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CHAPITRE II

Départ de Alassaouah. — M'Koallou. — Campement à Saâti. — Un aquarium improvisé. — Sambargoumba. — Un réveil désagréable. — Le lion nous emporte un domestique. — Quelques mots à propos des lions. — Guinda. — Différence des saisons entre le littoral et la montagne. — Asmara. — Les maisons dans le Tigré oriental. — Gomment nous voyagions. — La rivière Mareub. — Le Balambaras Desta. — Réception au camp du Raz Bariaou. — Portrait du prince , sa maison. — Le marcbé de Kodo-Félassi. — La plaine de Goundet. — Me voilà médecin. — Insalubrité des rives du Mareub. — L'orycteropus et l'hyène.

Il fallait songer aux préparatifs de départ. Aies caisses étaient beaucoup trop grandes : je dus en confectionner de plus petites. Des domestiques étaient indispensables, et avant tout il me fallait un drogman ou interprète, denrée fort rare à Alasscouah. J'en trouvai un qui avait la prétention de parler français. Il me demanda en conséquence un prix très-élevé; il est vrai, par compensation, que nousn'avonsjamaispunous bien comprendre en français et que j'ai dû, de gré ou de force, apprendre quelques mots d'arabe, c^ que je ne regrette pas.

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C'était un grand diable, franchement mauvais sujet, mais débrouiUard, qu'on me pardonne ce mot : il peint très-bien un homme qui sait toujours se tirer d'affaire. Il me volait un peu, je le savais, mais où trouver mieux? Je lui adjoignis Israaïl, jeune garçon d'une quinzaine d'années, bon enfant, mais naïf, et qui ne tarda pas à devenir le point de mire de toutes les plaisanteries. Hassein avait encore emmené avec lui son fils , enfant d'une dizaine d'années à peine, avec d'immenses yeux noirs, de grandes dents blanches, un vrai petit sauvage, farouche et méchant; toujours en tête de la caravane, il est parti le premier et, après huit mois de voyage, il est revenu le premier.

Enfin tout est prêt; nous déjeunons une dernière fois au consulat en compagnie des rares Européens qui habitent Alassaoiiah, et, les chameaux nous ayant devancés, nous partons le 13 août vers une heure.

Après avoir franchi les deux jetées qui relient Massaouah à la terre ferme, nous nous trouvâmes au milieu d*une plaine sablonneuse, hérissée de quelques plantes rabougries, et au bout d'une heure nous étions rendus au village de M'Koullou. Là, sauf une mosquée et la prise d'eau construite par le gouvernement égyptien, plus de maisons en pierre; toujours des huttes en branchage. AI'Koullou cependant a cet avantage sur la capitale du pays,

de n'être point resserré par la mer; aussi les ruelles étroi-es et empestées ont disparu ; les cabanes sont disséminées çà et là et tout autour l'air peut circuler. Mais quel air, grand Dieu! au mois d'août, et par 50' de chaleur!

C'est à AIKoullou que les Européens résidant à Alassaouali ont leurs villas d'été, et plusieurs m'avaient parlé de jardins, tant anglais que potagers, sur lesquels ils fondaient les plus splendides espérances. Je dois à la vérité de dire, et sans vouloir détruire les douces illusions dont se bercent mes compatriotes, que, sauf quelques tamarix rabougris et même privés de leurs feuilles en aiguilles, ou quelques piments cbélifs, dont les fruits sont encore plus brûlants que les rayons du soleil, je n'ai rien vu que du sable et des dépôts coquilliers de formation récente. Mais enfin, l'illusion est une si lielle chose que ces pauvres malheureux, que le dévouement où Fappcàt de la fortune enchaîne à Massaouah, croyaient, en changeant de fournaise, que le brasier était devenu moins ardent, et, à les entendre, M'Koullou serait un petit Eden.

\ous descendîmes à la maison des missionnaires, alors inhabitée, et qui ne nous était utile que pour avoir de l'ombre, car nous eûmes grand soin, la nuit, d'aller coucher dehors.

Il y avait encore bien des oublis à réparer, puis nous voulions clore nos lettres et annoncer à nos

parents et amis que nous étions enfin partis. Quand pourrions-nous écrire de nouveau? l'inconnu était devant nous, et nul n'eut pu le dire. De M'Koullou nous pouvions encore apercevoir la mer et la fumée des paquebots, qui nous apportaient comme un air du pays; mais, malgré les tristes réflexions qu'eût pu nous suggérer cette brusque séparation du monde civilisé, nous étions gais et alertes. Mon compagnon de voyage, qui languissait depuis de longs mois à Massaouah, voyait devant lui les montagnes, c'est-à-dire un peu de fraîcheur et le rétablissement de sa santé; moi, je ne pensais qu'aux merveilles que j'allais contempler, et cette soif de l'inconnu avait, sans atténuer les affections et les souvenirs que je laissais bien loin, remplacé pour un moment tout autre sentiment dans mon cœur.

Après M'Koullou, le terrain, toujours aussi aride, devient plus mouvementé; la végétation, plus abondante peut-être, est tout aussi triste et ne se compose que de quelques plantes grasses et de mimosas, dont les longues épines blanches se détachent en clair sur le sol déjà éblouissant.

Nous rencontrâmes des chameliers, et nous bûmes avec délice quelques gorgées de lait aigre qu'ils portaient dans des outres. La monotonie de la route ne fut autrement rompue que par des chacals ou des gazelles fuyant à notre approche. Nous avions attendu, pour quitter M'Koullou, que le plus fort de la

chaleurfùt passé ; aussi la nuit surrint-elle bientôt obscure et sans lune. Adix heures, nous nous arrêtâmes dans une sorte de cul-de-sac où nous sentions avec plaisir un peu de fraîcheur. Nous allumâmes une lanterne, et je fus aussitôt envahi par une nuée d'insectes. Je laisse à penser si je songeais à dormir avant d'en avoir fait une ample moisson. J'étendis enfin quelques couvertures sur le sol, et je ne tardai pas à faire comme tout le monde. iVous devions repartir avant le jour afin d'atteindre en une étape le pied de la montagne, à Sambargoumba, et je me désolais à la pensée de quitter sans le voir un endroit qui me paraissait si riche en insectes. Un accident, qui eût pu devenir désastreux, combla mes vœux ; lorsque le matin, vers trois heures, nous nous apprêtâmes à partir, deux mules avaient disparu. Grande fut notre colère et surtout celle de mon compagnon. Le pays est infesté de fauves, et tout portait à croire qu'ils avaient fait un festin de nos montures.

En tout cas, c'était un jour de retard, et le campement de Saàti n'est pas précisément un séjour de délices ; de plus, nous n'avions pas de vivres, et l'eau était détestable. Avec le jour, le pays m'apparut en effet aussi peu séduisant qu'il l'est en réalité: entre deux petites collines arides, une sorte de lagune à moitié desséchée, sauf quelques flaques d'eau croupissante, et pas un coin où se mettre à l'ombre. Xos

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domestiques se lancèrent à la poursuite des mules, et moi je me mis en chasse, car notre déjeuner courait la campagne.

