GO\DAR ET LE OLOGUERA
Gondar. — Le palais des empereurs. — Eglises abyssiniennes.
— Le clergé. — L'.Aboiina et l'Etchéquié. — Le kosso. — Les hauts plateaux du Ouoguéra. — Etranges montagnes. — Attaque imprévue. — Le combat. — Retraite dans l'église.
— Un protecteur inattendu. — Moment terrible. — Le vieux choum. — Un enterrement. — Xégociations, — Rançonnés. — Libres enfin .' — Débareck. — Le Sémiène.
— Un repaire de bandits. — Xous revoyons le Taccazé.
Au nord de la plaine du Dembéa, sur des mamelons dénudés qui s'étagent au pied des montagnes duOuoguéra, est située Gondar. De là, on aperçoit le lac Tzana et les contrées fertiles qui Tentourent. Deux petites rivières, la Kaha et FAngareb, qui coulent vers le lac, circonscrivent la ville proprement dite.
Gondar, qui est aujourd'hui la capitale de TAbyssinie, et, malgré ses ruines, la ville la plus importante de ce pays, la résidence de FAbouna et de l'Etchéquié , les deux chefs du clergé , est bien moins ancienne que sa rivale Axoum , cité antique s'il en fut, puisque les anciens connaissaient ce pays
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SOUS le nom à' Empire des Axumites , et qu'aux premiers siècles de notre ère le roi d'Ethiopie prenait ce titre , comme le prouve l'inscriptioTi grecque d'Axoum.
Gondar ne fut fondée que douze cents ans plus tard, vers le quinzième siècle, sous le règne de l'empereur que Sait appelle Facilidas, le même sans doute dont j'ai entendu parler à Gondar sous le nom d'Atié Fazzil. C'est aux Portugais que Gondar doit d'être devenue une cité importante, et cette opinion semble suffisamment justifiée par les ruines d'origine européenne que l'on y rencontre à chaque pas.
Gondar fut longtemps la résidence des Atiés et des Raz d'Amarah , qui se plaisaient dans les palais que leur avaient construits les Portugais.
Théodoros le premier, d'humeur guerrière et aventureuse, préféra vivre dans un camp, au milieu de son armée, et il choisit un nid d'aigle, Débratabor, d'où son œil pouvait découvrir au loin ses ennemis. lohannès, à l'époque où je le vis en Abyssinie, n'était pas encore assez fermement assis sur le trône pour se préoccuper d'une résidence royale.
Afin d'éviter toute trahison de leur part, et sous le prétexte de les combler d'honneurs , le Xégouss retenait à sa cour TAbouna et l'Etchéquié, et Gondar, veuve de ses maîtres, n'était plus alors qu'une
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cité morne et languissante, qu'un marché hebdomadaire parvenait à peine à faire revivre périodiquement pendant vingt-quatre heures. Mais pour nous voyageurs, elle était pleine de curieux souvenirs, et, malgré l'hostilité mal dissimulée des habitants, nous résolûmes d'y passer quelques jours. On n'osa pas encore nous refuser l'hospitalité, mais le chef de notre escorte, un Dedjasmatch, s'il vous plaît, et porteur des ordres du Xégouss , encore ! en fut réduit à coucher sur la place du marché, parce que les prélres prétendirent que la ville était sacrée et exempte de toute contribution.
Gondar est divisée en deux villes nettement séparées, la ville chrétienne et la ville musulmane. Cette dernière est une sorte de faubourg situé au pied de la colline, et qu'habite toute une population de marchands : marchands de café, de cuirs, de coton, de toutes sortes de choses; et aussi, faut-il le dire? marchands d'esclaves, que leur fournissent les pays gallas. Il faut pourtant reconnaître que ce quartier musulman respire l'aisance, la propreté, l'ordre. Les Abyssiniens musulmans portent le même costume que les chrétiens, à cette différence près qu'ils ornent fréquemment leur tète d'un turban, à l'instar des Egyptiens et des habitants de Massaouah, des îles et du littoral de la mer Rouge.
Quant à la ville chrétienne, elle est elle-même partagée en deux par un profond ravin qui sert de
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démarcation à deux quartiers, moralement encore plus distincts, le quartier de TAbouna et le quartier de l'Etchéquié.
