VOLCANS DÈS CONTINENTS
Commençons par le Vésuve, situé dans la terré de Labour, de l’autre côté de la baie de Naples, et en fecè de cétté capitale.
La montagne du Vésuve est justement fameuse, et on peut juger de l’énergie avec laquelle le feu s’y est développé , en voyant que depuis l’année 79 de notre ère, jusqu’en 1780; on lui connaît 36 éruptions majeures. Il faut ajouter que l’incendie ne trouvant pas un débouché suffisant dans le oratère de cette montagne, a agité le pays voisin en tous sens. Enfin , la voûte s étant trouvée plus faible dans les environsde PoueEoles, le feu l’a fait sauter, donnant ainsi naissance à la Solfatare, au Monte-Nuovo, comme antérieurement il avait fait au lac d’Averne, au Monte-Barbaro, au laW Agnano, Astrurii fet autres, qui tous sont des cratères formes par
l’éruption du feu souterrain.
Tout porte à croire que le Vésuve n’a pas eu une formation différente de celle du Monte-Nuovo; rien
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n’annonce un noyau primitif. Point de granit à sa base, partout une composition secondaire , du spath calcaire et autres substances qui font effervescence avec les acides. C’est un cône isolé, s’élevant brusquement sur uné plaine qui dut être d’abord unie et formée, èomme toutes les autres , des dépôts successifs des mers; Le feu comprimé et puissamment excité par l’abondance des matières qu’il consumait, aura fait effort pour soulever cette énorme masse , qui depuis, par ses éruptions, a porté tour à tour la désolation et la fertilité dans ses environs. • ou uh plie» ii
Avant la naissance de la Solfatare et autres ouvertures secondaires, le Vésuve ne suffisant pas au dégagement de l’incendie intérieur, le pays exhalait des flammes, à l’endroit même où la Solfatare et les autres bouches se sont ouvertes; on nommait cet endroit Campi Phle griei, Chain psPhlégréens, ou Champs de feu. L’histoire nous transmet sur cet objet des notions qu’elle fait remonter jusqu’au temps d’Hercule; mais quoique cela dénote une grande antiquité, c’est infiniment vague: car de quel Hercule parle-t-on ? et qu’est-ce qu’Hercule? est-ce un personnage réel ou allégorique ? ( Voyez Court de Gebelin.)
Nous venons de dire que le Vésuve est un cône; sa région inférieure offre toutes les richesses de la végétation , mais sa partie supérieure est formée de débris de matières enflammées sorties de son sein. Deux autres montagnes collatérales s’élèvent humblement à ses côtés : ce sont la Somma et l’Ottajano , qui toutes deux sont comme lui volcaniques. Le groupe entier a huit lieues de circonférence à sa base: ainsi le pied d|i cône a deux lieues deux tiers de diamètre, et sa hau?.
teur est, comme nousl’avons dit, de 65o toises, suivant
de Saussure.
Ce cône une fois formé, le feu s’est fait de nouvelles galeries verticales dans une base aussi vaste; il a fini par trouver une ligne de moindre résistance latérale, et il a fait sauter ce qui lui a opposé un effort moindre que le sien; c’est ce que nous verrons en parlant des éruptions. Le Vésuve paraît avoir éprouvé des catastrophes, résultantes du trop d’énergie de son embrasement. Le sommet de cette montagne a sauté par une violente explosion ; il a fallu du temps au volcan , pour entasser de nouvelles matières autour de son cratère, et pour l’exhausser par ce moyen au point où nous le voyons aujourd’hui.
La première éruption dont nous rendrons compte est celle de 79, dans laquelle Herculanum disparut et Pline l’Ancien périt. La dernière est celle de 1779; le Vésuve, fatigué de ce dernier travail , repose.
LeMonte-Nuovo, situé près du lac Lucrin, au fond de la baie de Pouzzoles, naquit dans la nuit du 39 au 3o septembre 1 538 , après vingt secousses violentes, qui ébranlèrent toute la Campanie. Quelques traditions veulent qu’il naquit du milieu même du lac Lucrin, qu’il a comblé par ses éruptions, au point de l’avoir converti en un marais comblé de roseaux.