Sans la faim et le soleil, je ne serais rentré que le soir.

De l'autre côté de la colline je trouvai un véritable fleuve sans eau, ombragé de quelques tamarix et mimosas. Leslièvres, gazelles, perdrix, francolins, pintades, pullulaient; je ne savais plus où donner delà tète. Je revins chargé de gibier. Xous fîmes grasse chair, mais nous étions dans une fournaise. Enfin, nous avisâmes une anfractuosité dans le rocher, et, tendant au-devant nos couvertures en guise d'écran, nous nous y réfugiâmes tout haletants. Un de nos domestiques eut pour fonctions de nous arroser toute la journée, comme un jardinier vigilant arrose ses laitues. Je m'échappais bien de temps à autre, pour recueillir quelques insectes sur le bord des flaques d'eau ; mais le soleil me ramenait bien vite dans ce que je pourrais appeler notre aquarium.

Vers quatre heures du soir, hommes et mules revinrent, Tun suivant l'autre; notre supplice allait finir. Xous ne pouvions plus, il est vrai, arriver le soir à Sambargoumba, mais tout nous semblait préférable à Saâti.

La nuit succédant rapidement au coucher du soleil, nous dûmes camper sur un mamelon entouré de forêts. Xous n'avions d'autre eau que celle de

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nos ouires; aussi, malgré une soif dévorante, chacun fut rationné. Apeine étendiissiirlesol, nousfûmes en vahisparune bande d'animaux moitié araignéesmoitié scorpions, que les entomologistes nomment r/aléodes ; ces horribles bêtes, grosses comme le pouce, jaunes et velues, nous passaient et repassaient sur les mains et la figure. Xous étions de plus littéralement cernés par les léopards. Les chameaux et les mules brisaient constamment leurs entraves; nos chienshurlaient, et nous passàmesla nuit àmaintenir nos bètes et à tirer des coups de fusil, pour éloigner les fauves. Ce fut une mauvaise nuit. Le matin, il nous fallut partir sans avoir dormi, bu, ni mangé.

Au pied du mamelon s'étendait la plaine d'Ailet, puisla montagne. Cette plaine aride ressemble à celle qui précède Saàti, et l'étape eût été bien monotone sans les bandes de pintades et de francolins, les outardes grosses comme de petites autruches et les gracieuses gazelles qui, de toutes parts, fuyaient devant nous.

Enfin le terrain commence à s'élever, la végétation devient plus abondante , nous quittons le Saniarhj région brûlante et déserte, pour entrer dans les premières vallées des montagnes d'Abyssinic, où, sous la double influence de l'eau et de la chaleur, la végétation des tropiques atteint tout son développement.

Xous nous installâmes au fond d'un ravin , sous

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un grand tamarinier, dont l'épais feuillage nous offrait une ombre bienfaisante. C'est là que devaient nous abandonner les chameaux incapables de gravir la montagne qui se dressait devant nous.

Sambargoumba est le centre d'une exploitation de bois , que le gouvernement égyptien a confiée à un Français, alors absent pour cause de maladie. Le site était ravissant : au milieu d'une immense forêt, un ruisseau murmurait en glissant de rochers enrochers ; des oiseaux au plumage varié, des papillons de mille couleurs, des singes, de petites mangoustes égayaient cette solitude. Nous n'avions, pour alimenter notre garde-manger, d'autre ressource que la chasse.

Sambargoumba jouit en outre de la triste renommée d'être le rendez-vous favori des lions du voisinage. Je n'accueillais, je dois le dire, qu'avec une réserve entachée de scepticisme tous les récits d'aventures plus ou moins fantastiques où les lions jouaient invariablement un rôle terrible. Je n'avais encore vu le roi des animaux que derrière les grillages d'une ménagerie, et je ne pouvais me défendre d'une certaine curiosité anxieuse, en errant dans cette forêt qu'on me disait peuplée de lions.

Mon compagnon de voyage, qui savait, et pour cause, que les lions de Sambargoumba ne sont point des êtres imaginaires, avait hâte de fuir; mais comment faire? nous n'avions que sept mules et nous étions trois, y compris un Italien, M. Piajjia,

qui nous accompa^rnait pour recueillir des collections ornitbologiques, mais auquel je n'ai jamais vu empailler un seul oiseau. Après avoir longuement délibéré, il fut décidé que nous chargerions les bagages sur les sept mules, et qu'en deux voyages nous pouvions les transporter sur un premier plateau où nous espérions louer à quelques pâtres abyssiniens des bœufs pour nous conduire jusqu'à Asmara; dans ce premier village soumis au Xégouss, nous trouverions bêtes de somme et porteurs. Le vice-consul devait monter avec le premier convoi, pendant que AI. Piajjia et moi resterions à garderie reste des bagages, en attendant que nous pussions, à notre tour, gravir la montagne. Il était trois heures environ de l'après-midi, quand le viceconsul partit avec le premier convoi. Le chemin ou plutôt le sentier montait en lacet au flanc de la montagne, et nous pouvions voir d'en bas serpenter la caravane. M. de Sarzec avait un chien favori, Asphar [faune en arabe) ; un lévrier splendide, mais sauvage et indocile. Asphar ne voulait pas suivre son maître, et, à peine à quelques centaines de mètres, celui-ci renvoya un de ses domestiques, un pauvre nègre délivré de l'esclavage, un eunuque surnommé Xémo^ pour prendre Asphar en laisse. Mais promesses ni menaces ne pouvaient décider le malheureux lévrier à se laisser prendre ; nous y parvînmes cependant, et Xémo, qui ne se trouvait

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pas à plus de dix minutes en arrière de la caravane, eût pu la rejoindre facilement; malheureusement il était d'une indolence, d'une mollesse, que pouvait seule expliquer la mutilation dont il avait été victime dans son enfance. Assis sur un tronc d'arbre, il se prétendait malade, il avait comme un pressentiment de la mort, et je dus le menacer d'une correction s'il ne se hâtait de rejoindre son maître. Il partit, et je n'y pensai plus.

J'allai dans les environs à la recherche de mon dîner, qui perchait au haut des arbres sous forme de pigeons. J'attrapai de ci de là quelques insectes, et, après avoir festoyé d'un peu de riz et de ma chasse, je fis allumer les feux, étendre à terre un petit matelas, puis me couchai, ne prenant pas même la précaution de faire dresser ma tente, tant il faisait chaud. Je m'endormis ainsi à la belle étoile, sans plus penser aux lions et à l'Afrique que si j'avais été au centre de Paris.