" A Test de ce dernier, sur un vaste plateau, se dresse , majestueux encore malgré les outrages du temps et des hommes, le château des empereurs, entouré d'une muraille percée de portes voûtées. La partie la mieux conservée est un grand corps c!e bâtiment, flanqué d'une haute tour massive et carrée et d'autres tourelles rondes de moindre importance. C'était la demeure de l'empereur luimême, succession de vastes salles qui donnent sur un perron, et dont les fenêtres, aujourd'hui béantes ou à demi fermées par des ais brisés, étaient garnies d'un balcon en bois dont il ne reste que quelques vestiges. Ce palais , couvert en terrasse , avait des murs crénelés comme ceux d'un château fort. Tout près se trouve le pavillon réservé à l'impératrice, d'une construction moins sévère, plus gracieuse; les croisées sont ornementées de croix grecques, plus ou moins fleuronnées ; la façade offre des corniches, et la terrasse est bordée d'une balustrade à jour. On sent que c'était là la demeure d'une femme. Plus loin , car ce château est immense , sont les bâtiments destinés à la cour, les salles d'armes, les écuries et jusqu'aux fosses aux lions. Les ornements des corniches, les encadrements des fenêtres et des portes sont faits d'une pierre
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rougeâtre, assez friable, et si semblable à de la brique que rillusion, pour moi, eût été complète si je n'avais ru, à quelque distance de Gondar, la carrière d'où Ton avait tiré cette curieuse pierre, qui a conservé sa couleur vineuse après plus de trois siècles.
En général, l'architecture de ce palais est lourde et massive et absolument dénuée de sculptures, sauf des croix grecques qui, sur quelques façades, surmontent le cintre des principales portes et fenêtres.
A quelque distance de là se voit un autre palais, également construit par les Portugais, mais de bien moindres dimensions. C'est un bâtiment carré, crénelé et flanqué d'un haut donjon, carré aussi, qu'habitaient les Raz, et d'où ils pouvaient surveiller l'empereur leur maître.
La ville et les environs sont partout semés d'églises; il y en a, nous dit-on, quarante-trois, dont plusieurs ont été construites par les Portugais. On reconnaît facilement ces dernières à leurs murailles plus solides et plus régulières.
En Abyssinie, les églises sont toutes construites sur le même plan. Elles sont plus ou moins grandes; les boiseries sont plus ou moins régulièrement taillées, voilà la seule différence. Je me bornerai donc à dire, en quelques mots, ce qu'elles sont en général.
L'église est toujours située au milieu d'un bois sacré, qu'environne une muraille. C'est au pied de ces arbres séculaires, à l'abri de leur ombrage, qu'on ensevelit les morts, dont un petit tumulus en pierre marque la tombe; nulle inscription, nul monument ne rappellent les noms, les qualités du défunt. Les princes, les grands de la terre sont inbumcs dans des cercueils en bois et déposés dans le péristyle même de l'église, comme nous l'avons vu à l'église d'Ouquère, comme nous le verrons encore à Gondar.
Lorsqu'on va à une grande église , on pénètre dans l'enceinte extérieure par une porte percée au milieu d'un petit bâtiment carré, dont le premier et unique étage sert de domicile au gardien du lieu, et, sous le passage voûté qui donne accès dans le bois, sont invariablement rangés des lépreux, des infirmes, des malades, tous plus repoussants les uns que les autres, qui viennent là implorer la cbarité publique, ou des âmes ferventes qui, voyant arriver leur dernière heure, se font transporter dans le vestibule de la maison de Dieu, pour mourir plus près de lui et plus saintement; d'autres enfin qui espèrent obtenir une guérison miraculeuse qu'ils demandent au ciel à grand renfort de plaintes et de gémissements.
Passez cette porte, traversez le bois mystérieux, et vous arriverez à une construction cylindrique,
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couverte d'un toit conique en chaume, que surmonte une croix grecque ornée de boules peintes en blanc. La muraille est percée de plusieurs portes en plein cintre et d'autant de petites fenêtres munies de leurs volets et de leurs châssis, grossièrement taillés avec la hache et l'herminelte. Franchissant ce seuil , vous vous trouverez dans une galerie circulaire, ouverte à tous les vents, et qui entoure une construction intérieure carrée, sans autre ouverture qu'une porte, à laquelle conduisent deux ou trois degrés et que ferment deux battants, chacun d'un seul morceau de bois, enchaînés par un grossier cadenas. C'est l'église proprement dite, renfermant le tabernacle, que voile encore un immense rideau. Lors des cérémonies religieuses, les deux portes s'ouvrent, et les fidèles se tiennent debout ou accroupis dans la galerie. Seuls les prêtres et leurs desservants approchent du tabernacle et pénètrent dans la seconde enceinte.
