Ms. 5i de la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts
2. Dubois de Saint-Gelais (Ms. 56) nous donne bien peu de détails sur lui : « Il avait été marié deux fois et ne laissa d'enfants que de sa première femme entre lesquels deux ont suivi sa profession : Raphaël, mort chez M. Le Brun à vingt-huit ans, qui promettait beaucoup et Nicolas, peintre de portraits... »
3. Je ne connais pas d'œuvres de Nicolas Du Monstier qui avait donné pour morceau de réception le portrait d'Errard égaré, semble-t-il, dès le xvin" siècle. Dubois de Saint-Gelais rapporte seulement (Ms. 32) : « Nicolas Du Monstier était de Paris et s'était particulièrement attaché au portrait. 11 mourut à cinquante-deux ans en 1667. » La liste de Vitet indique qu'il peignit en pastel; on aime à croire qu'il représenta à l'Académie l'ancienne tradition des portraitistes français.
4. Voici la notice de Dubois de Saint-Gelais (Ms. 54) : a Antoine Mathieu, Anglais, faisait le portrait. 11 fut reçu à l'Académie en i663 sur celui de Monsieur tenu par Madame, sa première femme. Il a beaucoup travaillé aux Gobelins pour les ouvrages du roi. Etant retourné à Londres, sa patrie, il y mourut en lôyS, le 16 juillet, âgé de quarante-deux ans. Il a fait pour le roi, sur les dessins et la conduite de M. Le Brun, l'entrevue des deux rois. »
LES PREMIERS ACADEMICIENS. 25
André', Barthélémy % Martin Lambert, dont le portrait des Beaubrun nous révèle le talent et qui cependant faillit échouer à l'Académie*, Nicolas Hallier* qui copia le portrait de Louis Testelin fait par Le Brun lui-même, et Daret de Cazeneuve dont Dubois de Saint-Gelais nous dit seulement que « peintre et graveur, il fit imprimer une vie de Raphaël en i65o ». Et pourquoi ne pas comprendre dans cette liste Noël Quillerier, considéré d'ordinaire comme peintre d'histoire, mais que le même auteur nous représente comme s'étant « attaché particulièrement au portrait^ » ? C'était donc vers l'Académie une poussée d'artistes de goût nettement français qui se produisait : sans doute ces bons portraitistes devaient être des admirateurs du grand style, mais ils pratiquaient par métier l'observation directe de la nature, tournaient sans même s'en douter le dos à Le Brun, et ménageaient à l'art national ainsi qu'à l'Académie ce retour vers les saines traditions qui permit au xviii" siècle de produire les Chardin et les La Tour.
Non moins précieux étaient pour la Compagnie les peintres de paysages et de perspectives, de batailles, de fleurs, d'animaux, de miniatures, ou même les graveurs, qui, plus encore que les portraitistes, se rapprochaient des artisans auxquels princes, seigneurs et riches bourgeois confiaient volon-
1. Dubois de Saint-Gelais (Ms. 56) écrit : « Simon Renard de Saint-André, né à Paris en 1614, était élève de Louis Beaubrun, oncle de MM. Beaubrun. Il s'attacha au portrait et y réussit. Il fit pour l'Académie, où il fut reçu le 26 mai i663, un tableau représentant les deux reines sous l'emblème de la Paix et de la Concorde. Le portrait de Louis-le-Grand en habits royaux qu'on voit à l'Académie française est de lui. Il a fait aussi plusieurs dessins pour les tapisseries des Gobelins. Il mourut le i3 septembre 1677, âgé de soixante-trois ans. »
2. Dubois de Saint-Gelais (Ms. 55) écrit : « Antoine Barthélémy, peintre de portraits, était de Fontainebleau. Une copie du portrait de M. du Guernier peint par M. Bourdon fit partie de l'ouvrage sur lequel il fut reçu académicien en i663. Il mourut à trente-six ans en 1669. »
3. Martin Lambert, dès i663, s'était laissé aller en pleine Académie à des paroles inciviles; ce fut sur les instances des Beaubrun qu'il fut définitivement reçu le 7 décembre 1675.
4. Nicolas Hallier ne fut reçu définitivement que le i"août 1671, après avoir,comme Martin Lambert, contrevenu aux règlements de l'Académie, mais peut-être sans incivilité.
