‹ Abrégé historique du règne d'Albert & Isabelle, 1592-1602;Chapitre 17 sur 21 · MUTINERIE DES MERCENAIRES ITALIENS · texte numérisé non relu

MUTINERIE DES MERCENAIRES ITALIENS

Tandis que la rille de Oroeningue estoit encore assiégée, et qu'on estoit empesché à Brusselles poi^r adviser à. la secourir, et qu'A oeste fin on tachoit de payer les Espaignols mutinés à Baint-Pol\ ausquels on estoit redevable de plus de six cent mille florins, les Italiens en &abant commencèrent aussi à se mutiner. Les premiers furent six compaigniee du régiment de do» Gasto» Spinota, qui n'estoyent qu'environ 350 hommes, et estoyent logésàAerschot, parmy lesquels il y enavoit qui estoyent en arrière de six ou sept ans. Ceux cy accordèrent avec deux autres compaigniee, lesquelles estoyent à gipheoi, de se vouloir joindre à eux, d autant qu ils avoyent une plus forte place où incontinent se vinrent joindre toutes sortes de nations, à pied et à cheval, des Albanois, François, Wallons, gens du Pay«-Bas, et environ deux cens Irlandpis qui estoient du régiment de GuiU(mme StanUy* CeuK^cy estants fiurts de bien deux mille hommes , tous vieux soldats , esleurent pour leur electo ou général Stéphane Capriano, Milanais, et pour gouverneur Jeronimo Spadmo, pour sergeant major Scaramussa,

» Voir page 12.

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pour assistant Brotti, et pour pagador* Fracassa^. Pour général de la cavallerie, ils choisirent Qeorgio Malagua, corporal de Baptista, qui avoit bien servy vingt ans, avec plusieurs autres officiers. Ils avoyent chassé leurs capitaynes. Ils mandèrent incontinent à ceux de Louvain et de Diest, qu*ils eussent à leur envoyer des vivres, et de la munition, ravagèrent tout le plat pays de Brabant, jusques aux portes d'Anvers et de Bruxelles. L*archiduc leur envoya un comte italien, qu'ils afPectionnoient fort, nommé CHovan Jacamo Belçioioso, qui, après plusieurs présentations, obtint d'eux pour dernière et finale résolution Il articles, dont les principaux estoyent :

Premièrement, qu'ils vouloyent avoir le plein payement de tous leurs arriérages.

Qu'ils vouloyent Avoir un pardon général et cinquante passeports pour* leurs officiers, avec saufconduit pour aller hors du pays.

Qu'ils poussent avoir une place de retraicte pour leurs blessés et malades, qui estoyent devenus tels au service du roy.

Que les testaments et légats , de ceux qui estoyent morts, peussent estre payés aux héritiers.

Que leur mutinerie ne leur seroit jamais reprochée , sur peyne de la vie, et autres tels articles qui ne pleurent pas à l'archiduc et au conseil d'Ëspaigne. Tellement que quelques autres Italiens intercédèrent pour eux et esmeurent Camille Caractiolo, prince d'Avellino, d'essayer quel fruict il pourroit faire en leur endroit : mais cestoit tout en vain. De sorte que le conseil

* Officier payeur, sans doute.

' Scaramusêa et Fracassa sont évidemment des noms de guerre; Tusage de ces sobriquets était très fréquent au xvi« et XYii« siècle. •— Il peut se faire que, Capriano, Spadmo et Ma-lagua soient dans le môme cas ; mais la signification exacte de ces surnoms nous échappe.

d*Ë8paîgne résolut de les attacquer par force, pour les contraindre, et en voulurent donner la charge au susdit prince, qui le refusa, pource qu'il ne vouloit pas aller combattre contre ses patriotes. Le sieur de la Motte en fut pareillement requis , mais il ne le trouva point bon, avec plusieurs autres. Tellement qu'on résolut d'y envoyer don Louys de Velasco, avec de la gendarmerie espaignole, entre lesquels il y eut aussi quelques soldats particuliers, qui refusèrent de faire ce service, ce qui fut cause qu'on en fit mourir quelques-uns secrètement et quelques autres furent bannis.

Cecy irrita fort les mutinés, notamment pour ce qu'environ ce temps les Espaignols mutinés furent payés au Point sur Chambre * et qu'on défendit par tout le pays, qu'on eust point à leur envoyer aucuns vivres ou contributions, mesme on esmeut le prince de Liège à ne leur en point envoyer, et pour défendre son pays, il leva quelques huicts cens soldats, contre lesquels les mutinés envoyèrent quatre cents chevaulx, et trois cens piétons, sous la conduite de Georgio Malagna et de Griofan Jiaptista Rossa, et quelques autres capitaines, qui mirent les Liégeois en route et en tuèrent bien soixante-dix, tellement que l'evesque pensa qu'il valoit mieux composer avec eux, et leur paya quinze mille florins.

Don Louis de Velasco et ses Espaignols, entre lesquels estoyent les mutinés de Saint-Paul, qui avoyent esté payés, estant arrivés, avec quelques Walons du régiment du comte de Solre, et quelques autres, jusques au nombre de quatre mille hommes, commencèrent à enfermer les mutinés, étales presser avec quelques forts, leur reprochant leur tort, et ce seulement par hayne et envie que leur portoit le comte de Fuentès et Divarra *,

» Pont-sur-Sambre.

^ Stéphane d'Ybarra, superintendant des finances.

