CHAPITRE Uî
AD ou A.
La ville d'Adoua. — Le marché. — Pourquoi j'y rais à mule.
— Réflexions commerciales. — L'art culinaire enAbyssinie.
— De charmantes ambassadrices. — Danses dans ma cour.
— Un délicieux ravin. — Vn peu d'histoire naturelle : un habile architecte. — A l'affût. — Comment je force la porte du gouverneur. — Un magistrat de mauvaise mine. — La fête du Mascal. — Réjouissances nocturnes. — Conseils intéressés. — Un oui peu compromettant. — Quelques mots d'entomolocjie. — L'insecte-canon.
Hassein était déjà venu plusieurs fois à Adoiia et y avait laissé quelques amis. Je Fenvoyai en avant pour me chercher un gîte. Devant moi s'étendait un plateau ondulé, limité de tous cotés par des montagnes assez élevées; Tune d'elles attirait surtout mes regards : on eût dit une immense borne milliaire, que le choc d'un lourd chariot eût légèrement inclinée. La ville d'Adoua m'apparaissait comme un amas de taupinières, pressées les unes contre les autres.
Il n'y a point d'hôtels en Abyssinie, et, désirant m'arrêter un certain temps dans la capitale du Ti-
■72 ABYSSIXIE.
oré, il me fallait songer à une inslallation un tant soit peu confortable. Hassein obtint d'un habitant qu'il me cédât sa maison moyennant une faible rétribution ; c'était, il est vrai, plutôt une cave qu'une habitation humaine ; mais j'avais déjà appris à n'être pas difficile. Tout d'abord, je reçus la visite de quelques ouvriers européens qui, séduits par des récits trompeurs, s'étaient imaginé que les piastres et les sequins poussaient spontanément en Abyssinie, et étaient venus pour y chercher fortune; mais ils n'y ont trouvé que des ennuis, et, après avoir absorbé les économies qu'ils avaient consacrées à ce voyage, ils ont dû retourner misérablement en Egypte. Un seul Européen, que je sache, est arrivé, non pas à faire une fortune, mais à se créer, par son trax^ail, une position honorable en Abyssinie; c'est un Piémontais, nommé Naretti. Nature douce et affable, se tenant prudemment à l'écart de toute question politique ou religieuse, il a réussi, par la rectitude de son esprit, la loyauté de sa conduite et son urbanité envers tout le monde, à conquérir l'estime et le respect des Abyssiniens. Entraîné en Abyssinie par l'appât d'une entreprise qui eut un piteux résultat, il ne perdit pas courage : c'était un menuisier, il se fît architecte, et le roi le chargea de construire à Adoua une église, qui fera l'admiration des indigènes. Ses rapports avec le Négouss donneront une idée des mœurs patriarcales de ce pays : point
Adou.v
du Tigré.