en ressort peu à peu et par secousses ; indice de la distance énorme ou se trouve l’agent principal, dont la force émoussée ne peut plus causer d’explosion violente. Nous l’attribuons toujours au feu qui, raréfiant l’air, le force à se faire un passage au travers de cette boue dans laquelle il se refroidit en passant, et à la superficie de laquelle H n’arrive que poussé par celui qui lui est inférieur. De la même manière qu’une trop forte charge de poudré dans un canon ne brûle pas toute entière la portlrih qui s’enflamme se mettant en mouvement dès qu’il y en a assez en combustion pour chasser Fa charge, et avec cette charge toute la partie superflue de la poudfe qui va tomber froide à quelques pieds en avant de Fà bouche à feu. Ainsi , dans le volcan dortt nous parlons, l’air dilaté par la chaleur du feu se fait jour dans la boue qui le comprime, il s’y refroidit, et deviendrait stationnaire s’il n’était poussé par de nouvel air raréfié qui le chasse, et successivement quoique refroidi, il arrive ainsi au cratère d’où il se dégage.

Ce phénomène est la conséquence naturelle de la violence et de la rapidité avec lesquelles l’air peut se dilater par l’effet du feu; on en voit un exemple darts le salpêtre, qui , dans sa déflagration , occupe instantanément un espace quatre mille fois plus grand que celui qu’il occupait avant de s’enflammer. C’est, avec un moteur différent, le même mécanisme qui se voit dans le belier hydraulique de Montgolfier ; l’eau supérieure, toujours poussée par celle qui passe à la soupape, finit par arriver .à lextrémité du tuyau d’ascension.

Galeries sous- marines.

Nous venons de démontrer que les continents sont contre-mines par d’énormes excavations qui recèlent des incendies redoutables. Nous allons voir que, si les chaînes des montagnes se communiquent (comme nous l’avons dit, folio 48) sous les flots de l’Océan et se continuent sur le fond de son lit, les galeries volcaniques franchissent pareillement les mers et portent l’incendie d’un bout à l’autre de la terre.

Quelques physiciens ont attribué à l’électricité , la communication simultanée des tremblements de terre depuis l’Amérique jusqu’en Europe, et d’une extrémité à l’autre de l’ancien monde. Cette opinion n’est pas invraisemblable, et nous n’avons aucun motif pour la rejeter; mais cela ne détruirait pas l’existence des galeries enflammées qui propagent l’incendie, et dans lesquelles cette électricité trouverait les moyens de se développer. La vérité est qu’on ne peut guère se refuser à reconnaître la propagation de l’incendie interne, par conséquent une communication, si l’on observe le gisement réciproque des volcans, leur force relative, et l’extinction des uns dans l’alignement de ceux qui bri^ lent. Par exemple , quand on observe quatre volcans brûlants en toute activité dans le seul golfe de Chonos à l’Amérique méridionale, peut-on se refuser à croire à la communication souterraine entre eux? Ajoutons que dans la direction de la côte , on trouve quatre volcans auClûli, quatre au Pérou, six au Mexique, et deux à la Nouvelle-Grenade ; on ne peut douter d’une communication certaine entre ces vingt volcans, qui sont tous

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rangés sur la même ligne et au pied de la même chaîne de montagnes. Qu’on suive la côte et toujours la même chaîne non interrompue jusqu’à l’entrée de Cook, on y trouve un autre volcan, tout voisin des Aloutiennes qui possèdent elles-mêmes deux volcans en pleine activité. ('Voyez lacarte physique, planche 5.) Des îles AleutiennesauKaintschatka, il n’y a que quatorze degrés de longitude sous le parallèle de soixante degrés, ce qui n’en vaut guère que sept d’équateur; c’est cent quarante lieues marines; la communication est écrite par le gisement, si du Kamtschatka on suit la même filiation en descendant par les Kurdes, le Japon, les Philippines, les Moluques, etc. ; on voit que l’océan Pacifique est environné d’une ceinture de volcans qui suivent tous un tel alignement de l’un à l’autre qu’il est presque impossible de n’y pas voir une communication avérée. Que sans égard à la chaîne qui traverse la partie du nord de cet océan, on examine la chaîne non interrompue qui part du golfe de Chonos et du Pérou pour traverser la mer du Sud; on verra que les volcans de l’est sont éteints, à commencer par l’île de Pâques, les Marquises, et les îles de la Société, tandis que ceux des îles des Amis et des nouvelles Hébrides sont de la plus grande énergie, parce qu’ils sont plus jeunes: il paraît démontré que le feu est parti de l’est; par conséquent il y a communication, puisqu’il y a eu propagation.

