AVE DS
et des signes de condensation lobaïre, précédemment perçus à l’auscultation, ne sont pas toujours la traduction d’une amélioration ou d’une guérison cliniques durables. Il s’agit trop souvent malheureusement de simples accalmies plus ou moins passagères. Quant aux signes radiologiques, ils offrent dans leurs variations la même incertitude en ce qui concerne le pronostic dans l'avenir. La radioscopie n’est pas suffisante et il est préférable d’avoir recours à la radiographie et même à la stéréoradiographie. La disparition du contour cavitaire n’est pas une certitude de cicatrisation de la caverne, laquelle peut être simplement masquée par une réaction pulmonaire de sclérose périphérique, venant obscurcir la région sur laquelle elle se projetait auparavant. Il convient par ailleurs de bien préciser dans l’opacité observée celle qui provient du parenchyme pulmonaire luimême et celle, sans importance, qui peut être due à l’épaississement de la plèvre, séquelle si fréquemment observée au cours des abcès du poumon.
Voici, d’après Kourilsky, les conditions qui doivent être réunies pour parler de guérison : a) disparition complète de tout signe fonctionnel et surtout de toute expectoration ; b) disparition de l’image spéluncaire, non seulement radioscopique mais radiographique ; c) disparition de la condensation pulmonaire.
Dans quelle proportion la guérison s’observe-t-elle ? Pour Kourilsky, les observations de guérison qui satisfont aux conditions indiquées par lui sont rares. Wessler évalue la fréquence de la guérison spontanée des abcès aigus et circonscrits du poumon à 33 %, Kully à 40%, Graham à 25 %,. Mais il convient de remarquer que ces statistiques, bien loin d’être établies avec les mêmes critères rigoureux que ceux donnés par Kourilsky comprennent des cas où il y a lieu de craindre dans l’avenir des reprises d’un processus suppuratif mal éteint et que certains auteurs vont même jusqu’à considérer ces reprises comme fréquentes.
La guérison spontanée ne laisse généralement ni séquelles pleurales ni séquelles bronchiques.
Le passage à la chronicilé se produit insensiblement, souvent même malgré des accalmies trompeuses. Ce passage à la chroni-
J. Berger 6
Le 7e
cité est beaucoup plus rare pour les abcès aigus non fétides que pour les abcès fétides.
Mais quelle que soit l’évolution de l’abcès, des complications peuvent survenir, soit hémoptysies souvent mortelles, soit infection pleurale par rupture, spontanée ou après pneumothorax thérapeutique, de l’abcès dans la plèvre. La sclérose si fréquemment observée et parfois si intense peut être également considérée dans les formes extrêmes comme une complication supprimant fonctionnellement le poumon en totalité et parfois même atteignant une grande partie de l’autre organe. Les suppurations métastatiques (cerveau, foie, endocarde) sont des complications relativement assez fréquentes des abcès du poumon lorsqu'ils ont dépassé la phase aiguë.
A côté de ces complications aiguës pouvant se voir à toutes les périodes de l’abcès, il convient de citer les complications chroniques telles que la tuberculose pulmonaire surajoutée, la dégénérescence amyloïde, des laryngites et surtout la dilatation des bronches, signalée pour la première fois en France en 1925 par le cas princeps de Kindberg et Cottenot.
Nous avons été à même d’observer cet hiver dans le service de notre maître le professeur Carnot, un malade atteint d’un abcès pulmonaire traité par pneumotonie et qui a présenté cinq semaines après l'intervention et alors qu'il allait beaucoup mieux du point de vue pulmonaire, des signes d’une métastase cérébrale qui a entraîné rapidement sa mort. Malheureusement il n'y eut pas cette fois d'intervention chirurgicale et la nécropsie fut refusée par la famille. Voici le détail de cette observation.