I. Relation.., p
io ACADÉMICIENS D'AUTREFOIS.
cet effort est récompensé par l'arrivée de quatre nouveaux aspirants, dont trois sculpteurs de premier ordre qui seront reçus en i65j, Girardon, Regnaudin, Gaspard de Marsy, et le peintre de portraits Lemaire. Puis, pendant deux ans, abstention des candidats. En i65g, on admet le peintre d'histoire Antoine Paillet et le Toulousain Hilaire Pader' qui regagne immédiatement sa province; en 1660, deux autres peintres d'histoire peu connus, Pierre Rabon et Michelin, ainsi que le peintre de fleurs et d oiseaux Michel Lanse^. En 1661, entrent deux sculpteurs dont l'un, Simon Jaillot, devait faire passer de bien mauvaises heures à la Compagnie'; en 1662, deux peintres, dont un géomètre, et enfin, le 6 janvier i663, Jacques Van Loo et Lefebvre de Venise qui devait être exclu trois ans plus tard. Voilà où on en était quinze ans après la fondation. A ce moment. Le Brun ayant compris que l'Académie mourait de son splendide isolement tout autant que du peu de confiance qu'elle inspirait aux jeunes, résolut de la sauver non pas, comme on le croit généralement, en préparant de nouveaux statuts, mais en obtenant, le 8 février i663, un arrêt du Conseil d'État dont on n'a pas suffisamment marqué l'importance. Jusqu'à cette date, peintres et sculpteurs pouvaient ou bien se soumettre aux règlements souvent vexatoires de la Maîtrise, ou bien obtenir un brevet de peintre ou sculpteur du roi ou de la reine qui l'en affranchissaient, particulièrement s'ils étaient logés dans des lieux échappant à la juridiction commune, ou enfin obtenir l'agrégation à l'Académie dont la Maîtrise n'osait guère inquiéter les membres depuis que le Parlement avait reconnu leurs droits et fait la paix avec le roi, depuis surtout qu'il ne semblait pas disposé à résister à Colbert, protecteur déclaré, sinon encore attitré, de la Compagnie. Impossible d'exercer la profession d'artiste sans choisir l'un de ces trois états, et, comme la Maîtrise était en horreur à un grand nombre
j. Ph. de Chennevières a consacré le tome IV tout entier des Peintres provinciaux à Hilaire Pader.
2. Voici la notice consacrée à cet artiste par Dubois de Saint-Gelais : « Michel Lanse était de Rouen. Il était bon paysagiste et faisait fort bien des fleurs et des animaux. Il était protestant et mourut le 19 de novembre 1661, âgé de quarantehuit ans. «
3. Voir le chapitre IV, Les gros mots de Simon Jaillot, sculpteur en crucifix d'ivoire^
de peintres qui tous ne s'adonnaient pas à la fable et à l'histoire, mais au simple et délicat ornement des riches demeures, l'Académie était à peu près sûre de se les attacher si elle les contraignait à choisir entre la Maîtrise et elle.
Pour y parvenir, elle présenta donc à Louis XIV une requête rappelant les faveurs royales dont ses efforts pour épurer l'art et distribuer l'enseignement l'avaient rendue digne, signalant « diverses personnes desquelles le mérite pourrait les faire recevoir dans son corps » et qui pourtant « s'en tiennent séparées, ou pour s'exempter de la peine des exercices publics que les recteurs et professeurs de ladite Académie sont obligés de faire, ou pour quelque autre considération d'intérêt particulier », enfin, suppliant le roi d'ordonner « que tous ceux qui se disent peintres ou sculpteurs du roi soient tenus de s'unir incessamment au corps de ladite Académie... », et aussi que les anciens brevets soient révoqués si les titulaires n'entrent pas dans la Compagnie, avec, pour les jurés, « permission de continuer leurs poursuites contre eux' ».
Cette requête fut favorablement accueillie par le roi sur le rapport de Colbert, et signification par huissier fut faite aux intéressés de l'arrêt du Conseil d'État par lequel Sa Majesté défendait « à tous les sculpteurs qui ne sont de ladite Académie de prendre ladite qualité de peintres et sculpteurs de Sa Majesté », leur commandant « de s'unir et incorporer incessamment au corps de l'Académie » , sous peine d'être exposés aux poursuites des jurés.
Que cette injonction n'ait pas troublé des artistes comme Mignard et quelques autres, protégés par les Maîtres tout exprès pour faire pièce à l'Académie, voilà qui n'a rien de surprenant. Mais la grande majorité des peintres et sculpteurs brevetés prit peur : on connaissait le tempérament de Le Brun, alors en pleine faveur, et l'humeur de Colbert ; on savait que l'Académie était disposée à se montrer accueillante aux représentants habiles des genres pour ainsi dire subalternes; on escomptait le bénéfice de ce titre d'académiste ou d'académicien; on entrevoyait enfin le groupement de tous les talents dans un