‹ Abrégé historique du règne d'Albert & Isabelle, 1592-1602;Chapitre 19 sur 21 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

Le roy de France ayant dez Ffinuée précédente commencé à réduire les principaux chefs et supports de 1$ Ligue sous çon obéissance, et voyant que la guerre que sous ce manteau le roy d'Espagne luy avoit menée, estoit pour empiéter son royaume, après Tavoir finalement mis en parcelles : et que le masque de la Ligue et de la religion osté, il ne se trouyeroit qu'une pure ambition tendante & la monarchie, dont la guerre en Bretagne luy en faisoit assez de foy.

Pour s'en mieu3( garantir, n'ayant sceu si bien du tout déraciner les trocs ' , qu'il n'y restât encore quelques filandres, qui le rendoyent douteux, que par les mesmes pratiques de rË3pagnol, la Ligue rejectat de nouveaux bourgeons , ou en suscitât quelques ronces et espines , qui peussent empescher le chemin à la délivrance et restauration de la France, duquel titre de Libérateur, et restaurateur, il se qualifiât : pour dis-je tant plus asseurer son estât et s'appuyer de bons et fermes estanchons ' (ausquels l'Espagnol en veut de mesmes} convie à une alliance et confédération la roine et le roiaume d'Angleterre, ensemble tous autres roiz, princes, potentats, estats

» Trocs, — trucs.

' SstandumSy — étançomi.

116 ANNBXBS.

et républiques qui ont à se tenir sur leurs gardes allencontre du roy d^Espagne. Et à ces fins y envoya le duc de Bouillon, yiscomte de Turaine. La Roine Payant ouy ne fit difficulté d^entrer en cette alliance : laquelle fut réciproquement jurée desdits rois de France et roine d'Angleterre, en la forme et manière que sommairement nous avons icy extrait :

1) En premier lieu que les précédentes alliances et traictez qui sont encore en vigueur, entre les serenissimes Boy et Roine et leurs royaumes seront confirmez et demeureront en leur première force et vertu desquels ne sera aucune chose retranchée plus avant que par le présent traicté, il leur sera derogué ou autrement innové.

2) Ceste alliance sera offensive et deffensive entre lesdits Roy et Roine, leurs royaumes, estats et seigneuries, etc., contre le roy d'Espagne, ses royaumes et domaines.

3) A ceste alliance et confédération de la part desdits Roy et Roine seront conviez, appelez, et en laquelle pourront entrer tous autres princes et estats, lesquels ont ou auront à se garder et garantir des ambitieuses machinations et invasions, que le roy d'Espagne pratique allencontre de tous ses voisins. Ausquelles fins seront envoyez ambassadeurs ou députez de la part desdits Roy et Roine, k tels princes ou estats que lesdits confédérez trouveront estre capables , pour les induire à entrer en ceste alliance.

4) Le plustost que faire se pourra, et que les affaires desdits Roy et Roine le pourront permettre se dressera un corps d'armée*, tant de leurs forces communes, que des autres princes et Estats , qui pourront entrer en ceste confédération pour a?«saillir le roy d'Espagne, et toutes et quelconques ses seigneuries.

5) Lesdits Roy ni Roine ne pourront traiter aucune paix

ny tresves avec le roy d^Espagae, ny ses lieutenants ou capitaines, sans consentement mutuel, lequel sera signi&é par lettres signées de la main propre desdits roy et roine.

6) Mais pour autant que le Boy a ia fait quelque trefves en Bretagne, ses ambassadeurs promettent, que quant lesdites trefves expirées se renouvelleront, que lors le Roy tiendra la main autant qu'il luy sera possible, que tant les Espagnols que Bretons Tobligeront de ne rien attenter, ny par mer ny par terre contre le royaume d'Angleterre, ny les suiets de la Roy ne durant lesdites trefves. Et que le Roy en fera nulles trefves générales avec les provinces ou villes occupées par l'ennemi, sans le consentement et ordre de ladite royne.

7) Toutesfois si par cas de nécessité les gouverneurs sont contraints faire trefves particulières, avec les gouverneurs des places appartenans au roy d'Espagne, lesdites trefves ne s'entendront plus avant que de deux mois, sans l'aggréation desdits princes.

8) Lesdicts Roy et Roine promettent aussi réciproquement que si l'un d'eux a besoin d'armes, poudres et autres munitions de guerre ; il sera loisible à l'un et à l'autre des contractants de les faire acheté): par lètlrs commissaires, et de les transporter en leur royaume sans aucun empêchement, si avant que cela se puisse faire sans dommage ou préjudice de celuy, d'où on les voudra léser : en quoy on s'en rapportera à l'affirmation et conscience tant dudit seigneur Roi, que de la Royne réciproquement.

9) Lesdits Roy et Roine deffendront et maintiendront respectivement les marchands et sujets l'un de l'autre, tellement qu'ils puissent librement et séurement négocier et faire leurs affaires et trafiques ez royaumes et seigneuries de chacun d'eux , comme s'ils fussent sujets naturels, sans permettre leur estre fait ou donné aucun empeschement.

118 ANMBXB8.

10) Il8 permettront aussi réciproquement que les armées et trouppes d'un chacun d'eux soyent soulagées et secourues, de vivres, et autres provisoires nécessaires, si avant que commodément il se puisse faire.

11. Le Boy très chétien ny ses successeurs ne souffriront pas que quelque sujet ou vassal de la roine» soit à cause de la religion (à présent approuvée en Angleterre) en façon quelconque inquiété par les inquisiteurs en ses corps et biens.

12. Et si aucune d*aultorité privée tâchait de le faire , le Roy empêchera de sonaultorité et puissance royale que cela ne se face , et que si quelque chose avait esté faite ou arrêtée le fera réparer et jnettre en son entier.

Voilà en substance les points principaux du traité de cette ailliance et confédération entre ces deux grands prince et princesse, que la Reine jura en mains du duc de Bouillon au nom du Roy comme son ambassadeur: lequel au nom du dit S' Boy son maistre il jura pareillement en mains du chancelier d'Angleterre ' .

Ledit traité ayant par les dits Boy et Beine esté envoyé aux États-Oénéraux des Provinces-Unies assemblés à Lettage en Hollande, et apporté par le dit S' Duc , fut par les dits États accepté et s'y sont faits comprendre le dernier jour du mois d'Octobre avec soUennités requises, et réjouissances publiques. ( J.-F. Le Petit, Chronique de Hollande, Zélandé, etc , p. 670, col. 2; 671, col. 1 et 2.)

' ... Où il receut (le duc de Bouillon) le serment de la Roine, touchant la susdite aUiance et ce fort solenellement à Grienecdîolie(Gréenwich), le 8 de septembre, et le comte de Schraefberri (SalisburyJ fut pareillement envoyé le 20 de septembre en France fort bien accompaigné pour recevoir aussi le serment. [Db MBTBREN,fo 392 verso, coL 2.)

ANNEXE N" Vm.

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