‹ Abrégé méthodique de la science des armoiries, suivi d'un glossaire des attributs héraldiquesChapitre 51 sur 65 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

NOUS DK FAMILLI

OAIGIMB DES NOMS DB FAMILLB

Ea France, sous les deux premières races, les noms étaient totalement personnels. On n*en portait ordinairement qu'un, et on établissait la filiation en disant : Jean, fils de Pierre; Joseph, fils de Martin , etc.

Les noms de famille n'ont commencé à se multiplier qu'à la fin du x® siècle ou au commencement du XI®, mais leur usage, qui date, pour les rois, du règne de Pépin le Bref, n'est devenu général, pour les particuliers, qu'à l'époque de saint Louis; encore même ne s'est-il pas introduit en même temps dans toutes les provinces.

Les noms propres français forment, sous le rapport de leur origine, trois ou quatre catégories distinctes. Les uns sont des noms de terres ou de fiefs; les autres des sobriquets provenant d'une multitude de causes; enfin, il en est un grand

nombre qui ne sont autre chose que des noms de baptême détournes de leur signification véritable-.

1* Les noms de la Noblesse appartiennent presque tous à la première classe. Quand les noms patronymiques devinrent à la mode, quelques gentilshommes s'en tinrent bien à leurs prénoms dont ils firent des npm^, comme les Albert, les Adhémar, les Béranger, etc., mais le plus grand nombre adopta un autre système. Ceux qui possédaient des provinces ou dés villes se nommèrent de ces provinces ou de ces villes* De là vinrent les noms des maisons de Toulouse, de Bretagne , de Bourgogne , de Flandre , de Boulogne, de Comminges, de Foix, d'Arniagnac, d'Auvergne, de Montpellier, de Carcassonne, d'Anjou , de Lorraine , d'Artois , de Sancerre , de Narbcmne, etc. Les nobles qui n'avaient que des villages ou des châteaux prirent les noms de ces villages ou de ces châteaux. Telle fut l'origine des noms de Montmorency, deBiron, d'Assier, de Turenne, de Tourzel , de La Rochefoucauld, de Coucy, de Coigny, de Montfort, dOs^Béthune, de Coligny, de Mercœur, de La Tour d'Auvergne, de Yergy, de Rochechouart, de Dammartin, de Grillon, de Lusignan, etc. Enfin, d'autres, et c'é-

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taient les plus nombreux^ qui n'avaient que de simples domaines seigneuriaux , se nommèrent de ces domaines. Ainsi se formèrent les noms de Chateaubriand, de Beauchamp, de Beaumanoir, de Bellevue, de Chantemerle, de La Borde, de Gbahtelause, de Tancarville, etc.

^Les noms des familles nobles sont donc presque toujours des noms de provinces, de villes, de villages, de châteaux ou de domaines, et l'usage s'est introduit de les faire précéder de la préposition de, pour signifier que les premiers qui les ont portés "étaient propriétaires ou seigneurs de ces domaines, de ces châteaux, de ces villages ou de ces villes*.

Quant aux noms tirés des surnoms, que Ton rencontre dans l'histoire de^quelques maisons, ils étaient presque toujours per^nnels, et n'ont presque jamais survécu à ceux qui les avaient

•1. Cette particule « ne doit donc jamais se trouver que devant un nom de Heu, ce qui fait voir l'irrégularité de quelques noms portés par la noblesse de l'Empire, dans lesquels elle est placée devant un nom de personne, comme serait cfe Raymond, de François, et quelques autres. 11 est évident qu'on ne peut pas être comte de Raymond, ou vicomte de François, parla raison que Raymond et François ne constituent pas des comtés ou des vicomtes. » (Granier de Gas- SAGNAC, Hist des classes nobtes^ 170.)

adoptés. Tels sont ceux de Sans-Avoiry Cœur-de- Lion, Taillëfer, Apiete, Sans-Terre, Mauclair, Mau-

vais-Regard, Grise^Qnelle , Courte - Cuisse , etc. , qu'ont portés , à diverses époques , des princes souverains ou de simples seigneurs.

