A. MURRAY
« A tous les intéressés. Le nombre des chevaux ci-dessus mentionnés est de six ^^ »
Le second passe-port ayant trait à la même mission est daté du 4 septembre et est signé de Winslow :
« Par John Winslow, Ecr., Lieutenant-Colonel et Commandant des troupes de Sa Majesté à Grand-Pré, Rivière aux Canards, etc.
« Permis au porteur, Moïse de Les Derniers, de traverser vos lignes, à raison de services spéciaux qu'il est chargé de rendre à son Excellence le gouverneur Lawrence ».
« Donné sous mon sceau au camp de Grand-Pré le 4 septembre 1755.
John Winslow. »
« A tous les intéressés ^". »
17. Journal de Winslow. Coll. of N. S. H. S. III, p. 91. Richard— JfS. «m> ginal — fol. 650 — le donne en anglais d'après Hameau, II, 160.
18. Ibid. P. 93. Eameau ne fait que mentionner ce second permis, et Richard également.
« Comme il arrive presque toujours, dit Rameau, les petits tyrans sont d'autant plus serviles avec les grands qu'ils sont plus féroces avec ceux qu'ils persécutent. Murray se mit donc à plat ventre devant Son Excellence d'Halifax et se tint à la disposition de son respectable courtier; il le suivait dans ses démarches, et comme naturellement Winslow s'intéressait aussi à cette affaire, Murray lui rendait compte des recherches ; de sorte que, dans ce moment critique, où l'existence de tout un peuple était en jeu, les chevaux d'un héros de carrefour devinrent la préoccupation de tout l 'état-major. Le 3 septembre, Murray écrivait à Winslow: «je n'avais trouvé jusqu'à présent rien qui à mon estime pût lui plaire, mais je suis informé aujourd'hui qu'il y a un cheval noir, appartenant à un nommé Armand Gros, de la Grand 'Prée, qui, me dit-on, sera un cheval de selle qui conviendra à son goût. Je désire donc que vous soyez assez bon que d'ordonner à René Leblanc fils, ou à quelque autre français, de s'en emparer et de me l'amener ^^. »
Depuis longtemps déjà, on le voit par les termes de la lettre, Murray et Winslow avaient reçu des ordres au sujet de ces douze chevaux. Ils attendaient l'arrestation des Acadiens pour les exécuter. Comme les passe-ports et les lettres sont des trois et quatre septembre, et que l'arrestation des habitants eut lieu le cinq, on voit que tout était calculé au jour et à l'heure: en attendant, tout l'état major était sur pieds pour s'assurer où l'on pourrait se procurer ce qui conviendrait à son Excellence.
19. Bameau. Une Colonie II, XIV. P. 160. — Cette lettre de Murray à
Winslow figure dans le Journal de ce de/nier sous la date <lu 9 septembre. Cf. Wimlow'a Journal. P, 108,
Cet empressement singulier à s'emparer des plus beaux chevaux et à se monter sans frais une écurie de luxe, est bien de nature à éveiller les soupçons. S'il n'y avait que ce seul indice, l'on n'y prêterait peut-être pas grande attention; mais, quand on rapproche cette donnée des recommandations faites à Monckton de veiller soigneusement à la conservation du bétail et d'empêcher les Acadiens de s'enfuir avec, recommandations tant de fois répétées qu'elles en deviemient oiseuses et ridicules, l'on ne peut se défendre de concevoir des soupçons qui ne demandent que de nouveaux indices pour se changer en certitude.
Or ces indices existent, si nous pouvons appeler de ce nom l'accusation directe et fonnelle portée contre Lawrence, trois ans plus tard, par les citoyens d'Halifax, dans une requête adressée à un haut personnage d'Angleterre. Cette requête a été recueillie par le Dr. A. Brown, à qui elle fut confiée par ceux mêmes qui en étaient les signataires -°. Brown y a mis l 'en-tête suivant: Caractère de Lawrence. Et l'acquéreur de ses manuscrits, A. B. Grosart, a fait précéder cette pièce de la note ci-dessous: « Longue lettre (seize pages, texte fin,) adressée à quelqu'un d'Angleterre par les coloniaux, relativement à l'état de la province. C'est une lettre d'une grande vigueur de ton; elle met à nu sans pitié le caractère de Lawrence . . . Elle nous rappelle les plaintes formulées par les anciens puritains aux jours du roi Charles -\ . . »
Le contenu de cette longue requête, que l'on trouvera en
20. La requête est d'avant 1760, et Brown ne vint en Acadie qu'en 1787. A cette époque, il devait rester bien peu des signataires de ce documout.