Au bout de quelques heures une sensation de froid me réveilla : un orage épouvantable avait éclaté, et, un peu plus, j'allais flotter comme Moïse sur les eaux du Nil. Mais, hélas ! Pharaon ne m'eût point envoyé sa fille pour me recueillir. J'étais trempé jusqu'aux os, et je n'eus d'autre ressource que de quitter mes vêtements transformés en éponges. La pluie avait éteint les feux; il faisait si noir, que je ne voyais pas à mes pieds. Après bien des heurts et

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des tâtonnements, je trouvai un manteau en fourrure, dont je m'enveloppai, et, m'accroupissant à la manière nègre, les pieds dans Teau, mais le corps à l'abri, je me résignai à attendre. La pluie cessa vers minuit; je fis rallumer les feux; une tasse de café me réchauffa, et, m'enveloppant dans une peau de hœuf, je tâchai de me reposer un peu. L'orage ne tarda pas à recommencer avec une nouvelle violence, mais je m'étais blotti dans le creux d'un arbre, d'où je pouvais braver la tempête. Tout à coup un chien tout tremblant, et poussant un hurlement particulier, vint se réfugier près de moi. C'était Asphar ! J'eus le pressentiment d'un malheur... Les feux s'étaient éteints de nouveau, j'entendis les broussailles craquer à quelques pas de moi; il n'y avait plus à en douter, le lion était là, tout près. Je n'avais pas encore pris l'habitude de coucher avec ma carabine; il faisait nuit noire; où la trouver? et quand même, les cartouches devaient rager quelque part? Il ne me restait que mon revolver, arme bien peu sérieuse pour un si terrible ennemi. J'en fus quitte pour la peur; le bruit de branches cassées ne se renouvela pas, le lion s'était éloigné. J'ignorais alors qu'il avait bien dîné le soir... Cependant je ne pouvaism'expliquerle retour d'Asphar, que j'avais renvoyé, tenu en laisse par \émo. Mes hommes aussi avaient entendu le lion, et Hassein prétendait même l'avoir vu. Je l'envoyai

dès le point du jour chercher les mules, afin de quitter au plus vite ce fatal ravin.

Xémo ni Asphar n'avaient paru au camp de M. deSarzec, et il ne laissait pas que d'être fort inquiet; aussi, sa première parole en voyant Hassein fut de lui demander si Xémo avait couché à mon campement. « Aon, répondit mon domestique; a iVémo vous a suivi hier soir emmenant Asphar; « le chien est revenu cette nuit à notre campement. «Le lion a dû emporter Xémo hier soir, car il Cl n'avait pas faim cette nuit : il est venu nous renc; dre visite et n'a enlevé personne. Alon maître a u entendu le lion, et j'ai vu ses deux yeux, comme « deux chandelles, dans la broussaille. «

Hassein redescendit la montagne avec les mules et les domestiques du vice-consul pour aider à les charger; mais cette fois il inspecta le sentier avec soin, pour découvrir les traces de Xémo.

A l'un des endroits les plus sauvages et les plus épais de la forêt, une racine d'arbre formait, en travers du sentier, une sorte de fauteuil naturel. Hassein y remarqua des traces humaines, résultat d'une peur invincible; il fouilla les broussailles et découvrit, à quelques mètres de là, les vêtements de Xémo accrochés aux branchages et intacts. Ces vêtements, il faut le dire, consistaient en un pagne de cotonnade et un gilet sans manches. Accablé par la chaleur et pour marcher plus librement, Xémo

les avait sans nul doute quittés. Hassein suivit une piste qu'indiquaient les herbes foulées et les branchages cassés; il arriva ainsi, au bout d'un quart d'heure, au fond d'un ravin et au centre d'un fourré inextricable. Le pauvre Xémo était là gisant, à genoux, la face contre terre et à moitié dévoré : le lion s'était repu de son morceau de prédilection, les intestins et les poumons, et il avait commencé à dévorer la chair du haut des cuisses.

De retour à mon campement, Hassein me raconta ce triste épisode, et je songeai aussitôt à faire enterrer les restes du pauvre garçon : la réflexion que cette détermination inspira à Hassein peut donner une idée de la philosophie terriblement pratique de ces pauvres gens : a Enterrer Xémo, me dit-il, ne c; le ferait point revivre, et tant que le lion aura à ti manger, il nous laissera tranquilles. ■

Le souvenir de cette catastrophe, dont nous avions été presque les témoins, nous rendit, M. de Sarzec et moi, tout tristes pour quelque temps. Xous commencions notre voyage sous de bien tristes auspices; dès le troisième jour la mort éclaircissait nos rangs; et quelle mort! Sans doute, harassé de fatigue et de chaleur, Xémo s'était assis et endormi dans ce fauteuil formé par une racine, et c'est là que le lion a dû le saisir pendant son sommeil.

On se demandera peut-être pourquoi, dans un

pays où les léopards sont encore plus nombreux que les lions, nous attribuons à ce dernier animal la mort du pauvre Némo. En voici la raison. Le léopard, malgré sa force musculaire, dévore presque toujours sa proie sur place, tandis que les indigènes assurent que le lion l'emporte toujours dans son repaire. Il commence, disent-ils, par abattre sa victime d'un coup de patte sur la tête; la saisissant ensuite par la cuisse, il la cbarge sur son dos, où il la maintient avec sa queue. Il est de fait que toutes les personnes, assez nombreuses malheureusement, que j'ai rencontrées en Abyssinie et qui, après avoir été attaquées par le lion, avaient eu l'étonnante fortune de lui échapper et de survivre à leur blessure, avaient reçu ce fameux coup de patte, qui leur avait enlevé une partie du visage et les chairs de l'épaule.

AI. de Sarzec m'a raconté que quelque temps avant notre voyage , étant venu pour chasser au village d'Ailet, tout près de Sambargoumba, il entendit, le soir, dans le village des cris et un tumulte inaccoutumés. Les habitants, armés de tisons, poursuivaient en criant un lion qui venait d'enlever une femme; il se joignit à eux, tira quelques coups de fusil , et le lion épouvanté lâcha sa victime. La pauvre malheureuse était, me dit-il, dans un état effroyable , la tète mutilée , et la cuisse par laquelle le lion l'avait saisie, littéralement broyée.

M. Baptiste, ce Français auquel le gouvernement égyptien a, comme je Tai dit, con!:é l'exploitation des bois de Sambargoumba, eut souvent aussi, pendant son long séjour dans ces parages , maille à partir avec les lions. Un soir, m'a-t-il dit (et le fait a eu beaucoup de témoins), je revenais de marquer des arbres dans la foret; il faisait déjà presque scmbre, quand je vis dans la broussaille passer rapidement devant moi deux masses fauves; instinctivement j'épaulai mon fusil et tirai. Autant en emporte le vent : c'était un coup chargé à plomb. Je hâtai le pas cependant, car je n'étais pas tranquille, et je gagnai un petit ravin sablonneux qui conduisait droit à mon campement. A cinquante pas environ avant d'y arriver, je \is accourir à ma rencontre tous mes hommes armés de lances, de tisons, et criant à pleins poumons : Emhessa! ehihessa! le lion! le lion! Xaturellement je me précij'itai vers eux. Il était temps! Deux lions me faisaient la conduite, un de chaque côté, àvingt pas en arrière. A la vue i\e< hommes armés, les deux lions s'élancèrent dans la forêt. M. Baptiste eut la curiosité, le lendemain, de suivre la piste des lions, et il constata que les deux fauves avaient marché derrière lui sur un parcours de plus de cent mètres, se rajiprochant sans doute, sans faire de bruit, pour le saisir à l'improviste. Ceci prouve, comme le disent d'ailleurs les indigènes, que le lion ne clicrche pas

à attaquer son ennemi ouvertement et en face.