La naissance de cette montagne fut accompagnée de désastres; le bourg de Sipergola fut enseveli sous des décombres; plusieurs personnes qui s’avancèrent trop près, six jours après l’explosion , pour en examiner les effets, furent étouffées par des tourbillons de fumée, qui signalaient les derniers efforts du feu.
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Lacime de cette montagne est un cratèreen entonnoir, dont le diamètre peut, avoir 79 ou 80 toises; ia commotion produite par la naissance de cette masse fut telle, que la mer réagit surelle-méme,laissantàsec un espace de deux cents pas : Mare vidit et fugit. Observons que cette montagne a un diamètre à sa base plus que . double de sa hauteur; il a une lieue et demie de tour, et 600 toises de haut.
Non loin du Monte-Nuovo, est la Solfatare, située tout auprès et derrière Pouzzoles. Le bassin de cette montagne est un cratère dans la forme d’une ellipse, dont le grand diamètre a 1 5oo pieds de long. Ses éruptions date^ d’une très-haute antiquité, dit-on; et cependant, en considérant cette montagne comme postérieure âu Vésuve, on ne peut la regarder comme très-ancienne.
La première éruption du Vésuve, que nous connaissions, date de la 79*“* année après J.-C. Si ce n’est pas la première, comment ne nous en a-t-on pas signalé d’antérieures? Les sciences, la littérature, étaient à cette époque en vigueur à Rome; l'histoi*e d’un pareil phénomène devait trouver des narrateurs. Si au contraire cette éruption était la première, elle a dû être immédiatement liée à la naissance de la montagne, ce qui n’est pas vraisemblable, on en aurait parlé. Faut-il donc croire que le Vésuve avait eu un long sommeil dont if se réveilla en 79 , que pendant ce sommeil la Solfatare aurait pris naissance , et que son cratère, donnant une libre issue au feu, aurait contribué à prolonger le repos du Vésuve?
Pline, Strabon, parlent des eaux thermales de la Solfatare, et du soufre qui s’amasse sur ce cratère qui
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est un vrai bassin dont le sol est sec, aride; il se compose de sable jaunâtre coloré par le soufre, et formé par les débris des rochers environnants. Ces rochers éboulés , fendus, calcinés, attestent un bouleversement : leur couleur jaune est produite par le feu et par le soufre qui s’y sublimise. Tout ce bassin contient des ouvertures, des crevasses en forme de petits cratères qui laissent échapper de la fumée chaude; cette fumée, impuissante sur l’or, noircit promptement l’argent; le bleu des végétaux s’v change en rouge , et on y trouve non-seulement du soufre , mais encore du sel amoniaç. La voûte qui supporte ce cratère obstrué est assez mince pour être sonore, et pourrait bien uflfbur céder aux efforts du feu interne; d’autant plus que ce volcan secondaire donne des signes de travail quand l’Etna et le Vésuve vomissent; et quoiqu’il dorme depuis 1198, néanmoins il exhale des vapeurs humides, quelquefois lumineuses pendant la nuit, et assez chaudes pour dissoudre le cuivre ; elles sont chargées de sel arhmoniac qu’elles déposent %ir les pierres qu’on y expose. IJamilton,en examinant la Solfatare en 1770, aperçut au fond de ce cratère une crevasse bordée de buissons ; il s’en exhalait une vapeur chaude sans odeur, et dont les gouttes se faisaient voir comme des stalactites pendantes aux feuilles du buissou.j Ce même observateur trouva que le sable du bord de la mer, entre le rivage et le pied de la montagne, était d’une chaleur brûlante» dans un espace d’à peu près cent pas. Si cette chaleur était due au feu intérieur, elle annoncerait sa présence à une bien petite profondeur: cette circonstance ne serait pas de nature à rassurer les habitants des envi-
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rons sur la probabilité d’un prochain bouleversement. Mais nous avons peine à croire que cette chaleur ait
été produite par l’incendie volcanique; car si le feu était si près de la surface du rivage de la mer, les filtrations y auraient, depuis cette époque, causé des explosions considérables: au surplus, le voisinage de la mer dans tout ce canton , explique assez l'organisation et l’origine des volcans qui y abondent.