La galerie enflammée est manifeste sous la Méditerranée , dans le sens des parallèles ; tous les soupiraux de cet incendie sont sur le même alignement. Et cette galerie, loin d’être épuisée , conserve encore assez d’énergie pour lancer des îles dans cette même direc-

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lion qui se prolonge en Asie-Mineure, qui dernière-* ment, en i8aa, a renversé Alep et Antioche, et qui journellement désole la Syrie par des tremblements qui vont en augmentant de fréquence et d’intensité.

En 1730, le feu sous-marin lança une petite de aux Açores; et à trente lieues de là, on observa qu’à mesure que cette nouvelle île s’élevait, le sommet du volcan de l’île du pic s’abaissait. Ce fait est consigné dans des ouvrages estimables : il n’est pas absolument constaté; mais s’il est vrai, on ne peut y méconnaître une communication réelle. Le Véuve, la Solfa-* tare, le Monte-Nuovo, l’Etna, nous offrent de nouvelles preuves de cette vérité. Si l’une de ces montagnes vomit, les autres fument; il y a donc entre ces soupiraux do feu souterrain, une communication sous-* marine établie. D’ailleurs, soit que l’Océan se fraie un passage, ou que le feu par ses ravages lui ouvre un chemin vers le foyer d’un embrasement, il est certain que les eaux y arrivent quelquefois en si grande abondance, que les volcans les lancent dans leurs éruptions. Et nous dirons à ce sujet ce que nous avons dit pour le volcan d’air de Macalouba. Le feu réduit, il est vrai, l’eau en vapeur: mais ici, il n’en a pas le temps; car la partie du fluide qui arrive la première sur l’embrasement éprouve une dilatation égale à quatorze mille fois son volume. C’est plus qu’il n’en faut pour lancer par les issues libres le fluide supérieur, qui par cette raison ne se réduit point en vapeur; et si dans un cas pareil il n’y avait point de volcan ouvert pour donner passage à l’eau volatilisée, ou si elle se Volatilisait dans une cavénle assez petite pour la corn-

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primer, il en résulterait ou l’extinction du feu s’il était peu considérable, ou un tremblement de terre, ou la ■ •

naissance d’un nouveau volcan , ou d'une nouvelle île , ou d’une montagne ardente. Ainsi sont nés la Solfatare, le Monte-Nuovo, la nouvelle île des Açores, etc.

Ainsi se sont formés ceux des archipels volcaniques qui ne sont pas des débris de continent naufragé. Les faits sont ici à l’appui. En i63i, le Monte-Nuovo lança assez d’eau pour en former un torrent dont la violence déracina les arbres. Le volcan de Luçon lança, dans une éruption, des cours d’eau dont plusieurs avaient, dit-on, plus de soixante pieds de largeur. En 1 65 1 , le Vésuve a vomi des coquilles de mer, et du sel marin. On a trouvé des ossements de baleine incrustés dans de la /

pouzolane. Ces faits démontrent l’existence des conduits par où la mer s’introduit dans les cavités embrasées de l'intérieur du globe, et l’existence des galeries de communication d’un fover à l’autre. Une «les plus étonnantes de ces communications , est celle par laquelle nous pensons que l’île de Jean-Mayen se lie à la terre de Sandwich; suivant presque la direction des méridiens, elles restent au nord demi-est, et sud deiniouest l’une «le l’autre ; l’une est au nord-est de l’Irlande, l’autre est au sud-ouest du cap de Bonne-Espérance. Les points intermédiaires, par lesquels l’incendie se manifeste, sont des volcans en activité, liceland , les Açores, les Canaries, l’île de Feu au cap Vert; et des volcans éteints, tels que l’Ascension, Sainte- Hélène, et Tristan d’Acunha.