Les Abyssiniens préîendent encore que si l'on rencontre un lion et que Ton cherche à le fuir en témoignant de la crainte, on sera infailliblement dévoré, tandis que si l'on reste calme et impassible sans l'attaquer, il est probal)le qu'il passera son chemin sans rien dire. Mais si on l'attaque, disent encore les indigènes, il devient terrible, et cela est tellement vrai, paraît-il, que, dans leurs chasses au lion, les Abyssiniens, qui se réunissent en assez grand nombre pour livrer bataille au redoutable félin, considèrent que celui-là a tué le lion , qui a osé l'attaquer le premier, parce que, disent-ils, le lion ne s'y trompera pas , et si un homme doit succomber dans la lutte , ce sera le premier agresseur.

Le lion est-il donc si redoutable pour l'homme? Oui et non. Dans les endroits où il y a beaucoup de bestiaux et de gibier, et tant que le lion n'aura pas goûté à la chair humaine, il attaquera de préférence les animaux. Mais quand les lions, qui vont générnlement par couples, ont établi leur domicile dans le voisinage d'un centre de population, et ont commencé à manger de l'homme , oh! alors, il n'y a pas de milieu, il faudra tuer les lions, ou le village sera décimé. Ils ne chasseront plus que le gibier humain, dont ils trouvent, paraît-il, la viande plus succulente que toute autre. Les anthropophages d'ailleurs sont du même avis!

Nous avons encore un autre motif pour accuser le

lion. J'ai dit que Xénio menait un chien en laisse; un léopard n'eût pas attaqué l'homme, mais le chien, ïl est certain, en effet, que le léopard a un goût tout particulier pour le chien, à tel point qu'il est fort difficile, pour ne pas dire impossible, d'en con- -errer dans certain pays de TAbyssinie où les léopards sont très-nombreux.

Guinda n'est point un village; quelques pasteurs abyssiniens descendent, pendant Tété, avec leurs hestiaux et y installent lenrs huttes pendant quelques mois. C'est un petit plateau fertile et verdoyant, arrosé d'un joli ruisseau dont le lit est ombragé de grands arbres. Xous nous y installâmes pour plusieurs jours , car il fallait attendre une occasion favorable pour continuer notre route. Les lions nous laissèrent en paix. Grâce à l'altitude, la température était moins élevée. Les bergers d'alentour nous vendaient un peu de lait; il y avijit des insectes, des papillons, des oiseaux, du gibier en abondance, et je me serais volontiers fait ermite à Guinda; mais tout doit finir, et nous nous mîmes en route pour Asmara, dont nous n'étions plus éloignés que de deux étapes.

Après Madhet, autre station de bergers, la route devint bien pénible et bien difficile : il nous fallut, pendant plus de trois heures, escalader la montagne par des sentiers impraticables, où vingt fois nous

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pensâmes nous rompre le cou. Alais aussi qu'elles étaient belles ces montagnes couvertes d'immenses forêts, où des arbres de toules sortes entrelaçaient leurs branches reliées encore par des lianes ! J'admirais surtout le liolkoual, sorte d'euphorbe arborescente, qui, tout en ressemblant à un cactus, atteint de grandes dimensions. Ses branches quadrangulaires, garnies sur leurs arêtes d'épines recourbées, absolument dépourvues de tout feuillage, sont disposées en forme de candélabre. C'est au sommet de chaque tige que poussent de petites fleurs d'un jaune rougeàtre, auxquelles succèdent, en guise de fruits, de petites figues, d'abord vertes et qui, en mûrissant, deviennent d'un rouge safrané. D'une incision pratiquée au tronc, coule abondamment un lait parfaitement blanc, visqueux et qui constitue, aussi bien que les fruits, un poison très-violent. Ces euphorbes arborescentes, dont j'ai remarqué plusieurs espèces différentes en Abyssinie, sont très-nombreuses dans toute l'Afrique intertropicale ; souvent elles couvrent des collines entières, et ces forêts de branches vertes, charnues et sans feuillage, produisent un aspect bizarre.

A mesure que nous montions, l'air devenait plus pur, et il semblait que nous nous éloignions du soleil. Arrivés au sommet, nous fûmes pris par une pluie torrentielle, doublement désagréable, parce qu'elle nous transperça et nous empêcha de jouir

du magnifique panorama qui se déroulait à nos pieds, \ous dûmes renoncer à dire un dernier adieu à la mer Rouge, que Ton peut apercevoir du haut de cette montagne, par un temps clair. Le pays changeait complètement d'aspect : au pied de la montagne, nous étions au cœur de Tété et au plus fort de la sécheresse, tandis qu'au sommet nous nous trouvions suhitement dans la saison des pluies, circonstance qui, jointe à l'altitude, modifiait si profondément la température que nous avions presque froid.

Cette différence si tranchée dans les saisons entre deux pays situés sous la même latitude et qui sembleraient, de prime ahord , devoir être soumis aux mêmes lois climatériques, est un des phénomènes les plus curieux de cette région. Sur le littoral de la mer Rouge, ainsi que dans tous les pays situés en Afrique au nord du tropique, les pluies coïncident avec l'hiver, c'est-à-dire de novembre à mars et avril, tandis que, sur tout le plateau éthiopien, les pluies, comme je l'ai dit déjà, sont estivales, de juin à septembre.

Autre phénomène encore non moins curieux : pendant toute la saison des pluies estivales, il pleut régulièrement chaque jour à des heures fixes, l.e matin, le ciel est toujours pur et le soleil splendide, mais vers midi les nuages s'amoncellent ; bientôt le tonnerre gronde, et enfin, vers deux heures,

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l'orage éclate ai^ec une violence inouïe, souvent même il tombe de la grêle; puis entre cinq et six heures, tout disparaît comme par enchantement, et le temps redevient beau. Aussi le voyageur qui parcourt TAbyssinie à cette époque de Tannée se hâte de partir dès le matin, pour être arrivé au campement avant Theure de la pluie; car de tous les désagréments qui mettent sa patience à répreuve, la pluie est bien certainement un des plus redoutables.

La première chose que nous vîmes à Asmara fut une tente européenne, où nous fûmes tout surpris de trouver un gentleman anglais, le baron de Cosson, qui revenait d'un voyage en Abyssinie. Il avait vu le Négouss et Gondar; aussi passâmes-nous de longues heures à le questionner. Envoyant ses bugages à Massaouah, il se décida à rebrousser chemin, pour nous accompagner pendant quelques jours.