A proprement parler, ce sont là les seuls volcans brûlants aujourd’hui sur le continent de l’Europe. Mais le feu volcanique s’annonce ailleurs. G’est lui qui forme le gouffre de Zulawr sur les côtes de Prusse; quelques matières combustibles y prennent feu quand on les y jette. La Russie porte aussi des simptômes du feu en activité; on y connaît des fontaines sulfureuses qui calcinent lentement certaines pierres qu’on y expose. Divers motifs (uous ferons la grâce à leurs auteurs de ne pas les faire connaître) nous ont empêché de nous livrer aux^echerches que nous nous proposions de faire dans cet empire.
EnAsie,nousconnai$sons les volcans duKamtstchatka: (nous parlerons de leurs éruptions); et dans le voisinage de la Caspienne, le Dama vend. Ce dernier est en Perse; il a des éruptions violentes et d’autant plus dangereuses, que les exhalaisons en sont pestilentielles; il est à une quarantaine de lieues de la mer Caspienne, adossé à une branche du Taurus,à peu de lieues de Hérat, ville du Khorassan , non loin du grand désert salé où tout porte l’empreinte du séjour de la mer, ainsi que nous le dirons en parlant de la retraite des mers. Toute cette partie, au surplus, abonde en lacs, dont les filtrations
ont pu suffire pour allumer, non-seulement le Damavend , mais encore antérieurement l’Albours ; ce dernier est éteint aujourd’hui. Quant aux volcans du Katntstchatka , nous en connaissons trois principaux , remarquables par leur violence : le premier est l’Awatcha ; une de ses plus violentes éruptions fut celle de 1737; à sa base se trouve la baie du même nom. Le second est celui de Totbatchi , qui depuis 5o ou 60 ans n’a cessé de fumer, et souvent il vomit du feu; et enfin leKamtstchatka, le plus haut de toute cette province, à laquelle il donne son nom, ou qui le reçoit d’elle; son sommet très-escarpé est fendu en long jusqu’à l’intérieur de la montagne qui est excavée. Il arrive souvent que le* bords de son cratère s’écroulent dans les éruptions, et tombent dans cet entonnoir, ce qui aplatit un peu son extrémité. Il a jeté des flammes sans- interruption pendant trois ans, depuis 1727 jusqu’en 1731; il vomit quelquefois des cendres en si grande quantité qu’il en couvre la terre jusqu’à 3oo verstes à la ronde. (Voyez au f 0 33, le tableau des mesures itinéraires.)
En Afrique nous ne connaissons* pas de volcan existant; il est probable qu’il y en a d’éteints dans l’Atlas; le feu, sur cette grande péninsule, est en activité sur la côte du nord-ouest auprès de Fez, où l’on voit la caverne de Béniguazeval qui jette des flammes. Le cap Vert est muet , auprès du petit archipel volcanique auquel il donne son nom. Au surplus, si la géographie n’a pas connaissance des volcans existants dans cette partie du monde, le feu souterrain se manifeste cependant par d’autres symptômes : par exemple, le cap des Fumées au canal de Mozambique, doit sans doute son
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nom à sa ftimille. Toute cette terre n’a pas été explorée: et ne serait-on pas porté à croire que ce sont des vapeurs de ce genre qui occasionent les feux dont le ciel est toujours sillonné dans ces parages, et qui annoncent si sûrement aux navigateurs les approches de la côte de Natal? phénomène si constant, que, dans son Neptune oriental , d'Après de Mannevillette l’indique comme renseignement immanquable. De plus, à quelque distance du cap de Bonne-Espérance, M. Barrowa trouvé des eaux thermales, indice certain du feu, n’importe à quelle distance; ces eaux changent réciproquement les couleurs végétales bleues et rouges. Au surplus , les tremblements de terre achèvent de donner à l’Afrique le dernier trait de parenté avec le volcanisme; nous parlerons, au chapitre des tremblements, de {a fameuse commotion volcanique qui renversa Méquinez. De plus , il est certain qu’il y a des cavernes volcaniques sous l’Abyssinie. En 1 790, nous avons éprouvé, à Moka dans l’Yémen, un tremblement de terre qui culbuta une partie de la ville de Zeïla , séparée de l’AraJne par le détroit de Babel-Mandeb. D’un autre côté , Soccotora a toute l’apparence d’une île arrachée du continent par une violente commotion'; et ce parage a tellement été dévasté, dans des temps anciens, par le feu intérieur, qu’il nous manque tout l’archipel de Panchaye dont parle Evhéruère. Enfin, la petite île de Gebel-Tor, dans la mer Rouge, intermédiaire entre l’Afrique et l’Asie, est le soupirail par lequel respire la traînée qui marie l’incendie de l’Arabie à celui de l’Afrique.