21, Ce document est in-extenso dans C. F. (I. 142.) Lawrence's character.
entier dans nos Appendices, nous fait voir que ce n'était pas la première fois que l'on écrivait pour dénoncer Lawrence aux autorités britanniques. Elle accuse Lawrence de faire peser sur la population d'Halifax et do toute la province un despotisme tellement intolérable que nombre de personnes ont quitté la colonie; elle ajoute que beaucoup d'autres s'en éloigneraient également, n'était qu'elles en sont empêchées par des ordres donnés aux propriétaires de vaisseaux de ne pas les recevoir à leur bord ; que personne ne peut franchir les limites de la ville sans avoir une passe ; qu'Halifax n'est rien moins qu'une prison; que Lawrence a persuadé Lord Loudun de faire entendre au gouvernement anglais qu'il était nécessaire de mettre la province sous le régime militaire, et de retirer aux autres colonies leurs chartes et leurs privilèges, — la conséquence de cette dernière mesure devait assurer, selon les signataires de cette requête, une lutte pour la liberté au sein de ces colonies, et produire un résultat trop fatal pour être désigné plus clairement:
, «Nous n'aurions pas mentionné toutes ces choses, continuent-ils, s'il ne nous avait semblé que la Providence ellemême ait voulu mettre au jour les vilenies commises par les auteurs des calamités dont nous souffrons; et nous avons l'espoir que cette même Providence fera tomber le châtiment sur l'homme dont le seul but paraît avoir été de réduire à néant les bonnes intentions manifestées par le pays et de rendre misérable le sort de tous ses subordonnés.
«Nous apprenons avec satisfaction qu'une enquête sévère va être faite dans les livres de comptes de la Nouvelle Ecosse, et nous sommes certains que, si l'on prend la peine
de les examiner jusqu'au fond, l'on trouvera que pas moins de 10,000 livres de rum, mêlasse, (il y avait au moins 30,000 gallons de cette dernière évalués à 3,000 livres,) de bœuf, de porc, de provisions et de marchandises de toutes sortes, destinées à ravitailler les indiens et les habitants français, ont été prises dans Beauséjour, et n'ont été ni distribuées en récompense à ceux qui ont capturé le fort, ni régulièrement enregistrées dans les livres: nous en exceptons une légère quantité de bœuf et de porc qui a été vendue au commissaire M. Saul... laquelle était en très mauvais état, gâtée; et le gouverneur a eu l'audace de certifier que ce qu'il avait ainsi vendu venait des provisions envoyées par le gouverneur Shirley.
« ...Il est certain que les bestiaux, etc., des habitants français ont servi à des fins personnelles; nous savons notamment que 3,600 cochons et près de mille têtes de bestiaux ont été tués et empaquetés à Piziquit ^" seulement et envoyés par eau à d'autres places, ce qui dans d'autres forts est encore un secret tout-à-fait inexplicable par rapport au montant d 'une très-large somme ; et Lawrence et son commissaire sont maintenant dans une grande perplexité et cherchent à couvrir cette fraude inique . . .
« Il est possible que le gouverneur produise des certificats de nature à couvrir toutes ces fraudes; car si les originaux font défaut, il a sous ses ordres des personnes habituées à fabriquer des doubles et qui suppléeront aux pièces
22. Le texte, tel que donné dans le C. F. Doc. in., P. 147, porte Pisgate. Rameau, qui a cité et traduit ce passage (Une colonie, II. 162), après Pisgate, met entre parenthèBes: Est-ce Pisgate ou Bisgate? — Bicbard — MS. origmal — fol. 664 — met Pigiquit. C'est éviâsmment Riebard qui a raison.
qui manquent ; mais si un gouverneur était envoyé ici avec mission de faire une enquête au sujet de tout cela, ou du moins de recevoir des dépositions, nous avons la certitude que toutes ces malversations seraient découvertes ".
« Nous espérons que bien des plaintes sont parvenues aux oreilles du ministre avant aujourd'hui; et que bientôt il apparaîtra, si ce n 'est déjà fait, que tant que ce gouverneur exercera la moindre influence sur les affaires d'Amérique, celles-ci seront dans la confusion et la ruine; et cette vérité, le général Sliirley, en Angleterre, et Lord Charles Hay, à son retour là-bas, pourront, comme nous en sommes informés, la démontrer avec évidence ; car l'on croit généralement que quel que soit le ciime qui ait pu être invoqué contre Lord Charles Hay, son emprisonnement a été dû seulement aux insinuations faites par le gouverneur à milord L. .d. .n (Loudun,) — le gouverneur ayant trouvé mauvais que Lord Hay eût examiné de trop les dépenses pour les batteries etc., et eût parlé avec un mépris ouvert du peu qui avait été fait en regard des sommes considérables dépensées en Nouvelle-Ecosse. »
Les extraits que nous venons de donner ne forment qu'une seule partie de la requête en question: le reste n'est guère moins grave. En la lisant, personne ne pourra échapper à la conviction que l'oppression dont Lawrence accablait le peuple était intolérable". Et, puisqu'il en usait de
23. Ce paragraphe termine le document Lawrence 's character. Ce qui suit en est également tiré, mais se trouve plus haut dans la lettre.
