JANVIER
Ils (le comte de Mansfeldt, le comte de Fuentès et Stephano d'Ybarra) furent d'avis de rompre les quartiers \ et (comme on souloît dire anciennement) de faire mauvaise guerre, sans vouloir permettre aucuns soldats de quelque qualité qu'ils fussent, capitaines ou autres ofSciers, estre rançonnez, ny eschangez pour autres pri-
» Voici comment De Meteren (liv. XVII, f» 345 recto, col. 2] donne TexpUcation de ce mot^ les quartiers: « C'est « à dire de ne prendre personne prisonnier pour le relâcler « pour an autre, ou pour un mois de grage, mais qu'on eustà « punir les soldats, et gens de guerre, de la plus grande puni- « tion, qui est de les pendre, et faire mourir par la main des « bourreaux, et ce à celle fin de les réduire (de peur d'estre « pendus) à se défendre jusques à l'extrémité, pour plustost « mourir en combattant que de se laisser prendre vif, pour estre « pendu. Mais les gens de guerre, qui servent plustost pour « solde, et gage que pour Thonneur, et qui font un mestier de ff laguerre, ne désirent point telle rigueur, à cause que la valeur « estaujourd'huy si peu recompensée, estimée et honorée. Souz « ce mot de quartier est aussi comprins, de ne payer aucune « rançon ou contribution à l'ennemy , ce qui estoit fort con- " traire aux ecclésiastiques, gentilshommes et paysans (comme n ceux qui ont pour la plus part leurs biens hors des villes au m plat pays). Et partant aymoyent mieux de payer quelques « contributions pour avoir des sauve-gardes, que d'estre pillés, u et bruslés. »
i^onniers, pensant par là rendre leurs gens plus furieux au combat, et de les y faire vaincre ou mourir : veu que s'ils eschappoyent sans estre tuez en combatant, qu'estans prisonniers il n y auroit nulle rançon, eschange, ny mercy pour eux. Aussi pour par ce moyen refroidir Tardeur des soldats des Estats, à faire les exécutions violentes par droit de guerre (qu'ils appellent Lont recht) pour la levée et payement de leurs contributions. Car ils firent partout defifense sur les frontières avoisinantes les pays des Estats confédérez, avec autres lieux accoustumez, en date du 5* de janvier 1 593, de ne plus rien payer de telles assiettes et cottisations aux receveurs et collecteurs des Estats. Mais par ceste manière de procéder, Mansfeldt et ses associez s'abusèrent grandement. Car leurs soldats qui ordinairement cherchent plus le profit que l'honneur, aymèrent mieux tirer rançon de leurs prisonniers, que non pas de les livrer ez mains d'un bourreau : ou que de se laisser ainsi eux mesmes rompants les quartiers faire pendre à crédit. Avec ce que les gentilshommes, ecclésiastiques, et rentiers aymoyent beaucoup mieux- payer une légère contribution aux Estats, pour sauver le surplus, que de ne rien recevoir du tout. Et outre ce, d'avoir leurs chasteaux, maisons et métairies bruslées aux premières courses qu'on y feroit. Joint que les Etats-Unis firent une publication au contraire du 27 febvrier; par laquelle ils déclairoient que lesdits Espagnols ne cherchoyent autre voie, par la rompture desdits quartiers et deflPences de payer les contributions , qu'à ruiner de fond en comble tous les Pays- Bas et leurs habitans. Et pourtant insinuoyent à ceux du plat pays adversaire, que s'ils n'advisoyent autrement à leur seureté, ^près le 10 d'apvril * eusuyvant, il n'y auroit plus nul quartier pour nulles personnes , places ,
* De Meteren dit le •< premier d'avril. »
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bourgs, ny villages (comme jà plusieurs y résidoyent et estoyent libres sous la sauvegarde desdits Estats) seitues sous le pouvoir de leurs ennemis. Ce con^mandement des Estats fut eause que tout le monde aUoit courir à Bruxelles se plaindre du premier mandement, par où rien ne s*ensuyvit, et demeura chacun comme auparavant. Aussi à vray dire ceux du party espagnol eussent beaucoup plus perdu, que ceux des Bstats, car pour un soldat que les Espagnols eussent peu tuer ou pendre, les Estats en eussent eu trois. Et ne faisoyent lesdits Espagnols associez au gouvernement nulle difficulté de4effendre les contributions, et d^exposer le povre peuple et autres en proye, veu qu'ils ne se trouvoyent ny aux combats ny n*avoyent un seul pas de terre, maison ny buron* , qu*Qn leur eusse peu ruiner sans se soulcier de ce que les autres pourroyent avoir à patir*. (J.-F. Lb Petit, Chronique de Hollande, Zeélande, etc., pages 616 et 617.)
• Buron — Petite cabane.
* Le<x>intede Puentès avait voulu « derechef mettre en train, a selon l'expiession de De Meteren, la rigueur espaignole du « léu duc d'Alve» , mais les temps avaient changé; la république batave s'était constituée et désormais obligée de compter avec elle, les Espag^nols, ne pouvant plus dominer exclusivemeut par la force aux Pays-Bas, durent agir avec diplomatie. Cette, situation nouvelle amena la cession des Pays-Bas, aux archiducs Albert eit Isabelle ; événement qui fut longtemps une page d^faistQïre mystérieuse pour la plupart et dont la portée, aujoQ^l'hyi encore, ne s^est pas nettement dévoilée aux yeux des plus habiles historiens.