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pour ce qu*il8 avoyent autrefois esté préférés, en leur payement » ce que les Espaignols ne pardonxwnt point aisément, comme aussi les Italiens ne Foublient pas ay sèment, tellement qu'estans par ce moyen d'autant plus irrités les uns contre les autres. Les mutinés le 13 de décembre défirent bien quatre cens Espaignols et plus, entre lesquels estoit le cousin du comte de Fuentès, Piedro Portoeara, avec bien quarante-sept capitaines et officiers, avec fort peu de perte. Mais les Espaignols estèrent un fort aux Italiens et les contraignirent d'abandonner Sichem. Le prince Maurice» qui craignoit fort qu'ils se pourroyent accorder en by ver, et qu'à cause de la grande gelée, ils pourroyent faire une invasion en Hollande ou ailleurs, en passant la glace, trouva moyen de solliciter les Italiens, de vouloir présenter leur service au roy de France, ce qu'ils firent, déclarans qu'ils estoyent contents de le servir, aussi longtemps que le roy d'Espaigne leur refuseroit leur payement , et la récompense de tant de peynes, et effusion de leur sang, espandu au service de Dieu et des siens, souz le duc de Parme, depuis la mort duquel ils se pUignoyent d'avoir tousjours esté maltraictés des serviteurs du roy : et partant ils présentèrent au roy de France, de vouloir estre protecteur de leurs troupes, estant ensemble mille sept cens et vingt-troia personnes, assavoir mille et ving^trois piéton» et sept cens cbevaulx, tous vieux soldata. C'est ce qu'ils présentèrent au roy par une lettre escrite de Sichem. Le roy de France les recommanda aux Ëstats des Provinces-Unies, tellement qu'ils envoyèrent au prince Maurice, à La Haye, le capitaine Joa/n-PaptUta Rossa et le sieur Mario, homm^e d'arme, comme députés et ostagers de leur union, alté^ ration, ou eonseil de leur nation italienne (conuacie ila se nommoyent eux-mesmes) avec lettres de crédence, et charge de traicter avec ledit sieur prince, ou son lieutenant à Breda, pour pouvoir avoir passeport, ayde et

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asaîstance, ail en estoit besoing*, et une seérète trefvd. Ces lettres estoyent datées dû dernier de novembre, et les députés furent reoeus et ouys en toute courtoysie et ayec compassion du prince Maurice, et traictëi^ent sy avant, qu*on leur octroya une secrète trefve^ de sorte qu'estant contraints de quitter Sichemy ils vindrênt au pays de Brada, à Tilbourg, et en la Langestrate, d'où ils tiroyent leurs vivres, et estans là eurent beaucoup de communication avec le sieur d'Heraugieres, gouverneur de Broda , tellement qu'ils alloyent et venoyent librement d'un à l'autre. On tachea aussi de praticquer quelques entreprinses par leur moyen, sur quelques places esquelles les Italliens commandoyent, de sorte que par ce moyen ils rendirent non seulement leur service inutile aux Ëspaignols, mais mesme les en privèrent entièrementt et vindrent si avant, qu'il fallut qu'ils se gardassent les uns des autres, comme s'ils eussent esté ennemis. Sur la fin de l'hyvér, Brnestus leur fit derechef de grandes promesses de les payer et de leur donner tout contentement. Et fit tant par le moyen du comte Belgioioso ( pour ce qu'il craignoit qu'ils entreroyent en quelque traicté avec le prince Maurice) qu'ils accordèrent en febvrier l'an 1595, avec le scen et consentement dti prince Maurice , de qui ils confessoyent otlvérteiùént qu'ils tenoyent la conservation de leur vie. On leur accorda les articles susdits» et qu'ils s'yroyent tenir à Tbienen, qu'ils pourroyent fortifier, jusques à ce qu'ils seroyent entièrement payés, et cependant on leur donna journellement trente sols pour chaque homme de cheval, et douze pour chasque piéton, treize escus pour l'electo ; dix pour ceux de son conseil, et six pour le sergeant major, tellement que cela montoit en tout cinq cens escus par jour. Ils envoyèrent aussi pour ostager don Francisco dePadiglia, qu'ils gardèrent bien. Cecy arriva environ le temps que larchiduc Ernestus vint à mourir.

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Ils demeurèrent bien 17 moie ' en cest estât, jusqu'à oe que le cardinal Albertus vint au pays. Cependant ils envoyèrent cinquante chevaulx au comte de Fuentès au si^g^e de Cambray, et lorsque la Tille de Lierre fut presque prinse, ils vindrent jusqu'à Malines pour la secourir. Ils abandonnèrent fort vilainement leurs députés qui estoyent à Breda, assavoir Mario, homme d'arme, et le capitayne Roua, les déclarants pour ennemis, mais quelques-uns en eurent compassion, qui leur envoyèrent quelque entretenement. En fin Tan 1596, lorsque le cardinal Albertus alla assiéger Hulst au mois de juillet, ils furent payés, et après qu'on eust faict leurs descomptes ils recourent trois cens mille escus, et les contributions qu'ils avoient reçues journellement montoyent à la somme de trois cens soixante mille escus, sans les exactions incendiaires , qu'ils avoyent tirés du plat pays , devant que de venir à Thienen, qu'ils fortifièrent au despens du pays d'alentour. (Em. Db Mbttbbbn. Histoire des Pays-Bas, f° 367 recto, col. 2; verso, col. 1 et 2).

1 On peut estimer par là ce que les mutineries des mercenaires coûtaient aux Espagnols. En dehors des déprédations dont ces gens ne se faisaient faute, dix-sept mois, moyenne trente Jours, soit cinq cent dix Jours à cinquante écns, c'était deux cent cinquante-cinq mille écus, dépensés pour dix-sept cent vingt-trois hommes inactifs et ne servant à autre chose, si ce n'est à causer de grandes inquiétudes aux gouvernants des Pays-Bas.

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