Apus melba
2 Merops rninula.
3 Colius-passer flaviscapulatus.
* Colius-passer torquatus
^ Loiia jgnicolor.
6 Scopus umbretta.
04 ABYSSIME.
l'air était pur, la nuit splendide, et le silence n'était troublé que par ]e cri des hyènes, qui se répondaient de tous côtés. En Abyssinie, comme dans tous les pays où rit ce carnassier, il est considéré comme un animal immonde.
Son mugissement assez sonore n'a rien de la majesté de la voix du lion, ni de la farouche âpreté du jappement rauque du léopard ; c'est un hululement plaintif et prolongé sur un ton mineur, qui va crescendo pour s'évanouir en une finale discordante.
L'hyène qui habite FAbyssinie est l'hyène tachetée qui se retrouve aussi au cap de Bonne -Espérance, tandis que celle de l'Algérie et même du Sénégal est l'hyène rayée. L'hyène tachetée est plus grande, le train de derrière est proportionnellement plus élevé, et son pelage, ainsi que son nom l'indique, est semé de taches, au lieu d'être zébré comme celui de la hyène d'Algérie.
Sitôt que la nuit a étendu son voile, l'hyène sort de sa Manière et se met en quête de quelque cadavre. Elle n'atiaquera jamais l'homme, à moins qu'il ne soit endormi. J'ai vu un jeune pâtre qui, surpris dans son sommeil, avait eu l'oreille dévorée par une hyène ; mais réveillé en sursaut par la douleur, il fit un mouvement, et le fauve s'enfuit épouvanté.
J'avais disposé autour de moi, à une vingtaine de pas, des entrailles de mouton, espérant que cet appât allécherait les hyènes. J'avais entendu dire, et
AD ou A. Pô
je croyais moi-même, que Ibyène avait Fodoralpeu développé. Chacun racontait à plaisir en Algérie, où, dans la région des hauts plateaux, les hyènes sont très-abondantes, que cet animal, privé d'odorat, en était réduit, pour découvrir sa proie, à suivre les bandes de chacals, qui chassaient ainsi pour lui, de gré ou de force, car, ajoutait-on, lorsque le chacal a découvert un cadavre quelconque, Thyène, qui est là sur ses talons, sait bien, grâce à sa taille et à sa force, s'attribuer la part du lion. Contes que tout cela ; l'hyène a l'odorat Irès-développé, comme on va le voir. Les mugissements que j'entendais de tous côtés se rapprochaient, comme un cercle qui se rétrécit ; enfin, je vis se profiler à l'horizon la silhouette d'un grand quadrupède. Je retenais mon souffle, l'hyène se dirigeait vers moi; déjà j'épaulais ma carabine, j'aurais vendu sa peau comme les chasseurs de la fable ; mais elle avait à peine fait vingt pas qu'elle s'arrêta court, poussa un long hululement, et s'enfuit à toutes jambes. J'étais éventé, bien que parfaitement dissimulé dans une broussaille et à une distance d'environ deux cents mètres. La même scène se renouvela plusieurs fois dans la même nuit; aucune hyène ne se hasarda à portée.
Enfin, de guerre lasse, pour ne pas revenir bredouille, j'assassinai un beau chacal, qui venait se désaltérer dans l'xAssam.
0) AUVSSl.ME.
On peut penser si je coulais des jours heureux à Adoua; mes collections s'augmentaient à vue d'œil, et ma chaumière était devenue un véritable musée, où pendaient, en séchant, des animaux de toutes sortes. J'eus cependant quelques anicroches.
Un jour, en rentrant d'excursion, je trouvai le domestique chargé de mener paître mes mules la figure toute bouleversée, et, après bien des explications, que mon ignorance de l'éthiopien rendait difficiles, je compris que mes mules avaient été séquestrées. Déjà le représentant du Raz Bariaou, un subalterne de vingtième degré, était venu me tourmenter pour obtenir quelques piastres à titre de tribut. Il avait toujours été reçu et reconduit à la porte avec tous les honneurs dus à un garnement de son espèce, et plus d'une fois je l'avais déjà menacé de lui appliquer au bas des reins la semelle de mes souliers ferrés ; mais il ne s'était pas tenu pour battu, et, par menaces ou tout autre procédé aussi honnête, il s'était emparé de mes mules et les avait mises en fourrière, ne voulant les lâcher que contre une grosse indemnité.