On voit souvent dans la galerie des nagarits ou tambours, des timbales, de petites clochettes en cuivre ou un instrument de musique très-bizarre. C'est une sorte d'U en fer, muni d'une poignée à sa base, fermé à son ouverture par une tige où sont enfilées de petites rondelles qui résonnent en se choquant, quand on agite l'instrument. On voit encore là des bouquins enfumés avec des couvertures en bois et cuir gaufré; ce sont les livres de
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prières, où le papier n'a pas encore remplacé le parchemin en peau de gazelle, et Fimprimerie, l'écriture manuscrite. Quelques-uns sont de véritables chefs-d'œuvre de calligraphie, où l'encre noire et rouge et quelques arabesques simples, mais de bon goût, se marient heureusement. Ces livres sont, paraît-il, écrits en langue ghèse , la langue morte , la langue sacrée. Je ne dirai point quelle elle est, ne connaissant même pas l'amarhinien, ni le tigrinien , langues vivantes, qui en procèdent. Le toit de chaume est, à Tintérieur, très-habilement construit : les bambous en roseaux qui le forment, symétriquement disposés, sont encore reliés par des bandes d'étoffe rouge et bleue, et les cercles qui servent de traverses sont entourés de torsades de mêmes couleurs, qui, se détachant alternativement sur le blanc des roseaux , produisent le plus charmant effet. Peut-être aussi mon œil de Français était-il agréablement impressionné en revoyant, au cœur de l'Ethiopie, les couleurs nationales et l'image du drapeau tricolore, que tant de malheurs n'ont pu assombrir ni décolorer.
Au dehors, près d'une des portes de la galerie, se dresse une petite potence où sont accrochées deux ou trois pierres plates et blanchâtres, qui, lorsqu'on les frappe avec un caillou, rendent un son argentin ; ce sont les cloches qui servent à convier le peuple à la prière.
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Dans les églises riches, le sanctuaire est souvent tapissé, du coté de la galerie, de fresques sur toile représentant les principales scènes du christianisme. Ces peintures sont curieuses à plus d'un titre ; elles rappellent d'abord le style byzantin dont elles ont toute la roideur et toute la naïveté. La perspective y est inconnue ; le diable seul y est représenté sous les traits d'un nègre, tous les autres personnages ont la peau blanche et rouge; les costumes, les étoffes, rappellent vaguement Tlnde et ses coutumes, ce qu'il faut, je pense, attribuer à l'intervention des Portugais qui, venant de l'Europe et de l'Inde, ont voulu rappeler les souvenirs de la patrie, et ont fourni ainsi aux indigènes des modèles que ceux-ci ont depuis scrupuleusement copiés. On voit encore, du reste, aujourd'hui dans plusieurs églises de l'Amarah des peintures que les Abyssiniens disent eux-mêmes avoir été faites par des artistes portugais ; j'en ai vu dans les sanctuaires de Gondar, entre autres des têtes de Christ et de Madones, vraiment belles ; ce n'étaient pas des fresques, mais des tableaux sur toile collée sur bois, flanqués de deux petits volets comme certains oratoires du moyen âge.
Les Abyssiniens aiment à représenter surtout saint Georges, saint .Michel et les miracles de la lierge. Ils ont pour la mère du Christ une dévotion toute particulière, qui se traduit incessamment par
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de touchantes allégories dans le but de prouver à la fois sa puissance et sa bonté.
J'ai été frappé par l'expression, dans une de ces peintures, d'une idée originale et naïve : le Père éternel, entouré d'anges, y est représenté tenant à la main le drapeau aux couleurs abyssiniennes, blanc, ronge et blanc, disposées horizontalement.
Nous avons visité la majeure partie des églises de Gondar, les pins importantes du moins et les plus belles, et presque dans toutes nous avons vu ces peintures dont je viens de parler.
11 nous restait encore à voir quelques ruines et l'abbaye de Kouskouam, située sur un autre mamelon, en face de la ville et de l'autre côté de la vallée qu'arrose la Kaha. Xous avions pour cicérone un Grec nommé Gnorguis, un mauvais drôle s'il en fut, devenu Abyssinien et portant le costume indigène.
Nous trouvâmes d'abord au fond de la vallée un petit monument que je pris à première vue pour une construction arabe, tant il ressemble aux marabouts que l'on rencontre dans les pays musulmans : trois pilastres, réunis par des voûtes en plein cintre, supportent un dôme. La destination de ce monument est plus bizarre encore ; c'est le tombeau érigé à un cheval, mais à un cheval d'empereur, par les ordres de son maître Atié Fazzil.
Près de là se trouvent les bains du même empe-
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reur, construits encore par les Portugais et transformés aujourd'hui en église.
Au centre d'une enceinte de murailles flanquées de tours se trouve, ombragé de beaux arbres, un bâtiment carré entouré d'un fossé qu'on traverse sur un pont délabré. Le fossé, devant la façade méridionale, formait une vaste piscine carrée ; mais tout cela est aujourd'hui desséché. A deux cents pas au nord, on voit encore une autre petite construction qui renfermait les pompes. L'eau tombait dans des bassins où elle était chauffée et, par des conduits souterrains, arrivait, tiède encore, dons les salles de bain. Tout cela est en ruine; les conduits sont bouchés, les pompes n'existent plus, et il ne reste plus que les puits à demi comblés.
