INTRODUCTION. IX
« Dans les Provinces-Unies on crut que Philippe « ne vouloit donner qu'une principauté apparente « qui ne pouvoit manquer de retourner à la cou- « ronne d'Espagne, que pour cela Philippe avoit « différé de marier l'infante jusqu'à l'âge de 32 ans, « auquel les dames espagnoles ont rarement des « enfants, et que les nouveaux princes seroient a plutôt des gouverneurs, que des souverains des « Pays-Bas.'»
Ces défiances n'étaient que trop fondées, comme il a été facile de s'en convaincre à mesure que le dépouillement des archives a jeté une lueur plus vive sur cette page de l'histoire helge. La quasi-certitude nous est acquise aujourd'hui que, loin d'avoir jamais eu la pensée d'enlever lui-môme à la couronne espagnole un de ses plus heaux fleurons , Philippe II conjptait ramener plus sûrement les provinces du midi à l'obéissance absolue, en les confiant provisoirement aux archiducs Albert et Isabelle.
Nous ne voulons pas ajouter une grande foi aux indiscrétions de Gonzague Catala Girone, confesseur de l'archiduc * ; les détails intimes qu'elles dévoilent peuvent être vrais, mais rien ne le prouve d'une façon irréfragable. Nous n'attacherons pas, non plus, une grande importance aux allusions de cet auteur
* Voir plus loin pages 48 et 49.
* Lettres et négociations de Paul Choart, seigneur de Buzenval, publiées par G.-G. Vreede. Leide, 1846, pages 196 et 190.
X iKTSOoucnaN.
anonyme qui .écrit benoîtement : c L'archiduc a beaucoup de yertos spirituelles, mais il a aussi des imperfections, et l'infante n'a pas d'enfants'. » En somme, il importait peu à Philippe II que les archiducs eussent ou non une postérité.
Dans la cession des provinces belges, il avait inscrit au contrat des conditions telles qu'il en conservait à l'Espagne la nue propriété, tout en donnant aux archiducs et à leur descendance l'usufruit et surtout les charges de ce pays, ruiné par les guerres et par le des^tisme. En effet, si les archiducs mou* raient sans enfants, les provinces belges revenaient naturellement aux héritiers de Philippe II; si les archiducs avaient une fille, elle ne pouvait se marier que du gré et au choix du roi d'Espagne : si c'était un fils, il devait épouser une princesse espagnole qui lui apporterait ces provinces en dot, etc., etc.
Que voulait donc le fils de Charles-Quint?
Endormir le parti national belge qui supportait imjiatiemment la domination étrangère ;
Assurer d'une façon définitive la séparation qui existait déjà entre les provinces catholiques du midi et les provinces protestantes du nord.
Par ses penchants naturels, par ses mœurs et surtout par son éducation , l'archiduc Albert était l'homme prédestiné à cette œuvre d'énervement.
> Deuaiime discours d'un cMolique sur lapuiw.