24. A cet endroit du MS. original, — fol. 656 — il y a la petite phrase suivante qui vient comme un cheveu sur la soupe: "Ceci se passait en 1758, trois ans
la sorte avec les colons anglais, l'on comprendra mieux ce que nous avons dit de sa tyrannie à Tégard des Acadiens. Ce document dévoile, avec beaucoup de précision, ses transactions, ses moyens d'opérer, ses complices, et même sa sollicitude à tâcher de couvrir ses fraudes. La déportation lui avait fourni le moyen de donner un champ plus vaste à ses opérations et aussi de les déguiser. Sans cela, il lui eût été difficile de convertir à son profit l'immense butin que la prise de Beauséjour avait offert à sa convoitise. Grâce à cela, il avait pu paraître affecter ce butin au ravitaillement des Acadiens captifs, quand en réalité il avait sustenté ceux-ci à même leurs propres provisions; dans le tumulte et le désordre qu'avait entraînés la déportation, il avait pu, sans exposer ses transactions aux regards indiscrets de son entourage, utiliser, ainsi que nous le verrons plus loin, les mêmes bateaux destinés à transporter les proscrits, x>our écouler dans les autres colonies le riche butin confisqué dans Beauséjour. Nous voyons encore, par ce même document, cjuc Lawrence avait fait emprisonner, sous des prétextes spécieux. Lord Hay, dont le tort véritable avait été de dévoiler les malversations commises à l'occasion de l'érection des batteries, ou du moins de les critiquer trop librement.
En ce qui concerne plus particulièrement les Acadiens, nous avons le fait positif qu'à un seul endroit Lawence a
après la déportation." Cela est sans lien avec ce qui précède et ce qui suit et interrompt le cours des considérations de l'auteur sur la requête susdite. Aussi, le traducteur a-t-il mis en marge, au crayon : ' ' cette phrase serait mieux placée à la page 653, ligne 6".
Conana* on a vu plus haut que ce document était en effet de 1758, il était inutile de le répéter id.
fait expédier 3,600 porcs et près de 1,000 têtes de bestiaux. A deux reprises revient l'assertion formelle qu*il ne fût rendu compte ni du butin pris à Beauséjour, ni du bétail ravi aux Acadiens, si ce n'est, et ceci ajoute un grand poids à l'accusation et lui donne plus forte couleur de vérité, une petite quantité; et encore Lawrence avait-il certifié que cette dernière provenait des envois du gouverneur Shirley.
Brown avait pu causer, avec les signataires mêmes de la requête, des faits qui y étaient allégués: Lawrence étant mort depuis longtemps, il ne pouvait y avoir aucun intérêt de leur part à tromper celui qu'ils renseignaient. D'ailleurs, celui-ci avait pu, par des voies diverses, vérifier leurs assertions ; et, en mettant en tête de leur requête les mots : Caractère de Lawrence, il signifiait par là qu'il l'acceptait comme fondée en substance. Toujours dans les Documents médit s sur VAcadie, publiés par le Canada-Français, venant immédiatement après une dépêche des Lords du Commerce à Belclier, en date du 3 mars 1761, et relative aux accusations de mauvaise administration militaire et financière portées contre Lawrence, il y a la pièce suivante intitulée : « Extrait des MS. du Dr. Brown concernant les abus commis par Lawrence. »
« Avec un ton de malice propre aux gens de la Nouvelle Angleterre, cette exclamation s 'ensuit :
« Combien méchants étaient ces hommes qui ont ainsi trompé leur pays, et de la sorte exposé la colonie et les sujets de Sa Majesté à être victimes de coups portés de Louisbourg ou du Canada. De pareils personnages se seraient réjouis sans doute de voir cette importante colonie annexée à la couronne de France, de façon à n'avoir jamais à rendre compte des abus de confiance qu'ils avaient commis ou des
détournements de fonds publics dont ils s'étaient rendus coupables -^ »
Les habitants d'Halifax étaient tellement exaspérés de l'oppression que Lawrence faisait peser sur eux qu'ils dépêchèrent à Londres un des leurs, Ferdinand John Paris, pour exposer au gouvernement leurs griefs. A part la requête ci-haut, ils en avaient adressé deux autres, l'une en date du 15 mars, et l'autre du 2 avril 1759 -^ Le manuscrit du Dr. Brown contient une lettre de Paris lui-même aux Lords du Commerce, en date du 4 février 1758. Nous en détachons ce qui suit :
« 5** La conduite partiale, arbitraire et illégale du gouverneur actuel, et qui se manifeste à tout instant, constitue un intolérable fardeau;
« 6" Les milliers de dollars, provenant du gouvernement et du peuple, inutilement prodigués à ses créatures et ses favoris, par le doublement de leur traitement, et autres trucs ingénieux, sont une autre grave injustice faite à la nation aussi bien qu'à la colonie : à la nation, en tant que celleci se trouve faire tant de dépenses qui ne sont pas nécessaires; à la colonie, de ce chef qu'on lui soutire illégalement
25. Pièce XXXVI. Tome I. P. 148. Dans le MS. original— fol. 657— Eiehard attribue ce passage à Brown, et le donne comme l'expression de l'indignation de ce dernier concernant le contenu de la pièce Lawrence 's Clmracter. Il semble bien plutôt que ces lignes s'appliquent à ce qui est dit de Lawrence dans la lettre des Lords du Commerce à Beleher, et que Brown n 'ait fait que les recueillir telles qu 'il les avait trouvées au bas de ce dernier document. Cette interprétation est indiquée par les mots : ' ' Wifh New England mulice, — this exclamation follows. ' '
26. Cf. Can. Arch. (1894) Halifax. 1757. B. M. 19069. fol. 51. Mémorial of the inhabitants of Halifax on grievances from want of an Assembly. The signatures were acknowledged before chief of justice Beleher on the 14th March.— Cf. liid. July 6th. I. 36. B. T. N. S. vol. 16.
de l'argent, d'où pas l'ombre d'un bénéfice ne résulte pour elle;
« Une grande quantité de bestiaux confisqués aux français (french cattle,) a été distribuée à des favoris, et particulièrement à des papistes irlandais {Irish papists,) tandis que les pauvres habitants protestants ne pouvaient pas même avoir une vache pour leur famille.