Plus loin, sur la colline, au milieu d'une forêt de genévriers, se dressent, majestueuses encore, les ruines de l'abbaye royale de Kouskouam, moitié castel et moitié monastère, entourées d'une hante muraille. Xous errâmes un certain temps dans le bois sombre et silencieux, puis un enfant ouvrit un vaste portail et nous fit pénétrer dans une cour où quelques huttes servent d'habitation aux prêtres, aux desservants et à leurs familles. L'abbaye est un long corps de bâtiment, dont il ne reste plus que les murailles rougies et noircies par le feu ; l'architecture en est sobre et sévère. Accolée à l'abbaye, se trouvait une petite église cylindrique également
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en ruine. Il en existe une autre, plus récente évidemment, construite comme toutes les églises abyssiniennes, mais très-vaste ; elle renferme un grand nombre de peintures, et, dans un réduit obscur, derrière le sanctuaire, on nous montra deux coffres recouverts en cuir rouge, ornés de clous et de serrures en cuivre, qui renferment les ossements d'empereurs et d'impératrices.
Cette église avait le triste et singulier privilège d'abriter, avec les cendres des anciens et puissants maîtres du pays, le dernier rejeton vivant de leur race, de cette race royale qui, d'après la tradition, sentait couler dans ses veines le sang de Salomon : c^était un pauvre vieillard qui vivait là, hébergé par les prêtres, dans le souvenir de la gloire de ses ancêtres, et était comme l'expression vivante de cette pensée pleine de philosophie et de tristesse : sic transit gloria muncli !
Revenant par unie autre route, nous visitâmes sur notre passage la carrière d'où ont été extraites ces pierres rougeâtres qui ornent le palais de Gondar.
Après la visite des églises, le moment est venu de parler du clergé abyssinien, que nous trouvons a Gondar plus nombreux que partout ailleurs. Ses deux chefs sont V Abonna et VEtchéquié, les deux hommes les plus puissants peut-être du royaume.
h^ Abonna est l'évèque, chef purement spirituel de tout I« clergé abyssinien. Il est nommé par le
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patriarche copte d'Alerandrie et doit toujours être un étranger. Le plus souvent ce ne sont que de pauvres sires, qui ne consentent à accepter la mitre d'Ethiopie que dans l'espoir de faire fortune et de revenir ensuite dans leur pays. Alais c'est un vain espoir. Les Abyssiniens, qui payent une grosse somme au patriarche, à l'avènement de chaque nouvel évêque, considèrent leur Abouna comme un capital qu'il faut ménager et le surveillent de près pour empêcher qu'il ne leur échappe. Car celui-ci parti, il faudrait payer de nouveau pour en obtenir un autre. Malgré les défauts qui lui tiennent lieu en général de science et de sainteté, l'Abonna ordonne les prêtres et tient surtout entre ses mains les foudres de l'excommunication, menace terrible auprès d'un peuple aussi attaché à sa foi que le sont, pour la plupart, les Abyssiniens.
VEtchéquié est le chef temporel du clergé ; comme pour l'Abouna, il ne peut y avoir qu'un Etchéquié dans toute l'Abyssinie. On le choisit toujours parmi les indigènes, et il a sur l'Abounc: cet avantage d'être du pays, de connaître les mœurs et le caractère du peuple. Il possède des fiefs qui lui assurent de grands revenus, et s''il ne peut consacrer les prêtres, il partage avec l'Abouna le pouvoir d'anathématiser. Aussi les deux quartiers qu'ils habitent à Gondar, l'Abouna-biet et l'Etchéquié-biet, sont-ils regardés comme des asiles inviolables et
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sacrés, contre lesquels viennent se briser la vengeance des empereurs et Tautorité des lois. Ce privilège d'asile est commun encore à plusieurs autres villes saintes, notamment à Axoum, et à la plupart des monastères et églises.
Au-dessous de ces deux chefs suprêmes viennent les prêtres de différents degrés qui desservent les églises, les moines qui vivent à l'ombre d'un monastère, les clercs et enfin les deftéras. Tous, à l'exception de TAbouna, peuvent se marier. Lorsque nous rencontrions un village de riche apparence où tout respirait le calme et le bien-être, on nous disait invariablement que c'était un village de prêtres; c'est qu'en effet les districts les plus riches sont l'apanage du clergé, exempts de toute contribution, respectés par les armées ; la richesse a pu s'y développer en dépit de l'incurie. Aux revenus de la terre viennent s'adjoindre d'ailleurs le casuel que fournit l'exercice de leur ministère et les dons des fidèles.
Les deftéras forment la transition du clergé à Télément civil. Ils n'ont point été consacrés; ce sont simplement des lettrés qui vivent de leur plume en transcrivant les livres de prières ou en composant des amulettes et des talismans qu'ils vendent aux fidèles. Il y en a pour les hommes et pour les animaux ; les uns et les autres les portent au cou, dans de petits sachets ou fourreaux en