Le feu sous-marin n’a pas une force beaucoup plus grande à faire pour enlever une partie du fond de la

mer, et en former un cône volcanique dont le sommet se montre sous l’apparence d’une île, que pour lancer ime montagne volcanique sur le continent; et ce dernier exemple est sous nos yeux. Le Monte-Nuovo, dans le voisinage de la Solfatare, près Pouzzoles, s’éleva tout entier dans une nuit du 29 au 3o septembre i533, et dans ce court espace de temps , il atteignit une hauteur de 2400 pieds, sur une base d’une lieue et demie de tour. D’ailleurs nous n’avons pas besoin de prononcer par induction , puisqu’il est certain qu’en 1 720 nous avons vu naître une île aux Açores. Ce' fait n’était pas nouveau : l’antiquité nous a transmis la connaissance des éruptions du fond de la mer. L’île de Théra dans la mer Égée, aujourd’hui Santorini, dans l’archipel, sortit un jour du sein des flots; nos garants sont Strabon et Sénèque. Ce parage, ainsi miné par un violent incendie qui en ravageait les fondements, vit fréquemment renouveler ces convulsions. Plusieurs petites îles naquirent auprès de la première, et enfin la quatrième fut lancée par l’embrasement sous-mariu en 17 07. Les détails de cet événement se trouvent dans Lazaro- Moro. ( V oyez - les ci-après.) Ainsi voilà cinq îles tout auprès les unes des autres, dont l’origine est commune, et dont la dernière a émergé quatorze ans avant que ce phénomène se reproduisît aux Açores. Nous verrons bientôt que le commencement du même siecle fut fertile en tremblements de terre par tout le globe.

Quelle profondeur doit avoir un incendie capable de lancer une île du fond d’une mer profonde ! un pareil effort ne doit-il pas réagir sur tout le globe et l’ébranler? c’est ce qu’il faut examiner. Mettons les

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choses au maximum : supposons l’île nouvelle de la première hauteur, c’est-à-dire trois mille toises audessus de la mer, et la profondeur de la mer d’une semblable quantité. L’île projetée aura six mille toises de hauteur, à partir du fond de la mer. Or, nous verrons tout-à-l’heure que, quand une montagne, projetée par un incendie souterrain, arrive à une hauteur égale à l’épaisseur de la croûte qui recouvre la caverne embrasée, son sommet crève et forme le cratère; et comme, dans l’exemple proposé, l’île nouvelle ne serait pas un volcan, la voûte qui la supporterait aurait plus d’épaisseur que l’ile n’a de hauteur. Mettons donc huit mille toises pour cette épaisseur, et supposons à la caverne enflammée une excavation de deux mille toises, il y aura par ce calcul seize mille toises, à partir du sommet de l’île jusqu’au fond de la caverne incendiée, c’est-à-dire sept lieues. Le rayon de la terre a en nombres ronds i43a lieues de a 5 au degré d’équateur. D’après cela, il reste au massif du globe, au-dessous de l’incendie, un rayon de i4a5 lieues. Qu’est-ce donc qu’une ligne de moindre résistance de sept lieues, comparée^» un point d’appui dei4*a5 lieues de rayon? On voit que la ligne d’effort, pour occasioner une commotion au centre du globe, serait, à celle de résistance, comme 1 à 407; cette secousse serait insensible.

Il 11e faudrait pas se hâter de conclure de tout cc que nous venons de dire, que toutes les montagnes volcaniques aient été lancées par une explosion. Car il est facile de comprendre comment le feu, voulant enlever la voûte qui le comprime, rencontre en chemin une montagne calcaire dont il s’empare, et qui de-

vient un volcan ; et si cette montagne est adossée à une montagne granitique, alors la base du volcan s’attache à la roche vive sur laquelle repose la montagne granitique, et le cratère vomit des granits décomposés.

Ici nous observons une particularité digne d’attention. Nous voyons que la forme des montagnes volcaniques est celle d’un cône, tandis que les mines, agissant suivant des lignes divergentes , enlèvent les terres dans la forme d’un cône renversé , dont le foyer est le sommet. C’est ainsi que se montrent aux yeux , les entonnoirs des fourneaux qu’on a fait sauter; tâchons d’expliquer cette contradiction apparente.