Asmara est un village peu considérable, situé sur une petite éminence, au milieu d'un vaste plateau dénudé et presque complètement inondé pendant la saison pluvieuse. Les habitations, comme dans toute la partie orientale du Tigré, sont singulièrement construites : ce sont plutôt des caves que des 1. aisons. Adossées en général à un petit monticule, elles sont creusées dans le sol et recouvertes de terrasses qui se trouvent alors de plain-pied avec le

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sommet du monticule ; cette sorte de cave est fermée, sur le devant, par un mur, le plus souvent en pierres sèches, et la terrasse s'avance un peu pour former une espèce de véranda des plus primitives. Une seule ouverture donne accès dans la maison et sert à la fois de porte, de fenêtre et de cheminée ; aussi ces habitations sont-elles très-humides et très-sombres. L'ameublement est bien simple : le long des murs, on a ménagé ou construit de larges bancs en terre, qui, recouverts d'une simple peau de bœuf, servent de lits. On voit cependant chez les gens aisés des lits plus confortables, nommés en abyssinien angareh et en arabe alga. Ces lits, du reste, sont usités dans toute l'Afrique orientale, et je les ai retrouvés à Zanzibar sous le nom de Jdtanda. C'est un cadre en bois, monté sur quatre pieds et garni d'un treillage en lanières de cuir ou en cordes. Un sommier ou un matelas sont préférables; mais, lorsque Fangareb n'est pas trop infesté d'insectes parasites, on peut y reposer assez confortablement. A ce meuble, critérium de la richesse, s'ajoutent quelques poteries, des corbeilles d'un travail plus ou moins fin, un moulin à bras, qui mériîe une mention spéciale, et, enfin, d'énormes jarres en terre, sorîes de silos affectant nn peu la forme d'une ruche, plus hauts qu'un homme et dans lesquels on emmagasine la récolte; un bouclier, une lance, un sabre, et par-

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fois des harnais de mule, complètent l'ameublement. Au milieu de la maison, un espace rond, un peu plus élevé, sert de foyer.

Quant au moulin (et cliaque maison possède le sien), il est vraiment d'une simplicité primitive : à l'un des angles ou le long du mur est adossée une petite tour en maçonnerie, haute de 60 à 70 centinièlres et tronquée obliquement à son sommet ; là est enchâssée une pierre en granit, ovale, légèrement concave et entourée d'une rigole; c'est contre cette pierre qu'à l'aide d'un gros caillou de granit, de forme ovoïde, sera écrasé, à force de bras, le teff ou le dourah qu'on veut réduire en farine, et c'est aux femmes qu'est dévolu ce pénible labeur, dont elles s'acquittent généralement la nuit.

Il nous fallait attendre à Asmara que des ordres fussent donnés par le vice-roi du Tigré, pour que nous pussions continuer notre route. A ce propos et pour n'y plus revenir, je dois quelques explications sur cette façon de voyager, qui fut pour nous la source de tant de difflcultés. Dans l'Abyssinie, terre féodale par excellence , les halaguers ou paysans sont taillables et coriéaldes à merci.

Quand un ]]ersonnage veut se mettre en route, il n'a besoin de se préoccuper ni des moyens de transport, ni des vivres. Les paysans transportent gratis ses bagages jusqu'au village voisin, qui doit à son tour fournir des porteurs pour l'étape du lendemain.

Chaque village doit en outre fournir des vivres, un mouton, quelquefois une vache, du miel pour Fhydromel, du beurre et des galettes de dourah, sans compter la bière ou bouza, et la maison, qu'il faut abandonner pour la donner au seigneur. Habitués depuis des siècles à cette sujétion, les Abyssiniens s'exécutent d'assez bonne grâce quand il s'agit d'un de leurs compatriotes. Il faut se hâter d'ajouter que ces seigneurs sont escortés d'une troupe de soldats, qui, ne rêvant que plaie et bosse, se chargent avec plaisir, en cas de refus, de percevoir de force le tribut exigé. Malheur au village récalcitrant î il payera double, triple, sinon dix fois. Mais pour les étrangers qui, malgré la protection du roi, n'ont pas une autorité directe et sont censés ne pas connaître les us et coutumes du pays, c'est bien une autre affaire î Les soldats que le roi ou le gouverneur de la province lui donne pour faire exécuter les ordres perçoivent souvent pour leur propre compte; ou, de connivence avec le choum j, chef du village, annoncent gravement qu'il n'y a dans le pays ni vivres, ni porteurs. Un autre jour, gagnés par un présent du choum, les soldats détournent à dessein le voyageur de sa route et le conduisent dans un pauvre hameau qui n'offre réellement aucune ressource ; il faut envoyer dans les villages voisins quérir vivres et | orteurs, prier, menacer, discuter pendant des journées entières. Prévenu par un

complice, le choiim a fui avec les bestiaux, et les habitants, en l'absence du chef chargé de répartir les corrées, refusent obstinément de vous recevoir; il faut alors organiser une véritable chasse au choum.

Qu'il me soit permis de donner un conseil à mes successeurs : quel que soit le motif de leur voyage, qu'ils n'acceptent jamais l'offre gracieuse du Xégouss, de pourvoir à leurs besoins. Séduits par les apparences, ils croiront réaliser une grande économie ; mais que de temps perdu, que de cadeaux, que de bonnes mains il leur faudra donner, sans compter toutes les difficultés, souvent très-sérieuses, tous les ennuis, dont je ne finirais pas la longue énumération !

Pendant les deux jours qui suivirent notre départ d'Asmara, nous marchâmes péniblement sur un plateau boueux et inondé, où nos montures enfonçaient jusqu'aux genoux. Çà et là, sur de petits mamelons, au milieu des broussailles, les kolkouals dressaient leurs branches charnues et dénudées. Après le village d'Addi-Guaddad, ce fut celui d'Atsenaï, où nous descendîmes par une pente escarpée et couverte d'une assez belle végétation. Le temps était malheureusement brumeux, et la pluie, qui commençait à tomber, nous empêcha d'apercevoir la plaine du haut Alareub et les montagnes qui l'entourent. A peu de distance d'Atsenaï, nous trou-

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vaines la rivière Mareub, encore àTétat de torrent, roulant ses eaux boueuses entre deux murs de roclicrs rougeàtres. Les plateaux, qui ne s'étaient affaissés un instant que pour livrer passage au Mareub, reparurent sur sa rive droite, mais moins détrempés et coupés plus fréquemment de beaux bouquets d'arbres et de verts pâturages.

Addi-Garat fut notre troisième étape. A partir d'Asmara, nous nous trouvions sur la lisière occidentale des plateaux de THamacen, formée par une petite chaîne de montagnes, qui va du nord au sud et dont le point culminant est le double pic de Dabbonata. Ces montagnes sem])lent peu escarpées, et leurs cimes ne sont point tourmentées et décliiquetées, comme beaucoup d'autres que nous rencontrerons plus tard.

Le chef de notre escorte vint annoncer que sa juridiction ne s'étendait pas plus loin, et, sans s'inquiéter de nous procurer des porteurs, il nous planta là. Le choum duvillage en fit autant : c'était le commencement de nos ennuis. Xous allâmes à la chasse, attendîmes toute la journée, et, de guerre lasse, voyant que personne ne prenait garde à nous, nous fîmes charger sans autre préambule un bœuf et un âne qui se trouvaientlà par hasard, etnous partîmes.

