‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 14 sur 105 · Ms. 55 de la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts · texte numérisé non relu

Ms. 55 de la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts

3. Sur Henri de Gissey, cf. Anatole de Montaiglon, Henri de Gissey, Paris, 1854 (extrait du journal Le Théâtre).

4. On croit généralement que Jean Forest, reçu à l'Académie en 1674, en fut exclu comme protestant et y rentra après son abjuration. Mais en 1679, dans les Noms des peintres les plus célèbres (p. 11), nous trouvons cette note très précise : « 11 était de l'Académie; mais il en est sorti et s'est mis avec les Maîtres. » D'autre part, les procès-verbaux n'indiquent pas qu'il ait été chassé de l'Académie lors de la révocation de l'édit de Nantes et, quand il rentre, on se félicite seulement de le revoir sans faire allusion aux causes de son départ. J'incline à croire que Forest a fait une longue infidélité à l'Académie, et je serais bien étonné s'il avait été le seul à se conduire de la sorte. Loin d'inquiéter les transfuges de talent, comme l'avait espéré Le Brun, la Maîtrise devait les accueillir avec joie par haine de l'Académie.

Nicasius Bernaërt; mais, bien qu'il y eût certainement à Paris d'autres élèves que lui du fameux Snyders, c'est le premier qui se décide à demander son admission, et le fait vaut d'être signalé; on peut le considérer comme une conséquence heureuse de l'arrêt du 8 février.

Enfin les peintres de fleurs et les miniaturistes se présentent à leur tour, sans trop d'appréhensions. Or les peintres de fleurs du xvif siècle, que nous avons le tort de mal connaître et de mal apprécier, sont les véritables représentants du vieil art français ; ils ne semblent guère avoir subi l'influence du goût italien, garantis qu'ils en ont été par l'humilité de leurs travaux. Tout au plus essaient-ils de présenter avec quelque noble élégance à laquelle ne manquent ni la souplesse ni la fraîcheur de la chose vivante, les fleurs les plus simples de nos jardins. Les couleurs des tableaux ont passé; mais les estampes ont gardé leur grâce première et comme leur premier parfum, et nous pouvons, dans le Lipre de toutes sortes de fleurs ou dans le Livre de plusieurs va{e (sic) de fleurs Jaictes d'après le naturel, admirer les œillets à longs pétales habilement et naturellement chiffonnés, aux tiges un peu raides ou apprêtées, mais où la préoccupation du naturel apparaît'. Et ces bouquets joliment composés mériteraient d'être étudiés de bien des peintres contemporains, quoique les feuillages se ressentent peut-être un peu trop des interprétations de l'antique, quoique les fleurs se présentent souvent lourdes, le cœur apparent et parfois énorme. En somme Baptiste, le fameux Baptiste, n'était que le continuateur moins sec des Rabel et des Basseporte, dont le coloris nous charme encore aujourd'hui parce qu'il n'a pas souffert des injures de l'air, mais ne surpassait peut-être pas en délicatesse de tons et en fraîcheur celui de Monnoyer qu'on admirait tant à la cour du grand roi ^ Aussi l'Académie

1 . Le Livre de toutes sortes de fleurs, gravé par Vauquer {sic) , se vendait « chez l'auteur, rue Saint-Honoré, au Manteau d'or ». Le Livre de plusieurs vai^e de fleurs, dédié à Le Brun, se vendait « chez N. P. Poilly, rue Saint-Jacques, à la Belle image ».

2. Le Cabinet des Estampes possède le recueil de fleurs peintes par Marguerite de Basseporte pour le Dauphin et deux précieux volumes de Rabel : la Notice d'un recueil de cent planches de fleurs et d'insectes peints sur velin en miniature par Daniel Rabel en 1624 et le Recueil de fleurs peintes en miniature sur velin par Daniel Rabel en 1624.

fit-elle sagement d'ouvrir ses portes non seulement à Baptiste % mais à Catherine Duchemin qui avait épousé Girardon ^, et à Denys Parmantier qui vécut aussi ignoré que le plus pauvre des maîtres'.

Elle ne fut pas moins bien inspirée en accueillant ceux qui, en miniature, exécutaient des portraits ou des fleurs, comme Paupelier, non moins obscur que Parmantier, Pierre du Guernier, frère cadet de Louis, sur lequel nous manquons de renseignements, et Jacques Bailly originaire du Berry, dont Dubois de Saint-Gelais nous dit qu' « il gravait fort bien à Teau-forte et avait un secret particulier pour peindre sur les étoffes * ». Si nous remarquons qu'après avoir omis dans les premiers statuts d'offrir des places aux graveurs, l'Académie avait, dès i655, réparé cette maladresse voulue ou non % et reçu en i663 Dorigny, Rousselet, Chauveau, Huret, Van der Schuppen et Château, il nous sera permis de conclure qu'un esprit nouveau s'affirmait dans la Compagnie.

Aussi bénéficia-t-elle des sympathies les plus inattendues, et c'est une chose assez nouvelle que de voir s'agréger à une assemblée très profane un homme comme Simon François voué à la peinture par piété. « Ce n'est pas toujours, écrit Dubois de Saint-Gelais, le goût qui décide de la profession. Simon François, né à Tours en 1606, en est une preuve. Dès son bas âge porté à la dévotion, elle dirigea ses actions tout le temps de sa vie. Il se serait même fait capucin si ses parents

1. Jean-Baptiste Monnoyer, de Lille, qui travailla constamment pour le roi et surtout aux Gobelins, avait été appelé à Londres par lord Montaigu, nous dit Dubois de Saint- Gelais; il y mourut le 10 février 1699, âgé de soixante-quatre ans.

