Relation.., p
4. Mémoires inédits et opuscules de Jean Rou, t. II, p. 21-22. Jean Rou, que Paul Lacroix avait cru bien à tort l'auteur de la Relation, servit de secrétaire à Le Brun
I^P Si tout le monde n'usait pas des mêmes moyens que Noël Coypel, tout le monde écoutait Le Brun avec respect ; soit qu'il dirigeât les conférences, soit qu'il intervînt dans le débat, soit qu'il dictât la décision', tout le monde subissait son autorité sans la discuter, au moins en public. Il avait une situation comme jamais sans doute artiste n'en occupa. Et cependant, à force de faire sentir son autorité, il noua contre lui des intrigues et se crut à diverses reprises obligé de marquer sa froideur à l'Académie en n'y paraissant plus. Cette fois Hulst lui-même, quoiqu'il ait loué Le Brun dans son premier travail, va nous dévoiler ses maladroites ambitions dans V Histoire des Directeurs.
Chose curieuse : c'est en 1664, au moment même où le premier peintre semble arrivé à ses fins que son attitude autoritaire et orgueilleuse lui attire le plus de difficultés dans la Compagnie qu'il vient de restaurer une seconde fois. En examinant de près ses procédés à l'égard des recteurs de l'Académie, ses confrères, Hulst a été amené â déclarer qu' « on ne peut ne point reconnaître dans M. Le Brun une tentation constante de primer d'autant plus incompréhensible dans un homme comme lui qu'elle allait directement contre son objet, puisqu'elle ne lui attirait que mésestime et résistance, comme tout esprit de domination s'en attirera toujours dans une compagnie comme la nôtre ».
■K Et en effet, si l'on compare, avec cet auteur, les statuts de
IB655 et ceux de 1664, on s'aperçoit qu'en i655, les recteurs occupant à l'Académie le second rang ont le pas sur le chance-
i lier, et même qu'en 1664 « il est dit en termes formels qu'un
I des recteurs présidera par quartier en l'absence du directeur. . .
f Cependant, continue Hulst, l'article XXI des mêmes statuts, fait exprès pour régler les rangs de tous les officiers et autres
■ membres de l'Académie, place le chancelier avant tous les recteurs et même avant le recteur en quartier. Cette espèce
dans diverses circonstances importantes et rédigea en particulier la lettre par laquelle l'artiste remercia les membres de l'Académie romaine de Saint-Luc de l'avoir élu à la dignité de protecteur {Mémoires, t. II, p. 33).
I. Cf. A. Fontaine, préface des Conférences inédites de l'Académie royale de peinture
' de sculpture.
d'inconséquence n'échappa pas à M. Le Brun. Bien des gens ont pensé qu'il pouvait bien en avoir été un peu l'auteur. Ce qui a pu lui attirer ce soupçon est le vif attachement qu'on lui avait vu dès le commencement de i663 (temps de la rédaction des statuts en question) à primer les recteurs ses collègues par le moyen de sa place de chancelier.
« L'on voit en effet dans nos registres que par une délibération du 4 mars i663, il se fait donner cette place à vie (elle avait été amovible jusqu'alors), et qu'il y avait fait attacher la présidence ordinaire aux assemblées en l'absence de MM. les Protecteurs et des Directeurs'. C'était bien s'en assurer pour tous les jours : car il savait bien que ce dernier qui était M. Ratabon ne se montrerait de longtemps en l'Académie, exclu comme il l'était de toute affaire par M. Colbert. Cette manœuvre était formellement contraire aux droits du rectorat. Mais il fallait souffrir dans le moment ce qu'on ne pouvait empêcher.
« Ceux qui, après la promulgation des statuts de i663*, se trouvaient avec M. Le Brun former le collège rectoral, voyant leur rang si bien réglé par cette nouvelle loi et spécialement pour ce qui concernait la présidence, crurent l'année suivante, pouvoir s'adresser à lui. Il répondit à cette démarche par une action fort incivile qui fut de se démettre du grade de recteur pour leur faire voir qu'il comptait n'en avoir pas besoin pour présider l'Académie en tout temps et quand il le voudrait'.
1. Le procè's-verbal de la séance porte que l'Académie « a arrêté que ladite charge de chancelier demeurera à Monsieur Le Brun, sa vie durant, comme premier peintre de Sa Majesté ». Or Le Brun ne fut nommé premier peintre que le i"' juillet 1664; faut-il croire que lui-même avait répandu un bruit aussi inexact qu'avantageux pour lui? On en serait tenté en voyant Bosse se moquer de Le Bicheur qui en 1660 avait donné ce titre à Le Brun dans la dédicace de son traité de perspective et Le Bicheur répondre que s'il avait « donné la qualité de premier peintre du roi à M. Le Brun, c'était pour lui en avoir vu un brevet il y a plus de dix ans ». Cf. infra, ch. III, p. 96.
2. Les statuts approuvés par le roi le 23 décembre i663 n'ont été enregistrés par le Parlement que le 14 mai 1664, et c'est pourquoi on les appelle d'ordinaire les statuts de 1664.
3. Le procès-verbal de la séance du 21 juin 1664 signale bien la démission de Le Brun, mais n'en indique pas la cause; cette démission tout à fait insolite ne s'explique guère que par les raisons données par Hulst; peut-être avait-il trouvé dans les mémoires recueillis par Florimont des renseignements précis sur ce point, et d'ailleurs les procès-verbaux du 21 juin et du 5 juillet laissent voir que Le Brun est irrité.