Par qui me faire rendre justice? c'était assez épineux; les autorités du pays me semblaient autant de complices. Le chef suprême était loin, et ses représentants, valetaille affamée et avide de quelque gros bacchich, n'étaient qu'une bande de coquins. Heureusement, un personnage dont j'au-
ADOUA. 97
rai plusieurs fois encore Toccasion de parler s'étail joint au fice-consul pour aller chez le roi. C'était un Abyssinien nommé Bourrou, natif delà pro rince du Oualkaït, et que pour cette raison nous appelions Oualkaït-Bourrou, ce qui servait aussi k le distinguer des innombrables Bourrons qu'on rencontre à chaque pas, tant ce nom est fréquent en Abyssinie. Alais Bourrou était un Abyssinien portant souliers, pantalon de drap d'Elbeuf, jaquette et tarbouche; le tout éculé, usé, fripé, rapiécé, lui donnait une mine de mendiant, et il en était plus fier que s'il eût porté la toge indigène du roi lui-même. Ce qui prouve bien que le beau, pour des esprits prévenus, n'est souvent qu'affaire de convention. C'est dans les Indes, à Bombay, où il avait fait un séjour assez long, que Bourrou avait adopté le costume européen, avec tous les vices de notre civilisation, évitant avec soin de s'assimiler nos qualités. Alais il avait appris l'anglais, parlait aussi un peu français, et à ces deux titres était pour moi un précieux interprète. Je l'allai trouver, et, moyennant un verre de mouch-nedif^ , il se décida très-facilement à mettre à mon service ses connaissances philologiques.
Je fus, pour cette fois, o])ligé d'aller à pied ; mais
^ Le lecteur ne sait pas, sans doute, ce que c'est que le niouch-nédif : les commerçants européens qui sont fixés à Massaouah font venir, pour la vendre à bas prix aux ind!;àMicS,
je me vengeai de celte humiliation, en m'entourant de tout mon arsenal.
Précédé des domestiques, métamorphosés eu hérauts d'armes, je me rendis, avec Bourrou, chez le Béléta Garamoussié, qui, en l'ahsence du Raz son maître, remplissait les délicates fonctions de gouverneur d'Adoua. Je ne maudissais qu'à moitié Tenlèvement de mes mules, qui me procurait l'occasion de voir de près cet important personnage.
Après avoir traversé des ruelles étroites, nous arrivâmes devant une maison aux murailles sombres et enfumées dont la porte massive , d'un seul morceau de bois, était fermée. Près de cette porte étaient rangés en factionnaires plusieurs grands gaillards, armés de pied en cap, qui semblaient en défendre l'entrée.
Ils annoncèrentï en effet, que le gouverneur était occupé et ne pouvait me recevoir. Evidemment le rusé magistrat, informé du délit, avait prévu ma visite, et n'ayant aucune bonne raison à me donner, il avait trouvé tout simple de ne pas me recevoir. J'étais, pour ma part, résolu à clore l'incident le
une sorte de drogue, pompeusement décorée du nom de cognac. Un jour qu'un Abyssinien assez cossu et parlant quelques mots d'arabe était venu à Massaouah , on lui offrit un petit verre de cette liqueur traîtresse. « Mouch-nédif » , s'écria-t-il en faisant la grimace, « il n'est pas propre d ; et depuis ce temps, cette mauvaise eau-de-vie fut baptisée du nom de mouch-nédif.
plus tôt possible et n'avais nulle envie de m'en retourner ainsi.
J'insistais pour entrer, les factionnaires s'y opposaient. Ennuyé de ce manège, je saisis des mains de mes domestiques une longue lance garnie de fer au talon, et écartant de la main, doucement mais fermement, les factionnaires, je frappai à coups redoublés dans la porte, en criant : a Frangui î Frangui ! c'est un Français. «
Le Béléta comprit sans doute au son de ma voix que je n'étais nullement disposé à faire le pied de grue à sa porte ; aussi une servante vint-elle l'entr'ouvrir discrètement. Je mis aussitôt ma lance dans Tentre-bàillement de la porte et l'ouvris tout entière. Là, nouvelle discussion : on voulait bien me laisser entrer maintenant, puisqu'il n'y avait }ilus moyen défaire autrement; mais les domestiques devaient rester dehors avec leurs armes. Il n'y avait absolument rien à craindre; le Béléta était au fond trop intelligent pour se laisser entraîner à quelque voie de fait sur ma personne. J'avais aussi mon revolver passé comme de coutume à ma ceinture, et si je tenais à faire entrer mes domestiques chez le gouverneur, c'était une simple question de dignité. Je venais réclamer la justice et non pas l'implorer. J'écartai de nouveau de la main les factionnaires, qui commençaient à devenir plus dociles, et je fis passer mes hommes devant moi. Le procès était
i!ores et déjà plus qu'à nioitié gagné. Je ne voulus pas abuser de la ricloire, et, à titre de conciliation, laissant les domestiques dans la cour intérieure, je pénétrai seul, avec Bourrou et mon interprète ordinaire Hassein, chez le gouverneur.