; Un incendie souterrain est toujours proportionné à la voûte qui le surmonte, car une voûte légère ne peut attendre un grand effort; elle saute dès que l’impulsion est assez forte pour la lancer. Si un violent embrasement se déclarait subitement à une petite profondeur, point de doute que son explosion ne fût en tout semblable à celle d’une mine, c’est-à-dire à un cône renversé. La montagne conique ne se formerait pas, il y aurait à sa place un bouleversement informe. Une mine passe subitement du repos à l’explosion ^ parce qu’on lui donne le feu à volonté; mais un embrasement interne peut durer depuis long-temps avant d’avoir acquis la force nécessaire pour faire éruption.

L’effort croissant graduellement est d’abord plus faible que la résistance, il se trouve comprimé. Bientôt l’effort égale la résistance et rien encore ne remue; mais quand l’effort surpasse la résistance, alors la masse se met en mouvement suivant la ligne de moindre résistance et avec une vitesse proportionnée à 1 ex-

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cès de la force sur la résistance. Voilà donc un effort qui se dirige suivant une ligne donnée, et le triomphe de cet effort se manifeste dans un point seulement. C’est l’extrémité de la ligne de moindre résistance: ce point cédant le premier à la puissance lente qui le sollicite, ne donne pas lo temps à cette puissance de se répandre dans des directions différentes.

L’effort diminuant à mesure que la résistance cède, il faut un peu de temps pour que cet effort reprenne une nouvelle énergie, c’est-à-dire pour que le ressort reçoive une nouvelle élasticité de la part du feu. Mais cet effort n'excède jamais la résistance que tout juste autant qu'il lui faut pour lui imprimer le mouvement; aussi la naissance du cône est-elle assez lente, excepté dans le cas d'une violente explosion, comme lors de la naissance du Monte-Nuovo. Cependant à mesure que le cône se forme, il se fait un vide dans la voûte, et il est un terme au-delà duquel doit céder cette sorte d’élasticité que le feu imprime au sol, en le tenant presque en état de fusion; alors le cône doit cesser «le s’élever. Nous pensons que ce terme est égal à l’épaisseur de la voûte. Lorsque cette épaisseur est sortie sous la forme d’un cône, le sommet crève et le cratère est ouvert. D’où l’on peut conclure que la profondeur d’un volcan est double de sa hauteur, sans égard à la profondeur de la caverne où le feu s’alimente. Il faut encore en conclure que, dans tous les points du cône, le demi-diamètre «le la montagne, plus le demi-diamètre du cratère, est plus considérable que l'élévation au-dessus de ce point. Donc, une montagne volcanique a par sa base un diamètre plus que double de sa hauteur. Quand par la nature du terrain d en arrive autrement , la ligne

de moindre résistance est latérale, et le volcan s’ouvre par le flanc : ce qui se voit souvent dans les éruptions, lorsque le cratère est obstrué, ou même -sans obstruction, lorsque le feu mine l’intérieur de la montagne; alors il cherche un nouveau passage au travers des matières propres à l’alimenter, et se fait jour] dans la ligne de moindre résistance.

Si l’incendie n’est pas assez fort pour enlever le cône à une hauteur égale à l’épaisseur de la voûte , alors la montagne, ou Hle, se forme, mais sans volcan. Si la voûte est moins épaisse que la profondeur de l’eau, alors le cône crève avant d’émerger, et la commotion produite p'ar le combat du feu et de l’eau devient terrible. Le feu s’éteint, ou l’ouverture s’obstrue par les débris qu’entraînent les convulsions, les déchirements, les bouleversements occasionnés par la commotion , et le feu se prépare une nouvelle explosion. Ce fut peutêtre une cause semblable qui produisit le désastre de la Formose, en 178a.

Terminons cet article par quelques observations que nous puisons dans M. Mentelle, et qui méritent une attention très-sérieuse.

M. le professeur Vairo , de Naples , a vu des barres de fer, dressées perpendiculairement pendant une éruption, devenir électriques.

]je baron de Dietrich dit qu’en frottant deux morceaux de lave vitrifiée l’un contre l’autre , ils donnent du feu et exhalent une forte odeur de soufre.

M. Brydone a remarqué que les aiguilles aimantées étaient fortement agitées au sommet de l’Etna *.

r. timor

• Ilest à présumer quon a voulu dire que l’aiguille était afTolee.

VOLCANS

M. d’Arthenay a observe qu’un papier resté trois heures au pied d’un monticule provenant d’une nouvelle bouche de l’Etna, en devint lumineux.

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