Procès-verbal de la séance académique du 6 mars
25o ACADÉMICIENS D'AUTREFOIS.
réat proclamé le 27 février 1667, Nicolas Rabon', a voulu représenter sans peut-être Tavoir jamais vu? Nul inventaire malheureusement ne donne sur Tœuvre des détails précis; mais nous savons que Nicolas Rabon seul présenta un tableau sur ce sujet, et, du moment où nous pouvons affirmer que la toile du musée de Saint-Lô est celle qui remporta le prix, le nom du peintre ne peut plus être mis en doute.
Or il suffit de comparer exactement chaque détail du tableau avec chaque ligne du procès-verbal du 6 mars 1666, pour que naisse et se fortifie la conviction : ces princes africains, ces guerriers chrétiens, cet empereur romain xvir siècle, ces attributs des arts ne peuvent se trouver réunis dans ce tableau par un simple hasard, et je ne vois que le sujet imposé par Du Metz capable de fournir une explication simple et logique.
La seule objection sérieuse serait celle-ci : nous ne suivons pas nettement le tableau depuis son entrée à l'Académie jusqu'à nos jours. Toutefois Tinventaire de l'an II signale plusieurs « tableaux de prix » sans en spécifier le sujet, et l'on conviendra qu'à une époque où l'on ne pensait pas aux Malheurs de la Guerre, il était difficile de dire ce que celui-ci représentait. Il resta donc sans doute au Louvre, dans quelque magasin, jusqu'à son départ pour Saint-Lô.
1. Les procès- verbaux nous apprennent que, si le sujet fut donné dès le 6 mars 1666, le résultat du concours ne fut proclamé que le 27 février 1667, quoique Rabon se fût seul présenté. Nicolas Rabon était fils de Pierre Rabon qui avaitété reçu académicien, le 3 juillet i56o, sur un portrait de Ratabon. Le portrait est perdu; toutefois le Cabinet des Estampes possède la gravure d'un portrait de parlementaire dû à Pierre Rabon, et l'étude approfondie des armoiries qui se trouvent au bas de la pièce permettra peut-être de dire si l'on n'est pas en présence d'une reproduction du portrait de Ratabon. Ni l'un ni l'autre des Rabon ne semblent avoir travaillé aux Gobelins; il ne reste sans doute rien de Pierre qui, d'après les Comptes des Bâtiments du roi, avait exécuté en 1667 la copie d'un crucifix d'après Le Brun moyennant i5o livres, et en 1671 « un grand tableau représentant le portrait du roi à cheval », moyennant 600 livres. De Nicolas Rabon, qui ne reçut aucune commande mentionnée aux Comptes des Bâtiments, nous ne connaissons que le tableau du musée de Saint-Lô; son morceau de réception (i 681) représentait V Académie de Saint-Luc demandant M. Le Brun pour son prince à qui elle offre une couronne. Le Brun ne dédaignait pas ces sortes d'hommages, et, dès le 2 avril 1667, alors que le sujet de concours du grand prix royal était encore choisi parmi « les actions héroïques du roi », l'Académie avait résolu de taire représenter « l'audience que le roi a donnée en personne publiquement à M. Le Brun ». Il ne semble pas cependant que le concours ait porté sur ce sujet. Pierre Rabon vécut de
Ce qu'il vaut, je ne sais trop : il a les mêmes qualités de composition, de conscience, de tenue que beaucoup d'autres de la même époque; il a aussi les mêmes défauts, et la couleur de brique n'en est point belle. Mais on comprend qu'il ait été confondu avec les tableaux des maîtres eux-mêmes et traité aussi honorablement, ou plutôt aussi misérablement. En tous cas, il a pour nous le précieux mérite de démontrer seul avec la Renommée présentant le portrait du roi aux quatre parties du monde, de Bonnemer, quel talent était nécessaire aux jeunes peintres de i665 et de 1667 pour être admis à la pension du roi de France. Ces deux œuvres ont une valeur historique considérable et témoignent des fortes études qui se faisaient à l'école académique. Les prix de Rome d'autrefois n'étaient certes pas inférieurs à ceux d'aujourd'hui, et, quoique les noms des jeunes gens qui les méritèrent soient parfois restés obscurs, nous aimons à retrouver en eux les consciencieux ouvriers qui embellirent Versailles et les châteaux royaux sans autre souci que de collaborer modestement à un ensemble harmonieux et noble.
Mais il faut nous résigner à ignorer presque tout de leur vie, de leurs premières études, de leur séjour à Rome, et c'est par simple désir de ne pas oublier un des plus beaux efforts artistiques français que je vais essayer de rassembler ici quelques renseignements sur l'école académique et ses lauréats.
Dès sa fondation, la Compagnie s'assigna une mission d'enseignement. « L'Académie, lit-on à l'article IV des statuts de 1648, sera ouverte tous les jours de la semaine, excepté les dimanches et les fêtes qui sont dédiés à la dévotion, en hiver depuis trois heures après midi jusqu'à cinq, et en été depuis six heures aussi après midi jusqu'à huit, dans laquelle la jeunesse et les étudiants seront reçus pour dessiner et profiter des leçons qui se feront en payant toutes les semaines ce qui se donne ordinairement pour entretenir le modèle '
1619 i 1684 et Nicolas de 1644 à 1686. D'après le registre de Reynès publié par Fidière, Nicolas mourut à Ermont chez son frère, curé de cette paroisse.