5. Voici la notice entière (ms. 55) : « Noël Quillerier d'Orléans s'était attaché particulièrement au portrait. Il fut reçu en i663 académicien sur un tableau représentant saint Paul qui élève les yeux au ciel comme pour être éclairé des lumières divines en écrivant ses épîtres qu'il paraît tenir. Il a été conseiller et est mort en i66g, le I" avril, âgé de soixante-quinze ans. »
tiers la décoration de leurs demeures. Bien avant d'appartenir à FAcadémie, François-Maria Borzoni travaillait pour les maisons royales où il peignait des paysages, fournissait des ouvrages de menuiserie, nettoyait et raccommodait les tableaux, faisait venir du marbre de Gênes '. « Il excellait, dit Dubois de Saint-Gelais, pour les paysages et les marines. » Ses figures étaient belles, « dans le goût de Benedetto de Castiglione et ses paysages dans le goût de Salvator Rosa ^ ». Curieux mélange de commerçant et d'artiste! Moins Italien de pratique, sinon d'esprit, était sans doute Georges Charmeton dont le même auteur nous a laissé la courte biographie suivante : « Georges Charmeton, peintre d'architecture, était de Lyon et fut élève du célèbre Stella. Comme il entendait fort bien la perspective, il réussissait particulièrement les plafonds. Il fut reçu académicien en i663 et donna un tableau qui représente un salon antique où l'on voit Apollon au milieu des Muses auxquelles il associe la Peinture. M. Charmeton mourut le i8 septembre 1674, âgé de cinquantecinq ans '. » Si l'on trouve que Borzoni et Charmeton avaient plus de titres à faire partie de l'Académie que de la corporation, on pensera sans doute que Benoît-Antoine Du Bois, de qui nous ne savons rien % continua sans doute tout simple-
I. Cf. Comptes des Bâtiments du roi, t. I, col. 14, igS, 384.
a. Ms. 56 de la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts. D'après cette notice, l'artiste était fils et élève de Lucien Borzoni qui, « entre ses divers talents dans cet art (la peinture), possédait celui de faire des portraits ressemblants, assez petits pour être mis en bague ». Il avait deux frères, et, à eux trois, ils « semblaient avoir partagé les principaux genres de la peinture : Jean-Baptiste qui était l'aîné peignait l'histoire, Charles faisait le portrait... »; Francesco « se présenta le 28 d'avril i663 à l'Académie qui, par considération pour sa capacité, le reçut dans la même séance sans l'assujettir aux capacités. M. Borzoni retourna dans sa patrie quelque temps avant sa mort qui arriva le 6 juin 1679, étant âgé de cinquante-quatre ans ».
3. Ms. 56 de la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts. — Les Comptes des Bâtiments nous apprennent que Charmeton ne fut guère employé par le roi que pour les fêtes et les illuminations de Versailles. Guillet de Saint-Georges, dans la biographie de Bourdon, nous dit que dans la galerie de l'hôtel de Bretonvilliers, « M. Bourdon laissa à M. Charmeton la conduite des ornements d'architecture qui est d'un ordre ionique, et employa M. Baptiste Monnoyer pour les festons de fleurs qui embellissent cette galerie ».
4. Voici la notice qu'a laissée sur lui Dubois de Saint-Gelais (ms. 53) : « Antoine- Benoît Du Bois faisait bien le paysage. En i663, il se présenta pour être de l'Académie; elle le reçut sur son mérite, et l'année suivante, il donna pour ouvrage de réception un paysage. Il mourut à Dijon sa patrie le 9 de juin 1680, âgé de soixante et un ans. » Il ne faut pas confondre Antoine Du Bois avec Jean Du Bois, petit-fils
ment la lignée des anciens artisans de talent, tout de même que Simon Laminoy, ce peintre de batailles dont nous avons peut-être à Versailles le tableau de réception, qui n'a sans doute jamais travaillé pour le roi, et sur qui Dubois de Saint- Gelais nous a laissé la simple notice suivante : « Simon Laminoy, peintre de batailles, était de Noyon. Il s'était présenté à l'Académie le 28 avril 1664; elle le reçut dans la même séance et lui ordonna pour tableau de réception le Siège de Montmédy, à quoi il satisfit l'année suivante, au mois de juillet. Il mourut le 20 de janvier i683 au château de Verrine, dans le Gâtinais, étant âgé de soixante ans '. » Et faut-il joindre à ces artistes Heinse dont le même Dubois de Saint-Gelais se contente d'écrire : « Zacharie Heinse, originaire suisse, était de Paris : tout ce qu'on sait de lui, c'est qu'il était peintre et qu'il est mort en 1669, âgé de cinquante-huit ans ^? » Ou même Gissey% ingénieur et dessinateur des plaisirs du roi? Ou encore ce Charles Duparc qui se fait agréer le 1 1 août et dont nous n'entendons plus parler, soit qu'il n'ait pas tardé à mourir, soit qu'il ait, peut-être comme Jean Forest, émigré de nouveau vers la Maîtrise " ? En tout cas, le mouvement des peintres de paysages vers l'Académie se dessine nettement en attendant qu'il se généralise.
Parmi les animaliers, nous ne rencontrons en i663 que
d'Ambroise, qui fut sans cesse employé dans les maisons royales et avait « l'entretenement des peintures » de Fontainebleau. La table des Procès-verbaux de l'Académie donne à tort à l'académicien Du Bois le prénom de Jean.
1. Ms. 53 de la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts. —Il semble que Dubois de Saint-Gelais ait puisé une bonne partie de ses documents tout simplement dans le registre du concierge Reynès que M. Fidière a publié sous le titre Etat civil des peintres et sculpteurs de l'Académie royale.