2° Les noms des non-nobles sont ou des surnoms ou des noms de baptême. Les noms de la première espèce présentent plusieurs divisions qui résultent de la condition sociale de ceux qui les ont portés les premiers à Tépoque de leur émancipation.

a. Les' affranchis industriels paraissent s'être généralement nommés de la profession qu'ils exerçaient. C'est ainsi que le mot latin Fàber, qui signifie tout individu qui travaille les corps durs, a donné naissance , en se francisant , aux mots Fabre, Favre, Faure, Faurè, Fèvre, Lefeàvre, Lefèbure, Féburier, Favrot, et autres semblables qui ont |M*imitivement servi à désigner des ouvriers sur métaux. Parmi ceux dont les noms se rapportent à la même classe, nous citerons les Barbier, les Bouvier, les Boucher, les Boulanger, les Charpentier, les Charron, les Carrier, les Chevrier, les Cordier, les Chapelier, les Foulon, les Maçon ou Masson, les Mercier, les Moutardier, les Pelletier Jes Lepeintre, leâ Taillandier,

400 SCIENCE DES ARiklOIRIES.

les Tripier, les Tapissier, les Tissenint, etc.

Plusieurs noms bourgeois ont aussi été tirés de la position de fortune de leurs premiers possesseurs : tels sont ceux de Riche, Leriche, Richard, Richomme, Lhéritier, Lheureux, etc.

b. A répoque de leur émancipation, les serfs domestiques empruntèrent, presque toujours, leurs noms au lieu où ils fixèrent leur résidence, et créèrent ainsi un nombre presque infini d'appellations locales dont l'origine n'est pas toujours facile à reconnaître à cause des transformations multiples que la langue a subies.

Le mot maison et ses correspondants dans divers idiomes, casa^ mansionile^ mainillum, tôt, machau, etc., ont produit Grandmaison, Sesmaisons, Grandmesntl, Dumanôir, Dumesnil, Daumesnil, Mas, Delmas, Dumas, Gazes, Gazeau, Dejcazes, Peautot, Hebertot, Machault, Michaut, Goetivy, Goetquen, Goetlogon, Loustal, Delous-

tal, etc.

Du substantif mont et de sa traduction en plusieurs patois se sont formés: Montagne, Beaumont, Dumontt Puy, Dupuy, Pouy, Delpouy, Delpech, Poujade, Lapoujade, Pujol, Poujoulat, Dupuch , Delpuch , Penne , Sers , Serre, Laserre , Delsert, Goste, Lacoste, Hjtan, Delahitte, Lahitte,

VARIÉTÉS NOBILIAIRES. fiOl

Fitte, Lafitte, Lafitteau, Motte, I^motte, etc.

L'habitation près d'un bois, dans un vallon, au milieu d'une culture quelconque, etc., a fourni : Dubois, Boissonnade, Forest, Laforêt, Bosquet, Bousquet, Dubousquet, Bosc, Dubosc, Vallon, Beauvallon, Combe, Lacombe, Dupré, Prat, Duprat, Delprat, Barthe, Labarthe, Chemin, Duchemin, Delrieu, Mare, Lamjare, Fontaine, Lafontaine, Lalande, Bruyère, Duparc, Duverger, Duvergier, Lasvigne, Delavigne, Vigneau, Dumoulin, Dupont, Pontus, Dutaillis, etc.

Une cause analogue a donné lieu aux noms suivants : Carrière, Lacarrière, Cairère, Dupin, Lasaulsaie, Lafresnaie, Lachâteigneraie, Dufresne, Dùchesne, Dunoyer, Lafage, Delorme, Ducharme, Poirier, Périer, Pommier, Rameau, Froment; Olivier, Persil; Prunier, Prunelle, Dubuisson, Chardon, Cormier, Lépine, Fougère, Desfougères, Dunoyer, Nogaret, Delarbre, Verne, Lavergne, Vemet, Duvernet, etc.