Nous venons de voir les volcans de l’Ancien-Monde, nous allons voir ceux de l’Amérique; nous ne pouvons
nous flatter de les connaître tous, nous allons parler
de ceux sur lesquels nous avons des certitudes.
La Terre de Feu porte un nom qui nous la fait regarder comme volcanisée : cependant elle n’a pas été explorée, et nous ne connaissons aucun détail sur son organisation; quelques renseignements vagues ne nous permettent pas de rien préciser à son égard. C’est au Mexique et dans les Cordilières, sur la côte du Chili et du Pérou , qu’il faut chercher les volcans connus de cette partie du monde. Ici nous allons trouver, comme nous avons trouvé partout ailleurs, les faits conformes au système dont nous avons posé les principes. C’est sur les côtes que se trouvent ces montagnes brûlantes; il y en a cependant deux dans l’intérieur de la Nouvelle-Grenade : cé sont les volcans de Velez et de Tocayma. Le premier lance une quantité considérable de pierres , et les éruptions du second répandent des cendres jusqu’à neuf et dix lieues autour de lui; ce sont les seuls faits qui soient parvenus à notre connaissance sur ces dçux montagnes. Mais leur position mérite atten* tion , parce qu’elle semble contrarier les principes que nous avons pris pour base: il est vrai qu’elles sont loin des rivages de la mer, mais elles sont toutes les deux sur des rivières; l’une est sur le Cararé, l’autre sur le Paty. La plaine sur laquelle elles s’élèvent porte encore des vestiges assez récents du séjour de la mer : ce sont des fontaines salées, et une multitude de petits lacs que les chaleurs de la zone torride pe peuvent dessécher. Peut-être ces volcans sont-ils assez anciens pour avoir vu la mer dansJb voisinage de leur base; mais il paraît que les lacs et 1 Jmvières environnants auront pu suffire.
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par leur filtration, à stimuler l’énergie du feu. Il est possible aussi qu’ils ne tardent pas à s’éteindre, comme ont fait ceux'que nous visiterons bientôt en Europe. Cette opinion est d’autant plus probable, que, suivant Herrera, l’Yucatan , qui n’est qu’une plaine basse et sans sommités, faisait, à des temps non précisés, partie du golfe du Mexique. Ces particularités font rentrer dans notre système les deux volcans en question.
Au Mexique, nous connaissons six volcans : Potocan* tepec , Guatemala, Léon, Réaléjo, Nicaragua et Mumbacho. Celui de Potocantepec est en pleine activité; on l’aperçoit de Tlascala, ville si connue dans l’*histoire de la découverte du Nouveau-Monde, par son alliance avec les Espagnols et par sa fidélité. Ce volcan qui vomit de la fumée et souvent des flammes, a conservé le souvenir de l’intrépidité d’un Espagnol nommé Ordaz , qui l’escalada au milieu d’une éruption dont il eut le bonheur de se préserver à l’abri d’un rocher en saillie; cette téméraire audace fit la fortune d’Ordaz, qui, tout militaire et point savant, ne fit sur le cratère aucune observation dont la science ait pu profiter.
Vient ensuite le volcan de Guatimaia, situé à 8 lieues de la côte , sur le versant du côté de la mer du Sud cette montagne a deux sommets coniques, qui tous les deux vomissent de la fumée et des flammes. Tout le sol de cette partie n’est qu’un foyer d’incendie. La ville do Guatimaia est placée entre deux volcans: le premier qui porte son nom, et dont nous venons de parler, lance par fois des rochers que lion a dit être du volume d’une maison ; l’autre ne vomit que de l’eau , ce qui parait
dénoter une communication avec l’Océan.
