‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 23 sur 105 · Relation.., p · texte numérisé non relu

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3. Sans anticiper sur les faits racontés au chapitre suivant, j'ai tenu à montrer par le rapprochement des dates quel était l'état des esprits à l'Académie au moment de la querelle de Bosse.

forcer Bosse à échanger ses anciennes lettres d'académicien contre de nouvelles, conformes aux statuts de i655; il eut la chance, à ce moment où sans doute naissait sa mésintelligence avec Ratabon, que le pauvre Bosse s'en prît à Errard, et du coup il se trouva l'allié de ceux qu'il aimait le moins à l'Académie, le directeur et son peintre préféré.

11 ne vint cependant pas sans peine à bout de son adversaire, et dut se brouiller avec Bourdon, coreligionnaire du protestant Bosse. Il semble bien que l'Académie ait montré une réelle répugnance à exclure un de ses membres pour satisfaire la colère de Le Brun aussi bien que celle d' Errard et de Ratabon, et l'on comprend que l'auteur de la Relation se soit plaint du mécontentement que Le Brun reçut « à l'occasion de M. Bosse » . Toute cette querelle où on le voyait s'acharner contre un homme de talent, mais d'un caractère trop entier, ne le rendait pas sympathique, et mettait en lumière son autoritarisme inquiétant. Il finit d'ailleurs par avoir gain de cause en 1660, et fit même condamner Bosse en Conseil d'Etat deux ans après son exclusion de l'Académie .

Enfin à peine s'était-il débarrassé de Bosse et réconcilié avec Errard qu'il avait maille à partir avec Mignard. Avait-il connu chez Vouet celui qui devait être son rival, et déjà, malgré la différence qui sépare un enfant de quatorze ans d'un jeune homme de vingt et un, la rivalité avait-elle éclaté? Est-ce en Italie, où tous deux se rencontrèrent certainement, que se manifestèrent les premiers germes de discorde ? Rien ne permet de répondre à ces questions. On ignore même de façon précise quels rapports existèrent entre les deux artistes depuis le retour de Mignard à Paris en lôSg jusqu'au début de l'année i663, où Le Brun essaya d'agréger son rival à l'Académie en même temps qu'Anguier et Du Fresnoy; l'auteur de la Relation nous dit seulement qu'ils n'étaient pas « en bonne intelligence ensemble », et que Le Brun fit néanmoins une visite à son rival pour lui offrir de se démettre en sa faveur de la place de recteur, « se contentant de celle de chancelier » . Mignard et son ami semblèrent d'abord touchés du procédé. Mais Bosse intervint-il, comme se le demande le même auteur, ou crurent-ils « trouver mieux leur avantage et plus de gloire à se

tenir séparés comme compétiteurs ' »? Il suffit, je pense, de lire d'un peu près la réponse de Mignard et de Du Fresnoy pour comprendre ce qui se passa. « Monsieur, lui disentils, nous nous sommes informés de votre Académie entièrement. » Et ceci me semble très exact; mais s'étant ainsi informés, ils avaient sans doute appris que si, d'après les statuts de i655, le chancelier était inférieur aux recteurs, il allait, d'après les statuts projetés, leur devenir supérieur. Ayant flairé le piège qui leur avait été tendu, les deux artistes s'étaient retirés en froideur.

Le Brun, qui comptait dominer dans une Compagnie où il les aurait englobés, ne leur pardonna pas cette retraite, et hâta la promulgation d'une ordonnance royale obtenue quatre jours auparavant, d'après laquelle les peintres et sculpteurs du roi devaient s'unir à l'Académie ou tomber « en puissance de la poursuite des Maîtres ». Ainsi Mignard et Du Fresnoy seraient obligés de se commettre avec la vile corporation. Et en effet, pendant que l'Académie, grâce à cette ordonnance, voyait arriver de nouvelles et nombreuses recrues, Mignard et Du Fresnoy allaient à la jurande, mais pour y dresser une académie rivale qui devait jusqu'à sa disparition totale, en 1776, inquiéter souvent l'Académie royale. Est-il exagéré de dire que Le Brun, en faisant des avances à Mignard, avait pensé à son avantage personnel autant qu'à celui de la Compagnie? Testelin et la Relation sont d'un autre avis; mais Mignard et ses amis ne nous ont pas fait connaître le leur, et c'est vraiment dommage.

Toujours est-il que, le 14 mai 1664, Le Brun consacrait ses succès en faisant enregistrer dans toutes les formes les nouveaux statuts. Colbert, son protecteur et son ami, grâce à qui il avait été anobli en 1662, était depuis la fin de i663, surintendant des bâtiments, quoique Ratabon vécût encore; enfin Le Brun, le i*' juillet 1664, allait recevoir son brevet de premier peintre libellé dans des termes particulièrement flatteurs ^ Sans

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