D'autres noms ont été empruntés à des animaux; tels sont : Chevreau, Lelièvre, Leloup, Cochon, Mouton, Lebœuf, Lecerf, Faucon,' Falcon. Corneille, Lecoq, Lacaille, Rossignol, Poule, Chapon, Goujon, Saumon, Barbeau, Papillon, etc.

Les serfs domestiques qui n'avaient ni terres.

k92 SCIENCE DES il-fiMOIRIÈS.

ni profession , paraissent s'être nommés originairement soit de leur pays d'origine : Lenormand, Lorrain, Provençal, Gascon, Picard, Bourguignon, Breton, Dubreton, Dumaine, etc. ; soit de cpielque particularité physique : Leboi* teux, Lebossu, Camus, Lecamus, Leborgne, Legrand, Lenain, Petit, etc. ; soit de la couleur du teint ou des cheveux : Lenoir, Noirot, Roux, Leroux, Blanc, Blanchaud, Blanchard, Legris, Leblond. Vilain, Joli, Joliot, Lebègue, Lebeau, Lefort. Vigoureux, Gros, Legros, etc. ; ou encore de leur caractère :. Ledoux» Rétif, Lemauvais, Letricheur, etc.

c. Beaucoup de noms non nobles viennent de diverses parties du costume ; mais il est bien diliicile de les attribuer d'une manière certaine à une classe particulière de personnes. Tels sont ceux de Bonnet, Bonnety, Bonneton, Chapeau, Chaperon, Soulier, Bouton, Manteau, Collet, etc. D'autres ont pour origine une habitude ordinairement peu louable: Boivin, Legoulu, Legourmand, Lehurleur, Boileau, etc.; ou sont relatifs à une fonction, à un grade, à une dignité : Leprêtre, Lévêque, Clerc, Leclerc, Clairaut, Labbé, Chapelain, Prieur, Sergent, Capitaine, Lareher, Prévôt, Bailly, Sénéchal, Chevalier, Lécuyer,

Marquis, Roy, Duc, Leprince, Comte, Baron, Lempereur, etc.

d. Les noms dérivés des noms de baptême dénotent en général des vilains de la dernière classe^ serfs domestiques ou serfs attachés à la glèbe. Beaucoup ont conservé leur forme primitive ; mais il en est d'autres qui ont éprouvé, principalement dans les dernières syllabes, des modifications assez nombreuses. Ainsi, de Michel on a fait Michius et Mikiz. Gabriel a donné naissance à Gabriaux et à Gabrielly ; Albert, à Aubery, Aubry, Aurj^; Didier, à Dediet, Dideron, Didelot; Henri, à Henrias, Henriot, Henriquet; Hugues à Huins, Huart, Huon, Hui, Guîgnon, Huguenous, Hougnon, Huot, Hugon', Hugonnet ; Jacques, à Jacquot, Jacquemont, Jaicomat, Jacquemin; Jean, à Johan, Janat, Jeannat,- Jeannot, Jeannotin, Hannotin, Hannequin ; Pierre, à Perres, Perrart, Perrot. Pierrot, Perrotin, Pierron, Perron, Pen'in; Nicolas, à Nicole, Colart, Collot, Clau, etc.

e. H faut remarquer qu'un très-grand nombre de noms de famille ont subi des altérations si considérables que leur origine est à peu près impossible à déterminer. Beaucoup cependant paraissent être des noms de lieux ou des noms germains ou gallo-romains entièrement défigurés.

k^k SCIENCE DES ARMOIRIES.

On cite, parmi ces noms, ceux d'Albert, Aubert, Arnaud, Berthier, Bochard, Bourdaloue, etc. Une autre particularité à constater, c'est que, dans beaucoup de pays, les gens de condition infime ont cru faire honneur à la plus puissante famille féodale qui y a dominé, en lui empruntant son nom; c'est ce qui explique pourquoi, par exemple, dans l'ancien duché de Rohan, il y a tant de petits cultivateurs et de manouvriers qui s'appellent Rohan*.