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Au sud de Guatimala, on trouve le volcan de Réaléjo, que dans le pays on nomme del-Vejo. Ce volcan, situé à sept lieues de la côte, sert de phare aux navigateurs , et de point de remarque pour entrer à Réaléjo (Voyez notre Dictionnaire de Géographie Maritime.') Ses éruptions sont assez violentes pour qu’on aperçoive de vingt lieues, la fumée et la flamme qu’il vomit.
Un peu plus au sud se trouve le volcan de Léon, dont l’activité s'affaiblit ou du moins paraît suspendue. Le volcan dort, mais ce sommeil pourrait bien être perfide et précéder un réveil terrible. Les Espagnols l’ont vu en pleine activité: ils crurent qu’il vomissait de l’or; ou du moins, comme la terre de cette contrée en renferme beaucoup , ils crurent que le volcan en tenait en fusion une assez grande quantité pour que ses flammes en pussent revêtir les corps qu’on leur exposait Plusieurs expériences infructueuses ne les ont détrompés qu’avec peine.
Peu loin de Léon, vers le sud, on trouve le lac de Nicaragua, dont la circonférence est de quatre-vingts lieues; au milieu de ce lac s’élève une île qui fait la base du volcan de Nicaragua , sur lequel nous n’avons point de détails. Le lac suffît à son aliment, parce qu’il communique à l’Océan par un canal souterrain de trois lieues, qui lui apporte, dit-on , le mouvement du flux et reflux, phénomène qui demande observation.
L’isthme à Nicaragua n’a guère que deux lieues à couper pour faire communiquer le lac au golfe de Papagayo dans l’océan Pacifique; de l’autre côté, la distance du lac au golfe du Mexique est peu considérable. (Voyez notre Dictionnaire de Géographie Maritime.)
Digitizêd
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Le lac de Nicaragua communique au lac de Landiri par un petit canal. C’est sur les bords de ce lac Ijandiri que s’élève la montagne de Mumbacho , dont les éruptions violentes portent l’épouvante dans tous les environs.
Passant du Mexique au Pérou , nous trouvons la capitale Quito, bâtie au pied du Picliinca; et non loin de là se trouve le Cotopaxi. Ces deux volcans sont adossés aux Cordilières dont ils font partie; nous avons sur eux des détails transmis par MM. de La Coudamine et Bouguer. Ces deux académiciens, animés du désir des découvertes, se frayèrent dans la neige une route taillée en marches , sur un rocher escarpé perpendiculairement, dans une hauteur de six cents pieds; cette constance fut récompensée, ilsarrivèrent au but de leurs recherches.LePichinca esttrifourchu; ses troiscimes sont séparées par des intervalles d’à peu près 1 5oo toises. Une seule de ses cimes renfermeuncratèreexistant; maisilest vraisemblable que les autres ne sont que des branches du conduit principal , auquel elles se réunissent à une certaine profondeur, et quelles ont eu leurs éruptions. Leur cratère s’est obstrué depuis, et l’accès difficile de leurs pics les dérobe aux observations. Celle que les académiciens escaladèrent est , comme nous l’avons dit plus haut, élevée de a434 toises au-dessus de la mer; . son cratère semi-circulaire, de près de 900 toises de diamètre, est divisé par un mur de rochers calcinés que le volcan a construit lui-même. Le reste du cratère offrit aux académiciens la réunion de plusieurs débris de la montagne que le feu a déchirée par sa violence. A cette époque le volcan était assoupi, et depuis long-temps ce
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sommeil se prolonge. On y voit bien encore de temps en temps une exhalaison, une fumée d’une violente odeur de soufre; mais depuis l’arrivée des Européens dans ces climats, on ne peut citer que trois éruptions notables : nous les ferons connaître. i;
Tout auprès de Quito , et toujours dans les Cordillères, est le volcan de Cotopaxi, dont les éruptions sont de la plus grande violence.
Plus loin, vers le sud, est le volcan de Sangaï ou Macas , dont l'élévation, est assez grande pour qu’il soit constamment couvert de neige. Ses éruptions sont effroyables, il vomit des laves en très-grande quantité, et en même temps il lance sur le versant du côté de l’est des torrents d’eau qui forment un cours sous l’apparence d’une petite rivière. Lorsque cela arrive , cette rivière temporaire prend sa route vers le fleuve des Amazones, où elle parvient quand elle est assez forte pour ne pas s’absorber dans les terres quelle traverse.
