CHAPITRE VI
Si l'antipathie réciproque de Mignard et de Le Brun est aussi célèbre que celle d'Ingres et de Delacroix, en revanche les causes nous en sont mal connues, car il n'y eut pas entre ces deux artistes ce qu'on peut appeler rivalité d'école. Tous les deux, élèves de Simon Vouet, durent se rencontrer plus tard à Rome chez Poussin; est-ce à leurs relations de France ou d'Italie qu'il faut faire remonter leur inimitié ? Convient-il de ne voir dans leurs longs désaccords qu'un effet de la concurrence, pour ainsi dire commerciale, auprès d'une riche clientèle? La jalousie et l'ambition de Mignard découragèrent-elles la bonne volonté de Le Brun, ou Le Brun lui-même ne sembla-t-il faire des avances à son rival que pour Tenrôler dans l'Académie Royale où il l'aurait dominé de son titre de chancelier et de son influence de fondateur? Autant de problèmes dont la solution absolument certaine nous échappe.
Nous ne sommes guère mieux instruits sur les diverses phases de la lutte qui dura entre eux pendant plus de trente ans. A peine savons-nous que Mignard, pour faire pièce à Le Brun, soutint la corporation des maîtres peintres et sculpteurs dans ses efforts contre l'Académie; mais en quoi consista exactement l'action de Mignard? Nul ne l'a jamais expliqué. Nous sommes mieux renseignés sur le mauvais tour que Mignard joua à son confrère, en l'amenant à parier, devant de nombreux témoins, qu'un tableau peint par lui, Mignard, était du Guide, « et de sa meilleure manière ' » . En revanche, nous ignorons la position