1. Voy. Fallot, Recherches sur les formes grammaticales de îa langtie française au xiii» siècle; Granier de Cas- SAGNAC, Histoire des classes nobles; De la Roque, Traité de l'origine des noms, surnoms, et de leur diversité; EusBBE Salverte , Essai historique et philosophique sur les noms dhommes, etc.

xicGISLATIOTI DBS NOMS DE FAMILLE

Après , comme avant Tadoption des noms de famille, on ne s'en tint pas toujours au nom qu'on avait reçu de son père : on en changeait sans trop de peine, quand on le trouvait trop difficile à écrire en latin *. Peu à peu cependant Fusage contraire prévalut, et une législation spéciale fut créée pour le faire respecter.

Dans le principe, quand une famille menaçait de s'éteindre, faute de mâles, le dernier survivant en assurait la durée en obligeant le mari de Tunique héritière à joindre à son nom et à ses armes le nom et les armes de sa femme. Les substitutions de ce genre ont empêché un grand nombre de noms illustres de disparaître. De simples actes notariés suffisaient originairement

1. 11 était de règle, dans certains couvents, de changer de nom en y entrant; c'était une manière indirecte de prouver qu'on avait renoncé aux choses d'ici-bas. Les évèques suivirent pendant quelque temps le même usage, auquel les souverains pontifes sont encore fidèlos aujourd'hui. Voy, Na- TAUS DE Waillt, Eléments de Paléograpkie.

2i06 SCIENCE DES ARMOIRIES.

pour les constater ; mais les abus auxquels elles donnèrent lieu obligèrent Tautorité publique à les réglementer. C'est ainsi que, dès le xv® siècle, les rois se réservèrent exclusivement d'autoriser les changements de nom. Plus tard, en 1555, Henri II défendit à toutes personnes « de changer leurs noms et leurs armes, sans auparavant avoir obtenu des lettres de dispense et de permission, à peine de 1,000 livres d'amende, d'être punies comme faussaires et dégradées de la noblesse. » Dix-sept ans après (20 mars 1572), Charles ÎX renouvela les défenses de ses prédécesseurs, et son exemple fut suivi, le 22 décembre 1599, par Henri IV, et, le 19 janvier 1^2^, par Louis XIIJ, Ce dernier enjoignit spécialement aux bâtards de ne plus prendre le nom des familles d'où ils étaient sortis sans le consentement formel d'icelles, et aux gentilshommes de signer exclusivement de leurs noms de famille, et non de celui de leurs terres, à peine de nullité des actes ou contrats. Mais la plupart des nobles « n'ayant d'autre dénomination que celle des terres dont ils étaient seigneurs, continuèrent à choisir arbitrairement dans leurs possessions seigneuriales celles dont ils préféraient porter le nom, à cause de son importance, de sa désinence harmonieuse ou de l'illustration

de ses anciens pK)priétaires * . » En conséquence, dansles familles nobles, chacun continua, comme par le passée à prendre une dénomination féodale particulière, pour se distinguer des autres membres de sa maison, et c'est sous ce nom d'adoption qu'il fut, comme précédemment, habituellement désigné.

Au xvm* siècle, nul ne pouvait communiquer à une famille étrangère le nom et les armes de sa maison , sans le consentement de tous ses parents et l'agrément du souverain. De plus, on ne pouvait changer de nom sans lettres-patentes du roi, dites Lettres de commutation de nom. Enfin, quand on demandait l'autorisation de prendre le nom et les armes d'une «laison dont on n'était point sorti par les mâles, cette autorisation n'était accordée que sauf le droit d' autrui, ce qui donnait aux mâles portant ce nom, s'il en existait encore, le droit de s'opposer à l'enregistrement des lettrespatentes, qui se trouvaient ainsi frappées de nullité. Mais, comme dans les temps antérieurs, cette législation était rarement respectée.