2. M. Lebrun-Dalbanne qui, en 1876, a consacré à cette artiste une brochure intitulée Le portrait de Catherine du Chemin, avoue qu'on ne peut retrouver aucune œuvre d'elle, quoiqu'elle ait été la première femme reçue à l'Académie.

3. Voici ce que Dubois de Saint-Gelais (ms. 54) savait de cet artiste : « Denys Parmantier était de Paris et peignait des fleurs et des fruits. 11 présenta en 1664 à l'Académie un tableau de ce genre pour sa réception. 11 est mort en 1672, le 2 d'août, à l'âge de soixante ans. » Il ne travailla ni aux Gobelins ni dans les châteaux royaux.

4. Ms. 53 de la Bibliothèque de l'Ecole des Beaux-Arts. — VAbecedario de Mariette donne quelques renseignements intéressants sur cet artiste qui fut le père de Nicolas Bailly, également peintre en miniature et garde des tableaux de Versailles à la suite de Paillet en 1699.

5. Je ne serais pas étonné qu'en 1648 la partie « mécanique » du métier de graveur eût fait craindre aux jeunes académiciens qu'un corps où pourraient entrer ces artistes, ne se distinguât pas suffisamment de la Maîtrise.

3o ACADEMICIENS D'AUTREFOIS.

ne s'y fussent opposés. Obligé de rester dans le monde, il cherchait une profession propre à entretenir ses pieux sentiments, lorsque le hasard lui fit voir un tableau de la Nativité de Notre-Seigneur qui le toucha au point de le déterminer pour la peinture dans l'unique vue de s'occuper à de pareils ouvrages, en sorte qu'il devint peintre par dévotion et que sa piété qui fit toute sa vocation lui tint lieu de disposition ; car, quoiqu'il eût du génie et du jugement, il n'était pas né avec le feu que demande cet art. Il se mit d'abord à copier de bons tableaux qui furent ses seuls maîtres, et fit ensuite quelques portraits. Après il alla à Rome en 1624 avec M. de Béthune, ambassadeur de France, qui était son protecteur et lui procura une pension de Louis XIII '. A son retour, en i638, il passa par Bologne et y lia amitié avec le Guide qui le peignit. Il arriva à Paris à la naissance du dauphin et fut le premier peintre qui eut l'honneur de faire son portrait. Il y réussit bien, et la cour en fut si contente qu'il avait lieu d'espérer une grande fortune. Mais, ses vues pieuses l'emportant, il se retira dans le dessein de ne s'occuper plus le reste de ses jours de la peinture que pour faire des tableaux de dévotion et l'on en voit dans plusieurs églises. M. François mourut le 22 de mai 1671, âgé de soixante-cinq ans, après avoir passé les huit dernières années de sa vie dans les cruelles souffrances de la gravelle qu'il supporta toujours avec une patience admirable; on lui trouva une pierre qui pesait une livre. Il avait été reçu de l'Académie en i663. »

Simon François, qui vivait dans le recueillement et la solitude, pouvait se passer de l'Académie; s'il alla à elle, c'est qu'elle lui apparut comme un corps respectable dont il y avait moralement profit à faire partie. Ce sentiment fut partagé alors par beaucoup d'artistes qui jusque-là étaient restés en méfiance, craignant à la fois de n'être pas jugés dignes du titre d'académicien et de subir, même en cas de succès, les vexations

I. Ms. 54 de la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts. Florent le Comte (Cabinet des singularités.., t. I, p. 120), à qui Dubois de Saint-Gelais n'a emprunté que quelques détails, d'ailleurs textuellement copiés, dit aussi que Simon François « encore fort jeune alla à Rome et eut la pension du roi qui lui fut procurée par le comte de Béthune», ce qui supposerait que Louis XUI lui-même aurait entretenu des peintres à Rome.

LES PREMIERS ACADÉMICIENS. 3i

de la Maîtrise. Est-ce à dire que la Compagnie réunit dès i663, comme elledevait le faire plus tard, la presque unanimité des hommes de talent? Non; et Félibien, après avoir donné la liste des académiciens pour Tannée 1679, nomme encore quarante-trois peintres « qui travaillent à Paris et qui ne sont pas de l'Académie » '. Il suffit de relever les noms de Claude Mellan, de Pierre Mignard, de Pérelle,dePetitot,de Henri Toutain pour s'assurer que la Compagnie avait encore des conquêtes à faire. Mais elle avait trouvé la bonne voie, et c'est vraiment à l'arrêt du 8 février i663 qu'il faut faire remonter sa restauration ou, pour mieux dire, sa seconde et définitive naissance : le cénacle alors s'élargit; on conserve le même idéal, mais on y associe des confrères jusque-là méconnus. Et ainsi s'élabore plus sûrement l'unité de style que sans doute nous aurions eue sans l'Académie, mais qui s'étend plus rapidement, plus profondément à tous les genres; le goût de l'observation tempérant l'emphase introduit alors dans l'art quelque chose de délicat, de sincère, de spirituel qui finira au xviii' siècle par dominer complètement. Il serait injuste de ne pas reconnaître dans l'Académie, telle que Le Brun l'organisa quinze ans après sa fondation, les qualités qui assurèrent son succès, et de ne signaler que ses erreurs en oubliant ses mérites.

I. Noms des peintres.., p. 77. La liste de Félibien contient des erreurs et quelquesuns des artistes qu'il cite avaient été tout au moins agréés à l'Académie; peut-être, comme Forest, étaient-ils retournés à la Maîtrise; mais comment le savoir?

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