I. Les étudiants travaillaient jusqu'à cette époque chez un maître comme des apprentis : le mot ordinairement indique qu'on y posait le modèle aux frais desétudiants ;
qui sera mis en attitude par l'ancien qui sera en mois ; et lorsqu il plaira à Sa Majesté en faire les frais à l'instar de celle du grand duc de Florence, chacun y pourra dessiner sans rien payer. » Hélas ! il plut à sa Majesté d'en faire les frais : mais les étudiants qui n'étaient pas fils (ïacadémistes ou fils de maîtres, virent leur droit d'inscription fixé à un écu d'or, sans préjudice, semble-t-il, d'une cotisation hebdomadaire ' . A cela près, les intentions de l'Académie se réalisèrent; les heures d'exercices changèrent, ce qui amena les élèves à travailler à la lampe et greva d'autant le budget ^ Il n'y eut même pas que les étudiants à dessiner dans l'Académie : nous avons vu que Martin de Charmois, le premier directeur, ne dédaignait pas de se mêler à la jeunesse'; plus tard, on décida que les académiciens eux-mêmes pourraient profiter de la pose du modèle, et cette résolution ne peut guère avoir été prise qu'à la demande des intéressés '; mais ils durent vite trouver des inconvénients
mais nous n'avons guère de renseignements sur l'éducation que pouvaient recevoir chez un homme comme Simon Vouet des élèves tels que Mignard et Le Brun. La véritable originalité de l'enseignement académique consiste dans l'institution d'une sorte d'école publique où les élèves pouvaient profiter des conseils et des corrections des artistes les plus réputés, que ces artistes eussent ou non la vocation pédagogique.
1 . La contribution d'un écu d'or, qui paraît énorme, est exigée à l'article IX du contrat passé le 4 avril i65i « entre les peintres et les sculpteurs de l'Académie royale et les maîtres desdits arts ». Cette contribution fut payée plusieurs fois, comme le prouvent les procès-verbaux. Lors de la Jonction, les fils de maîtres ne paient pas, non plus que les fils d'académistes. Les apprentis des maîtres paient cinq sols par semaine, et « ne pourra être reçu qu'un de chaque maison », spécifie le procès-verbal de la séance du 12 septembre. Après la séparation de l'Académie et de la jurande, les maîtres et fils de maîtres sont taxés à lo sols par décision du 28 octobre i656; mais la délibération du 10 février i663 prouve qu'à cette date les fils de maîtres n'étaient plus habitués à payer, et le 14 avril on décide « que les fils de maîtres paieront comme auparavant pour dessiner à l'Académie, à la réserve de ceux qui seront jugés mériter le prix... et aussi à l'exception de ceux dont les pères sont défunts ». La délibération du 7 août 1660 nous apprend que le concierge faisait office de massier, et celle du 3o octobre 1666 que Le Brun avait le droit de laisser dessiner gratis.
2. Cf. en particulier la séance du 25 septembre i658 : « Il a été résolu qu'on commencera lundi prochain à dessiner à la lampe selon l'ordre établi à l'Académie. »
3. « Cela fit un si grand éclat, dit la Relation... (p. 17), que tous ceux qui aimaient cette profession venaient voir cet exercice avec joie; en effet l'on ne saurait exprimer le plaisir qu'il y avait de rencontrer en une si grande compagnie de personnes d'une même profession tant d'habiles hommes assemblés dans une si charmante cordialité, dessiner avec la jeunesse, l'instruisant par leur exemple aussi bien que par leurs paroles. H
4. Le procès-verbal de la séance du 2g décembre 1668 prévoit encore « que les académiciens ou les maîtres qui désireront dessiner choisiront leurs places préférablement
à travailler au milieu d'élèves souvent indisciplinés, et, en 1714, quand le secrétaire Nicolas Guérin nous décrit l'école du modèle, il ne fait aucune allusion à la présence d'académiciens ou d'étrangers parmi les étudiants'.
Ce n'était pas sans peine que l'école avait réussi à recruter des élèves : dès que la Maîtrise avait compris le danger que lui faisait courir l'innovation de sa rivale, elle s'était adressée à Simon Vouet pour organiser la concurrence, et la Relation avoue que les récompenses proposées par elle attirèrent « quelques déserteurs, outre les enfants et les apprentis des maîtres, de sorte qu'en effet il demeura un très petit nombre d'étudiants à l'Académie royale* ». Elle nous apprend aussi que Testelin l'aîné, dans cette grave conjoncture, « entreprit l'exercice du modèle à ses propres frais, et par son assiduité et ses bons exemples... réussit si bien qu'il fit revenir à son parti tout ce qu'il y avait alors d'étudiants qui dessinaient raisonnablement. Les académiciens même, ajoute-t-elle, furent si touchés de son exemple et se ranimèrent tellement que cette entreprise des maîtres, bien loin de nuire à l'Académie, servit comme d'un aiguillon pour faire reprendre et poursuivre les exercices avec autant de vigueur que jamais ». Malheureusement nous ne pouvons ajouter absolument foi aux affirmations que l'amour fraternel semble avoir inspirées à Testelin le cadet. En effet les tentatives de Simon Vouet sont antérieures au mois de juillet 1649, date de la mort de cet artiste, et les procès- verbaux rédigés par Testelin lui-même nous font connaître que le 7 septembre i652 « Girard, le modèle, ayant représenté qu'il ne pouvait tenir l'Académie pour le peu d'écoliers qui y viennent dessiner, a demandé de suspendre pour quelque temps de faire ses fonctions et a remis les clefs de la salle entre les mains de M. Testelin, secrétaire ». Ce n'est que le 1 1 novembre suivant qu'on arrête que « Girard, le modèle, re-
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aux étudiants, que les officiers de l'Académie pourront faire garder leurs places bon leur semble pourvu qu'ils y viennent actuellement dessiner, exclusivement à to autres i>.
I . Description de V Académie, p. 257-Î60. Germain Brice, dans sa Description de Paris, ne semble pas supposer non plus que l'école soit ouverte à d'autres personnes
qu'aux étudiants.