‹ Absorption par les plantes de quelques sels solublesChapitre 24 sur 59 · INFLUENCE DE L’'ESPÈCE SUR LA RAPIDITÉ DE L'ABSORPTION · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L’'ESPÈCE SUR LA RAPIDITÉ DE L'ABSORPTION

Cette limite doit dépendre des dimensions du sac protoplasmique et par suite dans une certaine mesure de la quantité de protoplasma en présence; il s'ensuit qu'une plante de grandes dimensions pourra absorber plus d'azote nitrique qu'une plante plus petite.

Comparons les poids d’azote nitrique absorbés par les différentes plantes lorsque la saturation est atteinte, en rapportant les chiffres à un même nombre de plantes. On voit que 100 jeunes colzas n’ont pu saisir que 9 mg. d'azote nitrique, que 100 sarrasins et 100 trèfles n’en ont pris respectivement que 16 et6 mg., tandis que 100 pois en ont absorbé 76 mg. et que 100 maïs en ont

pris 390 mg.

Les plantules issues de pelites graines, comme les colzas, quoique destinées à devenir des plantes de fortes dimensions, ne peuvent prendre que de faibles quantités de nitrate, comparalivement à ce qu'absorhent les plantules issues de grosses graines comme les maïs.

Remarquons en outre que les pois prennent beaucoup moins d'azote nitrique que les maïs, et cependant les deux graines sont à peu près de mêmes dimensions. Cette différence peut être due à la propriété que possèdent les légumineuses d’assimiler l’azote gazeux, encore que cette assimilation n'ait pas eu lieu pendant la durée de l'expérience.

Ces cas étant mis à part, il semble qu’il y ait une relation entre le poids de nitrate absorbé et celui de la substance vivante.

Pour bien démontrer, d’ailleurs, l'influence de la quantité de malières azotées en présence sur le poids d'azote nitrique absorbé, on procéda à l'expérience suivante. On prit des graines de maïs bien germées et on enleva les cotylédons; les plantes, ainsi privées de leurs réserves de matière azotée, continuèrent à vivre et furent placées, comme d'ordinaire, dans une solution de nitrate de potasse. Dans ces conditions, la quantité totale d’azote absorbée, une fois la limite de saturation atteinte, devait être moindre que celle qui correspond à la saturation d’un même nombre de plantes normales.

TABLEAU XIX. — Absorption du Nitrate de Potassium par des Maïs sans cotylédons.

75 plantes,e150 cc. de liquide contenant 35 mg, d'azote.

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Le tableau XIX montre la marche de l'absorption. On voit qu'à parir du 20° jour les plantes n’ont plus pris de nitrate. Elles en ont absorbé en tout 23 mg.3, ce qui, pour 400 plantes, correspond à 31 mg.1. Or, nous avons vu plus haut que 400 maïs possédant leurs cotylédons peuvent absorber 390 mg. d'azote nitrique, c’est-à-dire treize fois plus.

L’absorption se fait donc en raison de l’abondance de la matière azolée dans les jeunes plantes ou dans leurs réserves ; si, au contraire, l’azote nitrique avait été employé directement à la formation d’albuminoïdes nécessaires au développement des organes, son absorption aurait été d'autant plus active que ces albuminoïdes auraient fait défaut plus complètement.

Il est évident que dans la nature les choses ne se passent pas de la mème façon. Nous nous sommes placé ici dans des circonstances tout à fait particulières; pour simplifier le phénomène, nous avons pris des plantes qui n'avaient pas encore vécu aux dépens du monde extérieur et nous leur avons fourni une substance unique, du nitrate de potassium : elles étaient donc privées de diverses matières indispensables à leur développement. Au contraire, des plantes végétant normalement et ayant à leur disposition tous les éléments nécessaires à leur vie pourront former, avec l’azote nitrique absorbé, des matières albuminoïdes et de nouvelles quantités de protoplasma, et, par suite, accroître leur capacité pour le nitrate et arriver ainsi à en renfermer de grandes quantités.

La proportion de nitrate que contient une plante doit dépendre, comme nous l'avons dit, de la perméabilité de son protoplasma

pour ce sel; peut-être les légumineuses ont-elles un protoplasma

peu perméable. La proportion d’azote nitrique doit varier aussi avec la facilité de formation des albuminoïdes dans la plante considérée. ’ Pour quelle cause exacte l'absorption d’un sel, d'un nitrate dans l'espèce, diminue-t-elle graduellement pour devenir nulle? Nous n'avons fait que constater ce phénomène, et nous avons dit qu'il y avait saturation progressive. Si, comme c'est le cas pour les malières colorantes de Pfeffer, l’immobilisation dans la cellule vivante a lieu par suite de l'union du sel avec des corps préexistants dans le suc cellulaire, expression de saturation est exacte et doit être prise dans le sens qu’on lui accorde en chimie. Mais

si, au contraire, le sel persiste avec ses propriétés physiques, comme semblent le démontrer les expériences de plasmolyse, il faut considérer cette saturation comme un remplissage du sac protoplasmique. Pour comprendre pourquoi il y a ralentissement de l’absorption, il faut admettre que le sel, en s’accumulant, oppose un obstacle de plus en plus grand à Diétroduction d’une nouvelle quantité de sel. Quel est cet obstacle ? quel est le rôle de la pression osmotique qui croît vraisemblablement de plus en plus à l’intérieur de la cellule? C’est ce qu’il est difficile de dire, puisque l’on ne connaît pas de paroï qui soit perméable dans un sens etimperméable dans l’autre. Ilne paraît pas probable que la pression osmotique intérieure s'oppose à l’entrée du sel, puisque la plante, même après avoir absorbé une assez forte proportion de nitrate, peut encore, comme cela a été observé plusieurs fois, dépouiller le liquide extérieur de toute trace d’azote nitrique.

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