L'ESTHÉTIQUE JANSÉNISTE
particuliers, leur paraissaient souvent coupables et toujours dangereux. Mais ils savaient trop bien quelle impression profonde peuvent laisser en nous les œuvres d'art pour ne pas y chercher un moyen de rendre les hommes meilleurs et de les affermir dans la foi. Lorsque Martin de Barcos, abbé de Saint-Cyran, écrit à Jean-Baptiste de Champaigne que ses « excellents tableaux excitent la dévotion et Tadmiration de ceux qui entrent dans son église' », il faut voir là autre chose qu'une vaine formule de politesse. L'art ainsi compris ne passe par les sens, en quelque sorte purifiés, que pour s'adresser à l'esprit.
Nombreuses sont les œuvres d'art sorties de Port-Royal ou des milieux jansénistes. Pascal vient-il à mourir ? Son visage est immédiatement moulé, et Quesnel dessine son portrait d'après ce masque mortuaire. Même soin pieux de la part de Coyzevox au décès de Nicole, dont M'"' Chéron avait jadis reproduit les traits, gravés ensuite par Vermeulen. La mère Angélique-de Saint-Jean elle-même modèle des figures de cire". L'iconographie de Port-Royal, publiée par M. Gazier en 1909 à l'occasion du deuxième centenaire de la destruction du monastère, est, à elle seule, la preuve décisive que les solitaires ne se montrèrent pas hostiles à l'art, encore moins aux artistes, mais que leur principale préoccupation était de réveiller la piété dans les cœurs en illustrant les vérités de la religion par des images appropriées, ou en perpétuant la mémoire des hommes pieux dont la vie méritait d'être proposée en exemple *. Le vrai janséniste a horreur de ce qu'on appelle aujourd'hui l'imagerie de Saint-Sulpice, des fleurs en papier et des illuminations de mauvais goût ; mais il apprécie les nobles et austères gravures, les tableaux consciencieux et pieux, dont l'art, naïf ou savant, inspire plus de respect pour la foi. Quelques demoiselles, qui étaient allées, en 1697, célébrer la Fête-Dieu à Port- Royal, louent la simplicité aus-