En continuant vers le 6ud , on trouve le volcan d’Arequipa, dont les éruptions précédaient de long-temps l’arrivée des Espagnols au Pérou. Les fureurs de la montagne n’avaient pas empêché les Péruviens de bâtir une ville à sa baseimtûs en 1784» celte témérité fut punie le i3 novembre. Le volcan bouleversa le sol adjacent , et culbuta la ville, qui ne fut plus qu’un amas de ruines vagues , informes, au milieu desquelles on distingue à peine les vestiges du travail des hommes. ,
Tous ces volcans sont adossés aux Cordillères, dont la base est dans la plaine qui s’étend jusqu’à ja mer; et comme cette plaine basse n’a souvent pas huit lieues de largeur, la communication de l’Océan au foyer de l’incendie semble évidente.
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Au sud du Pérou se trouve ie Chili. Le premier volcan qu’on rencontre sur la côte en venant du nord, est celui de Coquimbo, situé par 3o degrés sud. De ce volcan à celui de Saint-Clément, situé sous le quarantesixième parallèle, tout l’intervalle n’est qu’une seule galerie volcanique dont l’incendie se manifeste par treize fourneaux qui sont tous en activité, mais dont les éruptions ne nous sont pas signalées. Nous nous bornerons à observer que depuis l’extrémité méridionale du gollè de Chiloë jusqu’au golfe de Técoantepec, c'est-à-dire depuis le seizième degré de latitude nord jusqu’au volcan de Saint-Clément situé par 46 degrés sud, l'Amérique estcontre-minée sans interruption : c’est là le grand foyer d’où partent les rameaux qui s’étendent d’un côté vers la Nouvelle-Hollande et la Chine, et de l’autre côté vers l'Europe et l’Afrique.
Des treize fourneaux dont nous venons de parler, les principaux sont, en venant du nord, Coquimbo par 3o°sud, Guaneque par Qrsouo par 4i° 29',
Guyateia par 44° 4*’ 1 et quatre dans le golfe deChjjoë, qu’on nomme plutôt golfe de Chonos : le plus méridional, que nous avons d’abord cité, est celui de Saint- Clémeut , par 46° *5' sud. ;
Mais qu’on ne oroie pas que l’incendie se borne à miner les Cordillères , les Andes et le Mexique^ la galerie volcanique que nous signalons ici, et dont nous avons indiqué les soupiraux, s’étend jusque sous le soixantième parallèle septentrional, où elle se manifeste par un volcan situé dans l’entrée de Cook : ainsi 4 voilà une galerie enflammée qui s’étend sur une ligne presque droite dans un espace de 1 06° île latitude. Ce fait.
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prouvé par toutes les bouches volcaniques dont nous avons donné connaissance, fera paraître moins hasardée l’opinion que nous avonsémiseau P 87, en disant que l’île de Jean-Mayen est un des derniers orifices d’une galerie volcanique qui la marie à la terre de Sandwich ; c’est-à-dire, qui s’étend, suivant une ligne presque nord et sud, dans un espace de i3o° 34', depuis le 71e parallèle nord, jusqu’au 5ge et 34’ sud, intervalle qui n’est que de peu de degrés plus considérable que celui qui sépare l'entrée de Cook du golfe de Chonos, et où la communication paraît si évidente.
Maintenant , qu’on jette un coup d’œil sur la carte générale du globe, ou verra quel petit intervalle sépare l’entrée de Cook du Kamtstchatka; et si l’on fait attention aux volcans intermédiaires des Aleutiennes, on se convaincra que la traînée volcauique passe d’Amérique en Asie, ainsi que nous l’avons tracée sur la carte physique qui se trouve à la fin de ce volume.
Par tout ce que nous avons dit précédemment sur ce sujet, nous sommes conduits à conclure qu’il existe une autre galerie volcanique depuis le cap sud de la Nouvelle-Hollande jusqu’au Kamtstchatka, et dont les jalons sont plantés sur les Kurdes, le Japon , Formose, les Philippines et les Moluques.