Xous traversâmes des ruisseaux devenus des torrents, franchîmes un petit col, au milieu des kolkouals et des mimosas, et il faisait déjà nuit

quand nous arrivâmes à Toramini, mourants de faim.

Là, nous attendait de la part de Raz Bariaou, oncle de l'empereur et gouverneur de tout le Tigré, le Balambaras-Desta. Il nous fallut écouter jusqu'au bout toutes ses salutations: mais des compliments, si cordiaux qu'ils fussent, ne nous remplissaient pas l'estomac... C'était d'ailleurs un bel homme que ce Balambaras-Desta. D'une stature de géant, le visage rond, couronné d'une épaisse toison de cheveux frisés etlégèrement grisonnants, l'air franc et jovial, il me représentait le type du soldat bon vivant et joyeux compagnon, qui fait la guerre en chantant et se sent de taille à vider la coupe d'Alexandre. Xotre cuisine, du reste, se ressentit promptement de la présence de l'autorité militaire.

La plaine où Raz Bariaou a planté son camp, non loin du village d'Addi-Mongondi , nous semblait de loin couverte de meules de foin groupées en cercle autour d'une autre plus grande, ce qui lui donnait l'aspect d'une prairie après la fenaison. Ces meules de fourrage n'étaient autre chose que les huttes en ramée, couvertes de chaume, que se construisent les soldats. Celle du centre, plus vaste et mieux bâtie, est la demeure du chef, qui voit ainsi ses hommes groupés autour de lui.

A cinq cents mètres environ du camp, un chef vint au-devant de nous, suivi d'une nombreuse escorte. Il était monté sur une mule richement capa-

Façonnée, et revêtu lui-même d'une longue tuni(jue de soie amaranthe brochée d'or ; c'était le Lika Alankouas Ouarki, parlant un peu Farabe, sorte de ministre des affaires étrangères et chargé par le roi de recevoir les Européens. Lorsqu'à la fin du voyage, nous reviendrons à Adoua, après tous nos malheurs, nous l'y retrouverons et ferons avec lui plus ample connaissance.

Xous mîmes pied à terre , pour échanger les saints d'usage, et, remontant à mule, nous nous dirigeâmes vers le camp. Une bande de musiciens, soufflant dans de longues flûtes ou frappant sans rhythme ni mesure sur des nagarits (sorte de timbales en bois), nous précédait ; sur les flancs et à l'arrière cavalcadaicnt des soldats fièrement drapés dans leurs chemmas, la tète nue, les cheveux tressés, portant leurs longues javelines, leurs boucliers lamés d'argent, et, malgré cet attirail, guidant avec adresse leurs montures de guerre.

A cent pas du camp nous dûmes faire halte pour attendre que l'on se fût préparé à nous recevoir.

Tout ce qui m'entourait était nouveau pour moi, et m'offrait le plus intéressant spectacle. Ces tètes noires émergeant d'une toge blanche rayée de rouge, ces lances au fer long et acéré, ces vastes cartouchières bouclées sur une large ceinture, cet immense sabre recourbé en forme de faucille, ce bouclier de peaud'hippopotame enrichi d'arabesquesd'argent,de

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boules de filigrane ou de plaques de métal repoussé ; ces beaux bommes, drapés comme des statues antiques, à Tair froid et impassible, qui nous regardaient silencieusement d'un œil curieux et étonné; ces chevaux qui piaffaient impatients, en faisant onduler les longues bousses de cuir rouge; ces buttes en brancbage, ces tentes, tout cela, au milieu d'une plaine inculte, encadrée de montagnes d'un bleu vaporeux, formait un tableau digne du pinceau d'un maître. Je ne pouvais me croire en Afrique, que j'avais toujours vue , dans mes rêves, peuplée de sauvages nus et repoussants.

Au bout de dix minutes, nous remontâmes à mule pour nous rendre à la butte du Raz, située sur un petit mamelon et beaucoup plus spacieuse que toutes les autres. Les musiciens nous précédaient encore; les groupes de soldats que nous traversions nous saluèrent de nombreuses décharges de mousqueterie.

Une esclave souleva un rideau, jadis blanc, et nous pénétrâmes enfin dans l'appartement du prince. Sur une estrade élevée de quelques marches et couverte de tapis de l'Inde et de peaux de léopard, un lit garni de coussins de soie rouge servait de trôse au Raz. Il se leva à notre approche, embrassa le vice-consul, qu'il fît asseoir près de lui, par ordre du roi, nous serra cordialement la main , et nousnous accroupîmes autour, sur des coussins et des dépouilles de fauves.

Cette demeure sans fenêtres recevait un jour si sombre et ce spectacle était si nouveau pour moi, que je ne pus, à cette première visite, saisir parfaitement les traits du Raz. Mais depuis je l'ai revu fréquemment à Adoua. De taille élevée, il adeFcmbonpoint sans être obèse, ses cheveux sont grisonnants, sa figure bienveillante respire la bonhomie plutôt que l'intelligence. Comme le sire de Beaumanoir, devenu borgne au métier de la guerre, cette infirmité ne contribue pas à l'embellir. Groupés derrière lui, les épaules nues en signe de respect, des soldats portaient ses armes; deux adolescents réventaient de chasse-mouches en queue de cheval, tandis qu'un jeune garçon accroupi à ses pieds lui servait de tabouret.

Le toit conique sous lequel nous nous trouvions était soutenu par des troncs de palmiers, et le sol recouvert d'une épaisse jonchée d'herbes fraîches et odorantes. Sans interprète et ne sachant d'arabe que quelques mots usuels, la conversation fut bien languissante, et nous dûmes recourir à ce langage des gestes et des yeux, que la nécessité rend éloquent. Au bout de quelques instants, de jeunes esclaves déposèrent à terre des cruches d'hydromel.

Toute visite en Ethiopie est accompagnée de libations. On servit à chacun de nous une carafe en verre de fabrication européenne , nommée en abyssinien hreuili , et pouvant contenir près d'un

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litre. Le serviteur, en remettant le breulli d'hydromel, s'incline et tend le creux de la main, où il est d'usage de verser quelques gouttes du breuvage qu'il porte à sa bouche pour prouver qu'il n'est pas empoisonné. J'avais été prévenu que cette cérémonie devait se renouveler trois fois de suite; il était deux heures, nous étions encore à jeun , et peutêtre eût-il été dangereux d'absorber trois litres d'hydromel , liqueur fermentée et très-alcoolique. Heureusement l'Abyssinien, généralement sobre, a prévu le cas, et il est reçu que le maître, après s'être désaltéré , passe le reste de son breulli aux serviteurs, qui tendent les deux mains en s'inclinant ; car en Ethiopie, où tout est soumis aux lois d'une étiquette qui remonte à la plus haute antiquité , il serait malséant au serviteur qui reçoit quelque chose de son maître de ne pas prendre l'humble posture d'un pauvre qui supplie, et souvent , surtout s'il est esclave , il baise la main de son maître en signe de gratitude. Après une courte visite, nous nous retirâmes sur un petit mamelon, dont les huttes avaient été mises à notre disposition.

