‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 12 sur 105 · I. Vitet, V Académie royale de peinture.., p · texte numérisé non relu

I. Vitet, V Académie royale de peinture.., p

aa ACADÉMICIENS D'AUTREFOIS.

syndicat d'élite qui s'opposerait aux efforts de la Maîtrise, lui ravirait même ses privilèges les plus enviés et la réduirait à ne plus se recruter que parmi les ouvriers « mécaniques ». Aussi se produisit-il dans tout le monde des artistes un véritable revirement à l'égard de la Compagnie : puisque le roi forçait ses peintres et sculpteurs à entrer dans la Compagnie, la Compagnie allait devenir la chose de tous, du moins de tous ceux qui avaient du talent dans le genre particulier auquel ils s'adonnaient.

De là des adhésions en masse : en février i663, il n'y avait pas quarante artistes à l'Académie ; dans l'espace de sept mois, elle agrée, en attendant la réception définitive, cinquante-deux candidats. Cette fois elle est sauvée. Il ne reste plus qu'à lui donner de nouveaux statuts qui accentuent encore son caractère accueillant : en 1664, six places de conseillers sont réservés, par ces nouveaux statuts, aux « personnes très connaissantes des choses concernant l'art et l'intelligence des affaires de l'Académie' », et, en 1679, '^ ^^^ arrêté que cette « qualité de conseiller sera affectée particulièrement aux personnes de l'Académie qui excelleront en des talents particuliers* », ces talents particuliers comportant tout ce qui n'est pas la peinture d'histoire, sans la connaissance de laquelle on ne peut devenir professeur.

Ainsi se marquait nettement l'orientation définitive de la Compagnie : les grands genres, inaccessibles au vulgaire, permettaient seuls l'accès aux plus hautes charges; mais on tenait à honorer ceux qui excellaient dans les talents particuliers, et on réalisait ainsi cette union complète de tous les bons artistes qui devait, pendant un siècle, faire de l'Académie l'asile commun des Coypel et des Watteau, des Boucher et des Chardin, des Restout et des La Tour, des Lemoyne et des Houdon, des Drouais et des David.

I. Article XIV, Cf. Procès-verbaux de l'Académie.., t. I, p. î53-a54.

a. Procès-verbaux de FAcadémie.., t. II, p. 149. — Au reste, dès le i3 mai 1673, Baudesson, peintre de fleurs, qui avait été reçu en 1671, avait obtenu le titre de conseiller qui, le 26 octobre 1675, devait se changer en celui de conseiller honoraire, attribué également au graveur François Tortebat, le gendre de Simon Vouet. D'autres artistes, Baudrin Yvart par exemple, avaient également été nommés conseiller» ayant 1679.

Si l'on examine la liste des agréés de l'année i663, on y trouve tout d'abord un petit nombre de sculpteurs qui travaillaient alors dans les jardins des maisons royales et en particulier de Versailles, où on orna le parc, comme suffiraient à le prouver les Comptes des Bâtiments, avant de décorer somptueusement les appartements ; ces sculpteurs sont tous, il est vrai, des artistes distingués dont la place avait, de tout temps, été marquée dans l'Académie. Les peintres d'histoire abondent, et je ne doute pas qu'ils n'aient été fortement sollicités, puisque Le Brun offrait, peut-être insidieusement, une place de recteur à Pierre Mignard'. Nous y voyons en particulier les plus anciens collaborateurs de Le Brun aux Gobelins : Baudrin Yvart, qui appartenait sans doute à la Maîtrise \ et Gilbert de Sève, qui peignait alors les grands sujets à Vincennes et à Versailles, sans parler de portraitistes comme Mathieu et Saint-André qui d'ailleurs travaillaient dans le genre historié', ou même de peintres de fleurs et d'animaux comme Baptiste Monnoyer et Du Bois dont certaines tapisseries font mieux connaître le talent que leurs propres tableaux*. Cependant, dans son entourage même, Le Brun n'obtenait peut-être pas toutes les adhésions qu'il eût désirées : Van der Meulen qu'il employait n'entra à l'Académie qu'en lôyS; encore paraît-il avoir dicté ses conditions. On citerait facilement d'autres artistes moins célèbres des Gobelins que l'arrêt du 8 février ne décida pas à poser leur candidature, au moins immédiatement. La loi, sous l'ancienne monarchie, n'avait pas ce caractère absolu que

I. On sait par la Relation (p. 61) que Le Brun fit une démarche pressante auprès de Pierre Mignard, de Du Fresnoy et de Michel Anguier. Sur le piège tendu, semble-t-il, par Le Brun à Mignard, cf. infra, chapitre II, Le despotisme de Le Brun, p. 44.

a. Baudrin Yvart semble avoir été aux Gobelins une sorte d'entrepreneur de travaux de dessins; il touche en effet, en i665, 8.481 livres 6 sols pour « son remboursement de pareille somme qu'il a avancée pour les peintures de tous les dessins de tapisseries des Gobelins », et 6.000 livres « comme à compte des ouvrages de peinture qu'il a faits pour des dessins de tapisseries des Gobelins ». La liste publiée par Vitet indique cet artiste comme étant « du corps de la Maîtrise ».

3. Pour leurs morceaux de réception, Mathieu avait donné le portrait de Monsieur et de Madame sous la figure de Minerve tenant un bouclier, et Saint-André le portrait d'Anne d'Autriche et celui de Marie-Thérèse sous les emblèmes de la Paix et de la Concorde.

4. Particulièrement la suite des Maisons royales où Monnoyer a peint les fleurs et les fruits, et les entrefenétres de la suite des Saisons peintes en partie par Ou Bois.

nous lui reconnaissons aujourd'hui, et, soit par des habiletés de procédure, soit en bénéficiant d'une insuffisante surveillance, on l'éludait assez facilement. Pour être régulièrement et continuellement appliquée, il fallait en vérité qu'elle s'imposât au consentement des intéressés, et c'est un peu pour cela que l'Académie, aristocratique au début, avait éprouvé le besoin de se recruter aussi bien parmi les habiles gens dans les genres inférieurs que parmi les pèlerins de Rome et de la Lombardie. La grande nouveauté, en i663, c'est en effet la quantité des portraitistes, paysagistes, animaliers, peintres de batailles, miniaturistes et graveurs qui entrent à l'Académie. Les peintres d'histoire osaient à peine s'avouer portraitistes et se donnaient volontiers l'air, quand ils peignaient leurs contemporains, de consentir pour leur être agréables un réel sacrifice. Cependant tous, pour se ménager de belles relations ou pour gagner quelque argent, ont exécuté des portraits, depuis Le Brun et Mignard jusqu'à Gilbert de Sève dont Dubois de Saint-Gelais nous dit qu'il en a fait beaucoup et que ce furent ses derniers ouvrages'. J'ajoute que presque toujours ils s'y sont montrés admirables, et que c'est une singulière injustice de ne pouvoir contempler une belle œuvre en ce genre sans l'attribuer immédiatement à Philippe de Champaigne, alors qu'en quelques mois nous voyons arriver à l'Académie Claude Lefebvre-, Nicolas Du Monstier', le dernier de la dynastie, Mathieu, dont la réputation fut grande et méritée en France et en Angleterre*, Saint-

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