Nos lecteurs sont peut-être familiarisés maintenant avec ces galeries enflammées. On reconnaîtra facilement celle que nous avons signalée à la page 1 10, et qui s’exhale par tous les soupiraux semés sur les archipelsde l’océan Pacifique, entre l’Amérique et la Nouvelle-Hollande. On concevra tout aussi facilement le boyau de communication qui passe sous le tropique du Cancer et
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qui se signale par les intermédiaires de Owhihi et de Formose, il ne sera pas difficile alors de conclure que tout l’océan Pacifique du nord et du sud recouvre un énorme foyer d’incendie qui se révèle manifestement par ses bouches enflammées; et le naufrage de tout cet intervalle ( dont les débris, sous les formes d’archipels incendiés innombrables, sont des garants à peu près certains) ne sera plus regardé comme une chimère, comme une proposition insoutenable.
Nous croyons donc pouvoir risquer de dire que l’Amérique et l’Asie ont autrefois été réunies, et que dans une épouvantable révolution, ou dans plusieurs révolutions successives, le feu souterrain a englouti tout l’espace qui forme aujourd’hui les océans Pacifiques du nord et du sud. Plus on étudie la géologie, plus on se familiarise avec les prodiges de ce genre. Et si nous prenons en considération la galerie incendiée dont nous venons de parler, et qui s’étend de l’île de Jean-Mayen à la terre de Sandwich , la chaussée de communication entre le cap Tagriu et le cap Saint-Augustin, la quantité de bancs et de vigies dont les deux Atlantiques sont semés; le naufrage de la fameuse Atlantide, dont les Açores, les Canaries, Madère, et les îles du cap Vert, pourraient bien être les ruines, nous oserons aussi dire que les deux océans Atlantiques ont été témoins d’un naufrage pareil à celui de la mer du Sud, et nous ne serions du tout point éloignés de penser que l’Europe a touché l’Afrique et cette dernière l’Amérique. (Voyez la conclusion a la fin de cet ouvrage.)
Quelles effrayantes catastrophes notre globe n’a-t-il
donc pas subies? Et nous croyons en connaître l’histoire!!!
Notre malheureuse planète est si irrévocablement dévouée au feu, que lors même que le feu intérieur ne la dévore pas, le feu du ciel l’envahit. Il y a des montagnes ardentes sans profondeur et sans explosion.
Il y a, dit Gmelin, une montagne nommée Kargusch , située en Perse , sur la rivière Jurjuse. Cette montagne brûle depuis long-temps; il passe pour constant dans le pays que l’incendie fut allumé par la foudre qui consuma un arbre. Cet arbre enflammé jusqu’en ses ratines, embrasa des matières combustibles que le sol réunissait dans ce voisinage. Les parties brûlées sont un grès rougeâtre, compacte et sonore, et des pierres tendres lamelleuses.
Il existe un terrain qui brûle pareillement à la Ricamois près Saint-Étienne en Forez. Le feu y a trouvé des charbons qu’il consume.
Nous en connaissons un autre à Rive-de-Gier, à trois lieues de Lyon, et qui pareillement brûle encore; le sol est composé de grès, de schistes et de charbon. Que de pareils incendies se fussent déclarés à six cents toises de profondeur, il s’y formait un volcan.
En 1 808, nous avons rendu compte au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris de l’état actuel de la montagne ardente de Poligné, mais dont l’incendie est éteint. Cette montagne est aussi composée de schistes et de grès feuilletés oxides de fer. On en extrait de très-bon tripoli.
Ces exemples du feu partiel ne sont pas rares. Là Bretagne renferme une foule de villages dont le nom se
VOLCANS ÉTEINTS. i^n
termine en igné, tels que Poligné dont nous venons de parler, Thorigné, Martigné, Açigné, etc.; tous ces noms font supposer un incendie antérieur.
Nous venons de tracer le tableau des volcans existants aujourd’hui sur le globe; mais le temps qui dévore l’avenir, sera témoin de leur extinction. Ces foyers de dévastation feront place à d’autres, comme eux-mêmes sont les successeurs de ceux dont nous allons lire l’existence antérieure sur les monuments qu’ils nous ont laissés.