« Il a été pris aux français pour une somme considérable, 20,000 livres au moins, de bestiaux, cochons, rhum, mêlasse, etc. Une enquête devrait être faite au sujet de ce que tout cela est devenu, la population n'en ayant pas tiré le moindre bénéfice ". »
Les archives ne nous montrent qu'un seul exemple d'un emploi légitime de tout ce bétail, lorsque Lawrence permit à certains des habitants de Lunenbourg d'aller en chercher quelques têtes. Le nombre en est évalué de soixante à cent. Dans une de ses lettres aux Lords du Commerce, Lawrence, très probablement pour se ménager une sortie, disait qu'il donnerait ces bestiaux à ceux des colons anglais qui pourraient les hiverner, comme si le reste ne pouvait être autrement sauvé de la destruction ^*. Il en avait donné juste assez pour s 'ouvrir une défense de ce côté-là, le cas échéant. C'étaient là, assurément, des paroles prévoyantes.
La première des requêtes que nous venons de citer fait
27. Can. Fr. Doc. in. II, p. 90. Pièce LXXVI. — On n'en donne pas plus long. Cf. Can. Arch. (1894) 1758. January 27. London. Freeholders of Halifax, by Ferdinand© John Paris, stating their grievances. Enclosed. Stateraent of facts.
28. Gov. Lawrence to Lords of Trade. Halifax, Oct. 18, 1755: " . . .In order to save as many of the French cattle as possible, I hâve given some of them among such of the settlers as hâve the means of feeding them in the winter. "
mention des efforts de Lawrence pour persuader Lord Loudun, commandant-en-chef des forces anglaises en Amérique, d'user de son influence en Angleterre afin de faire placer la colonie sous le régime militaire. Impatient du contrôle pourtant faible qu'exerçait sur ses actes un conseil de sa création, et apparemment assez servile, Lawrence voulait s'en débarrasser et régner seul. Ceux qui ont étudié de près l'histoire de la province sont au courant des ruses nombreuses mises en jeu par lui pour éviter l'établissement d'une assemblée représentative. Les colons la demandaient avec instances. Les Lords du commerce l'exigeaient impérieusement. Mais lui, qui avait rêvé de se libérer de la sujétion si peu rigoureuse de son conseil, était loin de goûter l'idée d'une assemblée élective à laquelle il serait responsable, et à laquelle il prendrait peut-être fantaisie de s'enquérir de la nature de ses transactions. Toujours il avait une nouvelle excuse de prête pour ne pas faire ce que les Lords du Commerce lui commandaient de plus en plus impérieusement d'opérer. Les Lords avaient exposé à Lawrence toutes leurs idées sur ce point dans une longue dépêche en date du 25 mars 1756; le 8 juillet suivant, ils revenaient à la charge dans les termes que voici : « Dans notre lettre du 25 mars dernier, nous vous avons fait connaître au long et au large nos sentiments au sujet de la nécessité (propriety) de convoquer une assemblée et vous avons dit les moyens à prendre pour y arriver ; et comme nous sommes pleinement convaincus des avantages de cette mesure . . . nous espérons que vous avez sérieusement considéré la chose et mis nos ordres à exécution ^^ . . . » Il faut voir comment Lawrence
29. Nova Sco. Doc. AUn^. P. 712-3-4, Lettre dn 25 mars 1756. P. 715, Lettre du 8 juillet 1756, Cf. Can. Arch. (1894) mêmes dépêches analysées au? dates
cherche constamment à se dérober à ces injonctions et à quelles inventions il a recours pour éluder des ordres si exprès. Finalement arriva d'Angleterre un ultimatum, daté de Whitehall, 7 février 1758. Il commence ainsi : « Nous avons pleinement considéré le passage de votre lettre (du 9 novembre 1757) relatif à la convocation d'une assemblée. . . et comme nous vous avons si souvent et si ouvertement répété notre sentiment et notre avis concernant la convenance et la nécessité d'une pareille mesure, il ne nous reste plus qu'une chose à faire, c'est d'ordonner que nos ordres sur ce point soient immédiatement mis à exécution ^° . . . »
La patience des autorités avait atteint ses dernières limites: chercher d'autres faux fuyants, c'était courir après la disgrâce ; Lawrence le comprit et s 'exécuta.
