I. — FLORE BACTÉRIOLOGIQUE DES ABCÈS NON FÉTIDES
Nous avons vu précédemment que seule la ponction directe de la collection purulente avait réellement une valeur pour préciser la nature du germe (ou des germes) responsable du processus suppuratif infectieux. Un tel moyen d'investigation ne peut être employé systématiquement que dans un service hospitalier. C’est ainsi que Dufourt (de Bruxelles) a pu établir une statistique des Sermes trouvés dans le liquide retiré par ponction directe dans 70 cas de suppurations pulmonaires non putrides. Voici, sous forme de tableau, les résultats bactériologiques de ses recherches :
Seul ou Fréquence Mortslité
Seul Associé associé % % Streptocoque .:.,...2. 11 7 18 25,2 72,2 Entérocoque :...:.... HS 5 18 El Bacilles de Pfeiffer Î à 4 Ev Staphylocoque ..... CE 1 2 3 4,3 Pneumocoque......... 28 sur 70 8 36 51 PUR
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Cette statistique montre que dans 77% des cas, le germe trouvé à l'examen du prélèvement retiré directement par poncetion, est un germe unique ; elle vient donc confirmer l'opinion de Kourilsky qui insistait sur «l’unicité des germes bactériologiques dans la plupart des abcès non fétides». Elle nous montre au premier abord la proportion très grande des cas où le pneumocoque est rencontré soit seul (40 % des cas), soit associé à d'autres germes (11,4%). Mais il convient de remarquer tout
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d’abord que le pneumocoque est un microbe dont la constatation est des plus banales en dehors de toute suppuration pulmonaire. De plus, la statistique de Coquelet concerne les « suppurations » pulmonaires, c’est-à-dire comprend également les formes diffuses non collectées aboutissant rarement à un abcès; or, ce sont précisément des formes assez souvent observées en pathologie pulmonaire. On peut donc affirmer que l’étiologie pneumococcique des abcès du poumon est beaucoup moins fréquente que l'examen du tableau ci-dessus pourrait le laisser supposer. Les abcès à pneumocoque sont, soit de gros abcès solitaires, soit une multitude de petits abcès juxtaposés. Souvent associé au pneumobacille de Friedlander, le pneumocoque dans ces cas est presque complètement masqué par cet autre microbe et ne peut être alors mis en évidence que par l’inoculation à la souris. Le pneumocoque est très pyogène ; il lui arrive cependant de posséder une action nécrosante marquée et de produire alors des pneumonies disséquantes nécrotiques. Lorsqu'il est associé au pneumobacille de Friedlander, il détermine généralement soit une hépatisation grise, survenant vers le dixième jour, soit un abcès apparaissant vers le vingtième jour. $
La constatation de pneumocoques à l'état isolé dans les crachats n'a pas de valeur pratique quant à la détermination du microbe pathogène responsable de la suppuration pulmonaire.
Il en est tout autrement du pneumobacille de Friedlander et on peut dire que sa présence dans les crachats a une valeur diagnostique absolue.
Mais il faut reconnaître que les cas à pneumobacilles sont rares. Les crachats sont souvent hémorragiques, soit expectoration sanglante, visqueuse, soit même hémoptysie. L’hémoculture est souvent positive. La suppuration pulmonaire s’accompagne souvent de réaction pleurale, à tel point que « devant une suppuration accompagnée de pleurésie, nous pensons toujours maintenant, dit Coquelet, au Friedlander ».
Cet auteur a observé quatre malades chez lesquels le pneumobacille était en cause; chaque fois il y avait association dans un cas avec les anaérobies de Veillon et dans tous les autres cas avec le pneumocoque ou le streptocoque. Il obtint deux gué-
risons et deux décès. La suppuration due au pneumobacille aboutit soit à un abcès collecté, soit à une suppuration diffuse liquéfiante.
Le streptocoque, en plus de son rôle pyogène, a fréquemment une action nécrosante et toxique et, dans ce cas, il prend le type anaérobie facultatif. C’est certainement celui des microbes pyogènes dont la constatation, même dans les crachats, a le plus de valeur. Très virulent, il ensemence avec une grande facilité, et sa constatation comme microbe unique dans les crachats peut presque le faire considérer comme l'agent microbien responsable du processus suppuratif pulmonaire. Et on peut dire, avec Kourilsky, que le streptocoque aime le poumon et est un puissant agent de destruction pulmonaire.
L’entérocoque, dont l'individualité n’est pas admise par tous, n’est en somme qu'un pneumocoque ou un streptocoque un peu particulier. Dans la statistique de Dufourt il est aussi souvent rencontré que le streptocoque. Il est pyogène nécrosant et surtout toxique.
A noter que pour certains auteurs allemands, dont Kissling, même dans les abcès fétides ie microbe en cause serait également le streptocoque, mais un streptocoque anaérobie.
Le staphylocoque et le bacille de Pfeiffer sont très rarement en cause. Sur les 70 cas examinés par Dufourt, ils ne furent rencontrés chacun qu'une seule fois à l’état isolé ; en association avec d’autres germes, le staphylocoque fut trouvé deux fois seulement et le bacille de Pfeiffer que trois fois. Ce sont donc des germes rares.
En résumé, les germes rencontrés dans les abcès non fétides sont bien le plus souvent uniques. Ce sont dans la très grande majorité des cas des germes pyogènes, mais aucun ne possède par lui-même une spécificité exclusive.