En 1790 et 1791, plusieurs lois de la Consti=»

i. Bo&EL d'Hauterive, Annuaire de la Noblesse, année i849.

kOi SCIENCE DES ARMOIRIES.

tuante défendirent de changer de nom patronymique. La Convention, au contraire, déclara, en 1793, que chacun pourrait se nommer comme il Tentendrait ; mais elle fut obligée de s'opposer elle-même à un abus qui pouvait avoir de graves inconvénients. Enfin, sous le Consulat, lajoi du 11 germinal an XI (1®' avril 1803) vint poser les bases de la législation qui régit actuellement la matière.

Aux termes de cette loi, et du décret du 8 JMivier 1859, qui en a modifié quelques parties, nul ne peut changer ou modifier ses prénoms sans un jugement des tribunaux civils, qui seuls ont le droit de prononcer à-cet égard. — Le changement de nom patronymique ne peut avoir lieu qu'en vertu d'un décret du chef de l'État, rendu sous la forme des règlements d'administration publique. Eii conséquence, celui qui veut changer ou modifier le nom qu'il tient de son père est tenu de le faire annoncer, une seule fois, dans le Moniteur et dans les journaux désignés pour l'insertion des annonces judiciaires de l'arrondissement où il réside et de celui où il est né. Cette annonce effectuée, il adresse au Ministre.de la justice une demande motivée et écrite sur papier timbré, et il accompagne cette demande

de son acte de naissance, de celui de la personne dont il veut prendre le nom \ du consentement ou, si elle est morte, de l'acte de décès de cette dernière ; enfin, d'un exemplaire de chacun des journaux dans lesquels se trouve son insertion. 11 ne peut être statué sur la demande que trois mois après la date des insertions. Si elle n'énonce aucun motif sérieux, elle est rejetée. Dans le cas contraire, elle est soumise à une instruction préalable , puis communiquée au Conseil d'État^ qui donne son avis*, et, enfin, renvoyée au ministre de la justice , qui prononce définitivement. Si 'elle est accueillie, elle devient l'objet d'un décret qui est inséré au Bulletin des Lois; mais ce n'est qu'au bout d'une année entière, à partir de cette publication, que l'impétrant peut demander au tribunal un jugement qui ordonne, sur le registre de l'état civil, la rectification autorisée par le décret. Pendant cette année, toute personne y ayant droit peut se pourvoir devant le Conseil d'État, pour

1. On ne peut, dans ancun cas, prendre le nom d'une commune compie nom patronymique.

2. Le Conseil du sceau des titres peut, en outre, être consulté, si la modification sollicitée a le caractère d'une qualification honorifique ou nobiliaire.

demander ta révocation du décret, qui ne produit son effet et ne devient irrévocable qu'après ce délai, si aucune opposition n'a été formée, ou si elle a été rejetée. Dans tous les cas, Tautorisation n'q)partient qu'aux personnes expressément dénommées dans le décret, et le changement de nom accordé à une personne ne s'étend pas à ses enfants même mineurs ^

Les contraventions pour changements ou altérations de nom donnent lieu à des poursuites correctionnelles et encourent les peines édictées par la loi du 28 mai 1858. Remarquons en terminant qu'il ne saurait y avoir de prescription en cette matière. « L'état, dit Danty, ne peut se prescrire , et il faut toujours en venir à la vérité. » « Le temps, dit Dunod, n'y peut apporter de changement : Caius sera toujours Gains, quoiqu'il ait, pendant trente ou quarante ans, passé pour Titius. » Enfin, par arrêt du 10 juin 1859, la Cour impériale de Paris a décidé qu'il n'y a aucune distinction à établir entre le cas où un nom de famille que l'on ne possède pas est pris comme

1. Toute autorisation de changement de nom entraîne une dépense de 650 francs, tout compris^ droit de sceau et honoraires du référendaire.