Avoir espéré se libérer du contrôle d'un conseil qui était pourtant son œuvre, qu'il avait impunément abreuvé de ses invectives, auquel il avait infligé l'affront, supporté en silence, de l'appeler publiquement «un tas de fripouilles» pour tomber sous la coupe d'une assemblée représentant cette opinion publique qu'il avait foulée aux pieds, sous la tutelle de ces marchands qu 'il avait qualifiés de « bande de vilains et de banqueroutiers, » c'était, il faut l'avouer, une grande déception pour cet homme ^\ Il n'avait eu besoin, jusque-là, que des grands, que de ceux qui jouissaient de quelque influence à la cour. Les « procédés serviles et la
susdites. Nous complétons ici le texte de Richard, qui ne cite que la dépêche du 7 février 1758.
31. Lee expressions entre guillemets sont tirées de Latvrence's charaoier, (C. F. I, 142.)
basse flatterie » dont il s 'était servi avec succès auprès de ceux qui pouvaient lui être utiles, n'allaient plus lui suffire. Le peuple, qui n'avait pas compté à ses yeux, entrait tout à coup en scène. Il avait donc raison de craindre de là part de cette assemblée la mise à nu de ses iniquités. Lawrence était roué, habile, plein de ressources, mais la nouvelle tâche qui lui incombait était énorme ; il lui faudrait adoucir, apaiser ceux qu'il avait écrasés de son dédain; au lieu du pouvoir absolu qu'il avait rêvé d'exercer, il ne lui resterait plus que des bribes d'autorité; et encore, pour conserver ces fragments, il lui faudrait les disputer un à un, et s 'exposer par là à de nouveaux dangers.
Sa lettre aux Lords du Commerce, après l'élection des représentants du peuple, laisse percer ses appréhensions..
« Halifax, 26 septembre 1758.
« Comme le jour fixé pour la réunion de l'Assemblée approche, j'espère pouvoir transiger avec son aide autant d'affaires qu'il est nécessaire pour le présent, sans que soit trop retardé pour moi le moment de rejoindre l'armée, ainsi que j'en ai reçu l'ordre du général. . . »
«J'espère que je ne rencontrerai chez aucun des membres de disposition à embarrasser ou à entraver le service de Sa Majesté, ou de tendance à mettre en question les prérogatives royales: je remarque cependant qu'un trop grand nombre de ceux qui ont été choisis ne se sont pas distingués par un zèle à promouvoir l'union et l'obéissance au gouvernement de Sa Majesté en cette province ''- ...»
32. N. s. D. AUns P. 728. Dans sa citation de cet extrait de lettre, Eichard intervertit l'ordre des paragraphes. Nous l'avons rétabli.
Tel est le joint que son esprit, fertile en expédients, avait trouvé pour éloigner le danger: prétexter les cironstances actuelles, la nécessité du service militaire, afin de déterminer l'assemblée à ne siéger que pour la forme, pour voter les subsides et légaliser comme en bloc les actes de son conseil qui requéraient cette procédure. Le deux octobre 1758, dans son discours d 'ouverture aux représentants du peuple, Lawrence s 'expi*ima ainsi :
« Messieurs des deux Chambres,
« Comme mon devoir militaire m'oblige à me rendre le plus tôt possible auprès du commandant-en-chef des forces britanniques vers l'ouest, et que le lieutenant-gouverneur est actuellement, et sera pour quelque temps encore, occupé à une tâche urgente et importante dans une région éloignée de la province, nous ne pouvons pour le moment vous soumettre des questions de détails qui, dans des circonstances normales, demanderaient votre attention. C'est pourquoi j 'insiste fortement auprès de vous pour que vous vous hâtiez d'examiner ou plutôt pour que vous ratifiiez à l'unanimité et confirmiez sans délai les actes et résolutions de nature législative, que le gouverneur et son conseil, en vertu des instructions royales de Sa Majesté, ont jugé à propos d'adopter avant la formation d'une assemblée ^^. . .»
33. N. S. D. ATcins. P. 731. Le M.8. original — fol. 661 — cite ici de façon fautive. En effet, il applique à Lawrence ce que ce dernier dit de son lieutenant gouverneur, Monckton. Voici ce que met Eichard: ^'As I am now necessarily employed, and will he for some time to corne, upon an enterprise of importance in a distant part of the province ..." Tandis que le texte de Lawrence porte: " As mj military occupation requires my attendance as earlv ag possible upon the commander in chicf of the Forces to the Westward, and as the Lieu*
L'anxiété se trahit à chaque ligne: ce discours est une ardente supplication aux députés de ne rien faire, d'accepter aveuglément les mesures portées antérieurement à leur convocation, de tout bâcler à la triple course et ensuite de boucler leurs malles. L'assemblée était timide et inexpérimentée: on n'avait pas eu le temps de s'aboucher et de se concerter; parmi ceux qui la composaient, les plus experts étaient les créatures de Lawrence, les membres de son ancien conseil; l'on était tout à la joie d'avoir des institutions nouvelles; et donc l'on vota rapidement, puis l'on se sépara jusqu'à l'an prochain. Le danger était conjuré. Lawrence ne s'en sentait pas d'aise. Aussi, rendant compte aux Lords du Commerce du résutat de la session, il leur disait :
« Halifax, 26 décembre 1758.
