‹ Académiciens d'autrefoisChapitre 63 sur 105 · DE CHAMPAIGNE · texte numérisé non relu

DE CHAMPAIGNE

On croit généralement que le jansénisme était hostile aux arts, et que ses exigences en peinture ou en sculpture se bornaient à des scènes de piété banales. Lorsqu'on a signalé son horreur pour les nudités, son mépris des artistes « qui tiennent dans leur maison des tableaux infâmes, d'autant plus dangereux que leur venin se répand à toute sorte de personnes^ », on s'imagine volontiers avoir donné une idée complète de l'esthétique de Port-Royal. Il y faudrait au moins ajouter, comme un précieux commentaire et presque comme un principe, le mot de la mère Agnès : « Cette règle est générale pour toutes choses que plus on ôte aux sens, plus on donne à l'esprit. Tout le plaisir qu'on prend aux choses visibles, ajoutait-elle, diminue autant la vie de la Grâce'. » Les arts s'adressent aux sens; donc ils sont condamnables!

En réalité, les amis de Philippe et de Jean-Baptiste de Champaigne avaient autant d'estime pour certains peintres que d'antipathie ou de mépris pour certains autres. Ceux qui, comme Mignard, fîattaient de parti pris la coquetterie féminine, ou même ne songeaient, comme Le Brun, qu'à enrichir de compositions mythologiques les appartements du roi et ceux des

1. Les éléments de cette étude ont été puisés dans un article sur l'Esthétique janséniste que j'avais publié dans le n» du lo août 1908 de la Revue de l'Art ancien et moderne.

2. Lettre d'un ecclésiastique à un sien ami sur le sujet des peintures nues, publiée par la Revue universelle des Arts, t. XXI, p. 209-J17.

3. Mot cité par M. André Hallays dans la préface écrite pour l'ouvrage de M. Augustin Gazier, Port-Royal au XVII' siècle, Paris, 1909.

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