Il était, avec deux ou trois personnages, ses conseillers sans doute, dans une sorte de pièce obscure et malpropre, qui servait aussi d'écurie à sa mule. Il ne se leva pas pour me recevoir et ne m'offrit pas de m'asseoir ; sans plus de façon, je fis demander un siège par mon interprète, et une jeune esclave û m'apporta un billot de bois, sur lequel je m'instal- ^ lai comme dans une chaise curule. Le Bélèta me toisait des pieds à la tête d'un air stupéfié. Cette visite me donna du gouverneur la plus triste opinion. J'ai parlé tout à l'heure de l'hyène; j'en retrouvais une, plus dangereuse assurément, et tout aussi lâche et ignoble.
Garamoussié est un de ces hommes dont il est impossible de préciser l'âge ; usés parles mauvaises passions, ils ont, jeunes encore, un aspect de vieillard, et leur œil cave ne s'illumine plus que de reflets sinistres; ajoutez à cela une chevelure en désordre, des sourcils qui semblent épineux, une peau gravelée de petite vérole, et vous aurez bien la face la plus patibulaire que Ton puisse imaginer.
Bourrou, dont la bravoure ne fut jamais la vertu
(joniinante, m'cxhorlait à une prudente niodùration; mais autant en emporte lèvent. J'entrai le premier en matière :
«Pourquoi, dis-je au gouverneur, le valet du Raz, dont je suis Tami, s'est-il permis de prendre mes mules et de menacer mon domestique ? »
Garamoussié semblait visiblement embarrassé, et Boiirrou me traduisit une réponse inintelligible, dans laquelle je crus démêler cependant qu'il était d'ussge que les trafiquants, surtout les étrangers, payassent un tribut au Raz, pour passer sur ses terres.
«Mais, répondis-je, j'ai vu le Raz à Addi-AIongondi, et je n'ai pas été obligé de forcer sa porte, comme j'ai dû faire de la tienne. J'ai bu son taidje dans son breulli, et, s'il avait voulu me faire payer la douane, il me l'eùtalors demandé. Jene suis pas d'ailleurs un trafiquant; je suis venu ici pour recueillir des bètes et des plantes qui ont des vertus médicales. Je suis recommandé au Raz et au Xégouss par le consul de France , avec lequel je suis venu.
«Connais-tu ce cacJiet ? -5 Et je lui montrai mon passe-port, qui portait le cacbet du consulat \
«C'est vrai, dit le Réléta, mais tu aurais dû
* On sait qu'en Orient la signature autographe n'est pas usitée et n'a aucune râleur; 0:1 se sert toujours d'un sceau, ce qui prête à bien des malversations.
faire un cadeau au ouékil du Raz. « Et Bourrou d'appuyer cette proposition.
J'étais furieux.
« Un cadeau au valet du Raz! Oui, je lui en ferai un, s'il ose jamais se présenter devant moi, mais ce sera une distribution de coups de courbache\ et le drôle n'aura que ce qu'il mérite. Au surplus, je n'ai pas le temps de discuter avec toi : on m'a volé mes mules; veux-tu me les faire rendre?
« Mais je n'en ai pas le pouvoir, allégua Garamoussié ; le ouékil du Raz n'a pas d'ordres à recevoir de moi. « Il employait à dessein et pour rehausser à mes yeux ce domestique du Raz, le mot arabe oiiéhilj, qui signifie représentant, fondé de pouvoirs.
Cl Que fais-tu donc de l'autorité que te confère ton titre de Béléta? n'es-tu qu'un gouverneur de paille, qui tremble devant un valet, ou plutôt n'estu que son complice? Assez parlé du reste : je suis ici chez toi, et je te déclare que je vais y rester jusqu'à ce que mes mules m'aient été rendues. L'heure du dîner approche, et tu seras obligé de me faire servir, moi et mes gens. »
Le gouverneur ne savait plus du tout où il en était. Il s'était attendu sans doute à une discussion orageuse, à des menaces, à de la violence peut-être,
* La courbache est une longue et flexible cravache en peau d'hippopotame, qui, vigoureusement maniée, devient pres(jue une arme.