« J'ai l'honneur d'informer Vos Excellences que l'assemblée s'est réunie, conformément à la convocation, le deux octobre dernier, et qu 'elle a passé nombre de lois, dont vous voudrez bien trouver la liste ci-incluse. D'après sa manière de procéder jusqu'ici, j'ai des raisons d'espérer que nous pourrons transiger toutes les affaires en temps voulu, et avec moins de difficultés que je n'en appréhendais, à cause
tenant Governor is novv neeessarily employed and will be for some time to corne upon an interprize of importance in a distant part of the province. . . "
Le sens est donc celui-ci: "Comme je suis obligé d'aller rejoindre Lord Londun vers l'ouest, et comme le lieutenant-gouverneur est retenu, de son côté, dans une partie éloignée de la province, alors, messieurs, nous n'avons pas le temps de nous occuper d'affaires de routine; et hâtez- vous, je voub en suppie, d 'approuver tout ce que nous avons réglé, mon conseil et moi ..."
des dispositions dans lesquelles les députés m'avaient semblé être "... »
La guerre entre la France et l'Angleterre en était rendue à un haut degré d'intérêt. Aux revers qu'avait essuyés la Grande Bretagne avaient succédé des succès. Louisbourg, le Cap Breton, l'Ile St-Jean avaient été conquis; Québec venait de capituler. La joie était dans tous les cœurs; les fêtes publiques avaient lieu partout avec un entrain délirant; les haines se fondaient dans l'enthousiasme d'un sentiment commun ; les ennemis s'embrassaient. Lawrence se faisait de plus en plus souriant et aimable : le danger qu'il redoutait allait être écarté une seconde fois. Dans ces conjonctures exceptionnellement favorables, il lui devenait facile de conjurer la crise qu'il paraissait tant craindre. La seconde session de l'assemblée se passa comme la première. Dans son discours d'ouverture de cette nouvelle session, le gouverneur s'exprima ainsi: «au cours de la dernière session, vous avez réglé à peu près toutes les questions sur lesquelles il y avait à statuer légalement, par conséquent il reste bien peu à faire; et c'est tant mieux, car vos occupations personnelles souffriraient s'il vous fallait, en cette saison, consacrer beaucoup de temps au service public.
« Le point sur lequel doit surtout se porter votre attention, dans les circonstances où se trouve la province, est celui-ci: l'érection et l'entretien d'un phare au cap Sambro "...))
35. N. S. D. P. 735. D 'après les pièces officielles, la première assemblée a eu deux sessions: la première, en octobre 1758, qui a duré jusqu'en décembre; la seconde session s'est ouverte le 1er août 1759. La seconde assemblée a tenu sa
Lawrence, à force de ruses, resterait-il donc maître du terrain? Par ses cajoleries et ses artifices, allait-il couvrir du voile de l'oubli les indignités qu'il avait fait subir à toute la population? Les événements le favoriseraient-ils assez longtemps pour lui permettre d'échapper définitivement à la rétribution de ses crimes? Nous ne le croyons pas. Cependant, « les basses intrigues et les adroites flatteries » qui l'avaient si bien servi avec les grands, il les employait maintenant, avec autant d'opiniâtreté et avec un succès croissant, auprès des représentants du peuple. Mais il est un autre événement avec lequel les grands criminels ne comptent pas toujours; sa venue est certaine, si l'heure en est inconnue ; souvent il arrive quand tout est prêt pour la jouissance, et lorsqu'il semble que la justice humaine est en retard. Atteint d'une inflammation de poumon lors d'un bal qu'il donnait, croyons-nous, à l'occasion de la capitulation de Montréal, Lawrence mourût huit jours après, le 19 octobre 1760, à la fleur de l'âge, à l'apogée de sa gloire, quelque temps avant son complice Boscawen ^^
Comme nous allons le voir, Lawrence mourût juste à temps pour mettre son honneur à l'abri des investigations. Il allait gravir la Roche Tarpéienne, quand il mourût au
première session le 4 décembre 1759. C'est ce qu'il y a dans Akins. Nous ne voyons pas sur quoi Richard se base pour affirmer plus haut que la 1ère session fût vite bâclée.
36. "Gov. Lawrence was taken ill on saturday, 11 october, of a fever and inflammation of the lungs, attributed by tradition to a draught of cold water taken when he was heated by dancing at a bail; — of which he died on sunday, tlie 19th of the same month." {MurdocJi, H. of N. S. II, ch. XXVII. P. 394.) Cf. Can. Arch. (1894) 1760. Oct. 26th. Halifax. Belcher to the Lords of Trade. "Death of Lawrence on the 19th". B. T. N. S. vol. 18.— Edward Boscawen mourut le 10 janvier 1761.
