Lettre autographe de Bosse jointe au dossier
4. On voit par là que Bosse préparait déjà son adresse à Messieurs de l'Académie avec le Cahier suivi d'une estampe donnée far A . Bosse en suite d'une lettre à Messieurs de l'Académie Royale de la Peinture et de la Sculpture, contenant preuve des copiements, estropiements et déguisements de la manière de perspective de M. Desargues, faite en plagiaire par I. Le Bicheur, Paris, 5 août 1660. Cette lettre violente contre Le Bicheur n'a rien de blessant pour l'Académie ni pour Le Brun.
et suffisance en chaque chose, et aussi que vous ne doutiez pas de son zèle à procurer le bien de l'Académie ainsi qu'il y est obligé par son serment fait devant vous à sa réception.
« Bosse. »
Je reconnais que cette lettre manquait d'habileté et ne pouvait qu'indisposer les académiciens; mais si ceux-ci jugeaient que Bosse outrepassait ses droits, qui les empêchait de le déclarer, d'écarter le débat par une décision formelle et d'enterrer l'affaire? Je suppose que l'ami de Desargues fut surtout humilié de voir affiché aux portes de l'Académie le traité de Le Bicheur, alors que lui, Bosse, était le seul professeur de perspective et qu'on semblait ainsi recommander aux élèves la méthode de son adversaire au détriment de la sienne.
Quant à Le Bicheur, il écrivit d'un tout autre style à Messieurs de l'Académie ', n'hésitant pas à les appeler (en soulignant même l'expression) mes très illustres juges y leur recommandant son livre dont il ne nie pas les imperfections graves, mais auquel viendra s'ajouter une suite « pour faire reconnaître et avouer à la postérité qu'il est un légitime enfant de leur Illustre Compagnie ». S'il est né avant terme, cet enfant, c'est à cause du « bruit de ses envieux qui le menaçaient de le faire mourir avant sa naissance »; il fallut donc « le lâcher ainsi tout nu qu'il était pour aller défendre sa vie ». On accuse l'auteur (et l'auteur répond ici à des griefs que Bosse avait peut-être formulés dans ses propos toujours maladroits, mais qui, sauf un, ne se trouvent pas précisés dans sa lettre), on accuse donc Le Bicheur d'avoir publié son hvre sans y avoir été autorisé par l'Académie, de l'avoir fait afficher aux portes sans la permission de ses confrères, enfin « d'avoir donné la qualité de premier peintre du roi à M. Le Brun ». Mais depuis deux ans il était absent de Paris, ignorait que les Académiciens exigeaient qu'on leur soumît les traités tou-
1. La lettre de Le Bicheur est jointe au dossier. Elle n'est pas écrite de sa main, et la signature semble indiquer qu'il n'avait guère l'habitude de se servir d'une plume. On lui a certainement composé sa lettre, et j'inclinerais à croire qu'elle fut rédigée par Testclin, de concert avec Le Brun. Mais je n'en ai pas de preuve, et mieux vaut ne tabler que sur des faits rigoureusement exacts.
chant les arts; il s'excuse donc et les assure qu'il se fût « trouvé très honoré de leur rendre ce devoir ». Il est bien vrai qu'on a affiché son traité aux portes de l'Académie, mais « le marchand. . . le vend à son profit et le fait afficher partout où il lui semble bon », sans compter que Le Bicheur l'a composé (I pour l'honneur de l'Académie que l'on veut ternir, faisant voir que le moindre de la Compagnie n'était point du tout ignorant de cette belle science comme certains le prétendent ». Enfin, s'il a donné « la qualité de premier peintre du roi à M. Le Brun, c'était pour lui en avoir vu un brevet il y a plus de dix ans », ce qui constitue un mensonge ou tout au moins une erreur grave puisque le brevet de Le Brun est daté du i" juillet 1664 '.
On pense bien que cette flagornerie, où la question posée par Bosse était soigneusement esquivée, plaisait autrement à la plupart des académiciens que les impertinentes précisions du champion de Desargues. Bosse, dès le 3 juillet, était-il donc condamné? Je n'oserais l'affirmer : en tous cas ses adversaires en avaient assez de ses attaques, et Le Brun se vanta peut-être de le faire « incastrer », s'il le voulait- : ne fit-il pas, dix-huit ans plus tard, « incastrer » le pauvre innocent de talent qu'était Simon Jaillot'? Mais enfin il fallait que l'affaire suivît son cours, et elle le suivit.
« Le 18 juillet 1660, lisons-nous dans le Récit, M. Bosse présenta une autre lettre insistant sur ses demandes précédentes et se plaignant de ce qu'on lui avait ôté la voix délibérative, sur quoi l'Académie examinant les raisons qui l'en excluaient fut tellement occupée par les contestations (et M. Bosse s'étant retiré en colère) qu'elle remit la délibération au jour {à la séance) suivant du 7° jour d'août auquel, con sidérant les soumissions de M. Bosse et ses protestations d'avoir toujours tenu à honneur les qualités que l'Académie lui avait données et offertes et son instante prière, lui a accordé