VARlÉTéS NOBILIAIRES. 411

qualification honorifique et précédé d'un titre nobiliaire , et celui où ce nom est pris comme nom patronymique : dans les deux cas, il y a usurpation de nom * .

i. Drotï du 18 inin 1859.

/|12 SCIENCE DES \RIlfOIRIE8.

PABTICULB

Quelques mots sur ce qu'on est convenu d'appeler la particule nobiliaire trouvent ici leur place naturelle.

Dès le XI® siècle , quand le régime féodal se trouva définitivement constitué, il parut commode de désigner chaque seigneur par le nom de sa terre , et Ton dit : Un tel seigneur de tel ou tel fief. Un des exemples les plus anciens de cet usage se voit dans une charte de l'an 1098, citée par l'auteur de VHistoire des classes nobks. Nous lisons, dans cette pièce : Dominus de Ursens, le soigneur d'Ursens; Aiglentina, domina de Puliaco, Aiglentine, dame ou seigneur de Pouillac. Un peu plus tard , on fit ellipse du mot dominus , et Ton dit simplement : Ademarus de Pictavia , Aymar de Poitiers, Jordanus de Insula, Jourdain de l'isle, Aymericus de Rocaforte, Aimcry de Rochefort, etc., au lieu de — Ademarus, dominus de Pictavia; Jordanus, dominus de Insula, etc.; ou bien; on le conserva, mais en le plaçant devant le nom

VARfÉTÉS NOBILIAIRES. 413

propre , ce qui produisit les formes semblables à celles-ci : Domifnus Wido de Fonventis, Le seigneur Gui de Fonvens , que Ton traduisit par la suite par monsieur Gui de Fonvens.

La préposition latine de ne servait donc primitivement qu'à exprimer une idée de relation entre les mots qu'elle séparait^ Comme on Ta vu plus haut, elle signifiait simplement que la personne dont elle précédait le nom était originairement propriétaire de la ville, du château, du domaine, en un mot, du fief, dont la dénomination la suivait; et, comme les terres féodales avaient d'abord été exclusivement possédées par les familles nobles , on en vint peu à peu à la considérer comme une marque de noblesse , et de noblesse de race, et c'est pour ce motif que, le 3 mars 1699, Louis XIV en interdit l'usage aux anoblis.

Quoi qu'il en soit, la particule de n'est *pas une preuve de noblesse ; elle fait simplement présumer la propriété, car, pendant les deux derniers siècles , les bourgefois se disaient Sieurs de leurs prés et de leurs vignes tout aussi bien que les gentilshommes de leurs terres seigneuriales. Dès le règne de Louis XIII, cette particule était devenue une sorte de qualification honorifique que l'on

attribuait (( à toutes les personnes honnêtes, même à M. de Molière, à M. de Corneille, à M. de Voiture, tandis que les Mole, les Pasquier, les Séguier, les Brûlart, ne se trouvaient pas moins bons gentilshommes ou anoblis * , » bien qu'elle ne précédât pas leur nom. Il est, en outre, à observer qu'une foule de noms roturiers, tels que ceux de Dubois, Delachapelle, Butaillis, Delarbre, Dumont, etc., s'écrivaient primitivement en deux mots : du Bois, de la Chapelle, du Taillis^ de l'Arbre, du Moiit, etc.; pendant qu'un grand nombre de nobles de race, les Foucaut, les Chasteignier, les Damas, les Pellet, les Tournemine, les Gouffier, les Bacon, etc., ne prenaient aucune particule. « Les véritables gentilshommes, disait De la Roque au xvii® siècle, ne cherchent pas ces vains ornements , souvent même ils s'en offensent. C'a été sans doute pour cette raison que Jacque Thézard , seigneur des Essarts , baron de Tournebu, se tint autrefois fort offensé qu'on eût ajouté la particule de à son ancien et illustre nom dont il était le dernier des légitimes. »

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