La petite armée soumise aux ordres de Raz Bariaou , composée exclusivement de Tigréens, pouvait être forte de sept à huit cents hommes. Elle était venue sur les hauts plateaux de l'Hamacen pour y trouver des vivres et percevoir le tribut.

M. de Sarzec avait l'intention de s'arrêter un cer-

LES HAUTS PLATEAUX DE L'HAMACEX. Gl

(ain temps au camp du Raz, et, cette localité ne me paraissant pas intéressante, je me décidai à prendre les devants. Je n'étais pas fâché non plus de m'or- <]aniser d'une façon indépendante et de cheminer à ma giiise, pour me livrer plus facilement aux recherches zoologiques qui étaient le but de mon voyage. Je le prévins de mon désir, et nous nous donnâmes rendez-vous à Adoua.

J'allai faire mes adieux à Raz Bariaou, et, après avoir engagé des porteurs, je me mis en route pour Kodo-Félassi , village peu éloigné et centre d'un marché hebdomadaire, où je voulais acheter bétes de somme et provisions.

J'étais à peine en route qu'éclata un orage épouvantable ; en traversant un ruisseau grossi par les pluies, deux de mes porteurs roulèrent dans l'eau avec leur charge, si bien qu'après une heure de marche hommes et bagages arrivèrent trempés au village de Svan-Ounan, situé tout près de Kodo- Félassi. Hassein, devenu mon chef de caravane, ne voulait pas aller à ce dernier village, prétendant que ses habitants étaient décimés par la fièvre.

C'était absolument faux; mais, comme je l'ignorais alors, je m'installai à Svan-Ounan. Vu l'exiguïté de ma tente et le manque de lit de campement (j'avais eu la naïveté de laisser le mien à Massaouah pour diminuer le nombre de mes bagages), j'étais obligé de loger dans les huttes des

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indigènes. Une vieille femme, moyennant un petit cadeau, me céda sa chaumière.

Le marché de Kodo-Félassi , qui se tenait sur un vaste emplacement ombragé de quelques vieux mimosas, n'était pas moins curieux que la réception du Raz Bariaou. Au camp du prince, j'avais vu h noblesse d'épée; ici, je pouvais étudier le peuple, laboureurs et traflquants. Sur la place du marché, se trouvaient réunis tous les métiers, tous les produits du pays. A côté du tisserand, qui déployait ses chemmas blanches comme la neige, le tanneur montrait ses peaux de bœuf et ses dépouilles de fauves; là c'était le colporteur qui faisait miroiter aux yeux éblouis des femmes de petites glaces, de Tantimoine pour se noircir les sourcils, des colliers de verroterie, du fil, des aiguilles et autres bibelots européens, qu'il était allé troquer à Alassaouah contre des cuirs, de la cire et du café; plus loin c'étaient des femmes accroupies qui étalaient devant elles de petits tas de sel ou des pots de miel et de beurre, des outres pleines de farine, de café ou de dourah; puis les marchandes de corbeilles ou de vannerie; les forgerons, qui vendaient aux soldats des lances, des sabres, des couteaux; aux paysans, des houes et des instruments de labour; enfin, groupés autour d'un arbre, les maquignons et les marchands de bestiaux. Un murmure confus planait j au-dessus de tout ce monde, riche ou pauvre,

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grand ou petit, qui allait, venait, se coudoyait, se chamaillait.

Après avoir jeté mon dévolu sur quelques mules, je chargeai Hassein de les acheter, certain qu'il les obtiendrait à meilleur compte que si je me fusse mêlé du marché. Elles ne me coûtèrent en effet que 125 francs en moyenne.

La veille du jour que j'avais fixé pour mon départ de Svan-Ounan, me promenant Taprès-midi autour du village, je découvris, au pied d'un petit mamelon, un amas de pierres qui servait d'asile à tout un petit peuple d'insectes fort curieux. Je leur déclarai une guerre acharnée, et la bataille ne cessa qu'au bout de trois jours, faute de combattants. Inutile d'ajouter que je restais maître du champ. Je continuai cependant ma route à travers les hauts plateaux. Aux inconvénients d'un terrain argileux et détrempé succéda celui d'un sol couvert de cailloux tranchanii qui rendaient la marche trèspénible pour les montures et leurs cavaliers. Je n'ai jamais pu comprendre comment les Abyssiniens peuvent voyager pieds nus sur ce sol raboteux qui blesse les pieds même au travers d'épaisses chaussures.

A deux heures à peine du village d'Addi-Elguess, où je passai une nuit affreuse sur un de ces lits en maçonnerie que je dus partager avec des myriades de parasites, le plateau se relève un peu de chaque

côté, et je me trouvai subitement sur le bord d'une faille immense, qui creusait à mes pieds un abîme de plusieurs centaines de mètres. Ces roches basaltiques forment une véritable muraille en hémicycle , au pied de laquelle se déroule une vaste plaine, couverte d'une luxuriante végétation et que limitent de toutes parts, à l'horizon, de hautes montagnes s'étageant en gradins et qui perdent dans les nuages leurs pitons aigus. On dirait un cirque d'où rOlympe assistait aux convulsions de la terre.

Après cette zone des hauts plateaux , froide et humide durant les pluies, aride et brûlée pendant la saison sèche, l'œil est heureux de se reposer sur un paysage gracieux, où toutes les richesses de la nature semblent accumulées. Je me demandais comment, à moins d'être oiseaux, nous descendrions du haut de notre pid d'aigle; mais les indigènes connaissaient un sentier dissimulé par une touffe de verdure. C'était à faire trembler; large à peine de quelques pieds, pavé de pierres roulantes, barré souvent de grands blocs de rochers, ce sentier serpentait, comme suspendu au flanc de la montagne. Je jugeai prudent de mettre pied à terre; je pouvais aussi m'arrêter à ma guise pour admirer le paysage, et mille buissons fleuris qui pendaient en grappes de toutes couleurs, me promettant une ample moisson de scarabées et de papillons. Nous eûmes bien des heurts, nous fîmes bien des glis-

sades, mais nous arrivâmes quand même, sains et saufs, au pied de la montagne. C'était comme un :hangement à vue : en haut, des plateaux ondulés et uniformes, que limitent au loin des montagnes raporeuses; en bas, point d'horizon, mais un dôme de verdure. Au milieu, d'immenses blocs de syénite grise et polie par les eaux , de beaux arbres aux grandes feuilles découpées ou arrondies entrelaraient leurs branches capricieuses; de tous côtés, des buissons en fleur où des papillons aux ailes diaprées venaient plonger leur trompe longue et déliée, des oiseaux de toutes formes, de toutes couleurs, depuis Téclalant souimanga jusqu'à Taigle qui guette sa proie, silencieusement perché au sommet d'un arbre.

