‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 46 sur 105 · I. Relation.., p · texte numérisé non relu

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vée et confirmée de toute la Compagnie » qui à la fin renonça à rien résoudre. Le récit d'ailleurs est inachevé, mal venu, et quelque peu contradictoire dans les dernières lignes. Le plus simple est donc de s'en rapporter au procès-verbal qui déclare que la brusque sortie de Bosse « laissa la Compagnie en combustion à son sujet, tellement qu'elle s'est séparée sans rien délibérer » . Mais y eût-il eu combustion si Bosse n'avait encore compté des amis et des partisans parmi ses confrères, s'il n'avait mérité d'en compter par la franchise de son attitude et, au fond, par son bon droit?

A l'assemblée du 3o octobre, trop peu de monde pour délibérer : on se contente de convoquer Bosse pour le samedi suivant et de prendre acte d'une déclaration de Michel Corneille qui était allé voir Bosse et « l'avait de son mouvement exhorté de porter (rapporter) sa lettre, s'obligeant de la lui rendre s'il n'était pas content de la forme d'une nouvelle, ce qu'il a rejeté ». Bosse avait d'ailleurs écrit ce jour-là même une longue lettre à la Compagnie qui semble n'en avoir pris connaissance que le 6 novembre. Dans le procès-verbal de la séance, Testelin la qualifie d'incivile et d'injurieuse. Il n'a qu'à moitié tort, puisqu'avec une insigne maladresse. Bosse, dès le premier paragraphe, « remarque quelque sorte de négligence, déférence, crainte, intérêt, respect, timidité ou autrement qui fait que la droiture ou équité est bien souvent violée dans l'Académie », et se plaint que « deux personnes au plus soient capables de faire consentir tout le corps à de telles méconnaissances et injustices ». On peut dire que Bosse était incivil et injurieux par indignation d'honnête homme lésé dans son droit, et sans même s'en douter.

II revenait avec insistance sur tous les incidents de sa vie académique et mettait ses adversaires au défi de le trouver en faute: a Vous savez, Messieurs, le contenu en la lettre imprimée depuis peu et son discours contre le mauvais et ignorant procédé de MM. Le Bicheur et Le Brun et à la honte dudit Le Brun, de n'avoir osé accepter, avec votre permission, l'offre que je lui ai faite bien qu'il se fût déclaré procureur de ma partie, et comme je vous ai déféré avant tout autre le jugement de cette affaire de laquelle et d'autres je

n'ai encore pu avoir de vous aucune réponse ou solution en forme, qui est un procédé extraordinaire et duquel l'illustre Académie de la langue française ne se sert point ni les comniunautés bien réglées. »

On juge de l'effet produit par ces gentillesses servies à des académistes un peu chatouilleux; et cependant la volonté de blesser, d'humilier, d'outrager n'apparaît pas.

« Je suis encore prêt, continuait Bosse, à prouver que la plainte que vous a faite de moi M. Errard en mon absence est ridicule après ce que je lui ai dit et fait voir à sa réquisition ou du moins à son acquiescement, de sorte que, s'il en veut venir à la décider, il n'a qu'à vous la donner par écrit signé de lui, puisqu'il manque fort de mémoire ou même de droiture en quelque rencontre et m'oblige d'y répondre de même et faire voir que sa passion l'aveugle extraordinairement. »

Et ici l'artiste exprime en termes malheureusement un peu obscurs une assertion qui, si elle est vraie, l'innocente entièrement et fait peser sur M. de Ratabon une lourde responsabiUté : « Donc, Messieurs, dit l'artiste, pour couronner cette œuvre il n'y a qu'à rédiger par écrit ce qui s'est passé depuis, et ensuite ce que j'ai signé conditionnellement sur vos paroles l'arrêté du premier samedi de septembre 1660 que M. le Directeur seul a témoigné vouloir révoquer, et y joindre aussi la ridicule adjonction de M. le Secrétaire d'académiste et de conseiller. » Bosse avait donc signé conditionnellement un acte par lequel il aurait accepté V arrêté du premier samedi de septembre. Mais le 4 septembre, presque personne n'assista à la séance et « toutes choses sont remises aux jours suivants ». Il s'agit donc certainement de la décision du 7 août, qui était favorable à Bosse et dont celui-ci se serait satisfait, ne maintenant d'objection que sur « la qualité d'académiste honoraire et la qualité de conseiller en icelle », spécifiées par le procèsverbal et que Testelin tenait à conférer à Bosse pour l'empêcher d'obtenir le rang de professeur. Ce serait par conséquent Ratabon seul qui, à Tinstigation du vindicatif Testelin, agent de Le Brun, aurait rallumé la querelle. Bosse acceptait la paix. Le Brun se sentait diminué par la demi-victoire de son

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adversaire : pour assurer définitivement ou tout au moins rétablir son influence dans la Compagnie, il aurait fait agir sur Ratabon et cherché une victime. Si vraisemblable que la chose paraisse, n'en faisons pas état, puisqu'elle n'est pas établie, et allons droit à la conclusion de Bosse qui devait paraître suffisante pour le condamner.

« Je finirai donc, Messieurs, déclare-t-il, en disant net que j'aime beaucoup mieux pouvoir rendre témoignage par la lettre que j'ai et par mes actes* d'avoir obligé l'Académie généreusement et bien tant d'années et aussi acquitté de mon serment que d'avoir cette ridicule qualité d'académiste et conseiller sans les mêmes privilèges que celle de professeur puisque je l'ai été autant ou plus qu'aucun, comme cela est bien reconnu dans ma lettre et par les seings de plusieurs de cette Compagnie, et d'autant plus que les bonnes et droites voix commencent à n'avoir plus d'approbation en l'Académie puisqu'il n'en faut qu'une pour vous abîmer. »

Et il prenait congé de ses confrères « surtout ceux qui chérissent les vertus et la vérité » . C'était donc une lettre de démission, avec ce post-scriptum curieux pour ceux qu'intéresse la psychologie du secrétaire Henri Testelin : « J'avais oublié de rendre ce témoignage à M. le Secrétaire que j'avais cru qu'il favorisait entièrement mes parties ou pour mieux dire leur obéissait; mais il m'a fait dire par M. Bernard que ce qu'il en usait ainsi était pour que ces Messieurs ne le tinssent suspect et que je me donnasse bien garde de m'oflfrir à recommencer les leçons ni même parler des actes que j'ai (je possède) signés, crainte que cela ne me fût préjudiciable. C'est pourquoi, Messieurs, vous devez juger par là de son équité envers moi et comme je lui dois être obligé. »

Si nous voulons savoir avec quelques détails comment, à la séance, se passèrent les choses, il faut nous rappeler que Bosse avait été officiellement et spécialement convoqué par le billet suivant^ : « De par l'Académie royale des peintres et des sculpteurs, M. Bosse est sommé de se trouver à l'as-

1. Je suppose qu'il s'agit des actes signés de ses confrères et des anciens en mois dont il a été question plus haut.

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