Capitole. S'il eût vécu davantage, peut-être eut-on étouffé l'affaire, pour éviter un scandale, comme cela se pratique encore de nos jours, en dépit de nos institutions démocratiques, en dépit de la presse et de notre civilisation. De mortuis nil nisi homim. C'est ce que comprit la législature de la Nouvelle Ecosse. Pour remercier Lawrence de l'avoir, par sa mort opportune, délivrée d'un grand fardeau, et pour se conformer à l'usage antique et solennel qui veut que l'on érige des monuments et que l'on fasse graver des incsriptions flatteuses à la mémoire de ceux qui meurent au faîte des grandeurs, la législature vota de faire poser dans l'église Saint Paul de Halifax, une tablette de marbre, avec ces mots : « En témoignage de gratitude pour les nombreux et importants services que la Province a reçus de lui, au cours d'une période ininterrompue marquée par des efforts zélés et infatigables pour le bien public, et pour commémorer une administration sage, droite et désintéressée ^^ »
37. Le MS. original — foi 664 — ne donne qu'une partie de cette inscription: "From a grateful sensé of the îtiany etc. etc., his indefatigable endeavoms for the public good, and a wise, upright and disinterested administration." — Après le mot many, un trait au crayon renvoie à la note marginale suivante, qui est de la main du traducteur: "Pourquoi pas combler cette lacune!" — Dans l'édition anglaise, (II. 142), le mot services a été ajouté après many. Voici le texte complet de l'inscription, tel que donné dans Alcins (P. 235-6,) en note, au cours de la notice biographique qu 'il consacre à Lawrence : ' ' From a grateful sensé of the majiy important services which the Province had received from him during a continued course of zealous and indefatigable endeavours for the public good, and a wise, upright, and disinterested administration. " Akins ajoute ceci: "This monument is not to be found among those which now adom the walls of St. Paul 's church."
Voici qui explique sa disparition:
"Authentic tradition explains.the loss. The monument, costing £80 sterling, was ordered in London and arrived in Halifax during the summer of 1762, and
L'on sent la main d'un complice dans la rédaction de cette inscription. La mort de Lawrence para le coup qui pouvait atteindre plus d'un coupable: mais, pour être plus sûr que l 'on ne serait pas inquiété, il convenait d 'obtenir la sanction de la Législature. Et comme, en de pareilles circontances, l'indulgence est de mise, la Législature vota dans le sens que l'on voulait.
Il en était temps. Le 3 mars 1761, les Lords du Commerce écrivant au juge Belcher pour l'informer de sa nomination à la présidence du Conseil de la Nouvelle Ecosse, ajoutaient :
« Il nous a été représenté que le gouverneur Lawrence avait encouragé et protégé des désordres dans l'armée soumise à son gouvernement, et qu'avec son assentiment les soldats avaient commis des outrages contre les biens, les personnes, et même la vie des habitants; que tantôt il s'était arrogé illégalement des pouvoirs, et tantôt il avait abusé de ceux dont il avait été revêtu à meilleures fins ; que fréquemment il était intervenu pour empêcher la justice de suivre son cours, en libérant ceux qui étaient régulièrement poursuivis, ou en graciant ceux qui avaient été trouvés coupables : les individus qui ont ainsi bénéficié de ses abus d'autorité étaient des soldats et des officiers coupables d'avoir dé-
was affixed to the wall on the S. E. corner of the church. In April 1768, a violent tornado swept over Halifax accompanied by snow and rain, which did great damage . . . Three of the Windows of St. Paul 's Church were blown in and destroyed, and the South-east end of the Church, where the monument was situated, was badly damaged. During the necessary repairs, the monument was removed from the wall and placed with building material in a shed near by, and from there was removed by parties unknovm and thus disappeared. . . Tbia account came from Mr. Bichard Bulkeley, Secr. of the Province." {Coll. of the N. S. H. S., vol. XII. HaUfax. 1906. P. 58.)
tmit des clôtures, de s'être livrés à de violents assauts, et d 'avoir commis des énormités beaucoup plus graves ...»
