‹ Abscès Du Poumon Et Pathogénie EmboliqueChapitre 40 sur 58 · Ï. — FORMES ÉVOLUTIVES · texte numérisé non relu

Ï. — FORMES ÉVOLUTIVES

Kourilsky attache une plus grande importance à la tendance évolutive des différents abcès du poumon qu’à leur flore microbienne, leur siège ou leurs dimensions. Il distingue les abcès aigus mortels, les abcès aigus curables et les abcès chroniques. Cette classification offre l’avantage de bien séparer et même d’opposer, au point de vue des chances de guérison, la phase aiguë à la phase chronique. Dans la première phase, les chances de guérison spontanée et thérapeutique sont au maximum. Elles iront en diminuant de plus en plus au fur et à mesure que l’abcès évolue vers la phase de chronicité et alors, même avec de grands moyens, la thérapeutique, même chirurgicale, deviendra de plus en plus illusoire et la guérison plus improbable.

En suivant cette classification selon l’évolution, nous voyons donc que notre observation III (Opp..…) rentre dans le cadre des abcès aigus curables, puisque sans grande thérapeutique, avec seulement du sérum antigangréneux et cinq injections intraveineuses quotidiennes de 10 emc. d’électrargol, la malade est sortie presque complètement guérie du Service, 10 semaines après son admission et 11 semaines après le début, bien précis, de l'infection de son parenchyme pulmonaire. La malade a été revue plusieurs fois depuis, et tout récemment, le 5 mars, plus aucun signe ne persistait de son abcès pulmonaire depuis le 27 janvier et cette guérison était entièrement conservée à notre dernier examen.

Cette observation nous montre les difficultés et les hésitations que l’on rencontre presque toujours au début avant

AS": 3 Vitre

d'arriver à faire le diagnostic exact d’abcès pulmonaire. Elle confirme également que la gravité du début n’a aucune influence sur l’évolution ultérieure. I n’y a rien, en effet, même dans les formes à début apparemment bénin, qui puisse faire présager une évolution favorable.

Dans l’observation V (Tab...), le début de l’abcès du poumon est assez précis. Ce malade a été opéré environ 9 semaines après le début de son abcès, lorsque nous avons eu acquis la conviction qu'aucune guérison spontanée ou médicale n'était possible. Le malade a donc, suivant les règles si bien établies par Sergent, Baumgartner et Kourilsky, été opéré dans les délais de 4 à 6 semaines à compter du début de l’abcès, tout en ayant auparavant, selon les conseils de ces mêmes auteurs, couru la chance d’une guérison spontanée ou médicale. La pneumotomie qui fut pratiquée avait été bien supportée ; le malade, très fatigué par son opération, avait vu son état général se rétablir progressivement ; son expectoration était en notable diminution, sa plaie opératoire presque complètement cicatrisée et 1l était revenu de chirurgie dans notre salle depuis quelques jours à peine lorsqu'il présenta les symptômes de la suppuration cérébrale, qui devait l’emporter en une dizaine de jours.

Nous avons donc été à même de constater une amélioration appréciable après la pneumotomie et une complication métastatique du cerveau qui, si elle ne fut pas vérifiée anatomiquement, n’en fut pas moins certaine.

Nous regrettons cependant qu’il ne nous fût point permis d’exercer ce contrôle. Nous ne pouvons dire si ce malade, sans sa complication cérébrale, eût guéri. L’amélioration post-opératoire constatée permettait d’espérer cette guérison, tout en se rappelant toutefois combien il existe d’accalmies trompeuses, d'améliorations notables sans guérison réelle, avec constamment à l’horizon la perspective de rechutes à plus ou moins longue échéance. En effet, tant qu’il persiste une expectoration, si minime soit-elle, il est prudent, même sans autres signes cliniques, de considérer le processus pulmonaire comme incomplètement éteint, et il faut toujours dans ce cas songer à une accalmie passagère.

La forme aiguë mortelle s'accompagne presque toujours d’un

Page 1