‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 15 sur 105 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pendant la première moitié du xix'^ siècle, il était encore permis de parler du despotisme de Le Brun : les biographies d'hommes illustres publiées à cette époque formulaient toujours quelques réserves sur le caractère un peu trop autoritaire et jaloux du grand artiste. Du jour où Montaiglon eut retrouvé et publié les Mémoires pour servir à l'histoire de l'Académie royale de peinture et de sculpture^ ce fut une sorte de sacrilège de mettre en doute la grandeur d'âme, Ja mansuétude et la courtoisie de Le Brun : Jal, dans son Dictionnaire critique, M. Jouin dans son imposant ouvrage sur Charles Le Brun% lancent l'anathème contre les barbares qui n'admirent pas les vertus morales de leur héros; et le fait est que, si l'on s'en rapporte aux Mémoires publiés par Montaiglon, Le Brun ne

1. Ces Mémoires ont été publiés en i853 d'après un manuscrit donné à la Bibliothèque du roi par Hulst en 1745. Dans une communication faite le 6 juin igiS à la Société d'Histoire de l'Art français, j'ai prouvé, en les comparant au manuscrit de la Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts, que ces Mémoires avaient été rédigés par Hulst lui-même en vue d'une lecture à l'Académie; j'ai essayé d'établir qu'ils étaient purement et simplement une amplification et un rajeunissement du texte de la Relation de ce qui s'est passé en l'établissement de l'Académie, publié en i856 par Paul Lacroix dans la Revue Universelle des Arts, que cette Relation elle-même avait été composée en lyoS par Nicolas Guérin, secrétaire de l'Académie, d'après les notes laissées par Henri Testelin dans les archives de la Compagnie lorsque la révocation de redit de Nantes le contraignit à émigrer en Hollande. Quoique Félibien fût l'historiographe officiel de l'Académie, Testelin qui, chaque année, à la distribution des grands prix présidée d'ordinaire par Colbert, résumait les travaux accomplis depuis la dernière visite du ministre, n'hésitait pas à empiéter sur les fonctions de son confrère; et comme tous les documents étaient confiés à sa garde, il n'est pas étonnant qu'il ait songé à écrire l'histoire des premiers temps de l'Académie qu'il avait tant contribué à fonder.

Page 1