COMBAT DU DE LECKERBETJE
Ce combat qui rappelle, dans la forme, le fameux duel de fieaumanoir, Bois ton sang ! eut lieu le 5 février 1600, près d'un village nommé Vucht, à une demi-lieue de Bois-le-Duc. Il s'engagea entre un gentilhomme normand, le baron de Breauté, commandant dix-neuf autres gentilshommes ' français ou bataves, et le sieur Gérard Abraham, lieutenant du capitaine Grobbendonck, gouverneur de Bois-le-Duc, menant un même nombre de Flamands au service de Tarchiduc Albert.
Il paraît avéré que ce combat fut la suite de provocations insolentes, jetées par le baron de Breauté, jeune et bouillant soldat, au capitaine Grobbendonck. Celui-ci refusa le cartel, en prétextant sa chargé de gouverneur, et laissa ramasser le gant par son lieutenant Gérard Abraham, dit Leckerbetje (friand morceau).
Le baron de Breauté, bien que ce lieutenant fût roturier et un soudard de la pire espèce, accepta la substitution de personnes ^ et, après avoir obtenu par ses impor-
* Le chiffre des combattants est très incertaîD. Dans les mémoires du temps les qd» disent vingt contre vingt, les autres dix-neuf contre dix-neuf, quelques-uns vingt-deux contre vingtdeux; le chiffre de vingt étant le plus généralement adopté, nous avons cru devoir le conserver.
^ Le baron Pierre de Breauté appartenait au contraire à une vieille famille de Normandie, qui faisait remonter ses quartiers jusqu'à Guillaume le Conquérant. — Il paratt avoir été assez
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tunités licence du prince Maurice, il sortit de la ville de Mont-Sainte-Gertrude (Oertruydenberg), où il tenait garnison sous les ordres du capitaine Wyngaerde , pour aller à la rencontre des Btlges JldelleSj qu'il rejoignit, comme nous Favons déjà dit, à une demi-lieue de Bois* le-Duc.
Il existe plusieurs estampes de ce duel fameux. La plus remarquable se trouve à la Bibliothèque royale (section des manuscrits) reliée avec la pièce de vers satiri ques contre Grobbendonck, que nous donnons plus loin. CTest une gravure de Michel Snyders, d'après le dessin de Sébastien Yraux ; elle est dédiée à Grobbendonck, et on lit au bas une notice, répétée en latin, en français et en flamand. Voici ce que dit le français :
PouRTRAiCT du mimoràbU duel advenu une lieue près de la ville de Boisleduc, aux environs d'un village appeU Vucht, le cinquième j<mr de Feivrier, mil six cens, entre un gentilhomme normand nommé monsieur de Breauté, capitaine iune compagnie de cuirassiers françois, en ïarmée des Provinces-Unies, et Gérard Abraham, dit Lackerbetken * , lieutenant de la compagnie de cuirassiers de M. le taron de Grobbendoncq, gouverneur de Boisleduc,
bien en cour auprès de Henri IV, car de Buxanval donne plusieurs fois de ses nouvelles, dans les lettres qu'il écrit à M. de Villeroy . C'était un brave chevalier ; mais d'une nature bouillante, passionné et peu régulier dans sa conduite, s'il faut en croire le passage suivant, extrait des lettres de de Buzanval : « La blessure de M. de Breauté ne sera rien, je crois que sa bourse luv fait plus de mal que sa playe ; mais il fau droit de bien expers médecins pour retenir le flux d'icelle, principalement quand il est échauffé au jeu, où il débauche tout ce qu'il rencontre, je l'ai fait assister de ce que j'ai pu en Testât auquel je suis. » — A La Haye, le 20« juillet 1599. --*(a.-G. Ybbedb, Lettres de P. Choart de Buzanval, p. 236.) » Leekerbetje.