Je dus, à mon grand regret, traverser rapidement cette plaine pour aller au sommet d'un mamelon, loger au village de Goundet. Je laissais derrière moi le pays aux maisons enfouies dans le sol. Les villages que je rencontrerai désormais seront tons composés de huttes cylindro-coniques en branchage et en chaumage. La femme d'un chef absent nrolTrit l'hospitalité, et, séduit par le pays, aussi bien que par mon installation, relativement confortable, je me décidai à rester quelques jours à Goundet.

Dans ce pays primitif, les FranguiSj ap{3ellati(in générique qui, sans distinction de nationalité, sciî à désigner les Européens, sont tous considérés

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comme médecins. Dès le soir même de mon arrivée, je vis entrer dans ma chambre, portant humblement dans ses mains un bol de lait chaud, un homme déjà âgé qui venait me supplier d'aller visiter son fils malade.

Je ne voulus pas enlever à ce pauvre père ses illusions; je ne doutais pas qu'à défaut d'un remède efficace, Teffet moral de ma visite ne fût favorable an malade et ne rendît Tespoir à sa famille. Je m'empressai de suivre le vieillard et je pénétrai avec lui dans une misérable cabane, où une pauvre femme, belle encore, et entourée de petits enfants, prodiguait les soins les plus affectueux à un garçon d'une quinzaine d'années étendu sur une maigre peau de bœuf.

Les plaines qui entourent Goundet et qu'arrose le Mareub sont justement réputées pour leur insalubrité. Il y a trente ans environ, deux naturalistes français, Quartin-Dillon et Petit, n'écoutant que leur dévouement à la science, voulurent, malgré les conseils des indigènes, explorer les rives dangereuses de cette rivière. Ils furent promptement pris de la fièvre; on les ramena en toute hâte à Adoua; mais quand Petit revint à lui, son compagnon était enseveli déjà dans la terre étrangère, et plusieurs serviteurs indigènes s'étaient endormis avec lui du sommeil de la mort.

En menant paître dans cette plaine le petit troupeau de son père, mon jeune malade avait con-

tracté cette fièvre terrible. Sans remèdes, sans soins efficaces, il gisait mourant, depuis plusieurs mois déjà, sur sa pauvre couchette, et sa robuste constitution avait seule retardé le dênoùment fatal. Ce n'était plus qu'un squelette vivant, et il était bien tard pour tenter de le guérir. Je lui donnai néanmoins de la quinine, et j'aime à penser qu'il en éprouva quelque soulagement.

J'étais à Goundet sur une élévation, à l'abri de la maladie ; chaque jour je descendais dans cette fertile vallée, et chaque jour je découvrais de nouveaux trésors. Le père du jeune malade, soit gratitude, soit espoir d'autres médicaments, était devenu mon compagnon fidèle : armé d'un vieux fusil à mèche, il ne me quittait plus. Je lui donnai un peu de poudre et du plomb, mais il s'obstinait, peut-être pour me prouver son adresse, à charger son fusil avec des balles, et quelles halles! A défaut de métal, les Abyssiniens taillent, en baguettes cylindriques, un schiste assez analogue à l'ardoise, mais de couleur plus claire ; ils coupent ensuite cette baguette en tronçons longs comme le doigt, et voila leur projectile. Je laisse à penser s'il m'était possible de tirer quelque parti de la dépouille d'un petit oiseau coupé en deux par ce caillou, et pourtant les oiseaux de toutes couleurs abondaient au milieu des arbres. C'étaient des merles métalliques aux ailes jaunes, des souimangas, les colibris

de l'Afrique au plumage chatoyant, des passereaux jaunes, noirs et rouge amaranth; des veuves à la tunique de velours noir avec un collier rouge ou la dominicaine grise et blanche, avec le bec et les pattes roses, et dont la queue longue et flexible ondule gracieusement.

L'odeur do cadavres putréflés me fit un jour découvrir, au milieu d'un fourré, deux animaux étendus l'un à côté de l'autre. Les chacals avaient déjà entamé leurs dépouilles et même brisé les crânes, ce que je regrettai vivement, car l'un de ces deux mammifères appartenait à une curieuse espèce d'édenté (orycteropus Capensis)] l'autre était une hyène. Evidemment un combat acharné avait eu lieu entre ces deux bètes, sans autres témoins que les étoiles; les branchages froissés et l'herbe foulée ne me laissaient aucun doute à cet égard. Il eût été curieux d'assister incognito à cette lutte entre deux animaux si différents. L'hyène a une mâchoire assez robuste pour briser la cuisse d'un homme; l'orycteropus n'a pas de dents, il est en outre plus petit et surtout plus bas sur ses pattes; mais c'est un animal qui vit dans les terriers, et la nature lui a donné des pattes robustes et fouisseuses, qui sont munies d'ongles formidables, épais et tranchants ; je voyais sur le corps de l'hyène la (race des prodigieux coups de patte que lui avait assénés l'édenté, et malgré cela je ne pou-

vais comprendre comment il avait réussi à lutter contre la terrible mâchoire de son adversaire. Quoi qu'il en soit, nul des deux cliampions n'avait remporté la victoire; ils étaient là tous les deux morts l'un à côté de l'autre.

Du mamelon où est situé Goundet, je voyais au sud se dérouler la plaine du Mareub, à travers laquelle une large bande sinueuse d'une végétation plus dense et plus élevée indiquait le cours de la rivière; à l'horizon se dressaient les montagnes d'Adoua, distantes de deux jours de marche et terminées par des pics si aigus et si acérés, qu'on eût dit la mâchoire d'un crocodile avec des dents irrég' lières.

Au moment de quitter Goundet, j'offris à mon h(jtesse quelques bibelots d'Europe; mais j'avais, paraît-il, affaire à une femme auteur : elle me demanda du papier. C'était une digne matrone , encore belle eï att: ayante, si le beurre dont elle s'inondait la lite n'eût ruisselé de toutes parts sur sa chemise et sa chemma.

J'ai particulièrement regretté de ne pouvoir faire le porlrait d'i:ne de ses filles, délicieusement jolie, toute jeune e :core et mère déjà d'un gros poupon qui errait tout nu dans la maison.

Il me fdllut marclier dix heures pour traverser la j^Iaine du Alareub. La rivière n'était plus alors un torrent comme à Atsénaï : à peine plus profonde ,

elle formait une nappe d'eau de plus de cinquante mètres de large et murmurait doucement sur un lit de galets, bordée d'une végétation étonnante, dont on appréciait d'autant mieux l'ombre épaisse qu'il faisait une chaleur écrasante. Cette rivière, avec tous les trésors qu'elle me promettait, m'attirait comme une sirène : je me rappelai la fin terrible de Quartin- Dillon, et je continuai mon chemin; aucun de mes domestiques, du reste, n'eût voulu consentir à coucher dans cette plaine.

Le lendemain, après six heures de marche à travers la montagne, j'étais rendu à Adoua, première étape de mon voyage.

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