I. Relation.., -p
ACADÉMICIENS d'aUTRBFOIS.
i8 ACADÉMICIENS D'AUTREFOIS.
Romain entré, semble-t-il, en 1648; il n'y avait donc en somme que dix ou onze membres de plus en i663 qu'en 1648, et ceux de 1648 commençaient à vieillir. Les artistes ne se sentaient pas attirés par cette Compagnie un peu hautaine, qui les protégeait insuffisamment et où la concorde ne régnait pas toujours : c'était la mort par consomption.
Les premiers académiciens, qui sans doute ne comprirent pas exactement la situation, firent cependant preuve d'une réelle activité. Il est touchant de les voir, dès le mois de février 1648, acheter la bourse de velours bleu où l'on versera les cotisations, le papier des registres, « la toile du portrait de M. de Charmois' », et les plâtres d'après l'antique destinés à former le goût et la main des élèves. Leur zèle est récompensé en mars par l'adhésion des trois frères Le Nain, du sculpteur Gilles Guérin, du paysagiste Le Bicheur qui devait plus tard supplanter Bosse comme professeur de perspective, et enfin de Baptiste le Romain. Mais du 7 mars 1648 au 4 août i65i, pas une admission! Et quels jours difficiles on connut! Il fallait payer le logement, le mobilier, le modèle; les académiciens les plus enthousiastes au début hésitaient au bout de quelques mois à assister aux séances parce que les membres présents étaient régulièrement mis à contribution; d'autre part, « le grand nombre des étudiants qui au commencement étaient accourus en foule, comme Ton fait toujours aux choses nouvelles, diminuait de telle sorte qu'il y fallait suppléer par le moyen de la bourse... Les Maîtres, continue l'auteur de la Relation qui mérite ici toute confiance, s'imaginèrent trouver en cela le moyen de renverser l'Académie », et, avec le concours de Simon Vouet, « entreprirent de former aussi une école académique pour l'exercice du modèle... Pour attirer à eux les étudiants de l'autre parti, ils ne leur faisaient payer par semaine que la moitié du prix ordinaire, et encore pour les engager plus fortement, ils y proposèrent des prix d'honneur. » Et Testelin avoue en fin de compte, « qu'il demeura un très
I. Procès-verbaux.., t. I, p. 13-14. — L'auteur de la Relation ne parle pas du portrait de M. de Charmois qui fut cependant donné et peint par Bourdon. C'est sans doute parce que Le Brun ne tarda pas à se brouiller avec M. de Charmois et à le chasser en quelque sorte de l'Académie.
LES PREMIERS ACADEMICIENS. 19
petit nombre d'étudiants à l'Académie royale' ». Ainsi découragement des académiciens condamnés à débourser sans cesse, éloignement des candidats possibles, désertion des élèves, telle était la situation à la fin de 1648.
Lorsqu'en i65i on tomba d'accord avec les Maîtres pour unir Académie et corporation, ce fut pour tous un soulagement, et en un mois la Compagnie savante vit venir à elle trois jurés, peintres d'histoire, Poerson, Baugin et Claude Vignon, ce qui prouve tout au moins que la corporation, elle aussi, comptait de véritables artistes; un peintre de portraits, Charles Beaubrun, qui sans doute lui appartenait de cœur depuis longtemps, et le bon sculpteur Philippe de Buyster. Les statuts de 1648 furent en i652 enregistrés par le Parlement, et du coup le droit de l'Académie à l'existence se trouva reconnu. Elle put se croire sauvée. Hélas! l'union ne dura pas, et entre i65i et 1657, elle trouva tout juste le moyen de recevoir comme membres Abraham Bosse et Quatroux qui, depuis 1648, enseignaient chez elle la perspective et l'anatomie, le peintre de paysages Herman van Swanevelt ou Herman d'Iilie et le peintre de fleurs Pierre-Antoine Le Moyne. C'était peu : pourtant, croyant avoir fait fausse route, on s'était, en ^655, séparé de l'odieuse Maîtrise et on avait rédigé de nou- Ireaux statuts.
A quoi bon ? Ces statuts ne faisaient que commenter ou recifier sur des points de détail ceux de 1648. L'esprit académilue n'avait pas changé; on ne faisait pas appel aux artistes de l^ace et de tradition populaires ; on n'avait pas obtenu en lace de la corporation un arrêt net et définitif d'indépendance, luoique les lettres patentes du roi datées de janvier i655 et înregistrées au Parlement le 23 juin de la même année, exceptassent « de toutes lettres de maîtrise » les arts de peinture et de sculpture. L'agrégation à l'Académie continuait à comporter pour de jeunes artistes plus de risques que d'avantages et par conséquent à être peu recherchée.
Toutefois, en i656, la Compagnie est logée au Louvre, elle [réorganise son enseignement, reprend l'exercice du modèle, et