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lesquels après avoir de commim accord prins chacun avec eulœ guelqms uns de leur compagnie, armez et se trouvante de chascun costé vingt-deux chevaux, il advint que de premier a lord, ledict lieutenant Gérard fut tué * d'un coup de pistolet, qu'il récent sovibz son casque, puis après en ce combat qui ne dura que non plus que demie heure il y en demeura de mortz jusquez au nombre de vingt-deux; quatre avec leur chef, de ceux que ledict lieutenant Gérard avoit Tnené avec luy, et seize du parti contraire, dont les autres se sauvèrent à la fuite, et ledict Briauté*, après avoir changé de cheval jusques à trois fois, y fut aussi tué^
La notice s'arrête là, sur la gravure dédiée au sieur de Grobbendonck ; voici comment François Le Petit la complète :
« Le seigneur de Grobbendonck estant au devant de t la porte (de la ville de Bois-le-Duc) attendant le retour « de sergens pour savoir des premiers comment le combat « se seroit porté, ne voyant pas son lieutenant demanda « où il estoit, luy ayant esté respondu qu'il estoit mort « et son frère avec, il répliqua : « Et pour quoy n'avez- « vous point aussi tué ceux-cy » ; auxquelles paroUes ses « gens se ruèrent sur Breauté et son cousin, que de plu- <( sieurs coups au corps et à la teste, ils massacrèrent « ainsi de sang-froid'. »
Montpleinchant, qu'on ne saurait soupçonner d*ètre contraire aux Belges fldelles, confirme le récit de François Le Petit, en faisant, il est vrai, de cet assassinat un acte de charité ; « Le grand cœur de Briauté, dit cet élève « des jésuites , n'appréhendoit rien tant que de servir « de trophée dans une ville et devant une garnison qu'il
' Il fût tué par Breauté lui-môme.
' On écrit tantôt Breauté et tantôt Briauté. — Breauté semble avoir prévalu.
' François Le Petit, Chronique de Hollande, Zélande, etc. , vol. II, p. 761, col. 2.
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i ftToit si insolemment méprisée. On Itri épargna oette « eonfusion, et on lai brûla la tftte ayant qu*il mit le pié « dans la ville *. *
Peut-on pousser plus loin la gracieuseté envers son prochain? — ^ Il y eut pourtant des esprits mal tournés ^ui, à ce sujet, traitèrent asses cavalièrement le baron de Orobbendonck. De Meteren raconte qu'un gentilhomme français, nommé Hockincourt', vint en Hollande au mois de mars pour venger la mort de Briauté, qu*il fit appeler Orobbendonck au combat, comme meurtrier de ce brave gentilhomme, mais que le gouverneur de Bois-lerDuc s*excusa $ur sa charge de refuser ce cartel, comme il avait déjà refusé celui de Breauté.
Cette prudente conduite lui valut un envoi de deux sonnete satiriques*; la poésie n*en est pas des meilleures, mais le sens en est clair, Técrivain j
Appelle un ehat an chat, et Rolet un fripon.
en d'autres termes, il traite Orobbendonck de coquin et d'assassin. — Si J.-F. Le Petit n'a rien ajoute au récit de ce qui se serait passé à l'issue du combat de Yucht, les qualificatifs de la satire seraient durs, mais parfaitement justifiés.
* MONTPLBiNCHANT, Histoire de Varchidue Albert, p. 129.
' D*aatres auteurs attribuent cette provocation à Adrien de Breanté, frère de Pierre. Il aurait envoyé cartel sur. cartel à Grobbendonck, qui aurait fait la sourde oreille, et il ne serait revenu en France que sur les ordres formels de Henri IV.
* Il existe à la Bibliothèque de Bourgogne deux manuscrits de cette satire, sous les N»' 15896 et 15934, c'est à ce dernier que se trouve jointe la gravure de Michel Snyders dont nous avons déjà parlé. — M de Reiffenberg a reproduit ces sonnets dans l'Annuaire de la Bibliothèque royale, 1850, pages 37-41. Comme ce recueil est assez peu connu, nous ne croyons pas inutile de réimprimer cette pièce curieuse, en rétablissant Torthographe du manuscrit que le savant bibliophile n'avait pas jugé convenable de conserver.