« Plusieurs accusations très lourdes ont également été portées contre le gouverneur Lawrence, concernant des contrats pour la distribution de secours aux établissements nécessiteux de la colonie, et les vaisseaux qui ont été gardés si longtemps au ser\dce de la Province. Signé : Dunk. Halifax, W. G. Hamilton, W. Sloper '\ »
Nous avions raison de dire que seule une mort opportune sauva Lawrence do la Eochc Tarpéienne. La signification du document que nous venons de produire ne saurait échapper à personne. La conviction de la culpabilité du gouverneur s'était formée dans l'esprit des Lords du Commerce: il ne leur restait plus qu'à recourir aux procédures d'usage en
38. Ce document est donné dans Can. Fr. Doc. in. sur l'Acadie (I. p. 148, pièce XXXV,) et se trouve au British Muséum, Add. MSS. vol. 19073, fol. 71. "Extracts from a despatch to judge Beleher on his appointaient to the presidency of the Council of Nova Scotia, dated Whitehall, March 3rd 1761." Dans le MS. original — fol. 664 — , Eichard met, avant de citer ce document: "H en était temps. Trois mois après, les Lords du Commerce écrivaient au juge Beleher ce qui suit, en le nommant à la succession de Lawrence." Nous ferons remarquer 1" que Lawrence étant mort le 19 octobre 1760, et les Lords ayant écrit à Beleher le 3 mars 1761, cela faisait non pas trois mois^ mais plus de quatre mois après la mort de Lawrence. Le document que cite Richard d'après C. F., est aux Can. Arch. (1894.) March 3, Whitehall. Lords of Trade to Beleher, B. T. N. S. vol. 37, p. 23. — Mais, à la date du 14 janvier 1761, il y a l'entrée suivante: "1761, january 14, Mémorial (undated) of Robert Sanderson, late speaker of the Assembly of Nova Scotia, (respecting grievances and abuses in the administration of the Government of Nova Scotia, (Read by the Lords of Trade on the date in margin.) L. 16. B. T. N. S. vol. 18. — La dépêche des Lords du Commerce, en date du 3 mars suivant, s'inspirait évidemment des allégués contenus dans ce Mémoire, sans date, de Robert Sanderson. Ce dernier avait été élu Speaker lors de la première session, oct. 1758. Cf. Ahina. P. 728. Lors de la seconde session de la 1ère assemblée, Wednesday,
pareil cas. Ils avaient pesé toutes les informations qu'ils avaient pu recueillir; et malgré les soucis multiples qu'entraînait la poursuite des opérations militaires, le temps était venu d'agir; le coup allait atteindre Lawrence et le précipiter dans la disgrâce, sinon lui infliger un châtiment exemplaire. Remarquons que cette dépêche contient des accusations qui ne se trouvent pas dans les requêtes citées plus haut, preuve que les Lords du Commerce avaient reçu des renseignements de bien d'autres sources: «et bien d'autres énormités beaucoup plus considérables, » y est-il dit. La mesure était pleine, elle allait déborder. En outre de ses crimes, Lawrence avait, à lui seul, davantage commis de violation des lois que tous les Acadiens ensemble, pendant les quarante-cinq années de leur séjour en Acadie, sous la domination anglaise.
L'on se rappelle que Lawrence, en informant les Lords
aug. Ist 1759, l'on procéda au choix d'un autre Speaker: "A quorum of the House having met . . . tho elerk of the House attended with a message f rom His Excellency . . . He (le gouverneur) was pleased to direct them to proc«cd to the choiee of a Speaker, which they did and choose Wiliam Nesbitt, Esquire... " {ATcins, p. 734.) La Ire session de la seconde assemblée se tint le 4 décembre 1759. William Nesbitt est à nouveau élu Speaker (Akins, 737.) Ni dans le discours d'ouverture de la seconde session de la première assemblée, ni dans celui de la 1ère session de la seconde assemblée il n'est question de Eobert Sanderson. Nous inclinons à croire qu'U avait été écarté par Lawrence, qui le redoutait. Sanderson a dû envoyer son Mémoire après la mort de Lawrence. Lui-même a dû décéder vers la fin de 1760. 2o. Les Lords du Commerce, dans la dite dépêche, constituaient Beleher simplement Président du Conseil et lui confiaient l'administration par intérim. Car ce fut Henry Ellis, gouverneur de la Géorgie, qui fut nommé Gouverneur de la Nouvelle Ecosse, en remplacement de Lawrence, par un ordre-en-conseil, daté de St. James, March 20, 1761. (Can. Ârch. 1894) L. 32, B. T. N. S. vol. 18. Le même jour, Beleher fut nommé lieutenant- gouverneur. Le 17 du même mois, il avait été confirmé dans ses fonctions de jugeen- chef.
du Commerce de la déportation, appuyait tout particulièrement sur le soin qu'il avait eu de l'exécuter à moins de frais possible. Il avait, leur disait-il, nolisé des bateaux qui faisaient voile précisément vers les endroits où l'on destinait les Acadiens ^°. Or, voici le temps chargé au gouvernement par les proprétaires de quinze sur dix-sept des vaisseaux qui avaient été affectés au transport des exilés, et dont nous avons la liste sous les yeux: sept de ces vaisseaux mirent quatre mois à compléter leur voyage, à tant par jour; trois, cinq mois; deux, six mois; deux, sept mois; un, huit mois *°. C'est probablement à ces absurdes états de compte que faisaient allusion les Lords du Commerce. Le trajet entre le point de départ et le point d'arrivée devait s'effectuer en deux mois, ou trois mois au plus. Nous sommes fondé à croire que Lawrence s'était entendu avec la compagnie Apthorp et Hancock, qui fournissait ces vaisseaux, et qu'il avait engagé ceux-ci à son service personnel pour le transport du bétail des Acadiens et du butin pris à Beauséjour. Puisque les Lords du Commerce tournaient ce fait en accusations, c'est qu'ils avaient la preuve que Lawrence s 'était servi de ces vaisseaux pour des fins autres que le service de l'Etat: sans quoi ce passage de leur dépêche eût été inexplicable *\
39. "Gov.. Lawrence to Board of Trade.— Halifax, 18th oct. 1755."
* ' I hâve taken ail the care in my power to lessen the expense of the transportation of the inhabitants, the vessels that hâve been taken up for that purpose were most of them bound to the places where the inhabitants were destined, and by that means are hired greatly cheaper than the ordinary priée."